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 A vos ordres lieutenant

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Elwin
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MessageSujet: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 14:58

J'ai commencé à écrire cette fiction en juillet 2010, après un rêve un peu étrange mettant en scène une sorte de sélection basée sur des capacités magiques quelconque. Je ne me souviens pas de grand chose, à part de l'atmosphère sombre de cet univers, et de la mention d'un navire. Le reste est venu ensuite.
Bonne lecture ! (Et évitez d'aller jusqu'au bout. Je déteste particulièrement la fin.).
(Cette fiction est régulièrement mise à jour. Il s'agit là de la version datant de mai 2013, et non de celle que j'ai par un temps publié sur fictionpress. Certains passages sont donc un peu plus osés, et je peux donc considérer un rating T virant parfois vers le M pour certaines mention particulières...).
(Ma version word fait 309 pages, avec au total 176 000 mots, donc ça risque d'être long).

A vos ordres, lieutenant !

Chapitre 1 : Découvertes

[justify]"Le monde change. Autrefois la nature dominait ces terres, les hommes vivant en harmonie avec elle. Nos semblables parcouraient les plaines et les mers de Platonia sans crainte, montrant à tous leurs capacités. Mais peu à peu, les hommes se développèrent, bâtirent des cités, construisirent des empires; et voulurent connaître tous les secrets de notre planète. Nos semblables commencèrent à être pourchassés. Il fallut ainsi se cacher, et entrainer en secret nos successeurs. C'est ainsi que naquit notre dernier espoir : le Hope." (Extrait d'un manuscrit de la bibliothèque du Hope).

Ce matin-là, une belle matinée de début août, alors que les marins du port de Cassydre suffo-quaient sous la chaleur étouffante, et que les fermiers s'affairaient déjà dans leur champs; Lia Shakeshift, 17 ans, en deuxième année de lycée, écoutait comme d'habitude avec attention son professeur de chimie. Le vieil homme était en train de leur expliquer avec précision le rôle de la chimie organique dans l'industrie de Platonia, leur si belle planète recouverte d'immenses océans.
Le cours était passionnant, comme à chaque fois. Mais aujourd'hui, contrairement à son habi-tude, la jeune fille n'arrivait pas à se concentrer sur les paroles de son professeur. Elle en igno-rait la raison mais avait comme une sensation étrange. Comme si quelque chose de spécial allait prendre place ce jour même. Elle ne comprenait pas pourquoi cette sensation si dérangeante l’envahissait en cet instant. Cela lui donnait des envies de voyages, de grands territoires bien éloignés de son petit port natal. Secouant la tête, elle tenta de chasser ces pensées de son esprit. Que lui prenait-il ? Pourquoi cela se déclenchait-il en ce moment même ? Etais-ce lié à l’accostage du Hope la vieille dans leur port ? A ce vaisseau qu’elle n’avait cessé de contempler durant de longues minutes alors qu’elle se baladait la veille sur le vieux port. Mais elle devait pourtant se concentrer. Le Hope ne vivrait jamais que dans ses rêves les plus fous. Elle ne devait surtout pas y songer maintenant. Soupirant, elle jeta un œil aux alentours, priant pour que personne n’ai remarqué son anxiété. Autour d'elle, peu d'élèves tentaient de comprendre ce que leur racontait le vieil homme. La plupart d'entre eux étaient plongés dans des conversations à voix basse dont le sujet n'était évidemment pas en rapport avec la chimie.
Elle jeta un œil à Jérôme, son frère, et soupira en voyant que, comme toujours, ce dernier n'écoutait absolument rien, se contentant de faire du charme à une des filles les plus populaires de leur petit établissement.
Même si les deux adolescents avaient un vague air de famille, il aurait été difficile pour quel-qu'un d'inconnu de deviner avec exactitude leur lien de parenté. Jérôme avait hérité des yeux bruns et des cheveux d'un noir profond de leur mère, qu'il ne coiffait jamais vraiment. Il avait un caractère très extraverti et se contentait de courir après toutes les filles de leur petite ville plutôt que de se concentrer sur les études. Lia, quant à elle, avait de longs cheveux châtains toujours attachés qu'elle avait apparemment hérités de son père. Et ses deux yeux bleus-gris laissaient transparaitre une intelligence profonde combiné à un goût des études qui la classait parmi les meilleurs de leur petit lycée.
La jeune fille commençait d'ailleurs tout juste sa deuxième année dans ce petit établissement, après avoir enduré de longues vacances pendant lesquelles elle avait dû faire de son mieux pour éviter de croiser le chemin de son frère. Ils ne s'étaient jamais entendus. Et, depuis quelques années, son comportement à son égard n'avait fait qu'empirer.

Elle chassa rapidement les souvenirs peu agréables de l’été qui venait de s’écouler et, c’est dans un profond soupir que la jeune fille se replongea dans le cours du professeur Willow, ignorant qu'en ce moment même deux prunelles d'un bleu profond étaient fixées sur elle depuis l'extérieur de la pièce.

Quelques minutes plus tard, alors qu'elle terminait avec aisance les quelques exercices demandés par le professeur, on frappa à la porte. Lia, comme tous les autres élèves de la salle, releva les yeux de son parchemin alors que le professeur Willow s'empressait d'ouvrir la salle, un sourire mystérieux sur les lèvres, comme s’il connaissait déjà l’identité de la personne qui interrompait son cours. Il échangea d’ailleurs quelques mots avec le visiteur, avant de s’effacer pour le laisser passer.

Lia observa attentivement l’inconnu entrer d’un pas calme dans leur salle de classe tout en fronçant les sourcils. Elle ne l’avait jamais vu aux alentours, et ses traits n’étaient pas sans rappeler ceux plutôt commun à la population de Tylan, une petite bourgade située à des kilomètres de la leur, sur la côte. Ce dernier devait mesurer environ un mètre quatre-vingt. Il avait de fin cheveux blond cendrés coiffés en catogan et, Lia faillit s’étrangler avec sa salive lorsqu’elle le remarqua, portait l’uniforme si célèbre des marins du Hope. Les autres élèves devaient également avoir remarqué ce détail, car des conversations fiévreuses démarrèrent aussitôt, plongeant la salle de cours dans un brouhaha peu commun, auquel Lia tiqua nerveusement, appréciant plutôt le calme coutumier du cours.
Mais elle ne prêta pas longtemps attention au bruit formé par ses camarades, laissant son esprit dériver un instant vers la légende qu’était le Hope ici, dans cette petite ville côtière où la plupart des jeunes gens étaient par avance destinés à devenir pêcheur ou agriculteur.

Ce navire était connu pour être la meilleure école flottante de tout Platonia. Le principe était simple : tous les ans ils venaient dans les quelques lycée de la région pour recruter les meilleurs éléments. Il n'y avait que très peu d'élus. Mais ceux qui étaient acceptés avait le privilège de bénéficier de la meilleure formation possible : on leur enseignait à un niveau bien plus élevé que les autres lycées et ils bénéficiaient d'un entrainement militaire. La vie à bord était quelque chose de très mystérieux, et peu de secrets ressortaient du vaisseau, la plupart des personnes diplômées gardant presque jalousement leur expérience sur le vaisseau. Cependant, le but était vraisemblablement de former l’élite de la planète. Et, chaque enfant de Cassydre avait été bercé dans son enfance par les mythes et légendes relatifs à ce vaisseau si célèbre, voguant au rythme des océans. Le rythme des cours était apparemment très soutenu et, si on en croyait les légendes, les élèves du vaisseau se devaient d’être absolument les meilleurs dans tous les domaines. De plus, en contrepartie de leur formation, ils se devaient également d’être au service d’un tuteur, officier du Hope, désigné dès le début de leur apprentissage à bord. Cela signifiait bien entendu de nombreux engagements, mais aussi apparemment une solide amitié se nouant entre l’officier et l’élève, débouchant même parfois sur un mariage quelques années plus tard. Lia avait pendant longtemps imaginé être enrôlée à bord de ce navire, découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles personnes, et partager des moments uniques avec l’officier dont elle serait à la charge. Et maintenant, cela allait peut être devenir une réalité.
Reportant son attention sur l’étranger, elle se redressa fièrement alors qu’il s’avançait dans la salle, faisant face aux élèves, ordonnant le silence d’un simple raclement de gorge.

Il dévisagea un moment les étudiants, avant de sourire largement.

-Bonjour à tous ! S’exclama-t-il fortement. Je suis ravi de voir que j’ai maintenant toute votre attention.

Presque toute la classe salua à son tour l’homme, faisant grandir encore plus le sourire de ce dernier.

-Bien, bien, je suppose que vous savez tous pourquoi je suis ici ? demanda-t-il.

Tous les élèves acquiescèrent.

-Je vais tout de même vous le rappeler : le Hope cherche de nouvelles recrues.

Bien qu’elle fût déjà au courant du pourquoi de la présence de l’homme, Lia ne put s’empêcher de lâcher un soupir nerveux. Le moment était venu pour elle de faire ses preuves…

Il leur expliqua un moment les conditions de l'échange, laissant à nouveau Lia s’évader vers des horizons lointains, puis finit par jeter à nouveau un regard sévère sur la salle alors que beaucoup d'élèves semblaient déjà rêveurs face à la perspective qui se présentait à eux.

-Bien sûr, cela ne concerne que les meilleurs, même si nous allons tous vous faire passer des tests.

Il sortit de sous sa veste une pile de feuilles, alors que beaucoup s’avéraient déjà presque déçus.

-Ne vous inquiétez pas, reprit l’homme en souriant. Chaque année, certains ont l’énorme sur-prise d’être choisis alors qu’ils ne faisaient pas forcément parti des meilleurs de la classe. Ne perdez pas espoir.

Passant dans les rangs, il distribua à chaque élève un questionnaire de plusieurs pages, soufflant à chacun quelques mots d’encouragement. Quelque peu rassurée, Lia fit de son mieux pour calmer les battements frénétiques de son cœur avant de se plonger dans le questionnaire en question.

Les deux heures suivantes, tous buchèrent sur le questionnaire assez complet qui leur était proposé. Lia répondit à chaque question assez facilement. Cela concernait aussi bien le programme scolaire que la culture générale ou encore la logique. Il y avait également quelques questions personnelles auxquelles elle essaya de répondre le plus honnêtement possible.
Lorsque les deux heures se fut écoulées, le colonel ramassa les copies sans un mot, et quitta la pièce en leur indiquant simplement que les résultats seraient connus le lendemain vers midi.

Tous haussèrent les épaules et quittèrent la salle. Après tout, il n'y avait que très peu de chance que l'un d'entre eux soit choisi. Seule Lia rangea anxieusement son sac avant de quitter la pièce. Elle se dirigea ensuite vers la cours du lycée pour retrouver avec bonheur son banc favori, à l'ombre d'un platane.

Contrairement à son habitude, elle ne sortit pas tout de suite son livre de son sac. Fermant les yeux, elle inspira profondément, se calmant doucement alors qu’elle sortait peu à peu de la torpeur coutumière dans laquelle elle se plongeait à chaque épreuve scolaire. Elle savait que, pour maintenant, elle ne pouvait plus rien y changer, mais elle ne pouvait s’empêcher d’espérer avec force que sa copie soit sélectionnée parmi les centaines d’élèves du lycée. Elle se savait dans les meilleurs, mais le discours de l’officier l’avait fait réfléchir plus profondément à la chose. Et si ses notes n’étaient finalement pas suffisantes ? Et si son profil ne correspondait pas à celui recherché ? Tant d’incertitudes planaient. Et peu de réponses leur seraient données en ce moment. Elle n’avait plus qu’à patienter. Patienter alors que l’angoisse lui tordait les entrailles. Soupirant, elle souffla une dernière fois pour se calmer, avant de se décider enfin à sortir son ouvrage fétiche du moment de sa sacoche. Il s’agissait d’un grimoire au sujet d’une nouvelle théorie de physique qu’elle avait déniché chez un revendeur populaire du vieux port, où elle pouvait toujours trouver les ouvrages les plus récents, que des marins revendaient contre quelques pièces leurs permettant de se procurer leur prochain livre de chevet pour les mois de mer à suivre. Caressant la couverture jaunie, la jeune Cassydrienne, ouvrit l’ouvrage à la page où elle s’était arrêtée, laissant ses yeux défiler au-dessus des lignes finement calligraphié, alors que les rouages de son esprit se mettaient en place afin de comprendre au mieux les explications de l’auteur. Mais ses yeux furent très rapidement attirés vers une ombre se dirigeant sur elle. Relevant la tête, elle grimaça en remarquant qu’il s’agissait de son frère, accompagné par son habituel bande d’amis.

-Lia, fit simplement le jeune homme.
-Qu'est-ce que tu veux Jérôme ? Soupira-t-elle.
-« Qu'est-ce que tu veux Jérôme ? », imita-t-il en rigolant, mais c'est que tu deviens féroce frangine !
Lia ne lâcha par son regard alors que ses amis s'esclaffaient derrière lui.
-Je viens juste m'informer de tes résultats à ce test. Tu ne crois tout de même pas être prise n'est-ce pas Mlle l'intello ? reprit-il.
-Qui sait ? répondit Lia en haussant les épaules.
-Tous ces officiers préfèreront avoir de belles filles plutôt qu'un laideron comme toi, ajouta l'une des amies de son frangin.
Lia haussa les épaules et rétorqua simplement :
-Alors tu ne risques pas d'être acceptée.
Julie, la fille qui l'avait insultée, fit quelques pas en avant avec la ferme intention de la gifler. Mais elle fut retenue par Jérôme.
-Laisse, fit-il, elle n'en vaut pas la peine.

Lia se contenta de les fixer sévèrement alors qu'ils tournaient le dos et s'éloignaient d'elle.
Bien que ces mots soient coutumiers dans la bouche de son frère, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir à chaque fois une once de tristesse, mêlée à un profond regret de ne pas avoir d’aussi bonnes relations avec sa famille que les autres étudiants du lycée. A vrai dire, elle ignorait réellement pourquoi tout cela était ainsi. Elle avait longtemps espéré que l’attitude de sa mère et de son frère finirait par évoluer un jour, mais rien n’y faisait. Et, la mort dans l’âme, Lia avait fini par se résigner, et attendait désormais avec impatience le jour béni de ses vingt ans, date à laquelle elle pourrait enfin quitter le domicile familial. Définitivement.

Alors que la jeune fille les regardaient retourner de l'autre côté de la cour, elle distingua avec aisance parmi la foule plusieurs uniformes si particuliers. Uniformes que portait l’officier ayant débarqué dans sa classe quelques heures plus tôt. Une dizaine de marins du Hope semblaient s’être déplacés pour l’occasion. Beaucoup avaient vraisemblablement le grade d’officier, mais elle put distinguer quelques silhouette plus jeunes dans la foule. Silhouettes qui restaient constamment aux côté d’un officier en particulier. Visiblement, quelques mousses étaient présents. Les dévisageant, elle ne put que reconnaître que chacun d’entre eux avait un maintien et un air qui imposait le respect. L’intelligence se lisait facilement sur leur visage, alors que quelques-uns dialoguaient aimablement avec les professeurs présents. Il s’agissait probablement d’anciens élèves du lycée, même si elle avait du mal à les reconnaître.

Arrachant son regard de cette scène, elle vit qu'un des officiers présents dans le lycée se tenait non loin et avait semble-t-il assisté à la scène, car il la fixait avec attention. Ne songeant pas pour le moment à détourner le regard, elle le dévisagea un moment. Il semblait plutôt jeune, ne semblant pas avoir au-dessus de 25 ans. Il avait des cheveux bruns coupés assez courts, malgré quelques mèches rebelles, et de beaux yeux d'un bleu profond qui la firent frissonner presque inconsciemment. Son visage était bien dessiné. Son menton volontaire menait vers de fines lèvres pâles, lesquelles étaient encadrées par des joues sur lesquelles courraient de fins poils bruns, presque invisibles au regard. Sa peau hâlée témoignait de la confrontation avec les vents violents du sud, et son maintien droit tenait impeccablement son uniforme. En un mot : Il était magnifique. Leurs yeux se croisèrent un moment mais, lorsqu'il lui fit un sourire charmeur, Lia détourna les yeux en rougissant, le cœur battant. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Se demanda-t-elle. C'était la première fois qu'elle réagissait ainsi. D’ordinaire, jamais elle ne se serait laissé aller à fixer un étranger ainsi. Un étranger à qui elle devait le respect, qui plus est. Un étranger diablement sexy, à qui l’uniforme seyait d’une manière toute particulière. Un étranger qu’elle espérait rejoindre un jour sur ce vaisseau de légende. La jeune fille du faire preuve de tout son self contrôle pour effacer soigneusement le visage de l’officier de sa mémoire. Les coups de foudres adolescents étaient une chose à laquelle elle prenait bien garde de ne pas être confrontée, et elle ne souhaitait en aucun cas attendre avec impatience l’année prochaine dans le but de croiser à nouveau ce regard de la couleur de l’océan d’un temps d’orage.
Baissant la tête, Lia tenta de se concentrer à nouveau sur son livre, mais fut à nouveau inter-rompu. Bien que cette interruption soit bien plus agréable que la précédente.

-LIAAAA !
Elle releva les yeux et sourit en voyant son ami de toujours courir vers elle.
-Marc ! Comment vas-tu ?
-Bien, bien, très bien ! s'exclama le garçon en s'asseyant à ses côtés, tu as vu ce test ? Trop facile ! J'espère être prit ! Tu te rends compte de l'opportunité ? Oh mon dieu !
-Eh ! Du calme ! Relax !
Le jeune homme sembla se calmer un peu et prit une grande inspiration. Lia connaissait Marc depuis bientôt dix ans. Le jeune homme était comme elle parmi les premiers du lycée. Ils se disputaient en fait la première place régulièrement. Il avait une culture générale immense, ajoutée à un esprit vif. Mais son stress ambiant l'empêchait souvent de réussir à la perfection les épreuves. Il restait néanmoins un ami fidèle, auquel la jeune fille pouvait tout confier. Et, s’il n’y avait qu’elle pour décider cela, ce serait à Marc qu’elle désignerait en priorité une place sur le vaisseau.
-Désolé, souffla Marc, mais je suis tellement excité !
- Moi, aussi, Admit Lia. Ce serait vraiment génial de pouvoir quitter ce lycée, Jérôme, et ma mère.
-J'espère que nous serons pris tous les deux, résuma Marc. Alors, et ce bouquin ? demanda-t-il en passant comme d'habitude du coq à l'âne.

Les deux amis discutèrent joyeusement pendant un petit moment avant de retourner en cours.
Ils passèrent en se dirigeant vers leur salle de classe respective devant le groupe d’officier, et Lia sentit comme inconsciemment les yeux bleus de l’homme qu’elle avait observé auparavant fixés sur elle. Elle frissonna en sentant brusquement une décharge remonter son bras pour atteindre son épaule puis sa nuque. Faisant volte-face, elle aperçut une brève lueur verte, avant de rencontrer le regard troublé de l’officier aux yeux bleus. Rougissant, elle se retourna à nouveau, se dirigeant avec hâte en direction de sa salle de classe.
Le reste de la journée se passa plutôt calmement pour la jeune fille qui se laissa porter au rythme des différents cours. Lorsque 17 heures sonna enfin sur la petite pendule du laboratoire de chimie, c'est avec bonheur que Lia sortit de la salle pour enfin respirer un peu d'air frai. Elle ne fit pas attention aux regards que lui lançaient Jérôme et ses amis. Elle avait l'habitude de leurs insultes qui se terminaient souvent en affrontement d'où elle ressortait plus ou moins mal en point. Elle grimaça en sentant ses jambes et son dos la tirailler, restes d'une bagarre quelques jours plus tôt mais garda un air neutre tandis qu'elle se dirigeait en vitesse vers le garage à vélo, d'où elle retira sa petite bicyclette. Après avoir discuté un peu avec Marc, et que ce dernier ait été emmené en voiture par son père, Lia enfourcha enfin son vélo et commença à prendre le chemin menant chez elle.
Mais la jeune fille n'avait pas fait quelques mètre que la route devant elle lui fut barrée. Jérôme, ainsi que trois de ses amis venaient de se mettre juste en travers de la piste cyclable.

- Laissez-moi passer, grogna Lia en leur jetant un regard noir.

Elle essaya de les contourner mais fut projetée de son vélo par une des brutes qui suivaient toujours son frère. La jeune fille grimaça tandis que son côté droit entrait violemment en contact avec le bitume. Elle essaya aussitôt de se relever mais fut stoppé par un coup de pied dans le ventre qui la laissa le souffle coupé.

-Alors sœurette, s'amusa Jérôme, on ne tient plus debout ?
Il lui donna un coup de pied dans les jambes.
-Laisse-moi tranquille ! Grogna Lia en tentant de se dégager, pour être malheureusement retenue par un des colosses de son frère.
Il la frappa à nouveau. Au visage cette fois. La jeune fille grimaça sous la douleur mais ne dit rien.
-Tu t'es bien amusé tout à l'heure, hein ? cria-t-il en lui donnant de nouveaux coups de pieds. Sache qu'on ne se moque pas de moi comme ça ! Tu entends ?
Lia ne répondit pas et se contenta de passer sa main derrière son dos pour commencer à sortir un objet de sous son t-shirt.
Le visage de son frère blanchit aussitôt.
-On dégage, grogna-t-il à ses amis.
Les quatre adolescents s'en allèrent aussitôt en courant, laissant Lia se relever tant bien que mal.
La jeune fille jeta un œil autour d'elle. Le coin où ils la coinçaient régulièrement était toujours désert. Elle grimaça sous la douleur tandis qu'elle se penchait pour inspecter son vélo.
Elle lâcha un juron en voyant qu'un des pneus avait été tailladé au canif.
-Bordel !
Elle dirigea son vélo sur le bord de la route et tenta d'évaluer l'ampleur des dégâts. La chambre à air était irréparable. Elle se félicita intérieurement de toujours en prendre une de secours dans son sac à dos. Le pneus extérieur était endommagé mais pouvait encore tenir le choc avec quelques réparations.

Soupirant largement, elle attrapa son vélo et le fit rouler sur le bas-côté de la route. Elle savait exactement où aller pour ne pas être dérangé dans ses réparations. Une dizaine de minutes plus tard, l'océan se dessinait enfin à l'horizon. Arrivée à une bifurcation, Lia quitta la route et emprunta un moment un chemin escarpé pour déboucher enfin sur son refuge. C'était une petite crique à l'écart, qu'on ne pouvait apercevoir de la route. Elle l'avait trouvé par hasard un jour où elle courrait pour échapper à Jérôme. L'endroit était constitué d'une paroi rocheuse dans laquelle se dessinait une petite cavité où Lia laissa tomber avec soulagement son vélo. Le sol était recouvert de sable.
Personne ne venait jamais ici. Elle semblait être la seule à connaître cet endroit qui était devenu son refuge. La marée était haute mais commençait à se retirer, permettant à la jeune fille de se laisser tomber sur le sable fin. Elle entreprit tout d'abord de retirer son t-shirt pour examiner ses blessures.

Elle grimaça en voyant des bleus commencer à se former par-dessus ses blessures déjà pré-sentes mais constata avec soulagement que rien ne semblait cassé ou foulé. Sortant une crème de son sac, elle s'en badigeonna ses membres endoloris avant de remettre son vêtement.
Elle passa ensuite un bon quart d'heure à essayer de rafistoler au mieux son vélo. Une fois qu'elle fut sûre que l'engin fonctionnerait à peu près correctement sur les quelques kilomètres qui lui restait pour rentrer enfin chez elle, Lia quitta la petite crique, non sans quelques regrets.
Alors qu'elle regagnait la route, elle ne vit pas une ombre se glisser hors des rochers pour l'ob-server s'en aller avec attention. L'individu, qui l'avait suivi depuis sa sortie du lycée, la fixa avec compassion tandis qu'elle zigzaguait sur les petites routes de Cassydre.
Mais lorsque que Lia se retourna pour vérifier si personne ne l'avait suivi, il avait déjà disparu.
Lia fut accueilli par sa mère avec mauvaise humeur lorsqu'elle rentra enfin chez elle et se con-tenta de hausser les épaules lorsque la femme lui demanda où elle avait encore été trainé. La jeune fille passa une partie de la soirée à préparer le repas puis essaya de relaxer ses membres endoloris.



Le lendemain, lorsque midi sonna, tous les élèves entre 16 et 17 ans furent rassemblés dans la cour du petit lycée. Au moins 200 adolescents se tenaient donc là à attendre les résultats du test. Les rangs étaient disparates, et une anxiété commune régnait dans le groupe, bien que beaucoup savaient déjà qu’ils n’avaient aucune chance d’être retenu. Cependant, pour les élèves plutôt bons, la nuit avait été courte. Très courte. Tant, la peur au ventre, ils ne cessaient de songer à ce qu’il pourrait se produire le lendemain. Lia n'avait cessé de songer à cela toute la matinée, ainsi qu'une bonne partie de la nuit. Elle n'avait même pas été capable de se concentrer sur le moindre cours, attendant avec une impatience croissante le verdict des représentants du navire, tant l’opportunité du voyage était grande. Elle patientait donc, dans les rangs du devant, debout à côté de Marc qui ne semblait pas non plus en mener bien large. Les deux amis tenaient tant bien que mal de se réconforter, mais cela ne fonctionnait pas plus que cela. De plus, la jeune fille ne pouvait s’empêcher d’attendre avec une impatience encore plus grande de recroiser le regard bleu de l’officier de la veille. Malgré tous ses efforts, le visage de l’homme n’avait pas quitté son esprit, et elle commençait à se demander très sérieusement si elle n’était pas en train de se comporter comme une adolescente prè-pubère et complètement immature, pour attendre avec fébrilité sa prochaine rencontre avec un homme qu’elle n’avait rencontré que la veille.
Elle ne pouvait s'empêcher de jeter un œil à sa montre toutes les trente secondes. Les minutes s'écoulaient : midi, midi deux, midi cinq, midi sept.

-Bon sang, grognait Marc, mais qu'est-ce qu'ils font ?

Finalement, à 12 h 10, l’officier qui était venu leur distribuer leurs questionnaires ainsi qu'une dizaine d'autres vinrent se présenter devant eux. Lia reconnu aussitôt celui qu'elle avait observé la veille. Elle piqua un fard en se rendant compte qu'il la fixait également et détourna le regard.
Un homme d'une quarantaine d'année aux tempes grisées prit alors la parole, faisant sursauter la jeune fille.

-Bonjour à tous. Tout d'abord, désolé pour ce léger retard mais nous avions quelques détails de dernière minute à régler. Je me présente, je suis le colonel Higgans. C'est moi qui suis le président du jury et le commandant en second du Hope. Nous avons fini de corriger vos tests. Vos notes ont bien sûres été prises en compte, mais nous avons également regardé les appréciations de vos différents professeurs. Cela nous a permis de déterminer les quelques élèves qui allaient voyager avec nous pendant trois ans. Ceux que j'appellerai devront s'avancer et se mettre à côté de moi. Je leur dirais ensuite quel officier a été choisi pour eux. Allons-y : Baldes Anne !

Une jeune fille blonde que Lia n'avait jamais vraiment remarquée s'avança en rougissant. Et Lia ne put s’empêche de l’envier énormément. Quelle chance elle avait ! La dite Anne semblait d’ailleurs s’en rendre compte, car ses mains se mouvaient dans un tremblement presque incontrôlé tandis qu’elle s’avançait en un pas fébrile vers le colonel.

-Tu seras avec le lieutenant Morgan !

Un homme aux cheveux noir lui fit signe s'avancer vers lui avec un sourire. Ils échangèrent quelques mots à mi-voix.

-Guenter Marc !

Lia sursauta imperceptiblement, et se tourna aussitôt vers le dit Marc, un sourire sur les lèvres. Elle était très heureuse pour lui, mais ne pouvait s’empêcher de ressentir un léger pincement au cœur à la pensée que, si elle n’était pas choisie, elle ne pourrait presque plus jamais le revoir.
Son ami étouffa une exclamation de surprise et resta pendant quelques secondes la bouche ouverte dans une parfaite imitation du poisson rouge hors de l'eau.

-C'est...C'est bien moi qu'ils ont appelé, hein ? Souffla-t-il à Lia.

La jeune fille sourit largement et poussa légèrement son ami vers l'avant afin que ce dernier ose enfin bouger. Trébuchant, le pauvre Marc se réceptionna aussitôt et, les joues rouges, s’avança vers le colonel.
Il fut dirigé ensuite vers un certain lieutenant Carols, une jolie femme aux cheveux blonds.

-Et enfin, Shakeshift Lia !

Lia sentit son cœur manquer un battement en entendant son nom être appelé. Elle dû faire tout son possible pour ne pas crier de joie ou laisser des larmes de soulagement couler sur son visage. C'était merveilleux ! Elle allait enfin pouvoir quitter cette vie et partir de l'avant, se construire un avenir. Elle serait avec Marc et, dirigeant brièvement son regard vers l’officier aux yeux bleus, elle ne put que songer qu’elle pourrait le revoir régulièrement. Ce dernier lui souriait d’ailleurs largement. Et, ce fut les jambes tremblantes qu'elle s'avança vers le colonel sous le regard perçant de l’homme. Higgans lui fit un large sourire.

-Félicitation ! Tu seras avec le lieutenant Scott!

Lia ne put s’empêcher de frissonner alors qu’il désignait l’homme qui n’avait cessé de la fixer. Visiblement, elle allait le revoir bien plus souvent que prévu. Mais cela n’était pas un problème, bien au contraire. Ravalant sa salive, elle tenta d’effacer le rouge gagnant toujours ses joues avant de s’avancer maladroitement vers l’homme. Enfin, vers le lieutenant Scott.
Ce dernier lui fit un large sourire, et lui tendit une main qu’elle serra un peu maladroitement, encore sous la surprise d’avoir été choisie.

-Bravo, murmura-t-il, je suis le lieutenant Antoine Scott, ravi de te connaître.
-Moi de même lieutenant, lui répondit Lia avec un sourire timide avant de se placer à côté de son désormais tuteur.
-Voilà, reprit l'homme aux cheveux gris, ce sont les seuls élèves qui seront capable de suivre les cours et la discipline. Le reste n'est soit pas assez bon, soit pas assez discipliné. Certains d'entre vous pourront peut-être essayer à nouveau l'année prochaine.
Beaucoup d'élèves grommelèrent de dépit. Lia jeta un œil à Jérôme qui lui jeta un regard menaçant.
-Tu va le payer, articula-t-il en silence.

Lia blanchit mais ne détourna pas le regard. Après tout, ce n’était pas la première fois que son frère jouait ce numéro de petit caïd local, et la jeune fille avait appris à rester de marbre face à ces provocations régulières.

-Qui est-ce ? murmura le lieutenant Scott à son oreille, j'ai vu qu'il te menaçait déjà hier.
Lia rougit furieusement, honteuse que son désormais tuteur ai remarqué cette altercation silencieusement. Tournant et retournant le problème dans son esprit, elle se demanda un instant s’il était raisonnable d’aborder le sujet avec lui. Après tout, elle ne tenait pas à ce que ses problèmes personnels viennent entacher sa vie future sur le Hope. Elle souhaitait aller de l’avant, et oublier tout cela. Mais, peut être étais-ce dû au regard troublé que son tuteur lui jetait, ou à l’air particulièrement énervé qu’avait Jérôme en cet instant ; Lia finit par abandonner toutes ses résolution, et bafouilla dans un souffle :

-C'est mon frère.
Aussitôt, l’officier fronça les sourcils, la dévisageant avec un peu plus d’attention.
-Ton frère ? Il est toujours comme ça ?
Lia acquiesça, de plus en plus mal à l’aise.
-Hmm… Peut-être devrais-je t'accompagner lorsque tu iras chercher tes affaires, fit Scott en dévisageant Jérôme qui s'éloignait avec les autres élèves.
-Si…Si ça ne vous dérange pas, marmonna Lia.
-Ça ne me dérange pas du tout ! S'exclama-t-il, je ne voudrais surtout pas qu'il arrive quelque chose à mon mousse préféré.
Il lui fit un sourire charmeur auquel Lia répondit aussitôt, commençant à se détendre. Un léger soulagement commençait à l’envahir à l’idée que, cette fois, elle ne devrait pas faire face seule à sa famille. Le lieutenant Scott serait avec elle, et serait présent pour l’emmener ensuite re-joindre le Hope. Fermant brièvement les yeux, la jeune fille laissa son esprit dériver alors que les élèves n’ayant pas été retenus quittaient la cour. C’était visiblement officiel, maintenant. Elle allait enfin pouvoir partir d’ici. Rouvrant les paupières, elle échangea un large sourire avec Marc, lequel leva le pouce en signe de victoire.

Lorsqu'il ne resta plus dans la cour que les nouveaux mousses et les officiers, l'homme reprit la parole.
-Félicitation vous trois. Je vais vous laisser rassembler vos affaires. Vos lieutenants vous ramèneront au Hope juste après. Ils vous aideront à prendre tout ce dont vous avez besoin. A tout à l'heure les jeunes !
Il leur fit à tous un signe de tête avant de quitter la cour, suivit par quelques officiers.
Les trois jeunes échangèrent un regard ravi. Marc sauta alors dans les bras de Lia qui eut bien du mal à garder l'équilibre.
-On l'a fait ! Cria-t-il avec excitation, on l'a fait !
-Wow ! Du calme Marc ! fit Lia en éclatant de rire.
Les deux amis s'étreignirent un moment puis Lia avança vers leur nouvelle coéquipière et lui tendit la main en souriant.
-Anne c'est ça ? demanda-t-elle, je m'appelle Lia.
-Enchanté, répondit celle-ci.
Elle prit également la main de Marc qui la serra avec un large sourire.
Ils discutèrent quelques minutes avant d'être chacun rappelé par leur lieutenant.
-Il sera temps que vous prépareriez vos affaires, signala le lieutenant Morgan. On ne part que demain mais comme ça vous aurez le temps de découvrir le vaisseau.
Tous acquiescèrent et se séparèrent.
Le lieutenant Scott se tourna alors vers Lia.
-Bien, allons-y alors. Où habites-tu ?
-A environ 20 minutes en vélo d'ici.
-Tu viens en vélo tous les matins ? demanda-t-il alors qu'ils marchaient vers la sortie.
-Oui, lui répondit-elle en détachant sa bicyclette de l'endroit prévu pour.
-Ton frère aussi ?
-Non, ma mère le conduit. Il a toujours refusé de prendre son vélo. Et puis, cela fait plaisir à ma mère de se retrouver seule avec lui.
Le lieutenant la conduisit vers une simple voiture noire. Il plaça dans son coffre le vélo et invita Lia à prendre la place du passager avant.
-Tu ne t'entends pas très bien avec tes parents ? Demanda-t-il en démarrant.
-Mon père est mort quand j'avais cinq ans, fit Lia en regardant au dehors.. Il paraît que je lui ressemble beaucoup, donc il semble que c'est assez dur pour ma mère de me voir. Et puis, mon frère a bien meilleur caractère.
Scott hocha la tête sans rien dire.
Ils continuèrent le trajet en discutant de la discipline à laquelle la jeune fille devra se plier. Elle apprit notamment que les cours pour les premières années n'avaient pas encore commencé. Ils étaient maintenant dix nouveaux mousses et devaient encore s'arrêter dans trois établisse-ments.
-Nous espérons recruter encore quatre ou cinq personnes, commenta Scott.
Lia ne fit la plupart du temps que hocher la tête, essayant d'assimiler le plus vite possible toutes ces nouvelles informations.
Très vite, ils arrivèrent chez Lia. La jeune fille sentit son anxiété augmenter au fur et à mesure que le lieutenant entrait dans l'allé, puis sa garait à côté de la voiture de sa mère.
Elle descendit aussitôt de la fourgonnette et referma la porte avant de sortir son vélo du coffre.
-Laisse-le, lui dit alors le lieutenant, il vaut mieux que tu l'emmène à bord. Nous faisons régulièrement des escales et je suis souvent chargé d'aller dans les terres à vélo.
Lia hocha la tête en souriant. C'était une bonne nouvelle, elle avait toujours aimé faire du vélo.
Ils s'avancèrent donc tous les deux vers la porte d'entrée. Lia l'ouvrit avec précaution, jeta un œil à l'intérieur, puis fit signe au lieutenant de la suivre.
Ils firent quelques pas à l'intérieur, Lia menant son lieutenant vers un escalier en bois qui menait à l'étage. Mais elle n'avait pas posé un pied sur la première marche qu'une porte claqua violemment derrière eux.
-C’est pas possible, grogna la jeune fille.
-LIA ELISABETH SHAKESHIFT !
La jeune fille se retourna pour faire face à une petite femme replète dont les longs cheveux noirs flottaient dans son dos.
-Maman, murmura-t-elle.
-Je viens d'avoir ton frère au téléphone, il dit que tu l'as empêché de réussir le test pour le Hope ! Petite peste ! Fille ingrate ! Quand comprendras-tu qu'il est bien meilleur que toi ? Mon Jérôme aurait dû être choisit mais toi…. ! C'est toujours de ta faute ! Ah si ton père était là !
-Maman, la coupa Lia.
-NE M'INTERROMPS PAS ! hurla sa mère.
Lia se recroquevilla sur elle-même et se prépara à recevoir la main de sa mère sur la figure, mais une main retint le bras qui fendait l'air.
-Arrêtez ! cria le lieutenant.
-Qui…Qui êtes-vous ? demanda aussitôt la femme qui venait de remarquer la présence du lieutenant dans la pièce.
-Je suis le lieutenant Antoine Scott, celui qui s'occupera de votre fille. Veuillez ne pas la brutali-ser. Je tiens à ce qu'elle soit en bonne santé. De plus, si Lia a été choisi, c'est pour son travail scolaire irréprochable. Elle est très douée. Votre fils n'aurait pas pu être choisit. Il ne travaille pas assez et ne respecte pas les règles de bonne conduite. Nous n'aurions pas pu l'accepter à bord.
La mère de Lia sembla sans voix pendant un moment mais finit par se reprendre.
-Et bien tant mieux alors ! fit-elle, comme ça tu ne seras plus ici pour propager des calomnies à propos de mon Jérôme. Va chercher tes affaires et ne reviens pas avant un an au moins !
Lia hocha la tête avec soulagement.
-Oui maman.
Lia monta à l'étage, aussitôt suivit par le lieutenant. Ils débouchèrent sur un petit palier donnant accès à trois portes. Lia ouvrit celle qui semblait la plus propre et fit signe à son tuteur d'entrer. La chambre de la jeune fille était petite mais très bien organisée et il ne leur fallut que quelques minutes pour rassembler toutes les affaires auxquelles Lia tenait le plus et ce qui pourrait lui être utile pendant son voyage.
Durant le dur labeur qu’était le remplissage de son sac de voyage, la jeune fille ne cessa de jeter des regards en coin à son nouveau ‘tuteur’. Voir cet homme se tenir dans un espace aussi personnel que cette pièce était particulièrement troublant. L’uniforme de l’officier se mariait pourtant assez bien avec les murs recouverts de peinture verte. Mais sa présence était étrangère, et Lia ne cessait d’avoir la désagréable impression qu’il envahissait en quelque sorte ce lieu presque sacré pour elle. Cependant, elle ne parvenait pas à lui en vouloir. Sa présence était certes dérangeante, mais bénéfique également. Il soufflait comme un vent de liberté et de brise marine dans cette chambre sentant habituellement le renfermé. Et cette brise rafraichissante n’était provoquée que par la simple présence du lieutenant Scott. Ce dernier semblait observer sa chambre avec intérêt, hochant la tête avec approbation devant certains livres posés en équilibre sur la petite étagère.
-Les as-tu tous lu ? Demanda-t-il en détaillant avec attention la 4ème de couverture de l’un deux.
-Oui lieutenant ! Répondit-elle aussitôt. Je n’ai pas grand-chose d’autre à faire, ici. Particulière-ment l’hiver lorsque me rendre à la plage relève plus de la galère que d’une simple balade.
L’homme sourit avec amusement.
-Tu ne peux pas savoir à quel point je te comprends, murmura-t-il avant de reposer l’ouvrage à sa place d’origine.
Il soupira légèrement, jetant à nouveau un regard global à la pièce.
-Les hivers sont souvent particulièrement longs sur le Hope, reprit-il en passant une main dans ses cheveux. Prend de la lecture, car tu en auras besoin si tu souhaites garder l’esprit clair et avisé lorsque nous n’aurons que quelques heures de clarté par jour.
-D’accord lieutenant !
Se mettant à genoux, Lia réceptionna un grimoire venu se loger sous son matelas, avant de le ranger soigneusement dans son sac. Si l’homme disait vrai, les hivers qu’ils allaient affronter risquaient d’être plus rigoureux que ceux de Cassydre. Et déjà que Lia attendait chaque année avec une impatience grandissante le printemps…Elle se demanda un instant si elle avait fait le bon choix en acceptant d’être enrôlée sur ce vaisseau. De nombreuses questions se bouscu-laient dans son esprit, sans qu’elle ne puisse en trouver la réponse. La plupart d’entre elles étaient pourtant particulièrement banales : combien d’élèves sont présents à bord ? Aurait-elle des tâches particulières à effectuer ? Comment allait se dérouler sa cohabitation forcée avec le lieutenant ?
Mais la timidité et l’appréhension ne lui permettait pas d’ouvrir la bouche pour assaillir le lieu-tenant Scott de toutes ses interrogations. Elle allait avoir ses réponses au fur et à mesure de cette nouvelle aventure. Elle imaginait bien que cela n’allait pas être simple…loin de là. Mais elle était prête à tout pour quitter cette vie sans avenir, ici à Cassydre.
-Je crois que j’ai terminé, annonça-t-elle finalement en bouclant l’énorme sac qui trônait désormais sur son lit.
Elle avait vidé presque entièrement son maigre placard, emportant tout ce qui pouvait être nécessaire à sa survie à bord.
-Bien. Pouvons-nous y aller, dans ce cas ? Fit Scott en se dirigeant vers la porte.
-Oui lieutenant !
Le suivant sur le palier, Lia jeta un dernier regard en direction de sa chambre, avant de fermer cette dernière à double tour, et de camoufler la clé dans une des poches de son sac. Certaines choses contenues dans cette pièce étaient personnelles, et elle n’avait pas particulièrement envie que sa mère ou Jérôme en profite pour les lui subtiliser.

Lorsqu'ils redescendirent, la mère de Lia était dans la cuisine en train de préparer le repas. La jeune fille songea amèrement que le diner qu’elle avait mangé la veille au soir était le dernier repas de sa mère qu’elle mangerait probablement de toute sa vie. Elle savait que cela allait lui manquer, même si elle ne portait pas cette femme dans son cœur. Elle restait sa mère malgré tous leurs désaccords et malgré ces non-dits et cette colère qui planait toujours entre elles.
-Au revoir maman, fit la jeune fille en passant.
La femme ne répondit pas et Lia se contenta de soupirer doucement avant de se diriger vers la sortie. Elle croisa en passant son frère Jérôme. Ce dernier sembla vouloir lui dire quelque chose, mais se ravisa en voyant le lieutenant derrière elle.
-Au revoir Jérôme, lui dit-elle néanmoins.
-A jamais oui ! cria-t-il alors qu'elle entrait dans la fourgonnette.
Elle n'eut aucun regard en arrière lorsque le lieutenant démarra et finit par essayer d'oublier tout ce qui s'était passé, se contentant de se réjouir des explications que lui donnait le lieute-nant sur leur voyage. Le rejet, bien qu’habituel, était particulièrement dur, et Lia se demanda un instant comment elle était capable d’endurer une telle chose. Elle espérait plus que tout que le Hope allait devenir comme une nouvelle famille pour elle, car sa véritable famille semblait bel et bien l’avoir abandonné…
Il ne leur fallut qu'une petite demi-heure pour atteindre le port. Cassydre, la localité où Lia vivait était une petite ville portuaire très connue pour être l'un des points récurent d'escale du Hope. Le vaisseau suivait chaque année un plan de parcours similaire, recrutant presque tou-jours dans les mêmes ports, malgré quelques déviations çà et là en fonction des années. Le plan de route était apparemment assez compliqué, selon les dire de Scott. Mais le lieutenant assura à Lia avec humour qu'ils ne se perdraient certainement pas, tant ceux dirigeant le vaisseau étaient habitués à naviguer de par les océans.

La jeune fille fut comme à chaque fois émerveillée de contempler ce navire de légende. La coque blanche brillait sous la lumière de fin d'après-midi tandis que le pavillon bleu caractéris-tique du Hope flottait dans la brise salée de la mer. Ébahie, elle contempla un moment les nombreux hublots positionnés sur le tour et se demanda un instant combien de cabines ou de salle ce navire pouvait contenir. Des étudiants étaient accoudés sur le pont, et semblaient contempler le port de Cassydre avec un ravissement qui étonna la jeune fille. Etait-il si agréable de retrouver la terre ferme après des semaines en haute mer ?

Son lieutenant gara la fourgonnette sur le port et l'aida à en sortir sa valise. Il sourit largement en se tournant vers le vaisseau, et fit signe à quelques personnes déjà à bord.
-Allez Lia, il est temps pour toi d’embarquer sur ta nouvelle maison !
La bonne humeur de l’homme était communicative, tout comme son sourire qui séduisait tou-jours la jeune Cassydrienne. Lia se retrouva bientôt entrainée vers la passerelle, laquelle la mena très rapidement au pont du navire.
De près, le Hope était encore plus impressionnant, reluisant sous le soleil, faisant ressortir le bleu parfait des uniformes des étudiants. Le pont était d’ailleurs jalonné de quelques bancs permettant à l’équipage de profiter de ce temps magnifique. La jeune fille vit son tuteur saluer quelques personnes, auxquelles elle sourit maladroitement, tandis qu’elle soulevait toujours l’énorme sac contenant ses plus précieuses possessions.
Il ne leur fallut que quelques minutes pour transporter les affaires de la jeune fille à bord, déposant au passage son vélo dans un hangar.
-Suis-moi ! fit Scott en l'entrainant à l'intérieur du vaisseau.
La jeune fille, tout en trainant sa valise, traversa de nombreux corridors et rencontra de nom-breux marins et mousses qui les saluèrent joyeusement avant que le lieutenant s'arrête devant une porte où le nom Scott était inscrit. C’était apparemment ici qu’ils allaient s’arrêter, et qu’ils allaient vivre durant les trois prochaines années. Lia sentit une lueur d’anticipation grandir en elle alors que l’homme avançait doucement la main vers la poignée.
Il l'ouvrit et incita Lia à entrer, posant ses bagages à l'intérieur.
-Voilà nos quartiers ! S'exclama-t-il en souriant. Nous dormirons tous les soirs ici.
Lia sourit largement en découvrant la petite cabine. On y trouvait deux lits séparés de quelques centimètres, dont les oreillers moelleux laissaient présager de très bonnes nuits de sommeil. Un hublot permettait de voir au dehors, et laissait passer une lumière saisissante et bienvenue qui caressait les murs de la cabine d’une lueur bienfaisante. La pièce était également d’une petite table et d’une petite bibliothèque déjà remplie de nombreux livres. C’était absolument parfait. Un large sourire sur les lèvres, Lia s’aventura un peu plus vers les ouvrages, dont elle caressa avec révérence les couvertures. Elle sentait qu’elle allait vraiment se plaire ici.
-C'est magnifique ! S’exclama-t-elle en se retournant vers son tuteur, lequel semblait n’avoir cessé de l’observer durant tout ce temps.
Scott sourit largement.
-Heureux que ça te plaise. Mes affaires sont rangées ici, tu peux mettre les tiennes là.
Il lui désigna un placard.
Lia passa les minutes suivantes à ranger et installer toute ses affaires dans la petite cabine sous le regard attentif du lieutenant Scott. Ses livres allèrent rejoindre ceux de l’homme, tandis que ses vêtements furent installés soigneusement dans l’armoire prévue à cet effet. L’espace était étroit, et le confort spartiate, mais c’était déjà plus que ce dont Lia avait besoin. Pour elle, c’était presque le paradis. Déposant avec précaution son sac de voyage désormais vide dans la penderie, elle sursauta légèrement en sentant la main de son tuteur se poser sur son épaule, lui envoyant un léger frisson qui la surprit.
Faisant volte-face, elle lui jeta un regard interrogateur, et ouvrit la bouche pour lui poser une question. Mais il fut plus rapide qu’elle.
-Lia, fit-il en souriant, j'ai quelque chose pour toi.
La jeune fille fronça les sourcils lorsqu'il lui tendit un paquet emballé de papier kraft. Un cadeau ? Que cela signifiait-il ? Elle n’avait rien demandé. Sa seule présence sur ce bateau suffisait à la combler de bonheur. Observant avec une moue étonnée l’emballage, elle hésita un long moment à l’ouvrir, caressant distraitement le papier kraft.
- Ouvre-le, murmura Scott en souriant.
La jeune fille retira en quelque seconde l'emballage, dévoilant sous ses yeux ébahit un vêtement qu'elle avait tant rêvé porter :
-L'uniforme des mousses du Hope, lui annonça Scott tout sourire.
-Merci lieutenant ! S'exclama-t-elle en riant presque de bonheur, merci beaucoup.
Evidemment, l’uniforme ! Comment avait-elle pu oublier une chose aussi indispensable ? Ce vêtement était plus qu’un cadeau, pour elle. S’en était presque une consécration. Elle avait tant rêvé de ce vêtement que ses mains tremblaient presque alors qu’elle caressait le doux tissus glissant sous ses doigts.
-Mais de rien. Tu devras le porter à chaque escale désormais. Je vais en mettre deux autres de rechange dans ton armoire. Le reste du temps tu pourras porter des vêtements plus décontractés. Je vais te laisser l'enfiler. La salle de bain est juste là.
Il ouvrit une porte que Lia n'avait pas remarquée jusqu'à présent. Elle entra dans la pièce et referma derrière elle avant de retirer ses vêtements pour enfin enfiler son nouvel uniforme.
Le vêtement était composé d'une veste et d'un pantalon bleu marine, auquel venait s'ajouter une chemise bleue clair. Elle devait également porter une paire de bottines noires ainsi qu'un foulard rouge vif à nouer autour du coup, indiquant son statut d'élève. Sur le devant de la veste était brodé le nom du vaisseau ainsi que ses armoiries : une ancre et une pile de grimoires. Lorsqu'elle eut enfilé l'uniforme, Lia se regarda un instant dans le petit miroir devant elle. Elle n'arrivait toujours pas à croire la chance qu'elle avait d'être là. Elle était tellement fière de porter ce vêtement qu'elle se promit silencieusement de faire de son mieux pour faire honneur à ce vaisseau.
Elle ressortit quelques secondes plus tard de la salle de bain, rougissant furieusement lorsque son lieutenant se mit à siffler en la voyant.
-Tu es magnifique, fit-il en souriant largement. Allez ! Suis-moi ! Je vais te présenter au reste des mousses !



Les heures qui suivirent furent exténuantes pour Lia. La jeune fille dû mémoriser au moins une trentaine de noms et de figures. Elle se fit de nombreux amis parmi les autres mousses, la plu-part ayant le même caractère qu'elle. Elle retrouva également avec plaisir Marc et Anne lors de la soirée organisée en l'honneur des trois nouveaux mousses.
Durant cette soirée, elle rencontra également de nombreux autres tuteurs, tels que le lieute-nant Bruno Miller, le meilleur ami du lieutenant Scott. Le jeune homme, aux cheveux blonds cendrés coupés plutôt court l'avait dévisagé de ses yeux verts inquisiteurs avant de craquer un sourire ravageur, l'accueillant chaleureusement sur le Hope. Il l'avait d'ailleurs longuement taquiné, déclamant que son ami avait enfin trouvé la femme idéale après lui avoir posé une série de questions sur ses intérêts, son mode de vie et une batterie de questions plus embarrassantes les unes que les autres. Lia avait donc préféré battre en retraite et discutait maintenant avec Marc, Anne et Sophie, une mousse qui avait été recruté deux semaines plus tôt.
-Et sinon, demanda Anne, que pensez-vous de vos tuteurs ?
-Le lieutenant Morgan est très gentil, commença Anne. Il m'a vraiment tout expliqué en détail. J'ai hâte de commencer à apprendre.
-Moi aussi ! S'exclama Marc, le lieutenant Carols m'a dit qu'elle devait aussi m'apprendre les bases du comportement d'un militaire. Ça va être génial, même si elle a l'air un peu sévère. Et toi Lia ?
-Moi…heu…, commençai la jeune fille.
Elle hésita sur la réponse à donner. Elle n’avait à vrai dire pas eu beaucoup de temps pour discuter avec son tuteur, le départ de chez elle ayant été plutôt mouvementé. Mais elle espérait avoir rapidement les informations indispensable pour son bien être à bord de ce vaisseau.
-J'ai vu que tu étais avec le lieutenant Scott, la coupa Sophie, tu as beaucoup de chance. Il paraît que c'est la première fois qu'il prend un mousse sous son aile. En plus, je dois avouer qu’il est vraiment très séduisant.
Lia manqua de s’étouffer à cette affirmation. Elle jeta un regard en douce au lieutenant Scott qui discutait toujours avec le lieutenant Miller. C'est vrai, il était magnifique. Elle avait essayé de stocker cette information dans un coin de son esprit, et de ne plus y penser pour le moment. Après tout, elle était là pour apprendre. Mais chaque fois qu’elle se tournait vers lui, elle ne pouvait s’empêcher d’admirer sa silhouette svelte et longiligne. Mais elle allait devoir vaincre cette attirance assez rapidement si elle voulait parvenir à s’exprimer sans bafouiller chaque fois qu’il lui poserait une question. Lia gémit intérieurement. Comment avait-elle pu se laisser avoir à ce point par le charme de l’homme, alors qu’elle ne le connaissait que depuis quelques heures. Parfois, elle ne se comprenait vraiment pas. Alors qu'elle allait retourner à la conversation, Antoine tourna la tête vers elle. Elle croisa brièvement son regard et sourit largement avant de détourner le regard en rougissant.
-Ooh ! fit Marc, on dirait que notre Lia est déjà sous le charme.
-Bien sûr que non ! S'exclama la jeune fille en rougissant. C'est juste…Je…D'accord, je le trouve très séduisant. Mais nous sommes avant tout ici pour apprendre. Il vaut mieux se concentrer là-dessus.
Tous acquiescèrent, entraînant un soupir de soulagement de la jeune fille. Il valait mieux pour elle que cette partie de la conversation soit définitivement oubliée. Il ne manquait plus que son tuteur se rende compte de cette attirance à son égard…
Lia secoua la tête. Non. Il ne valait vraiment mieux pas qu’il le sache…
Le lieutenant Miller observait avec attention et bonne humeur le petit groupe qui venait de se former. Trois nouveaux mousses avaient été recrutés lors de cette escale à Cassydre. Trois jeunes gens talentueux étaient venus rejoindre les rangs du si célèbre Hope. Il avait eu l’occasion d’échanger quelques mots avec chacun d’entre eux, apprenant déjà à connaître ceux qui deviendrait ses compagnons d’équipage durant trois longues années. Il avait tout d’abord Anne Baldes. Une jeune fille très sympathique, bien qu’un peu timide, qui était devenu la pupille de son ami Alvin Morgan. Ensuite, Marc Guenter, un jeune homme très enthousiaste, et apparemment impatient de commencer les cours serait sous la responsabilité de Clare Carols, une jeune femme que Bruno appréciait tout particulièrement car, tout comme Alvin et Antoine, elle provenait de la même promotion de mousses que lui. Et enfin, son cher Antoine avait enfin trouvé un mousse en la personne de Lia Shakeshift. La jeune fille, un peu timide au premier abord, s’était avéré être une personne très agréable, bien qu’apparemment peu enclin à discuter de sa vie à Cassydre. Bruno en ignorait les raisons, mais cela ne lui rappelait que trop bien le comportement d’un certain lieutenant lors de ses premiers jours sur le Hope ; lieutenant qui était devenu par la suite son meilleur ami. Mais, le moins que l’on pouvait dire, c’est que la jeune Shakeshift en question ne semblait pas être capable de se débarrasser pour le moment de la rougeur continuelle qui ornait ses joues chaque fois qu’Antoine était dans les environs. Et, le plus amusant, c’est que le dit Antoine avait exactement le même comportement.
Bruno lâcha un léger rire.
-Qu’y a-t-il de drôle ? S’enquit aussitôt son meilleur ami qui sirotait tranquillement son verre de Whisky.
-Oh, rien, répondit-il d’un air évasif. Je réfléchissais juste aux trois prochaines années à venir. Elles s’avèreront très certainement très intéressante.
-En effet, admit Antoine en souriant. Surtout que, maintenant, nous avons tous les deux un mousse. D’ailleurs, comment se passe l’intégration de Sophie sur le navire ? Est-elle finalement parvenue à dépasser ses réticences initiales ?
Bruno grimaça légèrement. L’intégration de sa pupille n’avait pas été une mince affaire. Sophie Norman, de la noble famille Norman n’était apparemment pas du tout destinée à rejoindre le Hope. Du moins, c’est ce que pensaient ses parents. Et il avait été horriblement compliqué pour le lieutenant de les convaincre de le laisser emmener leur fille jusqu’à l’année suivante. Et, même s’ils avaient finalement cédés, Sophie éprouvait toujours de profonds remords au fait d’avoir été contre la volonté de ses parents. Les deux premières semaines sur le navire avaient été pour elle plutôt compliquées, car elle ne cessait de se repasser les évènements qui s’étaient déroulés la veille de son départ. Et il avait fallu toute la motivation et la bonne humeur de Bruno pour enfin la motiver à oublier le passé et à profiter de la vie à bord, chose qu’elle mettait enfin en application ce soir-là.
-Je pense bien, déclara Bruno. Elle est beaucoup plus à l’aise, maintenant. Et je crois qu’elle vient de se faire des nouveaux amis.
-C’est bien pour elle, reprit Scott. Et je suis ravi que Lia en fasse parti. Nous serons ainsi proba-blement amenés à travailler ensemble.
Les deux amis se sourirent avec bonne humeur tout en fixant le petit groupe des quatre nou-veaux mousses, lesquels semblaient passer un très bon moment, à en juger par leurs éclats de rire.
Ce ne fut que vers vingt-trois heure trente qu'Antoine vint finalement chercher Lia pour aller se coucher. La soirée avait été longue, et la jeune fille était exténuée. Elle refit facilement l'itinéraire jusqu'à leur chambre et entra avec une anxiété croissante dans la petite pièce, suivie de près par son lieutenant. Elle ignorait réellement ce qui allait se passer maintenant, et était loin d’être à l’aise face au fait de partager une chambre avec quelqu’un. Se tournant vers l’homme, elle le fixa avec attention, attendant qu’il se décide à parler. Ce dernier referma la porte derrière eux puis se tourna vers la jeune fille.
-J'aimerais que nous mettions en place quelques petites règles afin que notre cohabitation se passe pour le mieux, commença-t-il. Tout d'abord, je te réveillerai tous les jours à 5 h 30 pré-cises. De 5h 30 à 6h, footing sur le pont. Nous aurons ensuite une heure de leçons tous les deux avant le petit déjeuner. Les cours commencent normalement à 8h. Mais pour l'instant nous attendons encore nos prochaines recrues. Tu auras donc cours avec moi une bonne partie de la matinée. L'après-midi sera pour l'instant consacré à la détente. Les cours se terminent normalement vers 17 h. De 17 à 20 tu pourras faire tes devoirs avec les autres et te relaxer un peu. Puis ce sera l'heure du diner à 20h. Après le diner la plupart des élèves retournent dans leur cabine pour finir leurs devoirs ou passer un peu de temps avec leur tuteur pour par exemple apprendre une langue ou un instrument. Si tu le souhaite je pourrais par exemple t'apprendre à jouer de la guitare. Tu pourras prendre une douche le matin après le footing et le soir avant de te coucher. Extinction des feux à 22h30. Compris ?
-Oui lieutenant ! s'exclama Lia.
-Très bien ! Je vais te laisser prendre une douche et passer ton pyjama.
La jeune fille acquiesça et prit son nécessaire de toilette avant de se diriger vers la salle de bain. Vingt minutes plus tard, elle ressortait en pyjama de la salle d'eau et se dirigea aussitôt vers son lit, attrapant au passage son livre du moment.
-La salle de bain est libre lieutenant.
-Merci, répondit Antoine qui se leva pour se diriger à son tour vers la salle d'eau.
Une vingtaine de minutes plus tard, ce fut le bruit de la serrure qui tira Lia de son livre. Elle leva par réflexe les yeux pour se retrouver face à son lieutenant, portant pour vêtement un simple pyjama de toile, les cheveux encore mouillés. Le vêtement, humide à certains endroits, épousait parfaitement les formes de l'officier, ce qui força Lia à prendre une longue bouffée d'oxygène afin de se calmer et de ne surtout pas laisser entrevoir la rougeur qui menaçait d'envahir ses joues. Antoine Scott était magnifique, extrêmement bien bâtît, musclés mais à la fois très mince. De plus, les cheveux mouillé lui donnaient un côté encore plus séduisant qui plût énormément à la jeune fille qui se força à replonger dans son livre. Ses bonnes résolutions concernant sa volonté de ne pas remarquer le charme de l’homme ne cessait de partir en fumée. Mais elle finirait par vaincre cette attirance. Elle le devait absolument si elle souhaitait que les trois prochaines années se passent dans un climat de confiance réciproque. Néanmoins, elle ne put éviter de voir et d'entendre son lieutenant approcher pour rejoindre son propre lit et se glisser sous les draps.
-Que lis-tu ? demanda-t-il en s'étirant et permettant ainsi à Lia d'admirer à quel point ses muscles roulaient sous son t-shirt.
-Alfred Barber, la physique générale et son application, répondit-elle aussitôt.
-Ah ! Un livre intéressant. Tu arrives à tout comprendre ?
-Oui, presque tout, fit-elle en reposant sa lecture.
-Impressionnant je dois admettre, la complimenta-t-il avec un large sourire.
Lia rougit à nouveau et se glissa à son tour sous les draps.
-Bonne nuit lieutenant, fit-elle en se laissant tomber sur son oreiller.
-Bonne nuit Lia, fais de beaux rêves.
Il éteignit la lumière juste après, laissant seulement la lune éclairer la pièce à travers le hublot.
Quelques secondes plus tard, la jeune fille, exténuée, sombra dans le sommeil.
Quelques portes plus loin, Bruno Miller terminait de se sécher les cheveux avec application, frottant énergétiquement sa serviette humide sur sa tête. Cela se suivait généralement d’un décoiffement total, mais peu importe. Baillant largement, il jeta un dernier coup d’œil à son reflet dans le miroir avant d’ouvrir la porte de la petite salle de bain, souriant à son élève qui était déjà allongée dans son lit.
-Tu as passé une bonne soirée, Sophie ? S’enquit-il en se glissant à son tour dans ses draps.
-Oui lieutenant ! Répondit la jeune fille avec un large sourire. C’était génial de rencontrer de nouveaux mousses. Je pense que je vais bien m’entendre avec eux.
-Formidable ! S’exclama l’homme. Surtout qu’il y a la pupille d’Antoine parmi ton nouveau groupe d’ami, n’est-ce pas ?
-Oui. Lia, le mousse du lieutenant Scott. Je l’aime bien, même si elle semble avoir un peu de mal à détacher son regard du lieutenant.
Bruno éclata de rire. Apparemment, il n’était pas le seul à l’avoir remarqué. Visiblement, et bien qu’il continuait à le nier, son ami avait toujours autant de succès auprès de la gente féminine.
-Ton amie sera sûrement ravie de savoir que ce cher Antoine a exactement la même réaction. Et le pire, c’est qu’aucun des deux ne semblent s’en être rendu compte. Je sens que les trois prochaines années vont être à mourir de rire.
Sophie pouffa calmement.
-Bon allez, reprit Miller. Au lit maintenant ! Tu as besoin de repos, et moi aussi !
-Bonne nuit lieutenant ! Lui lança son élève en se glissant un peu plus dans ses draps, tout en étirant un bras pour éteindre la lumière.
-Bonne nuit Sophie, fais de beau rêves, chantonna Miller à son tour.
-Vous aussi lieutenant.
Et sur ces dernières paroles, le silence reprit ses droits dans la petite cabine, alors que, petit à petit, les lumières du vaisseau s’éteignaient, laissant place à la quiétude nocturne...

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Dernière édition par Elwin le Ven 17 Mai - 10:04, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:09

Chapitre 2

-Lia ! Lia réveille-toi !
La jeune fille cligna des paupières et se redressa aussitôt.
-Oui maman, je vais tout de suite préparer le petit déjeuner, marmonna-t-elle machinalement.
Un éclat de rire la fit sursauter. Elle leva les yeux pour plonger ceux d'un bleu profond du lieutenant Scott qui était assis sur le bord de son lit, déjà habillé de son uniforme.
-Alors, on se croit toujours chez sa maman ? La taquina-t-il avec bonne humeur.
Lia piqua un fard.
-Bonjour lieutenant, finit-t-elle par dire en souriant. Désolé pour ce que vous avez entendu, il faudra que je perde cette habitude.
-Mais non, mais non, lui répondit Antoine en rigolant doucement, c'est très amusant tu sais.
Lia se leva tout en marmonnant quelque chose au sujet du sens de l'humour d'un certain officier avant d'attraper son vêtement de sport et de se diriger vers la salle d'eau, toujours sous les éclats de rire du lieutenant.
Quelques secondes plus tard, elle ressortait de la salle de bain, habillée et prête à affronter sa première journée à bord. Le footing du matin ne fut pas une épreuve particulière pour elle. Lia avait l'habitude de faire du sport tous les matins et donc appréciait toujours d'aller courir un peu, même à une heure plus que matinale. C'est donc avec bonne humeur qu'elle s'élança avec sur les sentiers voisins du port avec les autres mousses et officiers.
-Hé ! Salut Lia ! Cria Marc en accélérant pour être à sa hauteur. Bien dormi ?
-Très bien, répondit la jeune fille, et toi ?
-A merveille ! Je n'arrive toujours pas à croire ce qui nous arrive.
-Moi nous plus, admit Lia. En me réveillant ce matin, je croyais toujours être chez ma mère. Ca a beaucoup fait rire le lieutenant Scott.
Marc lâcha également un léger rire mais reprit aussitôt son sérieux en voyant les officiers les doubler. Les deux amis accélérèrent la cadence pour ne pas se faire distancer par le petit groupe de tête.
Lia souriait largement. Le vent frais du matin dans ses cheveux lui faisait un bien fou. C'était une brise annonciatrice de liberté. Elle était heureuse de pouvoir enfin s'en aller. Loin de sa mère, loin de Jérôme. Son sourire s'agrandit encore plus alors que le lieutenant Scott accélérait pour se mettre à sa hauteur. Il lui fit un large sourire et lança avec bonne humeur :
-Pas mal Lia ! Je ne pensais pas que tu arriverais à suivre dès le premier jour. Certains des mousses qui sont à bord depuis plusieurs semaines sont déjà exténués.
-merci Lieutenant, rougit la jeune fille.
-Tu cours souvent ? demanda-t-il tout en continuant à garder la même allure.
-Tous les matins. Je tenais à rester en forme !
Il hocha la tête et accéléra d'un coup le rythme, la défiant du regard d'arriver à le rattraper.
La jeune fille fit la moue mais accéléra néanmoins, prenant la suite du lieutenant qui, avec un léger rire, laissa la jeune fille le suivre dans une course poursuite effrénée. Le Hope n'était plus qu'à quelques mètres après tout, autant qu'ils se dépensent le plus possible.
-Allez Lia ! Cria-t-il, plus vite !
Elle parvint enfin à le rejoindre alors qu'il atteignait l'endroit où était amarré le navire. Les deux compères étaient essoufflés et dégoulinant de sueurs mais rejoignirent leur cabine avec bonne humeur. En bon gentleman, le lieutenant laissa Lia prendre une douche en premier.
Après avoir pris une bonne douche et avoir enfilé son uniforme, elle eut ses premiers cours avec le lieutenant, apprenant le b.a.-ba de la vie militaire. Le petit déjeuner fut ensuite assez animé, Lia faisant connaissance avec d'autres mousses plus âgés et retrouvant ceux avec qui elle avait sympathisé la veille. A une table non loin, elle put voir Antoine l'observer longuement plusieurs fois, un sourire amusé sur les lèvres.
-Tu sais, finit par lancer Bruno au bout de longues minutes, elle ne va pas s’évaporer d’une seconde à l’autre.
-Je te demande pardon ? Rétorqua Antoine en s’arrachant à la contemplation de son élève, tandis que Clare et Alvin éclataient de rire avec bonne humeur.
-Bruno a raison, Antoine, renchéri Clare. Laisse-la se débrouiller un peu. On est tous passé par là, tu sais. Et je suis certaine que Lia s’en tirera à merveille. Tout comme Marc, Anne et Sophie.
Antoine rosit faiblement. Il ne s’était pas vraiment rendu compte de la durée pendant laquelle il avait fixé son élève ; mais, à en juger par les sourires goguenards de ses amis, cela devait tout de même représenter un temps plus que long.
-Tu as raison, admit-il en secouant la tête. Je suis juste inquiet à son sujet. Il y a quelque chose de pas net, chez elle. Elle ne semble jamais totalement à l’aise comme si….
-Comme si elle avait vécu quelque chose de similaire à ton passé ? Le coupa Bruno avec gravité.
Le jeune homme hocha lentement la tête.
-Elle est toujours mal à l’aise avec les adultes qu’elle a pu croiser et, je crois avoir remarqué des bleus sur ses bras et ses jambes. De plus, d’après ce que j’ai pu voir, elle ne s’entend pas du tout avec sa famille.
-Tu devrais peut-être laisser tomber pour le moment, Antoine, assura Alvin. Si Lia a un problème, elle finira très certainement par venir t’en parler. De plus, cela s’éclaircira probablement lors de la visite médicale.
-C’est vrai, admit Scott en soupirant. J’espère simplement que mes doutes s’avèreront infondés. Enfin, de toute façon, nous quittons Cassydre ce soir, alors elle n’aura pas à revoir sa famille avant l’année prochaine.
Bruno s’étouffa bruyamment dans son verre de vin, alors qu’il éclatait d’un léger rire.
-Tu repenses encore à ce qu’il s’est passé à Tylan ? S’amusa aussitôt Clare, déclenchant de suite les rires de ses autres amis.
Hochant la tête, Miller fit de son mieux pour mettre fin à son hilarité, tandis qu’il se souvenait avec un profond amusement des adieux déchirants de Madame Norman à sa fille.
-J’ai bien cru qu’elle allait tenter de nager jusqu’au Hope pour nous rejoindre, rit Antoine avec humour.
-Pauvre Sophie, ajouta Alvin. Le rouge de ses joues avait tout de même atteint une couleur magistrale. Je n’imagine même pas ce que cela va être lorsque tu vas devoir l’accompagner chez ses parents l’année prochaine, Bruno.
Echangeant un bref regard, les trois amis éclatèrent de rire face à l’expression déconfite d’un Bruno Miller qui essayait de ne surtout pas songer à sa prochaine rencontre avec la redoutable Emily Norman.
-Ce n’est pas marrant, gémit-il. Cette femme est terrifiante. Vous auriez dû la voir lorsque je lui ai annoncé que Sophie avait été admise sur le Hope. Elle avait exactement la même expression que si je lui avais dit que Sophie était en réalité la fille cachée du général, et que je l’emmenais vivre à Garden avec moi pour toujours.
Nouvel éclat de rire collectif. Les aventures de Sophie Norman était toujours quelque chose de très comique à raconter, même si tout l’équipage avait, depuis deux semaines, entendu cette histoire au moins une dizaine de fois.
-Ce n’est pas marrant, lieutenant ! Retentit la voix de la dite Sophie une table plus loin. C’est tout de même ma mère, même si elle est un peu…
-Envahissante, terrifiante, effarante, effrayante ? Compléta son tuteur à sa suite.
-Mouai, laissez tomber, marmonna la jeune fille avant de reporter son attention sur ses trois nouveaux amis.
Ces derniers avaient suivi avec attention l’échange, et ne se privèrent pas de s’amuser de sa déconvenue. Enfin, tous sauf Lia, laquelle ne pouvait s’amener à rire des problèmes de famille des autres, tant les siens étaient compliqués. Malheureusement pour elle, son regard triste n’échappa pas aux yeux de deux lieutenants, lesquels échangèrent un regard entendu avant de retourner à leur petit déjeuner.
Le reste de la matinée se passa très rapidement. Les cours du lieutenant étaient passionnants. Il lui avait fait brièvement revoir tout le programme de deuxième année de lycée, afin de voir vraiment son niveau, et avait même commencé à l'interroger sur la 3ème année.
-Très bien, finit-il par dire, tu es un peu en avance sur le niveau des premières années mousses dans certaines matières. C'est une bonne nouvelle. J'attends tout particulièrement beaucoup de toi en chimie. Tu as réfléchit à ce que tu voulais faire plus tard ?
-Oui, répondit aussitôt Lia, j'aimerais devenir professeur.
-Intéressant, murmura Antoine.
Ils rangèrent les manuels scolaires puis Antoine se tourna à nouveau vers elle.
-Avant le déjeuner, je dois te conduire à l'infirmerie, fit-il en attrapant sa veste et en l'enfilant.
La jeune fille se figea en entendant cette phrase et se retourna d'un bloc vers son tuteur pour le dévisager. Une visite à l’infirmerie n’annonçait jamais rien de bon, surtout lorsque des bleus plutôt récents tapissaient encore presque entièrement son corps.
-Pourquoi ? demanda Lia.
-Visite médicale, rien de bien méchant, fit-il en haussant les épaules, Allez, suis moi !
Lia sentit son dos se glacer au terme visite médical. Elle n'aurait pas pensé qu'il y en aurait une si tôt. Et pourtant c'était totalement logique. Elle blanchit de plus en plus en se rappelant avec précision toutes ces blessures pas encore tout à fait guérie qu'elle avait si bien dissimulé sous ses vêtements. Ses rencontres avec la bande de son frère avaient toujours laissé de lourdes traces.
-Lia ?
La jeune fille sursauta et releva rapidement la tête pour rencontrer le regard inquiet du lieute-nant.
-Est-ce que ça va ? Tu es toute pâle ? demanda-t-il à nouveau.
Déglutissant, Antoine observa avec un malaise grandissant son élève. Visiblement, et malheu-reusement, ses craintes n’étaient pas infondées. Lia se comportait comme si la visite médicale l’effrayait plus que tout. Et cela n’était vraiment, mais alors vraiment pas normal. Cachait-elle ce à quoi il pensait ? Il espérait que non. Mais, il allait probablement très vite le découvrir.
-Oui…murmura la jeune fille… oui ça va. Je vais très bien. La visite médicale est-elle obligatoire ?
-Oui, bien sûr. Mais ça se passera très vite, ne t'inquiète pas.
Lia acquiesça et finit enfin par suivre le lieutenant, bien trop préoccupée pour remarquer les regards inquiets que lui jetait ce dernier.
-Ah! Mademoiselle Shakeshift, Lieutenant Scott! Je vous attendais ! fit une femme petite et ronde alors qu'ils entraient dans l'infirmerie.
-Lia, je te présente Madame Wilson, l'infirmière en chef fit Antoine avec un sourire forcé.
Même s’il appréciait beaucoup cette femme, le jeune homme gardait toujours une aversion profonde de cette salle blanche, dans laquelle il avait passé de nombreuses heures d’ennuis lorsqu’il était encore étudiant.
-Enchanté, murmura Lia en faisant tout pour maitriser les tremblements dans sa voix.
-Allez jeune fille, asseyez-vous là, fit-elle en désignant un lit, alors voyons voir comment vous vous portez.
Elle lui prit tout d'abord sa respiration puis sa tension avant de s'enquérir de ses habitudes alimentaires, tout ça sous l'œil vigilant du lieutenant. Lia commençait à se relaxer, mais cela n'allait pas durer longtemps.
-Maintenant, retirez votre t-shirt s'il vous plait, j'aimerais vérifier si votre dos va bien.
Lia pâlit brusquement, ce que remarqua évidemment Antoine.
-Lia ? Tu vas bien ?
-Oui…très bien, bafouilla-t-elle en levant lentement le vêtement, remerciant le ciel d'avoir mis une brassière le matin même au lieu d'un autre de ses sous-vêtements en dentelle qui aurait caché beaucoup moins de choses.
La jeune fille ferma les yeux alors que son dos et sort ventre étaient dévoilés aux deux adultes, attendant patiemment les exclamations de surprise qui ne tardèrent pas venir.
-Oh mon dieu ! fit l'infirmière en contemplant les nombreux bleus et ecchymoses qui tapissaient le dos de la jeune fille.
Lia grimaça aussitôt. Elle aurait préféré que cela ne se sache pas, mais elle n'avait pas eu le choix.
-Lia, murmura Antoine avec stupeur en traçant une vieille cicatrice qui remontait de son coude à son épaule, comment ?
Elle en portait beaucoup d'autre sur chaque bras, ainsi que dans le dos, et sur les jambes. An-toine gémit intérieurement. Ainsi donc, il avait eu raison. Il ignorait qui avait bien pu faire cela à la jeune fille, bien qu’il avait de forts soupçons, mais se jura intérieurement et avec force que, tant qu’elle serait sous son aile, plus rien de ce genre ne lui arrivera.
-Mon frère… lâcha-t-elle aussitôt sans ouvrir les yeux.
Elle sentit les larmes monter mais continua tout de même.
-Je suis désolé. Je… Je comptais vous en parler, mais je ne savais pas comment aborder le sujet. Je suis vraiment désolé. Je comprendrais tout à fait si vous décidiez de me renvoyer chez moi.
-Lia ! Lia ! fit aussitôt Antoine en se rapprochant d'elle. Lia, regarde-moi.
La jeune fille ouvrit aussitôt ses paupières pleines de larmes pour plonger son regard dans celui d'un bleu profond du lieutenant. Ce dernier leva une main et essuya doucement les larmes de son élève. Il avait envie de lui dire qu’il la comprenait, qu’il avait vécu exactement la même chose, et qu’elle ne devait pas avoir honte de cela et que surtout, surtout, ce n’était pas une condition de renvoi du Hope. Bien au contraire. Le Hope aidait les personnes dans le même cas qu’elle, comme il l’avait aidé lorsqu’il était encore étudiant. Cependant, la douleur et la honte l’empêchèrent de prononcer quelques paroles que ce soit à ce sujet. Et il se contenta donc de lui sécher doucement ses larmes, essayant de se montrer le plus rassurant possible avec elle.
-Lia, je ne te renverrais jamais chez toi, surtout après avoir vu dans quel état tu peux être à cause de ton frère. Tu es une élève brillante, quelqu'un de bien. Tu as tout à fait ta place sur ce vaisseau.
Lia lui fit un maigre sourire.
-Voilà, murmura-t-il. Tu es beaucoup plus jolie lorsque tu souris.
La jeune fille piqua un fard, ce qui n’échappa au regard amusé de son tuteur. C’était amusant de la mettre dans l’embarras sur des remarques aussi anodines. Et, si cela pouvait l’aider à oublier sa vie à Cassydre, alors cela était pour le mieux.
-Maintenant, reprit Antoine, j'aimerais que tu nous racontes exactement comment tu as obtenu toutes ces blessures. Je te promets que nous ne te jugerons pas et que je resterais avec toi quoi qu'il arrive, d'accord ?
Lia hocha la tête.
-Oui lieutenant.
-Bien, vas-y alors.
-Je…pour autant que je m'en souvienne, je me suis toujours très mal entendue avec ma mère et mon frère. Ma mère le gâtait constamment. Et moi j'étais toujours laissé un peu de côté. Je n'étais pas maltraité. J'avais toujours de quoi manger et elle ne levait pas trop la main sur moi. Par contre, lorsque mon frère est venu en âge de sortir hors de la maison, il s'est fait beaucoup d'amis dans le voisinage. Beaucoup de petites brutes qui vivaient et vivent toujours dans les fermes aux alentours.
Cela m'arrivait de sortir aussi. Mais à chaque fois, la bande de mon frère trouvait toujours moyen de me trouver et de me frapper.
Au début, ce n'était pas bien méchant. Juste quelques coups et insultes par ci pas là. Mais ça a commencé à monter en intensité. Heureusement, nous avons tous finit par entrer à l'école. Ils m'ont donc laissé un peu tranquille. Ça continuait toujours pendant les vacances par contre. Et, depuis que je suis au lycée, certains d'entre eux ont décidé de…de…enfin de…Désolé, ce n'est pas facile.
-Prend ton temps Lia, lui murmura le lieutenant en lui caressant doucement la main.
Il savait que cela allait probablement s’avérer difficile pour son élève, et ne voulait surtout pas la brusquer. Elle avait le courage de tout lui avouer dès maintenant, et c’était déjà formidable de sa part.
-Ils voulaient profiter de moi.
Lia secoua la tête comme pour chasser les larmes qui coulaient à nouveau sur ses joues, alors qu’Antoine fermait brièvement les yeux, essayant de ne surtout laisser transparaître aucune once de haine sur son visage.
-J'ai réussi à leur échapper plusieurs fois, mais de justesse. Il fallait que j'aie un moyen de me défendre.
Lia se leva puis plongea la main à l'intérieur de son pantalon avant d'en ressortir une dague rangée dans un beau fourreau bleu. Elle tendit le tout à son lieutenant qui examina l'arme avec attention.
-Ça appartenait à mon père. Je n'avais pas l'intention de m'en servir ici. C'est juste que… je me sens en sécurité avec.
-Je comprends tout à fait, répondit Antoine en hochant la tête, très bel objet.
-Merci.
Elle le récupéra et le posa sur le lit.
-J'ai commencé à transporter cette dague à partir du milieu de ma première année de lycée. Au début, c'était juste un moyen de dissuasion. Mais ils ont renouvelé leurs tentatives. J'ai donc finit par m'en servir, une fois où ils avaient presque réussit. Je…Je ne voulais pas, mais…Je n'ai pas eu le choix. Je les ai blessé tous les trois. Rien de bien grave, juste quelques coupures à des endroits très douloureux pour un homme.
Elle sourit légèrement en voyant son lieutenant pâlir à cette information et resserrer les cuisses comme par réflexe.
Ce dernier comprenait tout à fait les actions de la jeune fille, mais ne pouvait s’empêcher de déglutir avec crainte à la seule idée de la douleur que cela pouvait engendrer.
-Rassurez-vous, ils peuvent encore de servir des parties que j'ai blessé. Malheureusement, ils ont été voir mon frère. Et ensemble, ils ont décidé de me mener la vie dure afin que, comme ils ne pouvaient m'avoir, personne d'autre ne puisse. Ils ont monté beaucoup de personnes du lycée contre moi. Et, régulièrement, mon frère me coince à la sortie et me frappe avec ses amis, mais à des endroits où personne n'irait vérifier, bien sûr.
Les bleus sur mon dos datent d'il y a une semaine environ. Cette cicatrice, continua-t-elle en désignant celle sur son bras gauche, je me la suis faite cet hiver lorsqu'ils avaient trafiqué mon vélo. Il gelait ce jour-là et je n'ai pas pu éviter la voiture qui arrivait.
Antoine ferma à nouveau les yeux en essayant de réfréner la colère qui l'habitait.
-J'ai passé deux jours dans le coma, continuait la jeune fille. Heureusement, je n'ai gardé aucune séquelle, à part cette cicatrice. Les autres marques sont plus anciennes. Je ne me souviens pas exactement comment je les ai eu.
-En avez-vous également sur vos jambes ? Demanda l'infirmière qui était resté muette jusque-là.
Lia haussa les épaules.
-Le même nombre de bleus que sur mon dos je suppose, rien de bien grave.
-Rien de bien grave ! cria presque la femme, j'espère que vous vous rendez compte qu'ils au-raient pu endommager vos autres organes, vos poumons par exemple !
Lia baissa la tête en rougissant.
- Retirez-moi ce pantalon, que je puisse juger moi-même de ce qui est grave ou non.
La jeune fille n'osa même pas protester et abaissa son vêtement rapidement. Elle grimaça en voyant le regard horrifié que jeta son lieutenant à ses jambes.
-Tu...Comment as-tu pu courir aussi bien ce matin avec des jambes dans cet état ? murmura-t-il en détaillant les nombreux bleus qui ornaient les membres de la jeune fille.
Lia haussa juste les épaules.
-J'ai l'habitude, je suppose. Cela ne me fait presque plus mal.
L'infirmière marmonna dans sa barbe et entra dans une petite pièce.
-Je suis désolé Lieutenant, murmura à nouveau la jeune fille. J'aurais dû vous en parler.
-Je ne suis pas en colère contre toi, fit Antoine en lui souriant tendrement, juste contre ta fa-mille. Tu as eu peur, et je te comprends tout à fait. Je ne t'en veux pas.
-Merci, murmura-t-elle avec émotion.
Ils échangèrent un large sourire et le lieutenant vint l'embrasser sur le front alors que l'infir-mière ressortait du petit local.
Elle appliqua sur les bleus une sorte de pommade qui fit ressentir à Lia une douce chaleur et lui en donna un pot entier afin qu'elle l'applique sur ses blessures tous les soirs
Ce fut l'esprit plus léger et le dos moins douloureux que la jeune fille suivit enfin son tuteur hors de l'infirmerie pour rejoindre ses amis déjà attablés dans la salle de restauration. Alors qu'elle s'asseyait à la droite de Marc, elle échangea un sourire avec son tuteur et eut aussitôt le sentiment que, désormais, tout irait pour le mieux.
-Alors ? S’enquit Miller avec gravité en voyant le sérieux sur le visage de son meilleur ami.
-J’avais malheureusement raison, soupira ce dernier en fermant brièvement les yeux. Néan-moins, je ne pense pas que Lia souhaiterait que je vous en parle, donc je ne vais pas m’appesantir plus sur la question. Sache juste Bruno qu’il ne faudra pas trop la pousser lors des premiers cours de karaté. Elle a besoin de récupérer.
Tous hochèrent la tête avec compréhension, et une conversation fut lancée par Alvin sur un sujet complètement différent. Souriant, Antoine s’y joignit avec bonne humeur. Il y avait des fois où il se disait qu’il avait vraiment des amis formidables.
Le reste de la journée passa à nouveau très rapidement. Lia put à nouveau en apprendre plus sur le navire, notamment son histoire. Le Hope avait été créé des siècles auparavant, dans le but de former l’élite de Platonia. A l’origine, la vie à bord était très stricte, respectant à la lettre le code militaire de l’époque. Désormais, les grades restaient, mais ce n’était plus que des titres honorifiques, bien que quelques bases de la vie militaire soient encore enseignées. A l’origine à terre, le Hope était finalement devenu une institution flottante, permettant aux élèves de se plonger totalement dans leurs études, sans perturbations extérieures, et de leur faire découvrir leur planète, faisant escale dans des coins parfois assez exotiques permettant aux étudiants de parfaire par exemple leurs connaissances linguistiques. De nombreuses autres écoles avaient été créés depuis, mais le Hope restait parmi les meilleures, bien que l’une des moins strictes concernant la vie à bord.
Lorsque l’heure de quitter le port vint, Lia, Marc et Anne ainsi que d’autres mousses plus vieux qu’eux et originaires de la même petite ville se regroupèrent sur le pont pour dire au revoir à leur famille. De nombreuses personnes étaient présentes, mais Lia remarqua avec tristesse que ni sa mère, ni son frère n’étaient venus. Elle regarda avec peine ses amis faire de grands signes à leur famille.
-Surtout prend soin de toi ! Criait la mère de Marc à son fils tandis que ce dernier rougissait furieusement.
-Promis maman, répondit-il néanmoins.
Certains parents rassemblés sur le port versèrent quelques larmes alors que le bateau quittait le rivage. La jeune fille, bien que n’ayant pas vraiment envie d’être témoins de l’amour paternel et maternel dont bénéficiaient ses désormais camarades de classe, garda tout de même les yeux fixés sur le petit port, mémorisant le paysage s’étalant devant ses yeux.
Même si sa vie familiale n’était pas envier, cette petite ville était tout de même en quelque sorte sa maison. Maison qu’elle n’allait plus revoir avant un an désormais.
Alors que le navire s’éloignait de plus en plus et que le port de Cassydre ne se voyait presque plus, elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle se retourna pour rencontrer le regard compatissant de son lieutenant.
-Ça va ? demanda-t-il.
-Bof. Je savais qu’ils n’allaient pas venir. Et puis, je ne les aime pas vraiment. Mais ça reste ma seule famille et…C’est quand même dur.
Lia tenta de retenir ses larmes mais commença tout de même à pleurer doucement.
-Allez viens, fit-il en l’entrainant vers leur cabine.
Il la fit assoir sur son lit et la prit dans ses bras, la berçant doucement. Lia pleura sur son épaule pendant une bonne vingtaine de minutes. Peu à peu, les larmes commencèrent à se tarir et la jeune fille commença à prendre conscience de sa position : la tête posé contre l’épaule d’Antoine. Elle pouvait sentir son souffle chaud dans son coup à chaque mot de réconfort qu’il lui chuchotait à l’oreille.
-Je suis désolé, finit-elle par murmurer. C’est ma faute. Ma mère me l’a toujours dit. Elle n’arrêtait pas de me dire que je n’aurais jamais dû exister, que depuis ma naissance tout avait basculé. Que c’était à cause de moi si mon père est mort.
Elle respira un grand coup et reprit d’une voix tremblante.
-J’étais encore jeune quand il est parti. D’après ma mère, la naissance de mon frère avait été pour eux comme une bénédiction. Et ils ne s’attendaient pas à avoir un enfant supplémentaire. Lorsque je suis venu au monde, leur situation financière s’est un peu dégradée, et ma mère avait du mal à s’occuper de deux enfants. J’ai été placé pendant un temps chez des voisins. Mon père refusait apparemment cette situation et venait me voir régulièrement. Mais un jour, il n’est plus venu. Je suis retourné chez moi. Ma mère m’a aussitôt accusé de sa mort. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé ce jour-là, mais elle m’a simplement dit que c’était à cause d’un arbre tombé à cause de la tempête. Je n’ai pas vraiment essayé d’en savoir plus, même si des rumeurs disaient qu’il était simplement parti, échappant ainsi à tous ses problèmes. Si c’est le cas, je regrette juste qu’il ne m’ait pas emmené avec lui. C’est à cause de ma mère si Jérôme se comporte ainsi avec moi. Je suppose qu’elle a besoin de rejeter sur quelqu’un ce que mon père a fait. Elle l’incite à mal me traiter, et je suppose que c’est devenu une habitude pour lui.
Elle resta silencieuse quelques secondes puis murmura simplement :
-Je suis désolé lieutenant, je me suis laissé emporter.
-Ne le sois pas, lui répondit-il, ta réaction était normale. Je comprends tout à fait ce que tu ressens. J’ai moi aussi quelques problèmes avec ma famille.
Il lui embrassa brièvement les cheveux avant de la laisser se dégager doucement.
Il lui essuya les larmes qui restaient sur ses joues puis reprit la parole.
-Tu verras vite que les membres de l’équipage deviendront comme une seconde famille pour toi. Tu seras heureuse Lia. Je te le promets.
-Merci lieutenant, murmura-t-elle avec émotion. Et…désolé d’avoir mouillé votre veste.
Antoine éclata de rire.
-Ce n’est rien. J’apprécie toujours de mouiller ma veste lorsque je dois réconforter une si jolie demoiselle.


Plus tard, elle rejoignit Anne, Sophie et Marc qui étaient encore sur le pont, accoudés au bastingage.
-Salut, fit-elle avant de se poser à côté de son meilleur ami.
-ça va Lia ? demanda aussitôt ce dernier. Tu n’avais pas l’air bien tout à l’heure.
-ça va beaucoup mieux, lui assura-t-elle. J’ai juste encore un peu de mal à croire qu’on ne reverra pas notre ville avant un an au moins.
-Je suppose qu’on finira par s’y faire, fit Anne en fixant l’horizon qui était désormais délimité par la mer.
-De toute façon, fit à son tour Sophie, on sera tellement occupé qu’on n’aura pas le temps de penser à cela. Mon village me manque. Mais la vie est tellement géniale ici que je suis tout de même heureuse d’avoir quitté ma famille.
Les quatre jeunes échangèrent un sourire.
-Alors, reprit Marc, que diriez-vous d’explorer un peu ?
-Ce sera avec plaisir mon cher Marc, fit aussitôt Lia.
-On a le droit au moins ? demanda Anne.
Sophie haussa les épaules.
-Pourquoi cela serait interdit ? demanda-t-elle. Après tout, il va bien falloir qu’on apprenne à se repérer sur le navire.
-Qu’attendons-nous alors ? S’exclama Lia en quittant le bastingage.

Ils passèrent le reste de l’après-midi à explorer le navire, découvrant peu à peu les nombreux couloirs et salles présentes.
-Cela doit être les salles de cours, commenta Anne alors qu’ils débouchaient sur un couloir composé de salle numérotées de 1 à 9.
-Et ici les laboratoires de chimie et de biologie, indiqua Marc en leur montrant les écriteaux accrochés à deux portes assez éloignées l’une de l’autre.
-Vous croyez qu’on peut entrer ? demanda Sophie.
-Sais pas, répondit le jeune homme. Ah non. C’est fermé.
-Hé ! Venez voir ça ! Cria Lia à l’autre bout du couloir.
Les trois autres coururent rejoindre leur amie. Cette dernière se trouvait devant une salle dont la porte était ouverte.
-Enfin ! commenta Marc. Pour une fois qu’une porte est ouverte.
-Wow ! s’exclama Anne, je suppose qu’on a trouvé la salle de sport ?

La pièce qui s’étendait devant eux était bien plus grande que celles qu’ils avaient pu apercevoir jusqu’à présent. Le sol était recouvert d’une sorte de parquet assortit au revêtement collé sur les murs. A l’intérieur se trouvaient toutes sortes de machines de musculation ainsi que quelques cordes accrochées au plafond et des paniers de basket. Dans le fond se trouvait un petit local que Lia supposa être la réserve.
-C’est génial ! S’exclama-t-elle.
-Attention, commenta Marc, la mordue de sport entre en action.
-Hé ! S’indigna la jeune fille.

-Salut les jeunes ! fit une voix derrière eux, les faisant sursauter.
-Lieutenant, fit aussitôt Sophie en se redressant.
-Ah, Sophie, je pensais bien te trouver avec eux. Lia, ravie de te revoir. Je suis surpris de voir que tu as déjà abandonné ce cher Antoine. Il doit être terriblement seul sans toi.
La jeune fille rougit jusqu’aux oreilles.
-Il m’a dit que j’avais quartier libre jusqu’au diner, répondit-elle.
-Oh... Je vois. Et je vois que vous avez découvert notre magnifique salle de sport. Je vous y retrouverai une fois par semaine pour des cours de karaté.
-Super ! s’exclama Marc.
-N’est-ce pas ? fit le lieutenant en gonflant le torse sous le regard amusé des jeunes devant lui. Au fait, j’ai été chargé de vous reconduire jusqu’au self pour le diner.
-Il est déjà vingt heures ? S’exclama Lia.
-Non, il n’est que dix-neuf heure cinquante, répondit Miller. Mais le colonel Higgans a préféré envoyer quelqu’un pour vous chercher dès maintenant. Il n’est pas rare que des nouveaux se perdent les premiers jours.
-On n’était pas perdu, rétorqua Marc.
-Ah ? Vraiment ? Et comment comptiez-vous retourner vers le self ?
Les quatre jeunes échangèrent un regard gêné.
-On aurait improvisé, fit aussitôt Anne, résumant leur pensé à tous. Et puis, Sophie est sur le navire depuis plus longtemps que nous. Elle nous aurait aidés.
La dite Sophie se prit la tête dans les mains tandis que son tuteur éclatait de rire.
-Sauf que Sophie n’a apparemment pas un sens de l’orientation particulièrement développé. J’ai déjà dû partir plusieurs fois à sa recherche avant votre arrivée.
-Oh... C’est bon, grogna cette dernière. Les trois dernières fois j’étais sur le point de retrouver mon chemin.
-mais oui, mais oui. Fit Miller en lui donnant de petites tapes dans le dos. Allez, suivez-moi et essayez au passage de mémoriser le chemin.

Finalement, après quelques minutes de marche dans le dédale de couloirs, le petit groupe déboucha enfin sur le self, où la plupart des membres de l’équipage était déjà installé.

-Et ben, commenta Marc, j’aurais jamais cru que ce couloir menait par ici.

Le lieutenant Miller éclata de rire et alla s’assoir à la table des officiers. Alors qu’elle se dirigeait vers celle réservé aux élèves, Lia croisa un instant le regard du lieutenant Scott. Ce dernier la regardait avec un large sourire sur les lèvres et la jeune fille discerna dans ses yeux un profond amusement. Apparemment, le lieutenant Miller était en train de conter à son tuteur leurs péripéties dans les dédales de couloirs du Hope.
Alors qu’elle s’asseyait à côté d’Anne, elle vit son tuteur éclater de rire sans la lâcher du regard.

-Salut Lia, fit un garçon assis à côté d’elle. Tu te souviens de moi ?
La jeune fille chercha un instant dans sa mémoire.
-Phil, c’est ça ? demanda-t-elle aussitôt.
Le jeune homme, aux cheveux bruns et aux yeux marron s’était présenté à elle la veille comme étant dans sa deuxième année sur le vaisseau. Il venait apparemment de la même petite ville que Lia et disait se souvenir d’elle alors qu’il fréquentait encore leur petit lycée. Lia, par contre, n’en n’avait aucun souvenir.
-Exact ! s’exclama ce dernier en lui décernant un large sourire. Alors, comment s’est passé votre journée à tous les quatre ?
-Pas mal, répondit Lia. On a exploré un peu.
-Ah oui, il parait. Intervint une mousse plus âgée du nom de Talli. Vos tuteurs étaient tellement inquiets de ne pas vous voir revenir qu’ils ont envoyé le lieutenant Miller à votre secours.
Elle rit doucement sous les regards gênés des quatre amis.
-On n’était pas perdu ! S’exclama Marc. Hein vous autre ?
-Heu…fit Lia.
Marc se tourna vers Anne, un sourcil levé.
-Peut être juste un peu ? suggéra Anne.
Le jeune homme regarda alors Sophie avec des yeux de chien battu.
-Ne me regarde pas comme ça Marc, marmonna Sophie, tu sais très bien que je n’aurais pas été capable de retrouver mon chemin.
Talli et Phil échangèrent un regard amusé.
-Vous savez, commença Phil, on peut toujours vous faire visiter. On a mis pas mal de temps nous aussi pour parvenir à se repérer sur le vaisseau. Mais maintenant on en connait les moindres recoins.
-Surtout les coins vraiment sympa, intervint un autre mousse de deuxième année du nom de Will.
-Alors ? Qu’en pensez-vous ? demanda Talli.
-Ce serait génial ! s’exclama Lia. Enfin, si ça ne vous dérange pas.
-Mais pas du tout voyons, lui répondit Phil avec un clin d’œil. C’est toujours un plaisir d’aider les belles demoiselles en détresse.
Lia rougit jusqu’aux oreilles.
Dès que le diner fut passé, ils suivirent donc Phil, Talli et Will qui leur montrèrent les chemins les plus rapides pour se rendre aux endroits les plus courant comme les quartiers, le self ou encore le pont et les salles de classes. Ils voulurent continuer la visite mais furent tous les sept rappelés à l’ordre par leurs tuteurs à cause du couvre-feu.

Le soir même, dans l’obscurité de la cabine, Lia regarda avec attention la forme endormie de son lieutenant. Il semblait si paisible. L’homme était allongé sur le côté et faisait face à Lia. Les yeux fermés et la bouche légèrement ouverte, il était l’exemple même de la relaxation. Quelques minutes plus tôt, il l’avait aidé à appliquer sur son dos la crème cicatrisante de l’infirmière. La jeune fille avait frissonné lorsque ces mains fines avaient commencé à bouger sur son corps mais s’était tant bien que mal reprise.

Ils avaient eu une longue discussion sur l’enfance de Lia et il lui avait fait promettre que, si quelque chose de ce type arrivait à nouveau, elle lui en parle de suite. Il lui avait surtout conseillé d’oublier son passé pour le moment. Sur le navire, personne ne lui voulait de mal. Elle était en sécurité.

La jeune fille détailla à nouveau la figure endormie du lieutenant. Mais ce dernier bougea d’un coup et se mit sur le ventre en un grognement. Il entourait désormais fermement son oreiller comme si c’était une grosse peluche et Lia dû user de tout son self-control pour ne pas éclater de rire. Elle se tourna ensuite et décida de trouver le sommeil. Le lieutenant avait raison. Il valait mieux oublier ses problèmes pour le moment, et se concentrer sur l’avenir.



Le lendemain matin, Lia dû expérimenter pour la première fois le footing sur le pont du navire. C’était évidemment moins amusant que de courir sur les petites routes de Cassydre. Les membres de l’équipage se contentaient d’aller et venir sur le pont avant de courir quelques minutes dans les couloirs puis de revenir à l’extérieur.
-Et on fait ça tous les matins ? Grogna Marc en revenant vers les cabines.
-Il semblerait, lui répondit Lia. Vois le bon côté des choses, au moins ça nous permet de garder la forme.
-Mouai.
-Moi je trouve ça pas mal, intervint Sophie. Au moins ça nous permet de prendre l’air dès le matin. Ca réveille.
-Voilà ce que j’aime entendre ! s’exclama le lieutenant Miller derrière eux. De l’optimisme ! Allez Sophie, il faut y aller.
La jeune fille hocha la tête.
-Toi aussi Lia, fit le lieutenant Scott.
-Je sais lieutenant, répondit Lia avec un sourire.
La matinée se passa tranquillement. L’après-midi, les quatre amis retrouvèrent Phil, Talli et Will. Ces derniers ne semblaient pas avoir eu cours de la matinée mais avaient dû aider leurs tuteurs dans divers tâches.
Les jours suivants furent identiques. A plusieurs reprise, le vaisseau s’arrêta dans des petits ports et y passait chaque fois quelques jours, afin de permettre au Hope de recruter d’autres élèves et aux anciens de retrouver leur famille.
Lia ne retrouva la terre ferme que le temps de leur footing quotidien, ses après-midi étant encore consacrées au repérage sur le navire. Durant ses matinées de cours avec son tuteurs, elle apprit en autre les bases de la navigation afin d’aider ce dernier lorsqu’il serait de surveillance la nuit dans la cabine de pilotage principale environ une fois par mois.
Elle apprit aussi les quelques tâches dont devait s’occuper les mousses, comme le nettoyage du pont ou des différentes salles. Ils avaient été rassemblés en équipe de quatre et se voyait attribué chaque semaine un endroit à astiquer.
-Lia ! Passe-moi la serpillère !
La jeune fille lança aussitôt le bout de tissu à travers le pont afin que Marc le récupère.
-Merci !
C’était la deuxième fois qu’ils étaient de corvée de nettoyage du pont. Et, bien que la première fois ait été assez plaisante, Lia souhaitait plus que tout être à l’intérieur en ce moment même. Bien qu’ils fussent encore en été, la température avait nettement diminué depuis qu’ils s’étaient éloignés de Cassydre. Un vent glacial soufflait d’ailleurs sur le pont depuis le matin même et avait forcé les quatre amis à revêtir de chauds pulls et un vêtement de pluie. Malgré cela, ils étaient transis et grelottaient continuellement tandis que le vent leur projetait l’eau des vagues à la figure. Cette fois-ci, une autre équipe les aidait également dans leur tâche.
-Et dire que j’ai pris le temps de me laver ce matin, grogna Sophie en frottant avec vigueur une tâche sur le sol, ce n’était pas vraiment utile finalement.
Lia soupira.
-Je me demande même pourquoi on doit faire cela. Je parie que d’ici ce soir il aura tellement plu qu’on pourra tout recommencer.
-Surtout qu’il gèle, cria Mick à l’autre bout du pont. Sincèrement c’est de la torture !
Les trois filles éclatèrent de rire.
-Courage Marc, lui lança Lia en astiquant le bastingage, il ne nous reste plus qu’environ la moitié du pont à nettoyer.
-Ah ah, grogna ce dernier. Tu te crois drôle peut être ?
-C’est bon, je plaisantais, répondit Lia avec bonne humeur. Sourit un peu, ce n’est pas si mal. Et puis, vois le bon côté des choses : si ça se trouve, on va être tellement malade qu’on n’aura pas à astiquer le pont la prochaine fois.
-C’est pas faux, admit Sophie. Et mince, il ne manquait plus que ça. Je crois qu’on va définiti-vement être malade.
En effet, il avait commencé à pleuvoir à grosses gouttes et Lia dû rabattre sa capuche et resser-rer son manteau autour d’elle.
Quelques minutes plus tard, ils étaient complètement trempés et grelottaient encore plus sous leur vêtement de pluie.
-Heu…je sais qu’on n’est pas censé rentré tant qu’on n’aura pas fini, commença Anne. Mais si ça continue je crois que je vais me transformer en glaçon.
-Moi aussi. Ronchonna Sophie. Il n’y a pas une partie dans le règlement qui autorise à abandonner son travail lors de catastrophe naturelle ?
-Si, répondit Marc. Mais je ne pense pas qu’on puisse faire compter ça comme catastrophe naturelle.
-Au pire, tu pourras toujours dire que tu as manqué de te noyer, lui répondit Léo, un mousse de première année de l’autre équipe.
-Si tu veux, rétorqua Silvia, une mousse arrivée depuis peu, je peux toujours te jeter par-dessus bord. Mais je doute que ça puisse vraiment passer.
-C’est bien dommage d’ailleurs, ronchonna Lia qui continuait d’astiquer le bastingage. Mais on devrait avoir bientôt fini. Il est quelle heure ?
- Seize heures. Répondit Sophie en jetant un œil à sa montre.
-ô Joie ! s’exclama Marc, encore une demi-heure à se les geler sous la pluie.

Quelques minutes plus tard, alors que Lia songeait très sérieusement à sauter par-dessus bord afin de se noyer et d’abréger ainsi ses souffrances, elle sentit une main se poser sur son épaule. Se retournant, elle sourit en voyant son lieutenant qui lui tendait un vêtement de pluie sec.
-Allez, met ça et rentrer te mettre au chaud.
-Mais…On n’a pas encore terminé, fit-elle en reposant néanmoins sa serpillère.
-Vous êtes sûrement gelés, répondit-il. Il ne faudrait pas que vous preniez froid.
Lia vit alors que les tuteurs de ses amis étaient également présents et les ramenaient à l’intérieur.
Elle hocha la tête et rejoignit le lieutenant Scott à l’intérieur.

Elle soupira de soulagement en sentant la douce chaleur des couloirs commencer à la réchauffer. Mais elle fronça les sourcils en voyant que son lieutenant la menait non pas vers leur quartier mais vers la salle de réception.
-Lieutenant ? Où allons-nous ? Demanda-t-elle alors qu’elle rejoignait ses amis devant la porte de la salle.
-Entrez, fit le lieutenant Morgan en ouvrant la porte.
Les huit jeunes se glissèrent à l’intérieur et furent aussitôt applaudit par tout l’équipage au complet. Ils purent d’ailleurs voir leurs autres camarades de promotion qui semblaient être dans le même état qu’eux.
-Félicitation ! Leur soufflèrent Talli, Will et Phil au passage.
-Heu… que se passe-t-il exactement ? demanda Lia à un garçon nommé Simon qui était arrivé une semaine auparavant.
- Aucune idée. Répondit ce dernier. Avec mon équipe et une autre on a dû aller nettoyer l’arrière du pont sous la pluie. On était complètement gelé et sur le point de rentrer lorsque nos tuteur sont venus nous chercher et nous ont amené ici.
Le colonel Higgans monta alors sur l’estrade et prit la parole.
-Je voudrais féliciter cette nouvelle promotion qui a passé avec succès cette épreuve d’obstination. Il était nécessaire de savoir si vous étiez assez entêtés et déterminés pour rester à bord avec nous. Vous avez fait preuve de courage et de détermination en restant plus de deux heures dehors dans ces conditions climatiques difficiles. Ces deux qualités sont essentielles pour parvenir à suivre le rythme sur le Hope. Ceux qui n’auraient tenu que quelques minutes auraient bien sûr eu peu de chance de rester sur le vaisseau. Je vous souhaite donc officiellement la bienvenue à bord. Et encore une fois : Bravo ! Maintenant vous devriez peut être allé vous changer afin de ne pas prendre froid.

A la fin du discours, tous les premières années le regardaient comme s’il lui était poussé soudainement une seconde tête.
-Il plaisante là ? fit Marc en le dévisageant.
-Je ne pense pas, lui répondit Lia. Mais je n’aurais jamais cru ça.
-Attends que je récapitule, grogna Sophie, ils nous ont fait poireauter sous la pluie pendant tout ce temps pour un foutu test d’obstination ?
-Il semblerait, lui répondit Anne d’un ton calme.
Les trois autres la dévisagèrent aussitôt.
-Et ça ne t’énerve pas, toi ? demanda Lia.
-Pas plus que ça, répondit Anne en haussant les épaules. C’est déjà mieux qu’un test écrit supplémentaire, non ?
-Heu... Je crois que j’aurais préféré refaire des dizaines de tests écrits plutôt que ça, marmonna Marc. Bon, je ne sais pas vous, mais moi je vais me changer. Je gèle dans ces vêtements.
-Idem ici, grogna Lia.
Etonnamment, le lendemain, toute la promotion de première année ne put assister aux activités quotidiennes, tous étant cloués au lit par une forte fièvre.
-Lieutenant, je dois me lever, grogna Lia en essayant de se redresser tandis que son tuteur la maintenait de force dans son lit.
-Tu restes couchée, fit-il. De toute façon tout ceux de ton année son malades, et je doute que tu puisses tenir plus de quelques minutes debout dans un état pareil.
-Mais…
-Dors, Lia.
Il se pencha et lui déposa un baiser sur le front avant de la border et de lui faire signe de fermer ses paupières. Les joues rouges, la jeune fille finit, à contre cœur, par se rallonger. Il ne lui fallut que quelques minutes pour replonger dans les bras de Morphée.

Une semaine plus tard, la promotion complète, composée d’une quinzaine d’adolescents, fut enfin convoquée devant le commandant du navire.
L’homme, qui se présenta comme étant le général Hokins, semblait être âgé d’une cinquantaine d’année et sourit largement à tous les nouveaux venus qui, guidés par leurs tuteurs, s’étaient tous mit au garde à vous avec plus ou moins d’aisance.

-Jeunes gens, commença-t-il d’une voix de stentor qui en fit sursauter quelques-uns, bienvenue sur le Hope. Vos tuteurs ont déjà dû vous expliquer les quelques règles en vigueur sur le navire mais je vais néanmoins vous énoncer quelques éléments importants du règlement intérieur. Tout d’abord, il vous est demandé d’être chaque jour levé à l’heure prévue et de n’arriver sous aucun prétexte en retard aux différentes activités de la journée. Les repas se prennent bien évidement au self, ici même et il vous est interdit d’en manquer un. A moins, bien sûr que nous soyons en escale. Dans ce cas, vous avez en général quartier libre pendant toute la durée de l’escale, à moins que votre tuteur ne soit assigné au ravitaillement ou à la collecte d’informations. Vous devez bien évidemment suivre votre tuteur dans tous ses déplacement et l’aider du mieux que vous pouvez dans les tâches qui lui sont assignées. En contrepartie, il ou elle vous aidera dans vos devoirs et vous guidera dans la vie de tout les jours sur le vaisseau. Vous devez évidemment respecter les officiers à bord et j’attends de vous une assiduité particulièrement importante en classe. Vos compétences seront évaluées régulièrement par vos différents professeurs mais je n’ai aucun doute sur le fait que vous parviendrez tous à garder le niveau.
Il leur sourit à nouveau.
-Maintenant, je vais vous demander de prêter serment, comme l’a fait avant chaque personne ayant été élève sur ce vaisseau.
Les élèves hochèrent la tête, heureux de pouvoir enfin devenir officiellement mousse sur le navire.
Lia regarda pendant les minutes suivantes ses camarades s’avancer un par un et jurer fidélité au Hope ainsi qu’à leur tuteur. Enfin, après de longues minutes d’attente, son nom fut appelé.
-Miss Lia Shakeshift sous la tutelle du lieutenant Antoine Scott.
S’avançant timidement, Lia vint se placer à côté de son lieutenant qui se tenait déjà devant le général.
- Lia Elisabeth Shakeshift, commença le général, jurez-vous de rester fidèle, de servir, et de représenter au mieux le Hope durant ta période d’apprentissage ?
-Je le jure, répondit Lia avec sérieux.
-Jurez-vous d’être sérieuse et appliquée dans vos études, et de donner le meilleur de vous-même ?
-Je le jure.
-Bien, lieutenant Scott, avancez-vous.
Antoine qui était resté en retrait jusqu’à présent fit un pas en avant, souriant à son élève.
-Lieutenant Antoine Rémi Scott, jurez-vous d’être à l’écoute, de soutenir, de guider votre élève durant le temps de son apprentissage ?
-Je le jure, fit le lieutenant en la regardant dans les yeux.
-Et vous Miss Shakeshift, jurez-vous de toujours écouter votre tuteur, de le soutenir dans les moments difficiles, et d’être toujours à son service.
-Je le jure, répondit Lia sans lâcher des yeux son lieutenant.
-Félicitation alors, reprit le général, vous voilà officiellement élève du Hope.
Lia lui fit un large sourire avant de retourner dans les rangs, suivis de près par son lieutenant qui lui souffla un bref « félicitation » à l’oreille. Elle observa avec attention le reste des élèves passer avant que le général ne reprenne la parole :
-Sur ce, je vais vous laisser vous diriger vers votre salle de cours. Il me semble que vous avez chimie avec le lieutenant Scott ?
Ce dernier acquiesça.
- Suivez-moi, fit-il en leur souriant. Je vais vous montrer la salle.

Quelques minutes plus tard, ils débouchèrent dans le couloir que Lia, Marc, Anne et Sophie avaient découvert quelques semaines auparavant. Le lieutenant ouvrit la première salle et leur fit signe d’entrer. Les élèves s’installèrent. Lia prit une place au deuxième rang à côté de ses amis.
-Bienvenue dans votre premier cours de chimie, commença son tuteur. Comme c’est également votre tout premier cours sur le Hope, je vais vous énoncer quelques règles que l’ensemble des professeurs souhaitent que vous respectiez…

Le soir même, Lia, Marc, Anne et Sophie se regroupèrent dans une petite salle d’étude afin de faire tous ensembles leurs devoirs. Ils furent vite rejoins par quelques autres membres de leur promotion dont Simon et Silvia. Comme ils n’avaient eut que très peu d’heure de cours, ils eurent fini en très peu de temps et allèrent se balader sur le pont en attendant l’heure de rejoindre le self.
-Bonsoir ! Fit Talli en les voyant arriver.
Elle était accompagnée comme toujours par Will et Phil qui leur firent un signe de tête.
-Une bière ? demanda Phil en leur tendant une cannette.
-Non merci, répondit Lia. Ce n’est pas trop mon truc.
-Comme tu voudras, lui répondit Phil en tendant la canette à Marc qui accepta aussitôt.
Anne et Sophie, quant à elles, préférèrent refuser la boisson.
-Alors ? Comment se sont passé vos cours ? demanda Will qui fumait tranquillement une ciga-rette.
-C’était passionnant, lui répondit Anne. Je ne regrette pas du tout d’avoir quitté le lycée. On apprend tellement plus de choses ici !
Talli rigola doucement.
-Et vous n’avez encore rien vu ! S’exclama-t-elle. Plus vous avancerez, et plus les cours devien-dront intéressants !
-D’ailleurs, reprit Phil, si vous avez des problèmes pour vos devoirs, n’hésitez pas à nous demander de l’aide. Je sais que vos tuteurs sont normalement là pour ça, mais bon…
-Merci, fit Lia, on y pensera.

Ils continuèrent de discuter calmement avant de se diriger vers le self. A la fin du diner, la jeune fille se dirigea vers sa cabine où elle attendit que son lieutenant vienne la rejoindre.
Le jeune homme passa enfin la porte de la cabine et lui sourit largement avant de s’installer sur un des tabourets attenant au petit bureau.
-Bonsoir lieutenant.
-Bonsoir ! Alors, comment s’est passé cette première journée de cours ? J’espère que je n’ai pas été trop soporifique.
Lia sourit largement.
-C’était génial. Votre cours et les autres étaient passionnants. Je suis vraiment heureuse d’être ici.
-Merci, fit-il en souriant. Tu as fini tes devoirs je suppose ?
La jeune fille hocha la tête.
-Bien. Alors que dirais-tu d’une petite promenade sur le pont ? Après nous pourrons commencer nos leçons du soir.
-Oui lieutenant, fit Lia, bien qu’un peu surprise par la demande de son tuteur.
Le professeur et l’élève se levèrent et, après avoir enfilé des vêtements chauds, quittèrent leur cabine et se dirigèrent vers l’extérieur. Ils ne croisèrent que peu de personnes, la plupart des membres de l’équipage ayant déjà rejoint leurs quartiers.
Lorsqu’ils débouchèrent à l’extérieur, Lia fut surprise par le calme qui régnait sur le pont. Le ciel était sans nuage et une douce lueur éclairait le navire tandis qu’au loin le soleil amorçait son déclin.
Elle alla s’appuyer sur la rambarde et admira le panorama qui s’étendait devant elle.
-Magnifique, n’est-ce pas ? murmura son lieutenant qui s’était accoudé à côté d’elle.
-En effet, lui répondit la jeune fille.
Quelques minutes passèrent, pendant lesquelles aucun des deux ne prononça de paroles.
-Lieutenant, finit par murmurer Lia.
-Oui ?
-Heu… Je peux vous demander quelque chose ? fit la jeune fille avec hésitation.
-Bien sûr, répondit-il avec un sourire. Après tout, je suis là pour répondre à tes questions, Lia.
-Oui mais…C’est une question un peu plus personnelle.
-Demande toujours. Je verrais si je peux te répondre, lui fit-il d’une voix calme, le regard perdu au loin.
-Quel âge avez-vous ? demanda-t-elle alors.
Elle avait longuement émit des suppositions avec ses amis sur l’âge de leurs tuteurs mais n’avait pu déterminer avec exactitude celui du lieutenant Scott. Il semblait savoir tellement de choses sur elle, alors qu’elle ignorait presque tout de lui.
-J’ai 24 ans, lui répondit-il en se tournant vers elle pour lui sourire. Cela fait déjà sept ans que j’ai été engagé sur le Hope. Mais par contre tu es mon premier mousse. Et le dernier sans doute. J’aime la vie en mer, mais je ne compte pas passer ma vie sur le navire.
-Et d’où venez-vous ?
-Je suis originaire de Tylan, le port dans lequel le Hope s’arrête avant Cassydre. C’est là-bas que j’ai été recruté.
Lia hocha la tête, l’écoutant avec attention.
-Tu sais, reprit son tuteur, j’ai une histoire un peu semblable à la tienne. Sauf que dans mon cas, c’est mon père qui m’a élevé et j’ignore si ma mère est encore en vie. Mon père passait et passe sûrement toujours beaucoup de temps dans les bars, et revenait régulièrement complètement ivre. Et évidemment, c’est moi qui en faisais les frais. J’ai coupé tout contact avec lui dès mon arrivée sur le Hope. Chaque année, lorsque je dois rentrer chez moi, ce sont des anciens voisins qui m’accueillent. Ce sont des gens charmants. Je suis sûr qu’ils seront ravis de te rencontrer.
-Je suis désolé lieutenant, murmura aussitôt Lia.
-ne le soit pas, lui répondit-il. C’était il y a longtemps maintenant. Et puis, le Hope est ma nou-velle famille, famille dont tu fais désormais partie.

-Je suis heureux que tu sois mon mousse Lia, murmura-t-il, je n’aurais pu imaginer de meilleure personne pour remplir ce rôle.
-merci lieutenant, répondit timidement la jeune fille dont les joues étaient toujours rouges. Et moi je suis heureuse d’être ici…avec vous.

Ce dernier lui sourit largement avant de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui, lui déposant un baiser dans les cheveux. Lia ferma alors les yeux, appréciant la douce chaleur qui l’envahissait tandis qu’elle respirait avec bonheur cette odeur de gel douche et d’after shave qu’elle associait désormais avec l’homme collé contre elle.
-Allez, murmura-t-il dans ses cheveux, il est temps de retourner à notre cabine.
Lia hocha la tête et alors qu’il la relâchait doucement. Ils passèrent le reste de la soirée à revoir les bases de la guitare. Ce soir-là, Lia s’endormit le sourire aux lèvres et ses rêves eurent pour protagoniste principal un certain lieutenant aux yeux bleus.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:11

Chapitre 3

Les jours, puis les semaines passèrent, laissant la jeune fille s’habituer doucement au rythme de vie à bord du navire. Les cours commençaient peu à peu, laissant à tous le temps de rattraper le retard potentiel qu’ils pouvaient avoir, mais gardant néanmoins un niveau plus élevé que celui enseigné dans les lycées normaux. Régulièrement, Lia aidait son lieutenant dans ses tâches quotidiennes, comme vérifier leur itinéraire ou monter la garde le soir à bord du navire.
Cela faisait déjà environ un mois que la jeune fille avait posé pour la première fois le pied sur le pont du navire. Elle connaissait désormais le bâtiment presque comme sa poche, grâce à l’aide généreusement accordée par Will, Phil et Talli. Ce soir là, elle et ses amis s’étaient séparé comme chaque fois après leurs devoirs afin de rejoindre leurs différents tuteurs. Comme chaque lundi soir, Lia s’était donc dirigé vers la cabine de pilotage, où elle était censée retrouver son lieutenant qui était chargé de surveiller l’itinéraire du vaisseau tout en réceptionnant les potentiels messages nocturnes, rédigés bien évidemment en morse, qu’il avait enseigné à son élève dès son arrivée sur le vaisseau.
Pas très bien réveillée, Lia poussa avec nonchalance la porte de la petite pièce et, sans vraiment regarder l’intérieur de la cabine, envoya voler son sac dans le coin habituel, l’objet retombant sur le sol en un bruit sourd.
Alors qu’elle s’apprêtait à s’assoir sur son tabouret habituel, devant le poste de radio, un mou-vement brusque à sa droite la fit sursauter.
Elle étouffa une exclamation de surprise lorsqu’elle se retourna enfin pour déterminer l’origine de la perturbation.
Son lieutenant, les vêtements froissés et la chemise à moitié déboutonnée, tenait contre lui une jeune femme (dont la tenue était dans le même état) que Lia supposa être le lieutenant Simmons, tutrice de son amie Will.
Rougissant furieusement, il ne fallut tout de même quelques secondes à Lia pour que son cer-veau se remette en marche après cet arrêt momentanée et lui dicte de faire machine arrière vers la porte de la pièce.
-Lieutenants…Je suis désolé, balbutia-t-elle. Je…
Elle attrapa son sac et sortie aussitôt en courant de la pièce, ignorant ou ne voulant tout sim-plement pas entendre l’appel de son lieutenant qui lui demandait de rester.
-LIA ! Attends !
Tournant à l’angle d’un couloir, elle parcourut en un temps record l’espace séparant la cabine de pilotage de sa propre cabine, qu’elle partageait avec son lieutenant.
Le rouge aux joues, elle était trop mortifiée en cet instant pour penser à autre chose que courir. Jamais elle n’aurait pensé tomber sur une scène comme celle dont elle venait d’avoir un aperçut. Elle avait naïvement songé que son tuteur avait pour seul occupation son travail sur le vaisseau, et ne s’intéressait pas pour le moment, à la gente féminine, bien qu’assez nombreuse sur le navire. Pourtant, en y réfléchissant, elle songea amèrement qu’Antoine Scott, comme tout homme normalement constitué, avait évidemment eut des conquêtes et que cela était tout à fait normal pour lui d’avoir une petite amie sur le vaisseau. Toutefois, sans trop savoir pourquoi, l’idée de savoir son tuteur avec une autre femme lui laissait comme un goût amer dans la bouche. Elle ferma les yeux, essayant de chasser cette image de son esprit. Elle avait cru un moment avoir une relation particulière avec son tuteur. Il se montrait toujours attentionné, presque doux avec elle. Mais apparemment, une autre femme comptait également pour lui.
-Ouch !
La jeune fille ouvrit brusquement les yeux alors qu’elle entrait violement en contact avec quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Basculant en arrière, elle tomba sur le sol.
-Je suis désolé, marmonna-t-elle en essayant de se relever.
Tentant de se remettre sur ses jambes, elle grimaça en sentant sa cheville gauche lui renvoyer une douleur aigue.
-Lia.
La jeune fille releva le regard, pour rencontrer celui inquiet du lieutenant Miller.
-Lieutenant, répondit-elle.
Elle finit enfin par se redresser, s’aidant du mur du couloir pour se maintenir debout sans ap-puyer sur sa cheville.
-Est-ce que ça va ? demanda l’officier, pourquoi courais-tu comme ça ?
-Tout va bien lieutenant, répondit Lia en détournant le regard. Je…J’ai juste réalisé quelque chose. Désolé, je dois y aller.
Elle commença à vouloir avancer de nouveau mais fut retenu par la main de l’homme posé sur son bras.
-Non, tu restes ici !
Il la retourna vers lui.
-Que s’est-il passé Lia ? Où est ton tuteur ?
-Il ne s’est rien passé, murmura-t-elle en baissant les yeux. Rien d’important en tout cas. Mon tuteur est dans la cabine de pilotage.
-Pourquoi n’es-tu pas avec lui ? Insista le lieutenant Miller sans cesser de la dévisager avec inquiétude.
-Je…
La jeune fille se mordit la lèvre et dû refréner les larmes qui menaçaient de couler sur son visage alors qu’elle songeait à la course poursuite qu’elle avait engagé.
-Je suis désolé lieutenant. Lorsque je suis entré, le lieutenant Scott était avec quelqu’un…ils…ils étaient occupé. Je les ais surpris et je me suis enfuis.
-Avec qui était-il Lia ? demanda doucement Bruno.
-Le lieutenant Simmons, marmonna la jeune fille en rougissant.

Le lieutenant eut un rire amer.
-Je vois, murmura-t-il. Je suppose que ton lieutenant est à ta recherche. Tu ferais bien d’aller le rejoindre.
La jeune fille hocha la tête sans trop d’enthousiasme mais fit néanmoins volte-face. Avant qu’elle n’ait pu faire un pas, son tuteur apparu à l’angle du couloir. Les joues de l’homme étaient rouges, du fait d’avoir couru. Dans ses yeux brillaient une lueur d’inquiétude que la jeune fille sut aussitôt dirigée vers elle.
-Lia ! Dieu merci tu es là ! S’exclama-t-il en allant à sa rencontre. Bruno, merci d’avoir trouvé mon élève.
-Mais de rien Antoine, fit l’officier en souriant largement. Allez, je m’en vais, je vous laisse discuter !
Le lieutenant Scott attendit que son ami eu tourné à l’angle du couloir pour se tourner vers la jeune fille qui ne l’avait pas lâché des yeux, un air inquiet sur le visage.
-Je suis désolé lieutenant, murmura-t-elle en baissant les yeux, je n’aurais pas dû partir.
-C’est moi qui doit m’excuser, intervint son tuteur. La scène à laquelle tu as assisté n’était pas…enfin, disons que ce n’est pas du tout ce que tu crois.
Lia haussa un sourcil moqueur.
-Non, vraiment, fit le lieutenant avec sérieux. Ecoute, je…Je ne vais pas te raconter en détail les péripéties de ma vie amoureuse, mais sache que j’ai eut brièvement une relation avec le lieutenant Simmons il y a quelques mois. Nous avons rompu juste avant ton arrivée sur le navire. Et depuis, elle essaye de me persuader de nous remettre ensemble. Ce à quoi tu as assisté était une de ses tentatives.
Il soupira bruyamment et se passa le visage sur le visage d’un air fatigué.
-Je suis loin d’être un saint Lia, murmura-t-il. Et j’ai eut une longue journée. Je n’ai juste pas pu la repousser autant que j’aurais voulu.
La jeune fille acquiesça.
-Je ne sais même pas pourquoi je te parle de tout ça, ajouta-t-il plus pour lui-même que pour la jeune fille. Allez, autant retourner vers la cabine de pilotage.
-Oui lieutenant, lui répondit la jeune fille avec résignation.
Elle ignorait pourquoi, mais l’explication de son tuteur était loin de la satisfaire, mais après tout, comme il le disait lui-même, il n’avait pas à se justifier. Il était un homme. Elle n’était que son élève.
Clopinant quelque peu, elle suivit son tuteur jusqu’à la cabine où elle s’installa sans un mot, ne voulant surtout pas croiser le regard de l’homme assis à quelques pas d’elle.
La soirée se déroula dans un silence pesant. Autant pour la jeune fille, qui s’était finalement plongé dans un devoir de physique, que pour son tuteur qui gardait tant bien que mal les yeux fixé sur la boussole et les autres instruments de navigation.
Sur le coup de deux heures du matin, un officier accompagné de son mousse vinrent les relever. Lia put alors enfin aller se glisser avec bonheur dans la chaleur si accueillante de ses draps, en prenant bien soin de laisser son lieutenant tranquille.
Le lendemain matin, c’est avec difficulté qu’elle finit par se tirer de son lit et se dirigea vers la salle de bain. Quand elle en sortit, habillé de son jogging et prête à affronter cette nouvelle journée, elle fronça les sourcils en remarquant que son tuteur dormait encore.
S’approchant de l’homme endormi, elle se secoua doucement.
-Lieutenant, fit-elle, réveillez-vous ! Lieutenant Scott !
Elle fronça les sourcils quand une douce lueur verte émergea du poing fermé de l’homme en-dormi.
-Lieutenant ? murmura-t-elle avec interrogation.
Elle approcha sa main et reçut une légère décharge d’énergie qui lui réchauffa la paume, diffu-sant une douce chaleur le long de son bras.
Mais, la lumière disparu aussitôt et, au bout de quelques secondes, la jeune fille vit finalement l’homme bouger dans son sommeil. Elle le vit papillonner des paupières et ouvrir les yeux avec difficulté.
-Lia ? murmura-t-il.
-Lieutenant, il est l’heure de se lever, fit-elle non sans lui jeter un regard soupçonneux.
-Quoi ? Déjà ?
Il se redressa et sursauta brusquement après avoir jeté un œil à sa montre. Lia remarqua au passage que rien ne reposait dans sa main qu’elle avait vu s’éclairer quelques minutes plus tôt.
-Mon dieu ! Merci de m’avoir réveillé Lia !
Il se leva et couru aussitôt vers la salle de bain, attrapant au passage son vêtement de sport.
Dix minutes plus tard, il en ressortit en vitesse, les cheveux encore mouillé, et sourit avec bonne humeur à Lia qui l’attendait patiemment, assise sur son lit.
-On y va ? demanda-t-il.
-Oui lieutenant, lui répondit la jeune fille.
Elle sentait la morosité de la veille s’évaporer peu à peu alors qu’ils marchaient côte à côte dans les couloirs, malgré quelques interrogations qui subsistaient.
-Lia, commença son tuteur alors qu’ils couraient avec les autres, je voulais m’excuser pour mon attitude d’hier soir. J’étais complètement crevé par toutes les tâches que m’avait demandées le général. J’ai eut des réactions que je n’ai pas en temps normal. Je suis vraiment désolé.
La jeune fille secoua la tête.
-Non. Vous n’avez pas à vous excuser. J’étais moi aussi énervée par ma journée. C’est aussi ma faute.
Sans rancune alors ? demanda Antoine avec un sourire.
-Sans rancune, confirma Lia avec un léger pincement au cœur.
Mais elle reprit sa course de plus belle, dépassant son tuteur pour venir se mettre à hauteur de Marc qui courait avec Sophie.
-Lia ! L’accueillit le jeune homme, comment vas-tu ?
-Bien. Fit-elle sans réelle conviction. Et vous deux ?
-Comme d’habitude, répondit Marc en haussant les épaules.
-Idem pour moi, fit à son tour Sophie. Comment va ton lieutenant Lia ? Mon tuteur m’a dit que vous avez eut une légère altercation hier soir.
-Rien de bien grave, répondit la jeune fille en haussant les épaules.
Mais ses deux amis continuèrent de la fixer en fronçant les sourcils.
-Tu nous cache quelque chose Lia, indiqua Marc.
La jeune fille soupira.
-Tu me connais trop bien, marmonna-t-elle.
Elle leur fit signe de se rapprocher d’elle.
-Ok, chuchota-t-elle après avoir vérifié que personne ne les écoutait. Rendez vous ce soir après les cours au lieu habituel. Je vous raconterai tout. Je ferai passer le message à Anne.
Ses deux amis hochèrent la tête d’un air entendu et reprirent le footing comme si rien ne s’était passé.
Quelques secondes plus tard, la jeune fille se fit rejoindre par un Phil apparemment d’excellente humeur qui essaya aussitôt de la faire rire en lui lançant quelques plaisanteries. La jeune fille lui fit un sourire forcé puis fini par laisser échapper un léger rire en voyant qu’il n’allait pas la laisser tranquille autrement. Elle souffla de soulagement en voyant le jeune homme lui renvoyer un magnifique sourire auquel elle répondit bien malgré elle et finit comme inconsciemment par commencer à se détendre au contact du jeune homme. Ils discutèrent pendant le reste du footing, Phil ne la lâchant pas d’une semelle. Bien qu’un peu surprise par son attitude, Lia le laissa faire, remarquant avec satisfaction la lueur troublée dans les yeux de son tuteur lorsqu’ils le dépassèrent en riant légèrement.

Le soir même, Lia attendit patiemment que ses amis la rejoignent dans le recoin attenant à la salle de sport qu’ils avaient découvert quelques semaines plus tôt. Ils n’avaient pas convié Phil, Will et Talli, Lia préférant partager sa découverte avec ses amis les plus proches. La jeune fille avait donc du éviter habillement les deuxièmes années, notamment Phil qui semblait ne plus vouloir la lâcher ; ainsi que son lieutenant qui, heureusement, avait apparemment d’autres occupations.
-Alors ? demanda Marc une fois qu’ils se furent tous installé confortablement à même le sol.
-J’ai remarqué quelque chose de bizarre, commença Lia. Hier, j’ai découvert mon lieutenant avec une femme. On a eut ensuite une légère altercation et…
-Quoi ? cria Sophie, faisant sursauter les autres. Il était avec qui ?
- Aucune importance. Soupira Lia en détournant le regard. De toute façon je suppose qu’il fallait s’y attendre.
-Désolé Lia, fit Marc en posa une main sur son épaule en signe de soutien.
Elle lui sourit maladroitement puis reprit la parole.
- Bref, lorsque je me suis réveillée ce matin, il dormait encore. Et quand j’ai voulu le réveiller, j’ai vu une lueur verte apparaître. J’ai crut rêver au début. Mais elle est restée pendant au moins une minute. Elle venait de sa main. Pourtant, quand il s’est réveillé, il ne tenait rien. J’ai continué à l’observer aujourd’hui, et j’ai vu cette lueur apparaître à nouveau à plusieurs reprises lorsqu’il était dans les parages. Mais à chaque fois que je tournais la tête pour mieux la voir, elle disparaissait.
-Maintenant que tu en parle, fit Sophie, j’ai vu la même chose sur le lieutenant Miller.
-Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? demanda Anne.
-Je pensais que vous alliez me prendre pour une illuminée, grogna la jeune fille.

Ils hochèrent tous la tête.
-Et toi Anne ? demanda Lia, as-tu remarqué quelque chose de bizarre chez ton lieutenant ?
-Et bien, je pensais que c’était un rêve mais…
-Allez, pressa Marc, c’est peut être important.
-Très bien. Il y a une semaine environ, j’ai dû me réveiller durant la nuit. Lorsque j’ai ouvert les paupières, j’ai vu mon tuteur assis en tailleur sur son lit. Ses mains brillaient d’une étrange lumière. Je crois que je me suis rendormit ensuite.
-J’ai assisté à la même chose, fit Marc d’un air songeur. Il y a un truc de pas normal quelque part.
-Il y a d’autres choses un peu bizarre, reprit Sophie. Avez-vous remarqué qu’à certains moments de la journée, vos tuteurs sont introuvables ? Il y a quelques jours j’ai passé plusieurs heures à chercher le lieutenant Miller. Et pas moyen de le retrouver. Le soir lorsque je lui ai demandé où il était, il m’a dit qu’il avait passé l’après midi dans la salle de sport. Pourtant j’avais vérifié cette pièce plusieurs fois.

Les autres hochèrent la tête. Lia repensa brièvement au lundi précédent durant lequel elle n’avait pu apercevoir son lieutenant.

Alors qu’ils continuaient leur discussion, dans la pièce adjacente cinq adultes les écoutaient avec attention.
-Ils sont précoces hein ? fit le lieutenant Morgan avec amusement.
-Un peu longs à la détente je trouve, rétorqua Miller. Antoine et moi avions remarqué des incohérences dès la première semaine de cours.
-C’est parce que vous aviez surpris vos tuteurs en plein entrainement, contra le lieutenant Carols. Donc ça ne compte pas.
Le lieutenant Scott sourit innocemment à la jeune femme avant de prendre à son tour la parole.
-Alors ? que fait-on ?
-Vous devez les laisser se débrouiller encore un peu, répondit le colonel Higgans qui avait écouté jusqu’à présent la conversation sans dire un mot. Observez leurs moindres faits et gestes. Cela finira par se produire. Dès que nous serons sûre qu’ils en sont capables eux aussi, nous leur diront tout.
-Oui colonel ! S’exclamèrent les quatre officiers d’une même voix.
Quelques minutes plus tard, quatre silhouettes se glissèrent dans la bibliothèque, peu fréquentée en cette fin de journée, chacun repartant avec un énorme volume sous le bras.

Le lendemain, une effervescence peu coutumière animait le navire. En effet, en cette fin de mois d’octobre, tout l’équipage du Hope s’apprêtait à fêter comme chaque année la Samhain, fête des ancêtres. Les quatre amis furent donc stoppés dans leurs recherches et ne purent accéder à la bibliothèque de la journée, devant aider leurs tuteurs à préparer la salle de restauration et le banquet du soir.
Le navire avait fait escale quelque jour auparavant et avait donc pu se réapprovisionner en produits frais afin de préparer le banquet qui serait servi le soir même. Lia dut donc, pendant une partie de l’après-midi, astiquer de couverts en argenterie qui seraient installé sur la table le soir même.
Elle ne voyait aucun intérêt à cette tâche, d’autant que les couverts allaient se resalir ensuite, mais l’exécuta tout de même sous le regard inquisiteur de son lieutenant qui n’avait cessé de la dévisager depuis qu’elle était retournée dans leur cabine la veille.
Elle aussi n’avait cessé d’observer son tuteur, cherchant à expliquer la lueur qu’elle avait de nouveau vu apparaître à plusieurs reprises. Mais rien n’y faisait. Dès qu’elle tournait la tête pour mieux l’observer, elle disparaissait.
-Il y a un problème lieutenant ? Finit-elle par demander lorsque l’officier ne la lâcha pas des yeux pendant plusieurs minutes, le chiffon immobile au dessus d’une fourchette en argent.
Ce dernier sursauta et détourna aussitôt le regard, semblant se rendre compte de l’attention qu’il portait à son élève.
-Non, aucun, répondit-il bien trop vite au goût de la jeune fille. Aucun problème. Il faut se dépêcher de terminer de nettoyer ces couverts. Nous n’aurons jamais finit avant ce soir sinon.

Lia se mordit la langue pour éviter de répliquer qu’ils avaient déjà astiqué plus de couverts que pour deux équipages entiers et se remit au travail.
En arrivant dans la salle de réception le soir même, la jeune fille fut époustouflé de voir le travail réalisé par ses camarades mousses durant une journée. La pièce avait été décorée aux couleurs du Hope. De longues tapisseries bleues foncées aux motifs argentés s’étalaient ainsi sur les murs. Les tables avaient été disposées de la même façon que celles dans le self. Et sur chacune se trouvaient de nombreux plats ainsi que des assiettes et les couverts que Lia avait astiqué durant tout l’après-midi.

-C’est magnifique ! s’exclama Marc à ses côtés. Et dire que j’ai passé la journée à lessiver les salles de cours. J’aurais tellement aimé pouvoir participer à la préparation.
-Parle pour toi, fut Lia avec un rire amère. J’ai astiqué des couverts tout l’après-midi. J’aurais largement préféré venir t’aider à nettoyer les salles, d’autant que mon tuteur ne m’a pas lâché des yeux.
-Moi non plus, indiqua Anne. Chaque fois que je me retournais, je le voyais détourner la tête.
-Idem ici, grogne Sophie.
-Vous croyez qu’ils nous ont entendus hier soir ? fit Marc dans un souffle. Le lieutenant Carols n’arrêtait pas de m’observer.
-Impossible, répondit Sophie. Personne ne nous a suivi, j’en suis certaine.
-Lia, Marc ! Par ici !
Les quatre amis relevèrent la tête pour voir que Phil leur avait réservé des places.
-On en reparlera plus tard, souffla Sophie alors qu’ils se dirigeaient vers leurs amis.
Lia s’installa à côté de Phil qui s’empressa de s’informer de la façon dont s’était déroulée sa journée. Le repas se passa dans une atmosphère conviviale et chaleureuse, malgré les regards de son tuteur qu’elle sentait toujours dirigés sur elle.
-Lia ! Viens !
Les mousses et tuteurs étaient en train de sortir de la salle, alors que les quelques-uns étaient déjà chargé de débarrasser les tables.
La jeune fille se retourna et rejoignit aussitôt ses amis dans un coin sombre d’où personne ne pouvait les entendre.
-Alors ? demanda aussitôt Sophie, avez-vous eu le temps de jeter un œil aux livres que nous avons emprunté hier ?
Anne secoua la tête.
-Impossible, grogna-t-elle, mon tuteur n’a pas détourné les yeux une seule fois de la soirée, idem ce matin.
-Idem ici, lâcha Marc.
-Moi j’ai pu profiter de la douche du lieutenant Scott pour lire quelques chapitres, fit à son tour Lia.
-Vraiment ? s’exclama Sophie, as-tu trouvé des choses intéressantes ?
-Je ne sais pas encore si ce sont des informations utiles, mais d’après ce bouquin, le Hope aurait été créé par des mages souhaitant enseigner à des personnes possédant également des capacités semblables aux leurs. Ces mages, nommés Calian et Ramostis étaient apparemment capable de contrôler les éléments. Ils expliquent ensuite que chaque étudiant se voyait enseigner les différents moyens de contrôler leurs pouvoirs, ainsi que les sciences naturelles, les lettres classiques et pleins d’autres domaines leur permettant d’être considéré ainsi comme l’élite et de se classer parmi les plus hautes sphères de la société de l’époque lorsqu’ils reviendraient dans leurs familles. Par contre, cela ne semble être qu’un livre de conte. Et l’écriture, en plus d’être manuscrite, est du vieux ceresque. J’ai étudié cette langue au collège, mais j’ai trouvé ce texte pratiquement incompréhensible.
-Mouai, peut être que ça pourrait tout de même nous servir, admit Sophie. L’auteur de celui que j’ai emprunté semble persuadé que la magie existe. Il encourage même le lecteur à essayer les techniques qu’il enseigne afin de contrôler ses pouvoirs.
-On pourrait toujours essayer, fit Marc avec enthousiasme, ça pourrait être marrant.
-Pourquoi pas, fit Anne en haussant les épaules. Il faudrait déjà que l’on termine tous de feuilleter nos livres. Mais on pourrait essayer les techniques de ton livre ce soir.
-Rendez-vous au même endroit qu’habituellement alors ? demanda Lia.
Les autres hochèrent la tête.
-Lia ! Tu viens ?
La jeune fille se retourna pour voir son tuteur lui faire signe de le suivre.
-J’arrive lieutenant ! répondit-elle aussitôt.
-A tout à l’heure, souffla-t-elle aux autres avant de rejoindre son tuteur.
-Alors, comment as-tu trouvé le diner ? demanda Antoine lorsqu’elle fut arrivée à sa hauteur.
-C’était délicieux, admit-elle. Mais je ne comprends pas pourquoi nous avons astiqué tous ces couverts. Il y en avait bien plus que de personnes à bord.
Le lieutenant Scott détourna le regard et expliqua d’une voix distraite.
-Oh…Disons que ça leur fait du bien d’être nettoyés de temps.
La jeune fille haussa un sourcil.
-Mais bien sûr, grogna-t-elle à voix basse en suivant son tuteur jusque dans leur cabine.

Bien plus tard, Lia réussi enfin à se glisser hors de la pièce après que son lieutenant ait vérifié au moins trois fois qu’elle avait fini tous ses devoirs. La jeune fille avait fait tout son possible pour rester calme, malgré le fait que la surveillance accrue de son tuteur commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.
-C’est pas possible, grognait-t-elle alors qu’elle se dirigeait désormais avec aisance dans les différents couloirs du navire, il ne peut pas me laisser tranquille deux minutes ? Il devait être espion dans une vie antérieure !
Elle soupira à nouveau en entendant à quelques mètres d’elle le pas caractéristique de son tuteur.
-Bordel !
Tournant à l’angle d’un couloir, elle se mit aussitôt à courir, prenant tout les raccourcis qu’elle connaissait afin de rejoindre au plus vite l’endroit où l’attendaient ses amis.
Ne s’arrêtant que quelques secondes pour vérifier si personne ne l’avait suivit, elle se glissa ensuite dans le léger réduit où Sophie l’attendait déjà.
-Salut ! fit-elle en se laissant tomber sur le sol. Les autres ne sont pas encore arrivés ?
Son amie secoua la tête.
-Ils ont sûrement du mal à échapper à leur tuteur. Le lieutenant Miller m’a fait ranger toute la cabine avant d’accepter enfin que je vienne vous rejoindre.
Lia lâcha un léger rire.
-Je crois qu’on a trouvé quelque chose d’intéressant alors, remarqua-t-elle. Sinon pourquoi nous empêcher de travailler ensemble ?
-C’est pas faux, admit Sophie. Ha, voilà Marc !
En effet, le jeune homme venait d’entrer dans le passage, très vite suivit par Anne.
-Anne, tu as ramené le livre ? demanda aussitôt Lia.
-Oui, répondit son amie qui avait un peu du mal à respirer.
Elle sortit de sa sacoche en toile un énorme volume poussiéreux qu’elle feuilleta un moment avant de l’ouvrir à une page précise.
-Voilà ! S’exclama-t-elle, c’est ici. «La magie est tout. Elle est à l’ origine de toute chose. Et chaque être vivant interagit avec elle à chaque mouvement, chaque geste, chaque respiration et battement de cœur. Seuls quelques individus sont pourtant capables de la voir, de la com-prendre, et de la contrôler. Mais beaucoup d’entre eux sont ignorant de cette capacité. C’est pourquoi nous, Calian et Rasmostis, en l’an 200 de l’aire Orion, avons créé le Hope. Toi notre élève qui lis ces lignes, tu apprendras au fil des pages à découvrir et utiliser des pouvoir que tu n’avais sûrement pas soupçonné et pourtant qui dorment à l’intérieur de toi depuis ta nais-sance. »
-C’est juste une légère introduction, reprit Anne, mais quelques pages plus loin il y a déjà quelques exercices qui m’ont paru intéressants.

Elle tourna quelques pages.
-Regardez, reprit-elle, c’est l’un des premiers exercices à priori enseigné par les deux mages au début de la formation. Apparemment il faudrait faire apparaitre une lueur dans notre paume.
-Et comment est-on censé faire ça ? demanda Marc.
-Je suppose qu’il suffit de suivre les instructions. Voyons voir : «Fermez les yeux. Concentrez-vous sur votre magie. Imaginez la comme un fluide parcourant votre corps, vos membres, vos organes, jusqu’au plus fin de vos vaisseau sanguin. Visualisez ensuite une partie de cette énergie voyager jusque vers votre épaule, descendre le long de votre bras, puis se concentrer peu à peu dans votre main. Une fois cela fait, songez à une douce lumière, laissez la réchauffer votre paume, scintiller autour d’elle tel un feu rougeoyant. Laissez sa chaleur vous envahir et ouvrez les yeux. »
-Hum…je suppose qu’on peut essayer, fit Lia d’un ton peu convaincu. Pas sûr que ça marchera. Je continue toujours à penser que ce sont des légendes.
-On verra bien, répondit Marc.

Les quatre amis fermèrent alors leurs paupières. Lia fit de son mieux pour faire le calme en elle, laissant la quiétude du lieu l’envahir. Elle imagina une plage paisible, telle la petite crique qu’elle fréquentait régulièrement à Cassydre. Elle ignorait comment trouver sa dite magie mais se concentra sur son souffle, et pensa à une force semblable parcourant ses membres, cette force se dirigeant vers son épaule, vers son bras, son poignet, sa paume.
Peu à peu, elle se sentait de plus en plus relaxée, et sentit une douce chaleur émaner de son poing.
-Bon sang, grogna-t-elle, qui est le crétin qui a allumé la lumière ?
Un léger rire la fit ouvrir les paupières. Elle écarquilla alors les yeux en voyant ses trois amis hilares devant elle, chacun tenant ce qui ressemblait à des flammes bleues ou rouges dans une de ses mains. Baissant les yeux, elle découvrit le même phénomène dans sa paume.
Elle resta quelques secondes ébahie devant cette douce lueur dansant en de belles flammes verte. De sa main gauche, elle joua un moment avec les flammèches, ressentant à chaque fois un léger picotement sur le bout de chaque doigt.
-Wow, fit-elle finalement.
-Je n’aurais trouvé de meilleur terme, fit Marc avec un large sourire.
-Alors…fit Lia avec hésitation….Je suppose que ce que raconte ce grimoire est plus ou moins vrai ?
-Celui là et tout les autres, lui répondit Anne. C’est génial !
-En effet, admit Sophie avec un large sourire. Vous vous rendez compte ? On est magique !
Les autres lâchèrent un éclat de rire.
Des applaudissements firent sursauter les quatre amis qui se retournèrent brusquement pour se rendre compte que leurs tuteurs étaient entrés dans la pièce et les avaient vraisemblablement observés dans l’ombre pendant quelques minutes.
-Félicitation ! s’exclama Antoine en venant serrer Lia dans ses bras.
Lia, mal à l’aise, se dégagea aussitôt, ignorant le regard troublé de son tuteur.
-Lieutenant ? fit la jeune fille en fronçant les sourcils, que faites-vous ici ?
-Et comment nous avez-vous trouvé ? demanda Sophie en se dégageant de l’étreinte du lieutenant Miller.
- Asseyez-vous, fit le colonel Higgans qui était resté silencieux juste là. Je crois que nous avons pas mal de choses à vous dire.
Lia s’installa confortablement à côté de son lieutenant non sans lui avoir jeté une œillade inter-rogative auquel il répondit par un sourire.
-Bien, reprit le colonel Higgans, j’ai pu constater que vous avez découvert l’un des secrets du Hope. Sachez tout d’abord que toutes les connaissances présentes dans les grimoires de la bibliothèque sont exactes.
-Alors la magie existe vraiment ? demanda Lia.
-En effet miss Shakeshift, répondit le colonel en souriant à la jeune fille. Vous avez d’ailleurs pu en faire l’expérience.
Il pointa d’un doigt les mains de la jeune fille qui brillaient toujours d’une fine lueur verte.
Cette dernière acquiesça.
-Vous devez tous savoir que tous les étudiants acceptés sont capables de voir et manipuler la magie. C’est une condition indispensable pour y entrer.
-Mais je croyais qu’il suffisait d’avoir des bons résultats ? S’interrogea Anne.
-Officiellement, lui répondit le lieutenant Morgan avec un sourire, c’est en théorie un des pré-requis. Officieusement c’est un peu plus compliqué que ça.
- Comment pouviez-vous savoir que nous étions capables de cela ? demanda Marc en fixant ses mains toujours brillantes.
-C’est très simple, répondit le colonel, tout simplement grâce à ceci.
Il sortit de sous sa veste un objet emballé dans un fin tissus. Le retirant, il dévoila une pierre que Lia prit tout d’abord pour une vulgaire roche volcanique avant que cette dernière ne se mette à briller d’un faible éclat violet.
-Qu’est ce que c’est ? demanda Marc.
-Ceci, reprit le colonel, est le moyen que nous avons de voir si vous possédez ou non des pou-voirs.
Il posa l’objet sur le sol. La lumière s’en dégageant s’éteint alors, et le colonel les incita à tendre la main.
Lia caressa aussitôt du bout des doigts la pierre qui devint alors d’un vert brillant.
-Wow ! s’exclama la jeune fille.
Son lieutenant lui sourit.
-Tu aimes le vert Lia ? Lui chuchota-t-il alors que pour Marc la pierre devenait d’un bleu profond.
-C’est ma couleur préférée, lui répondit-elle.
Anne obtint un bleu foncé tandis que pour Sophie, la pierre se teignit en rouge.
-Lieutenants, reprit le colonel, si vous voulez bien…
Ils acquiescèrent et le lieutenant Scott essaya à son tour. Lia écarquilla les yeux en voyant la pierre devenir du même vert que celui qu’elle avait obtenu.
-Comment… ? Balbutia-t-elle.
-Les mousses sont répartis avec un tuteur dont la magie ressemble le plus à la leur, expliqua le colonel Higgans. Le lieutenant Scott et toi semblez partager le même type de magie. Magie verte si je ne me trompe ?
-Exact, répondit le lieutenant Scott.
-Mais…Je ne comprends pas, fit Anne. Vous ne nous avez pas fait toucher cette pierre avant.
-Ce n’est pas utile, répondit le lieutenant Morgan. Il nous a suffit de passer votre copie au des-sus. La pierre a immédiatement réagit.
Les quatre amis hochèrent la tête.
-Donc nous sommes des sorciers ? demanda Marc qui avait été bercé durant son enfance par des contes et légendes à propos de courageux sorciers se battant contre monstres et dragons.
-Pas du tout ! s’exclama le lieutenant Carols dans un éclat de rire. Le terme mage est plus ap-proprié.
-Sorcier est assez péjoratif je trouve, admit le lieutenant Scott avec un sourire. D’autant que nous ne contrôlons pas tous notre magie de la même manière.
-Mais alors, tout ce que nous avons lu sur les mages Calian et Rasmostis est vrai ? Questionna Anne.
-Ah, je vois que tu as prit le temps de lire le livre que tu as ramené hier soir, fit son tuteur d’un air amusé.
Anne rougit et baissa les yeux.
- Comment savez-vous ? murmura-t-elle.
-Vous nous observez depuis plusieurs jours ! s’exclama Marc.
-Navré, répondit le colonel, mais nous devions savoir si vous aviez finalement découvert vos pouvoirs afin de commencer votre apprentissage. Une fois vos pouvoirs découverts, ils peuvent devenir dangereux pour vous et votre entourage si on ne vous apprend pas à vous en servir. Mais, pour répondre à votre question, miss Baldes, tout ce que vous avez lu est exact.
-Mais alors, rétorqua Lia, pourquoi ne pas nous mettre au courant dès le début ? Après tout, nous avons découvert cela un peu par hasard.
Le colonel Higgans lâcha un léger rire.
-Le général préfère vous voir chercher quelques temps avant de tout vous dévoiler. Les élèves finissent toujours par découvrir la vérité après plusieurs mois sur le navire. Les pouvoirs des autres membres de l’équipage ne restent jamais totalement cachés, surtout lorsque nous sommes fatigués. Vous avez dût surement vous en rendre compte. Et puis, si nous vous dévoi-lions tout dès le début, il risquerait d’y avoir quelques débordements. Certains élèves auraient du mal à concilier le développement de leur magie avec l’apprentissage de la vie sur le navire et risqueraient de se concentrer beaucoup moins sur leurs études.
Ils hochèrent tous la tête.
-Néanmoins, reprit le colonel, il est préférable de ne pas trop dévoiler vos pouvoir à quelqu’un d’extérieur au Hope. Vous verrez dans les livres que les mages ont souvent été persécutés dans l’histoire. Aujourd’hui, la plupart des gens considèrent d’ailleurs leur existence comme une légende, bien que de nombreuses personnes en soient encore capables.
-J’ai encore une question, fit Marc. Le Hope est-il le seul navire enseignant à des mages ?
-Non, répondit le lieutenant Miller. Il existe plusieurs autres bâtiments, dont le Téthys que l’on croisera peut être. Bien sûr, chacun recrute à un endroit différent de Platonia. Depuis les grandes guerres d’il y a quelques siècles, la population de notre planète a fortement diminué et s’est surtout rassemblé sur les côtes. C’est donc assez simple pour les vaisseaux de recruter sans trop s’avancer dans les terres.
-Mais ceux qui n’avaient pas d’assez bons résultats, parviendront-ils à contrôler leurs pouvoirs ? demanda alors Lia.
-Bien sûr. Nous avons toujours quelques éléments qui restent dans les terres afin de prendre en apprentissage des élèves vraiment mauvais qui n’auraient pu intégrer le vaisseau. Néanmoins, cela reste assez rare. Techniquement, nous ne recrutons pas à un niveau si élevé.
Les quatre jeunes haussèrent un sourcil.
-Je te signale Lia, reprit le lieutenant avec un sourire taquin, que ton niveau en physique est loin d’être excellent, comparé à celui de certains de tes camarades.
La jeune fille fit la moue.
-Peut être, admit-elle finalement.
-Je pourrais dire la même chose pour toi Sophie, remarqua Miller. Heureusement que je t’ai donné quelques cours de remise à niveau en math car en arrivant ici tu avais vraiment un niveau abyssal.
-Mais, intervint Marc alors que Sophie marmonnait quelque chose. Comment se fait-il que nous n’avions pas entendu parler de telles pratiques auparavant ?
-Nous préférons en général rester discret, lui répondit le lieutenant Miller. Néanmoins, les grands de ce monde sont au courant de notre existence, et des pouvoirs tels que les vôtres sont parfois grandement utiles à la société, notamment lors des guerres.
-Mais pourquoi ne pas révéler notre existence au reste de Platonia ? fit Sophie en fronçant les sourcils. Ce serait beaucoup plus simple, non ?
-Ils ne comprendraient pas, soupira le lieutenant Carols. Le monde change. Les gens deviennent de plus en plus cartésiens, préférant ne pas voir ce qui se trouve juste devant leur nez. Certains scientifiques seraient prêts à réaliser des expériences sur nous.
-C’est en partie pour vous protéger du monde extérieur que le Hope est présent, reprit le lieutenant Miller, Nous allons vous apprendre à dissimuler votre magie. Et, forcement, il fallait une excuse pour rassembler autant de monde sur un navire. C’est pour cela que nous vous faisons travailler autant. Les plus en retard reçoivent quelques cours de rattrapage au tout début de leur formation afin d’être au niveau. Vous allez en une année faire vos deux ans restants de lycée afin de vous permettre les années suivantes de maitriser votre magie tout en acquérant des connaissances supplémentaires vous permettant de faire partie de l’élite scientifique et intellectuelle en retournant chez vous, et ainsi préserver la couverture du Hope.

-Il serait temps que vous retourniez tous à vos cabines, intervint le colonel. Vous pourrez ainsi commencer dès maintenant votre apprentissage. Pour le moment il ne vaut mieux pas parler de vos découvertes aux autres élèves de votre année. Laissez-les découvrir leur magie par eux même.
-Une dernière question, fit Marc en regardant sa main droite, comment on éteint ça ?
Les étudiants rougirent sous les éclats de rire des adultes présents qui leur expliquèrent ensuite avec patience la façon d’arrêter d’émettre ces couleurs.
Lia suivit ensuite son lieutenant dans les couloirs, sans un mot. Lorsqu’il referma enfin la porte de leur petite cabine, ce fut avec un large sourire qu’il se tourna vers elle.
-Félicitation, fit-il à nouveau. Peu d’élèves arrivent à découvrir tout ceci en si peu de temps.
-Merci lieutenant, dit-elle en rougissant.
-D’ailleurs, je dois m’excuser. Je suis désolé de t’avoir suivit tout ce temps. Mais je voulais être sûr que tu n’allais pas tenter quelque chose de dangereux sans que je puisse être là pour t’aider.
-Alors les couverts de cette après-midi étaient simplement un moyen de me tenir occupé ? s’indigna Lia.
-Hum…oui ? fit-il avec hésitation. Et je voulais aussi voir si tu parvenais à utiliser inconsciemment tes pouvoirs. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais les fourchettes que tu as frottées étaient bien plus brillantes ensuite.
-Oh…murmura la jeune fille.
-Tu ferais bien d’aller prendre une bonne douche, Lia. Reprit son tuteur. J’irais me laver ensuite. Puis nous commencerons ton apprentissage.
Elle hocha la tête puis entra dans la salle de bain. Une fois sortie, elle attendit quelques minutes que son tuteur soit sortit avant de le voir enfin venir la rejoindre en pyjama sur son lit.
-Allons-y, fit-il. Alors, voyons voir. Je sais que tu as déjà lu quelques bases. Sache juste qu’en théorie tout le monde est capable de contrôler la magie. Mais étonnamment, seul une petite partie de la population peut réellement l’utiliser. Les autres ne se rendent même pas compte de son existence. Chaque personne est différente. Nous ne contrôlons pas tous nos pouvoirs de la même façon. Par exemple, je pense que ton ami Marc et Anne seront plus à l’aise avec l’eau. Tandis que nous deux puisons apparemment nos pouvoirs dans l’énergie dégagée par les plantes. Regarde !

Il fit à nouveau apparaître une fine lueur verte dans ses deux mains, puis les réunis pour former une petite boule d’énergie entre ses paumes. Il l’éleva quelques secondes dans les airs avant de la baisser à nouveau et de la faire disparaître.
-Essaie de faire la même chose Lia.
Hochant la tête, la jeune fille fit apparaitre sans trop de difficulté une lueur dans chacune de ses paumes. Mais lorsqu’elle essaya de les rassembler, la lumière disparut.
-Concentre-toi, indiqua Antoine, il faut que tu visualise exactement le résultat que tu veux atteindre.
Réessayant, Lia obtint brièvement une boule avant que cette dernière ne disparaisse.
-C’est mieux, fit son tuteur, essaye d’être moins crispé et positionne plus tes mains comme cela. Regarde !
Il s’approcha et voulu lui prendre la main. Mais dès que leurs mains s’effleurèrent, Lia sentit une brusque décharge lui picoter le bout des doigts. Relevant les yeux, elle croisa le regard troublé de son tuteur.
-Lieutenant ? demanda-t-elle, qu’est ce que c’était ?
-Je…Je ne sais pas, balbutia-t-il. C’est la première fois que ce genre de chose m’arrive.
Il fixa un moment des mains avant de regarder à nouveau son élève.
-Si tu veux bien, j’aimerai qu’on réessaye. Concentre ton énergie dans ta paume, Lia.
La jeune fille hocha la tête et fit aussitôt apparaître la lueur verte, identique en tout point à celle présente dans la paume de son tuteur.
Il approcha à nouveau sa main et prit cette fois celle de Lia dans la sienne.
Aussitôt, Lia sentit un léger courant passer à nouveau, mais avec plus d’intensité qu’avant. Elle lâcha un soupir de bien être alors que la chaleur envahissait à nouveau ses membres. Elle sur-sauta en entendant un léger gémissement sortir de la bouche de son tuteur alors que ce dernier fermait les yeux brièvement, avant de les rouvrir et de plonger ses prunelles bleues dans celles de Lia.
La jeune fille sentit son cœur rater un battement et son souffle se faire court tandis que la chaleur envahir peu à peu le reste de son corps, le tout sans lâcher le regard de son lieutenant.
Ce dernier ne cessait de la fixer calmement, de nombreuses émotions transparaissant à travers ses prunelles. Lia reconnu assez facilement une lueur d’interrogation, mêlée à quelques chose d’autre qu’elle ne pu définir. Ils se fixèrent pendant de longues minutes. Soudain, un bruit retentit dans le couloir, les faisant sursauter tous les deux.
Immédiatement, Lia détourna le regard, lâchant immédiatement la main de son tuteur.
-Que s’est-il passé ? murmura-t-elle. Est-ce qu’on est censé ressentir cela chaque fois que l’on entre en contact avec le pouvoir de quelqu’un d’autre ?
-N...Non, répondit son tuteur. Je n’avais jamais ressentit cela. Peut être est-ce dû au fait que notre magie est semblable...Je…Je ne sais pas. Je me renseignerai auprès d’officiers plus expérimentés. Ils pourront peut être m’expliquer ce qui s’est passé.
La jeune fille hocha la tête.
A la fin de la soirée, elle réussi finalement par compléter l’exercice, sous les félicitations de son tuteur.

Pendant ce temps, Sophie éprouvait, quelques cabines plus loin, un peu plus de difficultés à invoquer rapidement sa magie. Elle avait découvert d’une manière peu agréable que, ses pou-voirs étant reliés au feu, les flammes invoquées brûlaient presque autant que des vrais, et infligeaient donc des douleurs similaires.
-Comment faites-vous, lieutenant ? Gémit-elle alors que son tuteur appliquait sur sa main blessé un baume anti-brûlure. Comment parvenez-vous à ne pas vous brûler ?
Miller soupira, tout en bandant avec précaution un linge autour de la paume de son élève.
-Patience, Sophie, murmura-t-il. Je me suis également énormément brûlé au début. Notre magie est l’une des plus difficiles à maitriser, surtout lors du démarrage. Mais ne t’inquiète pas. Une fois que tu auras acquis les bases, tu devrais normalement rattraper sans peine le retard pris sur tes amis.
Il sourit avec amusement en voyant son élève faire la moue, signe que sa réponse ne lui avait pas suffi.
-Il va falloir que tu apprennes à convaincre ta magie de ne pas te blesser, reprit-il. C’est long et laborieux, mais je vais t’apprendre à ne faire qu’un avec elle, et à parvenir à la faire circuler dans tout ton corps sans qu’elle ne vienne blesser tes organes internes.
-Ce n’est pas dangereux ? Rétorqua la jeune fille en fronçant les sourcils.
Bruno grimaça, se rappelant avec douleur ses premiers mois d’apprentissage. Il avait réussi à se brûler entièrement le bras droit en voulant invoquer trop de magie à la fois. Résultat : il avait passé plus de deux semaines à l’infirmerie, le temps que Madame Wilson soit convaincu qu’il n’y avait plus aucuns dommages.
-Nous nous débrouillerons pour que ça ne le soit pas, marmonna-t-il. Je préfère toutefois te prévenir à l’avance : cela ne sera pas une partie de plaisir.
-Super, soupira Sophie.
Cela ne lui plaisait guère de devoir se brûler à nouveau. Cependant, elle était tout de même extatique de comprendre enfin les phénomènes étranges qui avaient entourés son enfance. Elle avait toujours d’une manière ou d’une autre été attirée par le feu. Et, même si sa mère ne lui avait jamais rien dit à ce sujet, la jeune fille soupçonnait sa génitrice de l’être également. Elle ne comptait plus le nombre de fois où des parchemins avaient pris feu suite à un échange violent avec sa mère.
-Lieutenant, fit-elle en fronçant les sourcils. Contrôler la magie et-il un pouvoir héréditaire ?
Miller la fixa avec surprise, étonné qu’elle lui pose ce genre de question.
-Ca dépend, admit-il. Cependant, lorsqu’un mage a un pouvoir très puissant, il est en effet probable que cela se retrouve chez ses enfants. Pourquoi ?
Il y eu un silence, durant lequel Sophie le regarda d’un air gêné, un faible sourire moqueur sur le visage.
-Oh, ne me dis pas que…Finit par s’exclamer l’homme. Par pitié, dis-moi que c’est ton père !
-Je suis désolé lieutenant, mais il semblerait que ma mère soit capable de contrôler également le feu, déclara la jeune fille tout en faisant de son mieux pour ne pas éclater de rire.
La première rencontre entre son tuteur et sa mère s’était plutôt très mal passée, et avait dé-bouché sur une violente dispute entre les deux, menant quelques minutes plus tard à une combustion étonnante de la tapisserie familiale devant lequel le lieutenant se tenait à ce moment-là.
-Oh par Callian ! Gémit Bruno. C’était donc elle ! Elle a failli me tuer, la garce ! Et moi qui pen-sais que c’était toi qui avais déclenché tes pouvoirs sans t’en rendre compte…
Sophie éclata de rire.
-Vous plaisantez ? Rétorqua-t-elle avec amusement. J’étais bien trop occupée à parier sur lequel des deux allaient sortir vainqueur. Vous êtes le tout premier qui réussit à tenir tête à ma mère, lieutenant…
-Formidable, soupira-t-il. Et maintenant elle doit m’en vouloir à mort.
-Surtout qu’elle aura un an pour réfléchir à la manière la plus terrible de vous faire regretter cela, continua la jeune fille avec un air sérieux qui fit trembler l’officier. Je plaisantais, ajouta-t-elle ensuite.
Bruno se relaxa légèrement, visiblement soulagé.
-Ou pas, ajouta Sophie en fronçant les sourcils. Elle était vraiment très en colère.
Le rire clair de la jeune fille retentit ensuite dans la cabine, alors que son tuteur mimait une lente agonie sur le sol.
Dans le couloir, le colonel Higgans qui passait devant leur porte secoua la tête avec amusement. Encore une paire qui avait été parfaitement formée. Si la jeune Norman développait le même caractère fougueux et irresponsable que son tuteur, les prochaines années allaient s’avérer intéressantes…

Marc et Anne, quant à eux, essayaient tant bien que mal de suivre les instructions de leurs tuteurs. Les deux lieutenants, partageant un type de magie similaire, avaient décidé de prendre en charge leurs élèves lors de leçons communes, avec l'accord de ces derniers. Cependant, contrôler l'eau n’était apparemment pas une mince affaire pour tous.
-C'est impossible, soupira Marc pour la vingtième fois de la soirée. Comment voulez-vous que nous faisions apparaître de l'eau comme cela ? Nous ne pouvons la créer. Il nous faut une base, tout de même. A moins que vous ne souhaitiez que nous corps se déshydrate lamentablement.
Il soupira à nouveau en voyant les deux adultes échanger un regard amusé.
-Et, à ton avis, rétorqua Clare avec un sourire mystérieux. De quoi sommes-nous entouré ?
-Et bien...
Le jeune homme hésita un moment avant de prendre une légère teinte rosée.
-Ah oui, marmonna-t-il. La mer, évidemment.
Au même moment, Anne faisait apparaître avec fierté un jet d'eau dans l'une de ses paumes. Eau qui vint aussitôt éclabousser le visage de son camarade.
-Hé !
-Oups, désolée, fit la jeune fille avant d'éclater de rire.
-Bon, et bien je crois que l'objectif du jour est atteint, finit par déclarer Alvin une fois que Marc eu accomplit l'exercice. Anne et moi allons donc regagner notre cabine.
Hochant la tête, la jeune fille se releva, et se tint prête à suivre son tuteur, lequel avait déjà fait quelques pas dans le couloir.
-Pars devant, Anne. Je te rejoindrais.
Puis, se tournant vers Clare, il lui fit signe de le rejoindre dans le couloir, laissant un Marc son-geur toujours assis sur son lit, une faible quantité d'eau salée déposée dans sa paume...

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:12

Chapitre 4

La semaine qui suivit fut assez agitée sur le Hope. En effet, les étudiants de la même année que Lia commencèrent peu à peu à tous remarquer leurs pouvoirs. La jeune fille nota d’ailleurs avec stupeur que certains d’entre eux avaient découvert le pot aux roses des semaines auparavant. Marc, Anne, Sophie et elle commencèrent à faire de nombreuses recherches à la bibliothèque durant chaque minutes qu’ils avaient de libre afin de mieux appréhender ce domaine qui s’ouvrait soudainement à eux. Lia découvrit entre autre que Marc, tout comme Anne, était normalement en mesure de puiser sa magie dans l’eau, mais à des niveaux différents. Sophie, quant à elle, semblait avoir une préférence pour le feu.
Dans les vieux grimoires composant la section histoire de la bibliothèque, Lia apprit notamment que les mages capables de contrôler la magie verte avait vu leur nombre décroître exponentiellement ces dernières centaines d’années et ne composaient désormais qu’un faible pourcentage des mages parcourant Platonia. De plus, de moins en moins de jeune gens semblaient capable de voir et contrôler la magie. Elle avait été très surprise en notant qu’en à peine 300 ans, les effectifs du Hope avaient diminués de moitié. Son tuteur lui avait expliqué que cela était en partie dû au fait qu’énormément de mages avaient été tués lors des grandes guerres. Ainsi, ils n’avaient pu avoir de descendants et le Hope devait donc recruter des personnes n’ayant probablement aucun ancêtre possédant des pouvoirs.
Chaque soir, dès que ses devoirs du jour étaient terminés, elle s’entrainait avec acharnement pour maitriser cette magie si particulière qu’elle arrivait de mieux en mieux à produire.
Son tuteur ne lui avait pas reparlé de ce qui s’était produit lors de leur premier entrainement. Mais Lia avait noté qu’il évitait le plus possible que leurs mains entrent en contact lorsqu’ils venaient d’utiliser leur pouvoir.

Lia ouvrit brusquement les yeux, le cœur battant alors qu’elle s’échappait tant bien que mal des dernières barrières érigées par son rêve. Comme chaque matin depuis plusieurs mois, elle cligna péniblement les yeux tout en se demandant où elle pouvait bien se trouver, et la raison de sa présence en ce lieu. Elle était encore tellement habituée aux murs verts de sa chambre à Cassydre que le blanc immaculé recouvrant les parois de la cabine ne cessait de la perturber. Se frottant les yeux, elle bailla largement tout en se pelotonnant dans sa couverture, bercée par le roulis des flots qui l’emmenait inexorablement toujours plus loin de Cassydre.
Un coup d’œil au réveil posé en un équilibre incertain sur la table de chevet, laquelle était presque ensevelie sous deux ouvrages plutôt conséquents lui apprit qu’il était déjà l’heure de se préparer. L’engin n’allait pas tarder à tirer son tuteur du sommeil profond dans lequel il était plongé, et la jeune fille souhaitait profiter de ces quelques minutes de liberté pour se préparer tranquillement tout en appréciant au maximum cette quiétude matinale.
Les rayons du soleil caressaient déjà d’une lueur bienveillante l’habitacle, tandis que Lia ouvrait son placard à la recherche de vêtements de sport lui permettant de tenir le coup pour un énième footing sur le pont du vaisseau. Elle soupira légèrement tandis qu’elle refermait la porte de la salle de bain derrière elle. Courir ne l’avait jamais particulièrement dérangé, bien au contraire, mais cet exercice matinal forcé n’était pas toujours le bienvenue, particulièrement lorsque la nuit précédente n’avait pas été de tout repos. Passant de l’eau fraiche sur son visage fatigué, Lia enfila en vitesse ses vêtements, jetant au passage un coup d’œil à ses cicatrices en grimaçant. Ces dernières ne s’effaceraient probablement jamais, malgré la puissance des crèmes réparatrices que lui avait offerts le lieutenant. La jeune fille soupçonnait d’ailleurs que cette mixture avait été réalisée en partie en utilisant la magie. L’appliquer sur sa peau lui permettait d’expérimenter de délicieux frissons similaires à ceux éprouvés lorsque sa magie et celle du lieutenant entraient en contact, bien que l’intensité des frissons en question en fut ici fortement diminuée. Elle sourit légèrement alors que ses pensées s’égaraient comme de rigueur vers l’homme dont elle était pour les trois prochaines années la pupille. Il était arrivé à point nommé pour la tirer de cet enfer que commençait à devenir sa vie, et la jeune fille ne pouvait que lui en être éternellement reconnaissante.
Sortant de la salle d’eau, elle sourit avec amusement en notant que son tuteur n’était toujours pas éveillé, l’homme étant encore à moitié enfouis sous une couette qui menaçait à tout mo-ment de tomber sur le sol. Seule sa tignasse d’un brun saisissant et un de ses bras étaient encore visibles. Lia eu l’envie presque irrésistible de passer ses doigts dans ces cheveux désordonnés, de sentir l’homme émerger sous cette caresse, mais se retint. Elle était son élève, sa pupille. Elle ne pouvait se laisser aller à de tels comportements. Tournant le dos à l’officier endormis, elle ne sursauta que légèrement à la sonnerie du réveil, alors que ses yeux détaillaient l’horizon se dessinant au travers du hublot de la cabine. La mer était calme, et d’un bleu profond. Les flots se soulevaient faiblement au passage du Hope, alors que l’astre éclatant continuait sa lente ascension dans le ciel du matin. Un calme olympien émanait de ce spectacle ; calme qui allait disparaître très bientôt face à l’agitation de l’équipage tout entier.
Quelques secondes plus tard, la jeune fille sursauta d’ailleurs fortement alors que son tuteur, emmêlé dans ses couvertures, glissait misérablement du lit vers le sol, retombant sur ce dernier en un bruit sourd. Se mordant les lèvres pour ne pas éclater de rire, Lia accourut aussitôt au secours de l’officier. Le calme était effectivement rompu, mais une agitation comme celle-ci n’était-elle pas finalement bien meilleure ?

La nuit était tombée depuis quelques minutes déjà sur le Hope, l’éclairage des différentes cabines remplaçant la clarté d’un superbe coucher de soleil. Certains mettaient à profit ces longues heures de quiétude précédant le couvre-feu pour réviser leurs cours de la journée, ou approfondir la maitrise de leur magie avec leur tuteur. Et pourtant, ce n’était ni l’une ni l’autre de ces activités que pratiquaient les propriétaires de la cabine Miller-Norman.
L’amusement brillait dans les prunelles émeraude du lieutenant Miller tandis qu’il observait son élève battre les cartes. Sophie les manipulait avec une dextérité qui aurait pu laisser supposer qu’elle connaissait ces mouvements depuis son plus jeune âge, alors qu’il ne les lui avait appris que depuis peu.
-Prêt à mordre la poussière, lieutenant ? Lui lança la jeune fille en positionnant les cartes vou-lues sur le lit de l’officier, lequel faisait office de table de jeu improvisée.
Bruno lâcha un léger rire.
-Oh que non ! S’exclama-t-il juste après. Je vais te réduire en poussière, Sophie Norman.
-C’est ce que nous verrons.
Ils échangèrent un sourire entendu, l’officier frissonnant imperceptiblement face au regard de connivence que lui envoyait son élève, avant de secouer la tête pour reprendre ses esprits. Sophie était certes vraiment jolie, mais il se devait de rester concentré pour mettre toutes les chances de son côté.
Il s’en voulait un peu d’initier la jeune fille à de tels divertissements mais, après tout, la vie sur Hope était parfois quelque peu monotone ; particulièrement le soir. Et il fallait bien s’occuper du mieux qu’ils pouvaient.
D’un air déterminé, il souleva les cartes devant lui, un sourire se dessinant sur ses lèvres. Visi-blement, la chance était de son côté.
Mais, quelques minutes plus tard, ce fut avec un effarement certain qu’il vit son élève abattre ses cartes devant lui.
-Carré d’As, annonça-t-elle fièrement. Et vous lieutenant ?
-Je…
Bruno lâcha à mi-voix une imprécation. Sa main lui paraissait tellement bonne qu’il avait s’était attendu à remporter la partie aisément, allant jusqu’à miser la totalité de ses gains.
-Paire de rois, ronchonna-t-il. Ce n’est pas possible ! Comme as-tu pu…
-La chance du débutant, le coupa la jeune Norman avec malice.
Sortant un petit carnet de sa poche, Bruno la vit noter avec un sadisme certainement à peine exagéré les quelques lignes qui allaient faire de ses prochaines semaines un enfer.
-Nous disions donc, un mois de nettoyage de la cabine à vos charges, n’est-ce pas lieutenant ?
Le dit-lieutenant eu pour seule réponse un grognement témoignant de tout son manque d’enthousiasme. Non, décidément, il n’aurait jamais dû apprendre à Sophie Norman à jouer au Poker…

Trois mois après l’arrivée de la jeune fille sur le vaisseau, c’était une Lia parfaitement épanouie qui évoluait désormais quotidiennement sur le Hope. Pour elle, la vie était belle. Et le moins que l’on pouvait dire, c’est que le programme était passionnant. En effet, ils avaient vu en quelques mois tout le programme de 2ème année de lycée avant de largement entamé celui de 3ème année. De plus, ils apprenaient des matières supplémentaires telles que l’astronomie, la navigation, la biologie marine, et même quelques cours de karaté lorsque le lieutenant Miller voulait bien leur en donner. Elle savait désormais de mieux en mieux contrôler ses pouvoirs, grâce aux conseils avisés de son tuteur. Ils n’avaient pas encore abordé la partie « verte » de la magie en question, Lia arrivant tout juste à invoquer cette énergie et la modeler selon les indications du lieutenant Scott.
Elle s’était fait de nombreux amis à bord : tous les mousses de son année ainsi que quelques un des années supérieures. Marc, Anne, Sophie et elle-même formait un petit groupe très soudé et joyeux qui amusait régulièrement le reste de l’équipage.
Et, en cette belle journée de fin novembre, le Hope s’apprêtait à réaliser sa deuxième escale de l’année scolaire.
Ce matin-là, lorsque Lia se réveilla, ce fut donc avec plaisir qu’elle enfila son vêtement de sport officiel afin d’aller faire le jogging avec les autres.
Ce fut avec un large sourire qu’elle posa enfin le pied sur le sol du port et se mit à courir avec les autres membres de l’équipage.
-Heureuse de retrouver la terre ferme ? lui demanda Antoine qui courrait à ses côtés.
-Oui. C’est génial. J’aime beaucoup la vie sur le bateau, mais il n’y a rien de tel que de courir sur de la véritable terre.
Son lieutenant eut un léger rire.
-Je suis d’accord avec toi. Je suppose que, dans ce cas, tu seras ravi de savoir que nous sommes de ravitaillement cette après-midi.
-C’est vrai ? S’exclama la jeune fille. C’est super !
-Je savais que ça te plairait, lui lança Antoine avec un large sourire avant de concentrer son pouvoir dans une main, puis de passer ses doigts dans les cheveux de la jeune fille pour les ébouriffer avant de s’enfuir en courant.

Faisant la moue, Lia ferma un instant les yeux pour apprécier entièrement la magie de son tuteur picotant le haut de son crâne puis se lança aussitôt à sa poursuite. Ces courses poursuites étaient devenue une habitude pour les deux compères qui semblaient avoir tous les deux une endurance supérieur aux autres membres de l’équipage. Cela amusait d’ailleurs beaucoup de monde, et de nombreux paris avaient déjà commencé au sujet de leur future vie amoureuse.

-10 pounds qu’ils sont ensemble avant la prochaine escale à Cassydre, souffla un officier à l’oreille du lieutenant Bruno tandis que ce dernier regardait son meilleur ami se faire rattraper par une Lia souriant jusqu’aux oreilles.
-pari tenu, lui répondit simplement Bruno.

L’après midi même, la jeune fille suivit ainsi son lieutenant à l’extérieur de la cabine, puis sur le pont un sac sur le dos, et sa bicyclette roulant à côté d’elle.
-A plus Lia ! Lui cria Marc du pont où il aidait sa tutrice à vérifier les canaux de sauvetage.
La jeune fille lui répondit par un signe de tête.
Antoine admira un instant le port grouillant d’activité en cette belle après midi avant de se tourner vers son élève.
-Bienvenue à Gardin, Lia !
Lia se contenta de lui faire un large sourire.

Dès qu’ils descendirent la passerelle menant au port, c’était comme si tous les regards s’étaient tourné vers eux. Lia rougit furieusement alors que plusieurs personnes les pointaient du doigt alors qu’ils enjambaient leurs bicyclettes et commençaient à se mettre en route.
-Lieutenant ? demanda-t-elle quand ils furent sur un petit sentier moins fréquenté.
-Oui ?
-Pourquoi tout le monde nous regarde ?
La jeune fille n’avait pour l’instant pas vraiment eut l’occasion de visiter les ports dans lesquels le navire s’était arrêté. C’était donc la première fois qu’elle était confrontée à ce genre d’attitude de la part des habitants locaux.
Antoine eut un léger rire.
-Le prestige de l’uniforme, ma chère, fit-il avec un clin d’œil qui la fit rougir. Le Hope est assez connu ici. Nous sommes en quelque sorte considérée comme une élite. Certaines personnes vont nous admirer, d’autres vont être jaloux. Mais ce qui est sûr, c’est que nous ne passerons pas inaperçu.
-Super…grogna la jeune fille sans réelle conviction.
Elle détestait attirer l’attention.
Les heures qui suivirent furent néanmoins assez divertissante pour Lia qui se contenta de suivre son lieutenant dans toutes ses démarches. Ils se rendirent chez plusieurs commerçants et leur achetèrent beaucoup de choses comme de la nourriture qui allait être livrée au vaisseau dans la soirée.
-Nous allons nous éloigner un peu du centre, fit le lieutenant Scott alors qu’ils ressortaient d’un entrepôt de fruits et légumes, j’ai quelque chose à te montrer.
Intriguée, la jeune fille suivit son tuteur tandis que ce dernier la guidait dans de petites rues passantes, puis vers la porte sud de la cité qu’ils franchirent aussitôt.
Ils parcoururent pendant de longues minutes les chemins cabossés de la campagne environ-nante avant que le lieutenant ne stoppe alors qu’ils longeaient ce qui ressemblait à une im-mense forêt.
-Laisse ton vélo ici et suis-moi, indiqua-t-il.
Hochant la tête, Lia dissimula sa bicyclette avant de s’enfoncer à la suite de l’homme dans les broussailles. Dès qu’elle eut pénétré dans la forêt, elle sentit un calme étrange l’envahir. Fer-mant les yeux, elle respira longuement les effluves boisés des alentours et caressa du bout des doigts les feuilles des arbres et arbustes autour d’elle, sentant leur énergie l’envahir. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas sentit aussi bien. Elle avait l’impression d’être revitalisée, rechargée à bloc, comme si elle sortait d’une longue période de maladie, ou qu’on lui permettait de revoir le soleil après plusieurs semaines plongé dans le noir total.
Soupirant de bonheur, elle concentra comme par réflexe son pouvoir sur le bout de ses doigts.
-Lia.
Sursautant, et relâchant par là même sa concentration, la jeune fille rouvrit aussitôt les pau-pières pour voir son tuteur qui la fixait avec amusement.
-Lieutenant ? demanda-t-elle avec trouble, encore dans un état second. Qu’y a-t-il ?
-Je vois que tu commences à ressentir les effets des végétaux sur ton pouvoir. Profites-en car on ne reverra pas la terre ferme avant plusieurs mois.
-Quoi ? S’exclama-t-elle aussitôt, mais comment faites-vous alors ? Comment pouvez-vous supporter de retourner en mer après avoir expérimenté ceci ?
L’homme eut un léger rire.
-Tu t’en remettras Lia. Tes émotions sont amplifiées car ta magie vient tout juste d’être libérée. Tu t’y habitueras, je te le promets. Et puis, il y a toujours des moyens pour garder quelques végétaux sur le Hope. Viens, je vais te montrer quelque chose.
Il l’entraina dans une petite clairière aux alentours. La jeune fille le vit analyser les alentours puis dégager un chemin entre deux roches.
-Viens Lia !
S’avançant, elle découvrit un passage camouflé auparavant par d’immenses fougères. Elle suivit son lieutenant, descendant avec précaution la pente escarpée qui les mena dans ce qui ressemblait à une grotte.
-Que fait-on ici lieutenant ?
-Regarde autour de toi, Lia, lui répondit-il.
Laissant ses yeux d’adapter à la noirceur ambiante, la jeune fille distingua finalement de fines tâches vertes dessinées sur les flancs de la caverne.
-Qu’est-ce que c’est ? murmura-t-elle en les caressant du bout des doigts.
Elle ferma les yeux en sentant le pouvoir affleurer dans sa paume. Surprise, elle retira aussitôt sa main, avant de l’approcher à nouveau avec prudence.
-De la malachite. C’est une pierre de pouvoir, expliqua son tuteur en lui tendant un bout de roche constitué de plusieurs nuances de vert. Elle génère une magie similaire à la nôtre. Prends en une ou deux avec toi. Elles te permettront de « régénérer » en quelque sorte ton énergie lorsque nous serons en mer durant plusieurs mois. J’en garde toujours une sur moi. Je t’apprendrai à l’utiliser dès que nous serons de retour sur le vaisseau.
Acquiesçant, la jeune fille passa les minutes suivantes à ramasser au hasard deux pierres d’un vert éclatant, frissonnant chaque fois sous la décharge de pouvoir. Ils ressortirent ensuite de la grotte et improvisèrent une séance de méditation au milieu de la clairière. Assis sans bruit l’un contre l’autre, ils laissèrent chacun leur magie vibrer en eux, leurs mains s’effleurant de temps à autre.

Sur le coup de quatre heures, ils revinrent néanmoins dans le centre de la ville et s’arrêtèrent dans une rue passante.
-Tu m’attends cinq minutes ? Demanda Antoine, je ne serais pas long.
Lia hocha la tête et agrippa le vélo de son lieutenant tandis que ce dernier entrait dans un petit magasin.
Elle profita alors de ces quelques instants pour observer la ruelle en question. Cette dernière, très animée, ressemblait à celles de Cassydre dans lesquelles Lia avait l’habitude de trainer après les cours afin d’échapper à son frère. Il y avait de nombreux commerces, mais aussi quelques maisons de particuliers dont certains la fixaient, accoudés à leurs balcons.
Elle fit de son mieux pour les ignorer. Quelques minutes plus tard, son tuteur ressortit du magasin, avec un petit paquet qu’il rangea aussitôt dans la poche de son uniforme.

-Allez viens ! Fit Antoine en récupérant sa bicyclette, je t’emmène boire un verre.
Quelques minutes plus tard, ils étaient assis l’un en face de l’autre dans un petit café du centre de la ville. La serveuse avait pris leurs commandes en jetant un œil appréciateur au lieutenant sous le regard complètement désintéressé de ce dernier. Le barman, tout comme les autres clients, les avaient dévisagé lorsqu’ils avaient pénétré dans le petit établissement et ne cessait de leur jeter un regard en coin.
-Alors, cette après-midi t’a-t-elle plu ? demanda Antoine.
-Oui. C’est génial de retrouver la terre ferme, même si ce n’est que pour quelques jours.
-Je trouve aussi.
Ils échangèrent un sourire.
-J’ai quelque chose pour toi Lia, finit par déclarer le lieutenant Scott en fouillant dans une des poches intérieures de son uniforme.
Il finit par en sortir un petit paquet emballé dans du papier kraft qu’il tendit à la jeune fille.
-Ouvre-le, lui souffla-t-il en réponse à son regard interrogatif.
Lia défit avec délicatesse le papier entourant le paquet pour dévoiler une petite boite rectangulaire que le lieutenant lui fit signe d’ouvrir. A l’intérieur, elle découvrit avec surprise un pendentif en argent, en forme de plaque militaire, sur lequel était inscrit son nom et celui de son lieutenant, ainsi que le nom du vaisseau de légende dans lequel ils étaient enrôlés, tout comme la date de son arrivée à bord.
-Merci lieutenant ! S’exclama-t-elle avec un large sourire, il est magnifique.
-Mais de rien, lui répondit aussitôt Antoine. C’est une tradition sur le Hope d’avoir une plaque de ce type lors de sa première escale. Regarde.
Il plongea la main dans son col de chemise pour en ressortir une plaque identique à celle de la jeune fille.
-Adrian Muller, lu Lia en dessous du nom de son lieutenant. C’était votre tuteur ?
-En effet, répondit-il. Un homme bien. Il a quitté le vaisseau à la fin de ma formation pour prendre sa retraite. J’étais son dixième élève.
Lia hocha la tête puis accrocha le pendentif autour de son coup avant de le faire disparaitre sous sa chemise.
-merci encore lieutenant. J’en prendrais grand soin.
-J’ai autre chose pour toi, fit-il alors.
Il sortit un autre paquet de sous sa veste.
En l’ouvrant, Lia découvrit un petit médaillon sur lequel étaient inscrits leurs deux noms.
-Je sais que ce n’est pas grand-chose. Mais la plaque que je t’ai donné avant me paraissait un peu impersonnelle, était donné que tout le monde a exactement la même. Ce médaillon par contre, j’ai le même juste ici.
Il sortit un médaillon identique de sous sa chemise.
-Considère ça comme un porte-bonheur Lia, murmura-t-il en la regardant dans les yeux. Je ne quitterai jamais le mien, je te le promet.

Alors que la jeune fille, les larmes aux yeux, s’apprêtait à le remercier, la serveuse s’approcha de leur table pour leur apporter leurs boissons. Lia la remercia lorsqu’elle déposa son orangeade devant elle. Le lieutenant la remercia également d’un ton aimable. La serveuse lui fit en retour un large sourire puis déposa sur la table deux papiers.
-L’addition, déclara-t-elle avant de s’en aller.
-L’addition ? fit Lia d’un ton amusé. Je ne savais pas que cela comprenait une carte de visite.
Le lieutenant eut un léger rire. La serveuse avait en effet laissé son adresse sur un bout de papier et l’heure de la fin de son service.
Il joua un moment avec le morceau de papier sous l’œil amusé de Lia.
-Elle était jolie. Vous comptez aller la rejoindre ? demanda-t-elle.
Antoine rit doucement en sortant l’argent pour payer les boissons.
-Non, répondit-il en souriant. Je ne suis pas du genre à apprécier les flirts d’un soir. Je recherche une relation sérieuse et non pas une occasion pour m’envoyer en l’air.

Lia haussa un sourcil moqueur mais finit par baisser les yeux face au regard plein de regret que lui retourna l’homme face à elle. Elle remarqua cependant avec malaise que l’homme glissa avec application la carte que la jeune fille lui avait donnée dans la poche de sa veste.

-Alors ? demanda Anne lorsque la jeune fille fut de retour au vaisseau, comment s’est passé ton après-midi ?
-C’était génial ! s’exclama la jeune fille. On a été assez loin dans les terres. Apparemment il fallait acheter beaucoup de choses. Et vous, où vous ont emmené vos tuteurs ?
-J’ai juste été faire un tour sur le port, répondit Marc. J’ai dû aider à monter à bord pas mal de provisions que ton lieutenant et toi êtes allé commander.
-Moi j’ai pu visiter un peu, répondit Sophie.
-Pareil pour moi, fit Anne. A votre avis, on a le droit d’aller faire un tour sur le port ?
-Je pense, répondit Lia. Il faudrait demander à un de nos tuteurs.

Après avoir interrogé les lieutenants Scott et Miller, en pleine partie de poker, les quatre amis purent enfin qui le navire, accompagnés par le reste de leur promotion, et aller se dégourdir les jambes sur le port.
-C’est extra! s’exclama Marc alors qu’ils marchaient tranquillement sans se soucier des per-sonnes qui les dévisageaient. On devrait faire escale plus souvent.
-Sauf que si on faisait ça, on n’aurait jamais cours, lui répondit Anne. Et c’est quand même pour avoir cours qu’on est sur le Hope.
-Hmm, fit le jeune homme pour seule réponse.
-Et sinon, vous avez terminé votre devoir d’astronomie? demanda Simon qui s’était joint à eux.
-presque, lui répondit Lia. Il faut que je termine la conclusion. Et vous ?
-pas encore, fit Marc.
-Moi je suis quasiment à la fin, indiqua Sophie.
-Moi je l’ai déjà terminé depuis quelques jours, fit remarquer Anne.
-Tu pourras m’aider alors ? demanda Simon.
-Bien sûr, lui répondit la jeune fille. De toute façon on avait prévu de tous retravailler un peu dessus avant de le rendre, tu pourras te joindre à nous.
-Hé Lia !
La jeune fille se retourna pour voir Phil, attablé à la table d’un café, lui faire de grands signes de la main.
Lia lui sourit aussitôt. Depuis quelques semaines, le jeune homme était de plus en plus atten-tionné, essayant de passer le plus de temps possibles avec elle, lui offrant toujours de l’aide pour ses devoirs.
-Allez Lia, va rejoindre ton prétendant, plaisanta Marc.
-Très amusant, grogna la jeune fille en rougissant furieusement.
Elle quitta néanmoins le petit groupe pour aller rejoindre Phil qui l’attendait patiemment à la table du petit café.
-Salut, fit-il en lui indiquant de prendre place sur une chaise juste en face de la sienne.
-Salut, lui répondit Lia. Où sont Talli et Will ?
Elle vit avec amusement le jeune homme réchauffer de sa magie sa tasse de café froide.
-Talli est parti en balade avec son tuteur. Et Will est en train de refaire son stock de cigarettes et de bouteilles de bière. Donc je me suis dit qu’on pourrait passer un peu de temps tous les deux. Qu’est-ce que t’en dis ?
-Si tu veux. Allons rejoindre les autres alors, fit innocemment la jeune fille.
-Non, tu m’as mal compris, lui répondit le jeune homme en riant. Je veux dire tous les deux. Seuls.
-oh…Rougit Lia, heu…Oui, pourquoi pas.
Depuis l’incident deux mois plus tôt, elle s’était rendu compte que son lieutenant avait d’autres centres d’intérêts qu’elle et avait ainsi commencé à s’intéresser aux garçons de son âge afin d’oublier cette attirance qui, elle espérait, n’était qu’une passade, un béguin d’adolescente.
Phil, en plus d’être plutôt mignon du point de vue de la jeune fille, avait de la conversation et était toujours capable de lui remonter le moral.
Elle accepta donc avec un sourire la main que son ami lui tendit alors qu’il l’entrainait dans de petites ruelles attenantes au port.
Ils marchèrent pendant de longues minutes, chacun discutant avec bonne humeur de la journée qui venait de s’écouler.
-Et là, expliquait Phil, ma tutrice l’a dévisagé comme si elle s’apprêtait à réprimander un gamin et lui a fait « mais vous plaisantez j’espère. Jamais je ne pourrais fréquenter quelqu’un comme vous ! ».
Il rigola doucement.
-Le pauvre ! Reprit-il. En même temps il nous avait suivis depuis ce matin. Je suppose qu’elle a dut en avoir plus que ras le bol.
-Je la comprends, répondit Lia en riant doucement.
-Viens ! S’exclama Phil alors qu’ils tournaient à l’angle d’une ruelle. J’ai un coin génial à te mon-trer.

Il l’entraina dans un passage étroit entre deux habitations. Ce qui semblait au départ être une impasse débouchait en fait sur un petit escalier en pierre qui permettait de grimper dans ce qui semblait être une ancienne tour de garde appartenant aux remparts de la ville.
La jeune fille caressa avec respect les pierres recouvertes pour la plupart de mousses qui sem-blaient avoir vu des jours meilleures. D’après les cours d’histoire qu’ils avaient reçu au lycée, ces remparts avaient été édifié des centaines d’années auparavant, lorsque le royaume voisin menaçait d’envahir cette partie de Platonia. Les habitants de Gardin avaient repoussé vaillamment l’envahisseur notamment grâce à l’aide de mages du Hope.

-Tada ! s’exclama Phil alors qu’ils débouchaient enfin sur la plateforme principale de la tour.
La jeune fille retint une exclamation de surprise en observant le panorama qui s’étendait devant eux. De cet endroit, elle pouvait admirer une bonne partie de la ville ainsi que tout le port. Elle aperçut avec un sourire ses amis qui continuaient leur balade, tandis que, à quai, le Hope brillait de milles feu dans la clarté rose de la fin de journée.
-C’est magnifique, murmura-t-elle en souriant au jeune homme à côté d’elle.
-Je savais que ça te plairait, lui répondit-il. Je suis tombé sur cet endroit un peu par hasard l’année dernière. Nous étions restés à quai plusieurs jours, j’avais donc pu explorer un peu.

Lia hocha la tête, toujours absorbée dans sa contemplation de la petite ville.
Les deux mousses restèrent silencieux pendant quelques minutes. Puis ce fut Phil qui brisa à nouveau le silence.
-Lia, je…Je t’apprécie beaucoup tu sais.
-Moi aussi, répondit-elle avec un sourire, les joues légèrement rouges. C’est toujours agréable de discuter avec toi.
-Ce que je veux dire, reprit-il. C’est que je t’apprécie plus qu’une simple amie. Alors, est ce que tu voudrais bien…qu’on sorte ensemble ? fit le jeune homme avec hésitation.

Lia n’hésita qu’un dixième de secondes à peine. Elle était attirée par son lieutenant, cela ne faisait aucun doute. Mais Phil lui plaisait beaucoup. Ils s’entendaient très bien tous les deux alors pourquoi ne pas essayer ?
-Heu…oui. Pourquoi pas, répondit Lia en rougissant.
Phil lui sourit largement alors qu’il se rapprochait d’elle.
Les deux adolescents échangèrent brièvement un regard hésitant avant que le jeune homme ne se décide à faire un pas supplémentaire, venant coller son front contre celui de Lia dont la respiration était désormais saccadée.
Elle ferma les yeux lorsque Phil lui caressa doucement la joue, et sentit finalement une paire de lèvres chaude se poser sur les siennes. Aussitôt ses mains, comme mu par leur propre volonté, se nouèrent d’elles même autour du coup du jeune homme qui approfondit aussitôt le baiser. Lia gémit lorsqu’une langue hésitante toucha la sienne. C’était tellement merveilleux, songeait-elle alors que le baiser se prolongeait.
Ce ne fut qu’au bout de longues minutes que Lia et Phil durent finalement se séparer par manque d’oxygène. Le souffle court et le regard hagard, ils échangèrent brièvement un sourire timide avant de s’embrasser à nouveau.
Le soir même, ce fut avec une large sourire que Lia laissa Phil la raccompagner jusqu’à sa cabine.
-Et bien...bonne nuit, fit-il lorsqu’ils arrivèrent devant la porte.
-Bonne nuit à toi aussi, fit Lia en se mettant sur la pointe des pieds pour poser à nouveau ses lèvres sur celles du jeune homme face à elle.
Ce dernier la prit dans ses bras et la serra contre lui. Ils ne surent pas exactement combien de temps dura leur étreinte mais ils durent finalement se séparer lorsqu’un bruyant raclement de gorge retenti juste à côté d’eux.
Se retirant de l’étreinte de son désormais petit ami, Lia releva la tête pour rencontrer le regard surpris de son lieutenant qui les dévisageait en haussant un sourcil.
-Heu…je m’apprêtai à rentrer lieutenant, fit-elle en souriant.
-Hmm.
Il rentra aussitôt dans la cabine, ferma la porte un peu violemment derrière lui.
-Il est bizarre ton tuteur ce soir, commenta Phil qui avait suivi l’échange sans dire un mot.
-Oui. Je ne sais pas pourquoi. Il vaudrait mieux que j’aille le rejoindre.
Ils échangèrent un dernier baiser avant que Lia ne se glisse dans la cabine.
-Lieutenant ?
Elle haussa les épaules en n’obtenant aucune réponse. L’officier devait être sous la douche, à en juger par le bruit de l’eau qui coulait dans la pièce attenante.
Lorsque son tuteur fut enfin sortit de la salle de bain, la jeune fille pu à son tour s’y rendre, laissant avec bonheur l’eau chaude relaxer ses muscles endoloris.
Lorsqu’elle ressortit quelques minutes plus tard, ce fut pour voir le lieutenant Scott allongé sur son lit, le nez dans un traité de chimie. Elle se glissa à son tour sous les draps et attrapa sans un mot son livre de chevet. Elle s’apprêtait à l’ouvrir lorsque la voix de son tuteur la fit sursauter.
-Alors comme ça Philibert Parkson et toi sortez ensemble ?
-Heu…oui, répondit-elle en fronçant les sourcils. Cela ne pose pas de problème j’espère ?
L’homme parut mal à l’aise pendant quelques secondes mais finit par secouer la tête.
-Non, aucun. C’est…heu…Félicitation, je suppose, bafouilla-t-il en refermant son livre. Bonne nuit Lia.
-Heu…merci. Fit-elle, un peu interloquée par l’attitude de son tuteur.

Cela faisait déjà deux semaines que la jeune fille sortait avec Phil, le lieutenant Scott avait gardé une attitude distante face à elle. Il semblait particulièrement mal à l’aise lorsque la jeune fille était en compagnie de son petit ami, qui ne la lâchait désormais presque plus lors des quelques heures de quartier libre qu’ils avaient chaque jour.
Son histoire avec le jeune homme avait été plutôt bien accueillie par ses amis malgré quelques sourcils levés.
-Hé ! Lia !
La jeune fille leva les yeux de son cours du grimoire qu’elle était en train de déchiffrer pour voir son petit ami devant elle.
-Eh, salut ! fit-elle avec un large sourire.
Le jeune homme se laissa tomber sur une chaise à côté d’elle et lui déposa un baiser sur les lèvres.
-Tu n’as pas de devoirs à faire ? demanda Lia.
-Bof. Si, mais je préférai venir te voir. Ça te dirait qu’on aille faire un tour sur le pont ?
-Pourquoi pas. Mais pas trop longtemps alors, répondit la jeune fille. J’ai encore quelques cours à apprendre.
-Pas de soucis. Allez, viens !
Les deux jeunes gens quittèrent la salle d’étude pour se diriger vers l’extérieur, Lia passant rapidement dans sa cabine pour récupérer son manteau. Ils croisèrent au passage le lieutenant Scott qui ne leur accorda qu’un regard distrait, faisant soupirer la jeune fille.
Dès qu’ils atteignirent le pont, Lia regretta d’avoir accepté de sortir. Un vent violent balayait l’extérieur, faisant frissonner la jeune fille qui resserra aussitôt son manteau autour d’elle. Le ciel était si nuageux qu’on ne distinguait aucunes étoiles. Lia n’avait qu’une envie : entrer se mettre au chaud. Elle se laissa néanmoins enlacer par Phil qui prit aussitôt les lèvres de la jeune fille en un baiser passionné. Ils s’embrassèrent pendant quelques minutes, collé l’un contre l’autre, puis Lia finit par faire un pas en arrière.
-Je vais rentrer Phil, il gèle ici. Et j’ai encore des devoirs.
-Ok…soupira-t-il. Tu veux que je te raccompagne ?
-Merci, mais ça ira. A demain !
Elle fit aussitôt demi-tour, retournant en vitesse dans la salle d’étude.
Elle commençait à comprendre que, malgré tous les bons côtés de la chose, avoir un petit ami pouvait être tout de même assez contraignant, surtout quand ce dernier ne semblait pas vouloir vous lâcher d’une semelle.

Les jours passèrent peu à peu, et le lieutenant Scott prenait de plus en plus ses distances face à la jeune fille. La voir dans les bras d’un autre homme le mettait horriblement mal à l’aise, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. Il n’arrivait point à identifier cet étrange sentiment qui semblait lui déchirer un peu plus le cœur à chaque fois qu’il la voyait embrasser le jeune Parkson. Et pourtant, il savait parfaitement qu’il devrait se sentir heureux pour son élève. Le jeune Philibert Parkson était quelqu’un de bien, un mage de deuxième année maitrisant avec brio son pouvoir, relié à l’air, un excellent élève et, d’après son tuteur, un garçon très sympathique. Mais, depuis que Lia sortait avec lui, Antoine ne pouvait s’empêcher de lui jeter des regards noirs et d’éviter tout contact superflu avec le jeune homme. En cette belle soirée de novembre, alors qu’il devait se trouver en cet instant même dans sa cabine à enseigner à Lia la manière de contrôler leurs pouvoirs, il était appuyé sur le bastingage du navire et fixait l’océan qui s’étendait devant lui.
La température extérieure était glaciale, et le jeune homme frissonna une fois de plus lors-qu’une brusque rafale de vent pénétra à travers ses vêtements. Il n’avait sur lui qu’un mince pull en laine, et commençait à ressentir les effets du froid sur son organisme, malgré ses efforts pour se réchauffer avec son pouvoir.
-Antoine.
Il se retourna aussitôt, pour rencontrer le regard soucieux du lieutenant Miller qui se tenait à quelques mètres de lui.
-Bruno.
Le dit Bruno vint rejoindre son meilleur ami au bastingage, le dévisageant avec inquiétude. Cela faisait maintenant sept ans qu’ils se connaissaient. Ils s’étaient rencontrés dès le début de leur première année. Antoine Scott était alors un jeune homme craintif, sursautant à chaque geste violent ou cri, peu enclin à s’intégrer parmi les autres mousses. Il avait eut d’ailleurs énormément de mal à le faire sortir de sa carapace. Cela avait pris énormément de temps avant que le jeune mage ne lui accorde sa confiance. Mais, peu à peu, il avait découvert un jeune homme plein d’entrain, malgré son calme de façade, ayant un sens de l’humour semblable au sien, et passionné plus que tout par la chimie. Ce n’était que deux mois après leur arrivée sur le vaisseau que son ami lui avait enfin expliqué ses problèmes avec son père. Flatté de la confiance que lui accordait enfin le jeune homme, Bruno avait écouté religieusement Antoine lui décrire avec une précision terrifiante son cheminement difficile sur la côte de Tylan, des premiers coups de son père à ses déboires au lycée de la petite ville lorsqu’il essaya de se faire des amis, en passant par l’accueil chez des voisins dont il avait bénéficié peu de temps auparavant. Quand, les larmes aux yeux, il s’était tut, Bruno s’était contenté de lui flanquer une grande tape sur l’épaule avant de partager à son tour quelques anecdotes de son enfance. Ils avaient fini la soirée en partageant une bouteille d’alcool. Ils avaient d’ailleurs écopé de deux jours de mise à pied lorsque leurs tuteurs les avaient retrouvés dans un état d’ébriété avancé à onze heures du soir sur le pont, mais Bruno en gardait toutefois un excellent souvenir. Depuis ce fameux soir, Antoine et lui avaient été définitivement inséparables, enchainant les quatre cents coups sur le vaisseau durant leur période de mousse, découvrant avant tout les autres leurs pouvoirs après, Bruno devait bien l’avouer, avoir suivi et espionné leurs tuteurs durant plusieurs semaines.
Et, depuis quelques semaines, Bruno voyait son meilleur ami perdre peu à peu sa joie de vivre habituelle pour laisser place à l’homme fatigué qui se tenait face à lui.
-Que fais-tu ici ? demanda-t-il calmement en lui tendant un polaire.
-J’avais besoin de réfléchir, répondit Antoine en enfilant le vêtement.
-Réfléchir à une certaine Lia Shakeshift, je suppose ? releva Bruno en souriant.
Antoine se contenta de baisser la tête en rougissant.
-Ce n’est pas ce que tu crois, murmura-t-il en reportant son attention sur l’océan.
-Permet moi d’affirmer le contraire, rétorqua Miller. Tout allait bien depuis que tu l’avais ren-contré. Tu t’entendais plus que bien avec elle et était ravi de pouvoir lui enseigner tout ce que tu savais. Mais depuis qu’elle se promène au bras de monsieur Parkson, tu es mortellement jaloux et le pire dans tout ça, c’est que tu ne sais pas pourquoi.
-Tu me connais trop bien, marmonna Scott en soupirant. Je...Je ne sais pas quoi faire. J’ai l’impression de la perdre de plus en plus.
-Tu sais, reprit Miller, elle n’avait pas l’air d’être très à l’aise avec Philibert, dernièrement.
-N’essai même pas de me mentir, Bruno. J’ai très bien vu comment ils se comportaient l’un avec l’autre.
Antoine lâcha tapa violement dans le bastingage avant de se prendre la tête dans les mains.
-Je n’en peux plus, Bruno ! Lâcha-t-il avec frustration, j’aimerai au moins comprendre ce qu’il m’arrive. Je n’ai aucunement le droit de ressentir cela. Je devrais être heureux que Lia s’ouvre aux autres.
-T’est-il déjà venu à l’esprit que tu pourrais être simplement tombé amoureux ? fit son ami avec un léger sourire.
Antoine laissa échapper rire amer.
-Impossible, fit-il.
-Mon cher Antoine, tu es vraiment aveugle parfois, lui répondit Bruno en relevant la tête pour observer le ciel au-dessus d’eux.
-Lia est mon élève, Bruno.
-Et alors ?
-Alors je ne peux ressentir de tels sentiments pour mon élève. De toute façon, je ne ressens rien pour elle.
-Vraiment ? demanda Bruno.
-Oui, vraiment, lâcha Antoine.
-Pourtant, tu es toujours content de la voir, n’est-ce pas ?
Antoine hocha la tête.
-Tu aimes discuter avec elle pendant de longues heures, lui transmettre tout ton savoir, partager sa joie lorsqu’elle réussit un exercice, continua Bruno en énumérant les différents points sur ses doigts. Tu adores la voir sourire et ferais presque n’importe quoi pour la faire éclater de rire.
- Où veux-tu en venir ? grogna Scott.
-Laisse-moi finir, reprit Miller, tu la trouve très jolie n’est-ce pas ?
Antoine hocha à nouveau la tête.
-Et tu déteste lorsqu’un autre homme s’approche un peu trop d’elle.
Lorsque le jeune homme hocha à nouveau la tête avec fatalisme, Miller lui flanqua une grande tape dans le dos.
-Félicitation, Antoine ! S’exclama-t-il, tu es amoureux !

-Lia, fit une voix à l’autre extrémité du pont alors qu’Antoine ouvrait la bouche pour répondre, viens !
-Phil, répondit la jeune fille, j’ai encore du boulot.
Antoine et Bruno se retournèrent pour observer les deux jeunes gens. Lia et Phil avançaient sur le pont, se réfugiant dans un coin de ce dernier. Scott grimaça en voyant son élève embrasser son petit ami.
-Lia, fit le jeune homme lorsqu’ils se séparèrent, ça te dirai qu’on aille dans ma cabine ? On y sera mieux non ? Il gèle ici.
-je croyais que ton pouvoir était relié à l’air. Il suffit que tu l’utilise pour nous réchauffer.
Phil fit la moue mais fini par invoquer sa magie, dégageant une vive lueur blanche de ses mains.
Antoine et Bruno frissonnèrent en sentant de l’air glacial fouetter leur visage alors que la cha-leur de ce dernier était transférée dans une bourrasque se dirigeant vers Lia et Phil.
-Merci, souffla Lia.
-Mais de rien, très chère, répondit Phil en se penchant pour l’embrasser à nouveau.
Mais la jeune fille esquiva le baiser.
-Je dois retourner à ma cabine, fit-elle, le lieutenant Scott m’y attend sûrement déjà.
-Le lieutenant Scott par ci, le lieutenant Scott par-là, grogna Phil. On dirait tu préfères être avec lui qu’avec moi.
Antoine, en entendant ces propos, se mit à sourire. Alors elle le préférait à son petit ami ?
-Ce n’est pas ce que tu crois, souffla Lia. C’est mon tuteur. Or, il se trouve qu’à cette heure-là je suis censée avoir cours avec lui.
Ouch, songea le lieutenant. Peut-être pas, en fait.
-Très bien, capitula le jeune homme. Et plus tard ? Ça te dirait de venir dans ma cabine ? Mon tuteur ne va rentrer que très tard.
Lia secoua aussitôt la tête.
-Non, Phil. Je ne peux pas.
-Mais Lia !
-Monsieur Parkson ? fit alors Antoine en faisant quelques pas en avant, que faites-vous sur le pont à cette heure tardive sans votre tuteur ?
Phil lui jeta un regard noir tandis que Lia lui décerna un magnifique sourire.
-Mon tuteur est occupé, lieutenant, répondit-il toutefois.
-Et bien retournez à votre cabine pour faire vos devoirs.
Hochant la tête, Phil lui jeta à nouveau un regard noir avant de faire volteface, tentant au pas-sage d’embrasser Lia. Mais la jeune fille se dégagea aussitôt, lui souriant simplement.
-Bonne nuit Phil.
-‘nuit ! Répondit le jeune homme en s’en allant.
-Allez viens, Lia ! fit Antoine en lui passant un bras dans le dos, rentrons.
Alors qu’ils se dirigeaient vers la porte menant aux couloirs du Hope, Antoine sentit à nouveau une bouffée de chaleur lorsque sa main effleura celle de son élève.
Peut-être que Bruno avait raison, finalement, songea le jeune homme. Il sourit à la jeune fille en lui tenant la porte, lui faisant signe de prendre la tête.
-Je l’aime, murmura-t-il pour lui-même.
-Lieutenant ?
La voix de Lia le fit sortir de ses pensées. Sursautant, il releva la tête pour rencontrer le regard azur de la jeune fille.
-Vous avez dit quelque chose ? demanda-t-elle à nouveau.
-Non, fit-il avec un sourire en secouant la tête, rien d’important.
Hochant la tête, Lia reprit sa route vers leur cabine, Antoine la suivant de près, un large sourire sur le visage.

Bruno, quant à lui, était toujours accoudé au bastingage, un sourire sur le visage alors qu’il son-geait à la conversation qu’il avait eu avec son meilleur ami. Antoine, malgré son intelligence et ses connaissances impressionnantes dans de nombreux sujets pouvait vraiment se montrer aveugle dans d’autres. Il espérait toutefois que son meilleur ami et la jeune Shakeshift se ren-draient compte un jour de leurs sentiments respectifs.
-Lieutenant Miller ?
Bruno se retourna aussitôt.
-Colonel Higgans ? Que faites-vous ici ?
-Je venais juste prendre un peu l’air, répondit son supérieur en venant s’accouder à son tour au bastingage. Comment va votre élève ?
-Très bien. Sophie arrive de mieux en mieux à invoquer sa magie. Elle se brûle beaucoup moins que lors de ses premiers essais.
-Je suppose que c’est l’un des désavantages de pouvoir invoquer le feu, fit Higgans en souriant. Moi-même, lors de mes débuts avec l’électricité, j’ai passé un nombre impressionnant d’heures à l’infirmerie.
Il leva la main et invoqua quelques étincelles violettes, faisant reculer le lieutenant Miller.
Voyant la réaction de son subordonné, il referma la paume, faisant disparaître la lueur.
-Toujours aussi mal à l’aise avec cette magie, à ce que je vois ? remarqua-t-il.
-Désolé, souffla Miller. Mais être frappé par la foudre est un excellent moyen de vous faire craindre ce genre de chose. Heureusement qu’Antoine était là.
-Je dois avouer que sans les fameuses capacités de guérison du lieutenant Scott vous auriez dû passer plusieurs semaines à l’infirmerie. A ce propos, savez-vous comment avance l’entrainement de Miss Shakeshift ?
Bruno soupira.
-Bien, je suppose. Mais ça irait beaucoup plus vite si ces deux-là arrêtaient de se tourner autour et se déclaraient enfin leurs sentiments.
- Laissez-leur du temps, lieutenant Miller, fit l’homme en souriant.
-Par contre, reprit Bruno, Antoine a évoqué une réaction intéressante entre sa propre magie et celle de son élève.
-Oh ? Vraiment ? fit Higgans en relevant la tête d’un air intéressé.
-Oui…Quelque chose à propos de décharges lorsque leurs mains s’effleuraient.
Le colonel se mit à rire doucement en secouant la tête.
-Et bien, admit-il entre deux éclats de rire. Si je m’attendais à ça….
Miller fronça les sourcils, intrigué par la réaction de son supérieur. Visiblement, l’homme savait à quoi était due cette réaction si particulière. Réaction dont il n’avait, jusque-là, pas eu connaissance.
-Qu’y a-t-il colonel ? demanda-t-il.
-Rien, rien, répondit son supérieur. Je ne peux pas vous en parler pour le moment. Le lieutenant Scott et miss Shakeshift devront découvrir cela par eux même.
Il lâcha un autre éclat de rire.
-Je suppose que nous pouvons nous attendre à accueillir un autre Scott sur le navire d’ici quelques années.
Bruno sourit à ces paroles. Cela serait en effet amusant de voir son meilleur ami épouser finalement la jeune Lia. Il les imaginait déjà élevé un petit garçon aux cheveux châtains et aux yeux bleus. Garçon qui se transformera en un jeune homme de 17 ans, capable de rejoindre le Hope grâce à sa maitrise de la magie verte.
Il secoua la tête, chassant ce genre de pensées. Pour le moment, Antoine devrait déjà trouver le courage d’avouer sa flamme à sa bien-aimée.
-Je vais devoir rentrer, annonça-t-il à son supérieur. Sophie doit sûrement m’attendre dans notre cabine.
-Très bien. Bonne soirée lieutenant !
-A vous aussi, colonel !
Après un dernier salut militaire, Bruno regagna l’intérieur, très vite suivit par le colonel qui de-vait également aller rejoindre son propre mousse.
Dans les couloirs du vaisseau, Higgans croisa encore quelques mousses qui se rendaient vers leurs cabines. Passant par la salle d’étude, il aperçut un petit groupe encore assis à une table.
Les trois jeunes gens, qu’il reconnut comme étant Philibert Parkson, Will James et Talli Walter, tous élèves en deuxième année. Ils semblaient être tous les trois en train de travailler sur leur magie. Miss Walter, qui puisait son pouvoir dans la lumière, émettait une lueur orangée qu’elle transformait en un léger filament brillant avant de le renvoyer vers le jeune James qui, grâce à son pouvoir relié à la glace, ajoutait au filament une jolie couleur bleue pâle avant de le ren-voyer vers Parkson, lequel ajoutait sa propre couleur, un blanc éclatant. Il orientait ensuite le fil vers le centre de la table, duquel ils concentrèrent tous les trois leur énergie, transformant le filament en une sphère éblouissante, qui éclata quelques secondes plus tard en une multitude de petites étincelles.
Impressionné, le colonel les applaudi bruyamment, faisant sursauter les trois amis.
-Bravo ! S’exclama-t-il. C’est vraiment impressionnant. Vous avez mis cela au point par vous-même ?
-nos tuteurs nous ont expliqué le partage de magie il y a quelques jours. C’est grâce à eux que nous sommes arrivés à ce résultat, admit Talli en rougissant.
-Félicitation alors.
-Merci colonel, répondirent les trois jeunes gens.
-Allez, vous devriez déjà être dans vos cabines avec vos tuteurs.
Hochant la tête, ils sortirent de la salle. Higgans referma la porte derrière eux. Il vérifia qu’aucun mousse ne trainait encore avant de se diriger vers sa propre cabine. Brian, son élève qui était actuellement en troisième année, devait probablement avoir déjà commencé à pratiquer sans lui.

Plus loin, au même moment, dans un couloir peu fréquenté, deux silhouettes était enlacées contre un mur. Un homme aux cheveux noirs tenait dans ses bras une belle jeune femme dont les longs cheveux blonds étaient plus ou moins décoiffés.
-Je vais devoir y retourner, Alvin, souffla-t-elle contre les lèvres de l’homme. Marc doit sûrement déjà m’attendre.
-Encore deux minutes, Clare, répondit le dit Alvin en lui volant à nouveau un baiser.
-Je sais qu’Anne est très intelligente, mais elle va avoir besoin de son tuteur pour l’aider dans ses leçons, répondit-elle avec un sourire.
-Hmm, grogna-t-il alors que Clare se mettait sur la pointe des pieds pour l’embrasser à nouveau.
Il la serra un peu plus contre lui, passant une main dans ses cheveux pour approfondir le baiser.
-Je t’aime, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent.
-Je t’aime aussi, Alvin, murmura-t-elle à son tour.
Ils échangèrent un autre baiser avant de se séparer avec regret.
-Bon…et bien je suppose qu’il va falloir y aller, remarqua le lieutenant Morgan.
-Il semblerait, soupira la jeune femme. Ne fais pas ces yeux de chien battu, mon amour. Je suis immunisé contre eux, tu t’en souviens ?
-Dommage, souffla-t-il avec un sourire avant de lui voler un autre baiser.
Mais il se décolla en quatrième vitesse de la jeune femme lorsque cette dernière glissa une main glacée sous sa chemise.
-Je t’ai déjà dit d’arrêter de faire cela, grogna-t-il en passant sa main à l’endroit concerné pour laisser son pouvoir le réchauffer.
Clare, quant à elle, lâcha un léger rire.
-A quoi bon pouvoir invoquer de l’eau froide si je ne peux pas m’en servir contre quelqu’un ? Demanda-t-elle avec amusement. Et puis, tu ne t’en plaignais pas l’été dernier.
Alvin sourit largement sous l’insinuation.
-Sauf que maintenant, c’est le mien qui est le plus utile.
Il passa sa paume contre la nuque de Clare, la massant d’une main experte alors qu’il relâchait doucement de l’eau chaude contre sa peau.
-Alvin, arrête, souffla la jeune femme. Ou sinon je crois que nous ne rejoindrons jamais nos élèves.
-C’était le but de la manœuvre, avoua-t-il d’un air coupable.
-Nous aurons un peu de temps pour nous demain matin, rétorqua Clare avec un sourire. Les premières années ont cours toute la matinée.
-Intéressant, admit le lieutenant Morgan avec un large sourire.
Clare l’embrassa à nouveau pendant de longues minutes avant de s’échapper de son étreinte.
-8h30, dans ma cabine, souffla-t-elle avant de s’éloigner dans le couloir.
-A tes ordres, ne put que souffler Alvin d’une voix rauque avant de prendre à son tour le chemin menant à son élève.
Pendant ce temps, Lia écoutait avec attention son tuteur lui détailler un nouvel exercice. Ils en étaient encore à invoquer et à modeler la magie de Lia, se servant désormais du morceau de malachite de la jeune fille comme support.
-Voilà, continue comme cela, indiqua Antoine alors que son élève s’évertuait à prélever de l’énergie de la pierre devant elle.
Fronçant les sourcils, elle grimaça en sentant le flux lui échapper et retourner dans la roche.
-Concentre-toi, Lia.
-J’essaie, grogna-t-elle. Mais à chaque fois cette foutue pierre absorbe à nouveau la magie !
- Calme-toi, Lia, lui répondit doucement le lieutenant.
Soupirant de frustration, la jeune fille se massa le front en grommelant des imprécations. Elle avait une migraine pas possible depuis le début de la journée, et ce n’est pas la sortie sur le pont avec Phil qui avait arrangé les choses.
-Je crois qu’il vaut mieux qu’on s’arrête là pour aujourd’hui, fit Antoine en se levant. Tu ferais bien d’aller prendre une douche.
Hochant la tête, la jeune fille attrapa son pyjama puis se dirigea vers la salle de bain.
-Lia ! L’interpela une nouvelle fois son tuteur alors qu’elle s’apprêtait à fermer la porte.
-Oui ?
-Essaie de ne pas être en retard la prochaine fois, indiqua-t-il. Même si je ne suis pas encore rentré, tu es censée retourner à notre cabine à une heure bien précise, et non en profiter pour flâner sur le pont.
-Désolé lieutenant, murmura-t-elle en rougissant. Cela ne se reproduira plus.
Hochant la tête, Antoine se laissa tomber sur un des tabourets du bureau avant de sortir un paquet de copies de son cartable.
-Allez, murmura-t-il, autant s’y mettre tout de suite.

Le lendemain matin, c’est en grimaçant qu’il entra dans le self. Il venait de surprendre Lia et Phil qui s’entrainaient visiblement à l’apnée dans un couloir peu fréquenté. Il se laissa tomber à côté de Bruno dans un soupir, essayant de chasser cette image désagréable de son esprit.
-Bonjour Antoine, lança son meilleur ami qui était apparemment d’excellente humeur.
-Bonjour, répondit ce dernier d’un air fatigué. Bien dormit ?
-Très bien. Et toi Antoine ? As-tu repensé à notre discussion d’hier ?
Le jeune homme grimaça.
-Oui, souffla-t-il en se servant une tasse de café. Je crois bien que tu as raison…
Il soupira à nouveau lorsque son ami lui décerna un magnifique sourire, l’air de dire : « je te l’avais bien dit ».
-A vrai dire, je ne sais plus vraiment quoi faire, admit-il.
-Ne fais rien. A voir comment ton élève et Phil interagissent, leur couple ne va pas durer long-temps. Regarde !
Relevant la tête, Antoine sourit en voyant Lia entrer à son tour dans le réfectoire. Elle était suivit de près par un Phil qui semblait vouloir à tout prix l’attirer vers l’extérieur.
-Encore cinq minutes, Lia !
-Ecoute, Phil, soupira la jeune fille, laisse-moi un peu seule. Va rejoindre tes amis et laisse-moi manger tranquillement. Tu peux faire ça ?
Le jeune homme fit la moue, mais hocha néanmoins la tête.
-très bien, bon appétit alors ! Lâcha Lia avant de trouver une place libre à côté de Sophie.
Il put juste l’entendre souffler un « je n’en peux plus » d’un air exaspéré avant que le bruit des conversations alentours ne couvre la voix de la jeune fille.
-Tu vois ? fit Bruno lorsqu’Antoine reporta à nouveau son attention sur lui.
-Cela ne prouve rien, murmura-t-il. Philibert va peut être stoppé cette attitude pot de colle.
-Cela te dérangeait d’être un poil optimiste de temps en temps, lança Bruno avec agacement.
-Désolé, souffla aussitôt Scott.
-Lia tiens à toi, Antoine, reprit Miller d’un ton plus calme.
-Et bien elle a une façon étrange de le montrer, grogna le dit Antoine en replongeant dans son café.
-Attends quelques semaines. Je suis sûre qu’ils finiront par se séparer, conclut Miller avant de s’engager dans une conversation animé avec le lieutenant Morgan, sous les yeux amusé du lieutenant Carols.
Antoine, plongé dans ses pensées, reporta quelques instants son regard sur la table réservée aux élèves. Il rencontra alors les prunelles bleues de Lia qui semblait également le dévisager de loin. Ne détournant point le regard, il garda les yeux fixés sur elle, lui souriant légèrement. Les coins de sa bouche s’étirèrent un peu plus lorsqu’elle sourit à son tour. Ils restèrent de longues secondes à se dévisager, le sourire aux lèvres. Mais, finalement, lorsque la jeune fille fut secouée par Marc, ils coupèrent le contact. Retournant à son café, Antoine nota avec une certaine satisfaction que Phil le dévisageait avec une jalousie non dissimulé. Lui souriant légèrement, Antoine attrapa un croissant qu’il mordit avec appétit. Finalement, c’était peut-être le début d’une bonne journée.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:14

Chapitre 5

Les semaines passèrent peu à peu, la fraicheur de l’automne laissant place au froid hivernal. Il ne restait plus que quelques jours avant les fêtes de Yule, le solstice d’hiver, et du nouvel an, et Lia avait l’impression de crouler sous les devoirs que lui assignaient ses différents professeurs. Le lieutenant Scott avait fini par retrouver une attitude à peu près normale, mais était resté assez distant par rapport à la jeune fille, ne l’enlaçant plus comme il le faisait assez facilement auparavant. Ils continuaient néanmoins leur leçon quotidienne, apprenant à Lia à maitriser de mieux en mieux ses pouvoirs. Elle était désormais capable par exemple de créer de légère flamme pouvant réchauffer une pièce ou de guérir des blessures mineures. Elle soupçonnait toutefois que c’est cette étrange capacité qui lui avait valu ses dons exceptionnels de guérison, permettant de se remettre en très peu de temps aux attaques de son frère.
-Dis-moi Lia, fit un soir Marc alors qu’ils travaillaient sur un devoir de physique, tu l’aimes tant que ça Phil ?
La jeune fille releva les yeux de son livre pour dévisager son ami tandis que Sophie et Anne regardaient la scène avec intérêt.
-Heu…Je l’apprécie beaucoup, répondit-elle. Pourquoi ?
-Je n’aurais jamais pensé que tu puisses sortir avec lui en fait, continua Marc. Et, tu n’as pas toujours l’air très à l’aise.
La jeune fille soupira. Il était vrai que, depuis une semaine environ, son petit ami commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Il ne pouvait apparemment pas s’empêcher de la suivre dans tous ses déplacements, et essayait par tous les moyens de l’attirer loin de ses mais pour qu’ils puissent passer du temps seuls tous les deux. La jeune fille avait beau essayer de lui faire comprendre que cela l’énervait au plus haut point, mais il recommençait avec toujours plus d’ardeur.
-Ok, je capitule, grogna Lia en se cognant la tête contre le bord de la table. Quelqu’un sait comment larguer un garçon en douceur ?
-Enfin ! commenta Anne à mi-voix, résumant leurs pensée à tous.

-Tu...Tu veux rompre ? Finit par articuler le jeune homme après que Lia lui ai fait part de ses intentions de mettre fin à leur relation.
-Oui. Je suis désolé Phil. Mais ça n’aurait pas pu marcher entre nous, répondit Lia d’un air désolé.
-Je suppose que tu as raison, soupira-t-il. De toute façon tu passes la moitié de ton temps à admirer ton tuteur. Je n’ai aucune chance face à lui.

La jeune fille se mordit la lèvre, mais n’osa même pas corriger ses propos. Après tout, il avait entièrement raison.
-Je suis désolé, fit-elle encore une fois. On reste tout de même ami ?
Phil soupira et sourit tristement.
-Puisque je ne peux être plus que cela, je vais devoir me contenter d’être ton ami. Excuse-moi, je…j’ai besoin de réfléchir à tout ça.
Lia hocha la tête et l’observa alors qu’il s’éloignait.
Dès qu’il fut hors de son champ de vision, elle retourna à sa cabine. Son tuteur, peu habitué à la voir rentrer aussi tôt, la regarda avec étonnement lorsqu’elle pénétra dans la petite pièce.
-Lia ? Que fais-tu ici ? Je te croyais avec Philibert.
-On n’est plus ensemble, répondit-elle en retirant ses chaussures avant de se laisser tomber sur son lit.
-Oh.
La jeune fille crut voir un léger sourire passer sur le visage de son tuteur. Mais lorsqu’elle le regarda avec plus d’attention, il avait disparu.
-Et…est-ce que ça va ? demanda-t-il. Ce n’est pas trop dur ?
-Non, fit-elle en secouant la tête. C’est moi qui ai rompu. Je n’aurais même pas dû accepter de sortir avec lui au départ.
Le lieutenant hocha la tête avec compréhension.
La jeune fille se redressa alors et se mit en position assise pour regarder son tuteur avec sérieux.
-lieutenant, je tenais à m’excuser pour mon attitude de ces dernières semaines. Je sais que j’ai été moins sérieuse que d’habitude dans mes devoirs et que j’ai été plusieurs fois en retard pour nos cours du soir. Je suis vraiment désolé. Cela ne se reproduira plus.

L’homme hocha la tête d’un air compréhensif.
-C’est également à moi de m’excuser Lia, répondit-il. Je sais que j’ai été assez distant avec toi ces dernières semaines. Je….je ne sais même pas pourquoi. Et je n’ai aucune excuse. Je suis sincèrement désolé.
Ils échangèrent un long regard avant que chacun ne laisse un sourire glisser sur son visage.
-Alors, que dirais-tu de repartir sur de bonnes bases ? demanda-t-il avec un large sourire.
-Bien sûr ! répondit aussitôt la jeune fille.
Elle observa alors avec un sourire surpris son lieutenant descendre de son lit pour venir sur celui de la jeune fille.
Il la prit dans ses bras et la serra contre lui, lui déposant au passage un baiser dans ses cheveux.
-Sans rancune alors, murmura-t-il doucement.
-Sans rancune lieutenant, répondit calmement Lia qui se laissa bercer pendant de longues mi-nutes.
Elle fit alors quelque chose qu’elle n’avait plus était capable d’expérimenter depuis des se-maines : elle laissa son pouvoir effleurer celui de son tuteur en une douce caresse, se délectant des frissons parcourant son corps.
Le soir même, ce fut avec un large sourire que le professeur et l’élève allèrent se coucher dans leurs lits respectifs, rêvant l’un de l’autre une bonne partie de la nuit.

Quelques jours plus tard, ce fut l’esprit plus léger que la jeune fille se réveilla un beau matin de décembre, le 24 plus exactement. Elle souhaita avec bonne humeur le bonjour à son lieutenant avant de se diriger vers la salle de bain. Quelques minutes plus tard, c’est emmitouflée dans de chauds vêtements qu’elle ressortit de la salle de bain, prête à affronter le froid extérieur.
-Prête Lia ?
-Oui lieutenant !
Ils sortirent de leur cabine et se dirigèrent côte à côte dans les couloirs afin de rejoindre le pont. Lorsqu’ils arrivèrent à l’extérieur, Lia frissonna quelques secondes en sentant le vent glacé lui fouetter le visage.
-C’est violent, grogna Marc qui venait de les rejoindre.
-C’est l’hiver, répondit Lia avec fatalisme.
-Il faudra vous y habituer, leur fit le lieutenant Carols alors qu’ils commençaient à courir. Le Hope reste dans cette partie de Platonia pendant plusieurs mois. Nous longeons actuellement les côtes du pays de Mimas. Il fait toujours des températures polaires à ce moment de l’année.

Les deux amis grimacèrent à l’idée de devoir encore supporter un froid pareil durant plusieurs mois.
Inconsciemment, Lia invoqua silencieusement son pouvoir afin de se réchauffer. Elle sentit quelques secondes plus tard la main de son tuteur se poser sur son épaule afin de lui apporter un peu de chaleur. Elle le remercia d’un sourire.

-Heureusement, ajouta le lieutenant Scott, nous nous dirigerons ensuite vers Titania. Il y fera bien meilleur. Mais nous ne retrouverons des températures estivale que lors de notre retour vers Cérès dont, je vous le rappelle, Cassydre est l’une des villes portuaires.

Lia eut un léger pincement au cœur en songeant à sa ville natale qui devait en ce moment même se préparer à fêter Yule, c'est-à-dire le solstice d’hiver. Elle visualisa un instant la maison des Tellis, ses voisins depuis toujours, qui devait probablement être déjà décorée avec des branches de sapin et autres papiers multicolores. Cette famille avait toujours été là pour la jeune fille, l’accueillant de temps à autre lorsqu’elle ne pouvait dormir chez elle. Elle ne pouvait que regretter de ne pas avoir pu leur dire au revoir avant d’embarquer sur le Hope et attendait avec impatience de retourner à Cassydre afin de leur présenter son tuteur.
Elle fut tirée de ses pensées par Sophie et Anne qui les avaient rattrapés. Les deux filles discu-taient avec animation du réveillon de Yule qui allait se fêter dans la salle de réception le soir même.
-ça va être génial ! s’exclama Anne avec excitation.
-J’ai vraiment hâte, ajouta Sophie.
-Moi aussi. Admit Lia en se joignant à leur conversation.
-Vous ne serez pas déçu, leur fit le lieutenant Scott. Le Hope a toujours une manière formidable de fêter Yule.

Le soir même, ce fut avec émerveillement que Lia découvrit la salle de réception. Cette dernière avait été décorée de la même façon que pour les fêtes de la Samain, sauf que cette fois des étincelles dorées flottaient dans la pièce, donnant à cette dernière un éclat presque irréel.
-Wow, murmura-t-elle. J’adorerais savoir faire ça.
Son tuteur à sa gauche lâcha un léger rire.
-Je t’apprendrai si tu veux. Ce n’est pas bien compliqué.
-Merci lieutenant ! S’exclama-t-elle aussitôt.
-Mais de rien, fit ce dernier. Allez, je vais te laisser rejoindre ta table. Promet-moi juste de me garder une ou deux danses tout à l’heure ?
-Promis, répondit la jeune fille en rougissant.
Il lui sourit et rejoignit la table des professeurs.
S’installant entre Anne et Marc, elle remarqua avec un certain malaise que Phil avait choisi un siège le plus éloigné possible de celui où elle se trouvait.
-Je n’aurais jamais dû sortir avec lui, grogna-t-elle.
Ses amis grimacèrent.
-C’est pas faux, admit Marc. Mais s’il n’arrive pas à se remettre du fait que tu l’ais largué, c’est son problème, pas le tiens.
-Tout de même. Etre avec lui était sympa au début. Mais finalement ça ne m’a apporté que des problèmes.
-Oublie ça et profite de la soirée, lui conseilla Anne.
Lia acquiesça et sourit à ses amis avant d’écouter avec attention les quelques mots du général. Ce dernier leur souhaita simplement un joyeux Yule et un bon appétit.
Tous applaudirent puis commencèrent à se servir à partir des plats disposés tout le long de chaque table.
Lia prit un peu de tout, expérimentant tout ce qu’elle n’avait pu goûter auparavant.
Durant les fêtes de Yule, sa mère invitait toujours du monde chez eux, et Lia en profitait pour s’éclipser le temps de la soirée afin d’être un peu au calme. Elle n’avait jamais donc eut vraiment l’occasion de partager ce moment avec qui que ce soit et attendait avec impatience le lendemain afin de vraiment voir ce que cela faisait de passer cette fête avec sa nouvelle famille.
Elle discuta calmement avec les autres membres de sa promotion jusqu’à la fin du repas. Tous dirigèrent alors leur regard vers le général qui se leva à nouveau.
-Je vais vous laisser quelques minutes pour vous préparer et ce sera avec plaisir que je vous retrouverai tout à l’heure dans le self qui a été transformé par nos mousses de troisième année en salle de bal. Mettez donc vos plus belles tenues pour faire honneur au travail acharné de vos camarades.
Tous se levèrent alors et se dirigèrent calmement vers leurs cabines. Lia entra quelques se-condes après son lieutenant.
Ce dernier sortait déjà quelques vêtements de son placard qui étaient soigneusement emballés dans un tissu.
-Vous pouvez prendre la salle de bain en premier, dit Lia en se dirigeant vers son propre placard.
-Merci, répondit-il avec un sourire. Je ne serai pas long.
La jeune fille lui rendit son sourire et attendit qu’il ait refermé la porte pour enfin sortir la robe de soirée qu’elle s’était procurée quelques semaines plus tôt lors de l’escale à Gardin. Ils avaient trainé un moment dans les magasins et la jeune fille avait profité d’un moment d’inattention de son tuteur pour sortir la petite bourse qu’elle gardait toujours sur elle afin de se procurer le vêtement qu’elle tenait désormais dans ses mains. Elle s’était félicitée intérieurement d’avoir économisé soigneusement l’argent que lui accordait chaque mois le Hope pour ses besoins personnels. Heureusement pour elle, le vaisseau avait un fond prévu pour les élèves d’ayant pas vraiment d’argent ou étant en désaccord avec leur famille. De plus, quelques services rendus à bord de temps en temps lui permettaient d’augmenter un peu cette somme. Ce n’était pas grand-chose mais cela lui avait également permis d’acheter un cadeau pour ses trois amis et son tuteur. Elle caressa le vêtement qu’elle tenait entre ses doigts. C’était une robe de soirée noire, toute simple, qui tenait grâce à deux bretelles et lui retombait juste au niveau des genoux. Elle n’avait pas vraiment l’habitude de s’habiller pour de grandes occasions et espérait sincèrement que cela suffirait. Elle attrapa également une paire de chaussures noires également à talons qui étaient soigneusement rangées dans une petite boite.
Quelques minutes plus tard, le grincement de la porte de la salle de bain la fit sursauter, et elle cacha précipitamment sa robe sous son pull, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Elle sentit son cœur rater plusieurs battements et sa respiration s’accélérer lorsque son tuteur sortit enfin de la salle de bain. L’homme, pour une fois, n’avait pas enfilé l’uniforme officiel auquel Lia était devenue accro. A la place, il portait un simple costume de soirée noir, resserré finement à la taille, ainsi qu’une chemise d’une blancheur immaculée dont les premiers boutons étaient défaits. Lia ne put empêcher ses yeux de parcourir les courbes du corps de l’homme face à elle, que le costume épousait à la perfection.
-Lia ?
Le rouge les joues, la jeune fille releva précipitamment la tête pour regarder son tuteur qui la fixait avec amusement, le sourcil levé.
-Oui lieutenant ? Bafouilla-t-elle.
-La salle de bain est libre. Tu peux aller te changer.
-M…Merci lieutenant.
Elle ne mit que quelques secondes pour franchir les quelques mètres la séparant de la salle de bain et fermer la porte dans un bruit sourd. La rougeur sur ses joues s’accentua lorsqu’elle entendit le rire de son lieutenant à l’extérieur de la pièce.
-Lia, marmonna-t-elle pour elle-même. On ne fantasme pas sur son professeur. Même si ce dernier est magnifique et porte un costume qui le rend encore plus sexy que d’habitude.
Elle se passa de l’eau sur le visage, puis commença finalement à retirer ses vêtements.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour enfiler finalement sa robe de soirée et mettre ses chaussures. Se regardant dans la glace, elle vérifia d’un tour sur elle-même que tout était en ordre avant de retirer son élastique, libérant ses cheveux sur ses épaules.
-Voilà, marmonna-t-elle, ça devrait aller.
Elle sortit quelques secondes plus tard de la pièce, se dirigeant tout de suite vers son lit pour y déposer ses affaires de la journée.
-Lieutenant, fit-elle sans le regarder, pouvons-nous y aller ?
Seul le silence lui répondit. Intriguée, la jeune fille se retourna pour dévisager son tuteur. Ce dernier était immobile, la bouche grande ouverte et semblait ne pas la lâcher des yeux.
-Lieutenant ?
Le dit lieutenant sursauta et baissa immédiatement le regard, le rouge aux joues.
-Quoi ? Oh. Euh…oui, bien sûr ! Allons-y !
Sans attendre la réponse de son élève, il se dirigea aussitôt vers la porte de leur cabine. Lia secoua la tête avec amusement mais finit par le suivre.
Une heure et demie plus tard, Lia discutait calmement avec ses quatre amis. La soirée avait très bien commencée. En arrivant dans le self, la jeune fille avait bien failli ne pas reconnaitre la salle habituellement austère dans laquelle ils déjeunaient tous les jours. Les décorations étaient similaires à celles installées dans la salle de réception. Toutes les tables habituellement présentes au centre avaient été poussées sur les côtés, dégageant un grand espace qui avait été aménagé comme piste de dance, et comportaient désormais quelques rafraichissements et alcools en tout genre.
Elle n’avait dansé qu’à quelques rares occasions, principalement au bras de Marc ou de Will et se contentait depuis le début de la soirée de regarder calmement les mousses se déchainer sur la piste.
-Je pense que Simon a un peu trop bu, fit remarquer Sophie.
Lia dirigea son regard vers l’endroit que pointait la jeune fille et pu en effet voir leur camarade de classe qui semblait flirter outrageusement avec Talli. Cette dernière semblait essayer de le repousser, mais sans grand succès apparent.
Les quatre jeunes éclatèrent de rire lorsque leur amie décocha à Simon un magnifique coup de genoux entre les jambes, faisant tomber ce dernier à genoux au sol.
-Magnifique ! s’exclama Marc entre deux éclats de rire. Je crois que ça le découragera de boire à l’avenir.
Simon fut quelques secondes plus tard emmené par son lieutenant hors de la salle, probable-ment afin d’aller décuver dans leur cabine.
Lia redirigea son regard vers la piste de dance alors que la chanson en cours se terminait. Une douce musique s’éleva alors dans la salle.
-Un slow, soupira Marc. Je suppose que je vais devoir inviter quelqu’un à danser.
-Pas besoin de te montrer si enthousiaste, le taquina Anne. Mais je crois bien que ta tutrice est libre. Propose-lui donc de danser avec toi.
-Quoi ? Non ! Rougit le jeune homme. Je n’ai pas envie de me faire assassiner par ton tuteur.
En effet, le lieutenant Morgan avançait vers la tutrice du jeune homme pour l’entrainer quelques secondes plus tard sur la piste de danse.
-En fait, reprit Marc, ça me plairai que tu sois ma cavalière pour cette danse. En toute amitié bien sûr.
-Avec plaisir Marc, répondit Anne avant d’entrainer le jeune homme sur la piste.
Lia et Sophie les regardèrent s’éloigner avec un sourire sur les lèvres.
-Tu crois que ça pourrais marcher entre eux ? demanda Sophie.
-Je ne sais pas, répondit Lia.
-Ils iraient vraiment bien ensemble pourtant.
-Hmm.
La jeune fille scanna alors la salle du regard afin de voir où pouvait se trouver son lieutenant. Elle repéra assez facilement le lieutenant Miller qui semblait être en train de faire du charme à une jeune femme, mais ne trouva pas son lieutenant.
-Et ben…il y en a qui ne s’ennuient pas à ce que je vois, grogna Sophie à ses côtés.
-Quoi ? demanda Lia en se tirant de sa contemplation de la salle.
-Mon lieutenant, marmonna son amie.
Lia suivit son regard. L’homme embrassait désormais avec passion la femme contre lui. Elle remarqua que sa démarche semblait assez hésitante, comme celle de la jeune femme à ses côtés.
-Ils doivent avoir un peu trop bu, répondit-elle.
-Peut être. Mais j’espère tout de même avoir un endroit où dormir cette nuit, rétorqua Sophie en faisant la moue. Tu crois que tu pourrais m’héberger ?
-Je ne pense pas que ça posera de problème à mon tuteur, fit Lia d’un ton absent. Je me de-mande où il est d’ailleurs.
-Juste derrière toi, fit une voix à son oreille.
Lia sursauta, lâchant un léger cri de surprise. Elle se retourna violemment et soupira en voyant le visage hilare de son tuteur.
-Lieutenant ? Vous m’avez fait peur, grimaça-t-elle en essayant de calmer son pouls.
-C’était le but, je dois avouer. M’accorderais-tu cette danse Lia ? Demanda-t-il en lui tendant une main.
La jeune fille rougit mais n’hésita que quelques dixième de seconde avant de saisir la main que lui tendait le jeune homme.
-Avec plaisir.
Souriant largement, il l’entraina aussitôt sur la piste de danse. Lia le laissa l’attirer contre lui et commencer à les mener doucement au rythme lent de la musique.
-Alors, murmura le lieutenant à son oreille, passe-tu une bonne soirée ?
Lia ferma les yeux et se concentra pour réprimer la rougeur qui menaçait de s’étendre sur son visage alors que le souffle de l’homme contre elle faisait naitre des frissons sur sa peau.
-Oui lieutenant, répondit-elle doucement. C’est génial de voir tout le monde aussi détendu. Un peu trop détendu pour certains, d’ailleurs.
Elle dirigea son regard vers le lieutenant Miller qui était toujours dans un état d’ébriété certain. Ce dernier siffla bruyamment en faisant de grands signes dans leur direction.
Le lieutenant Scott eut un léger rire.
-Heu…Oui. Bruno n’a jamais su vraiment limiter sa consommation d’alcool lors d’occasions comme celles-ci. D’ailleurs, j’ai entendu ta discussion avec Sophie. Elle pourra venir dans notre cabine ce soir.
-Merci lieutenant, fit Lia en soufflant de soulagement.
Ils continuèrent de discuter calmement au rythme de la musique. Lorsque la chanson s’arrêta, le lieutenant se décolla lentement d’elle.
-Merci pour cette danse, murmura-t-il avant de se pencher pour lui déposer un baiser sur la joue.
La jeune fille rougit furieusement et, après l’avoir également remercié, quitta la piste afin de trouver Sophie pour lui confirmer qu’elle pourrait partager pour une nuit leur cabine. Fronçant les sourcils, elle la chercha un moment du regard, mais ne parvint pas à la localiser.
-Où est Sophie ? demanda Marc qui venait de la rejoindre, accompagné d’Anne.
-Je l’ignore, répondit Lia. Il y a quelques minutes encore, elle était juste là.
-Peut être qu’elle est partie se coucher ? fit Anne.
Lia secoua la tête.
-Je ne pense pas, murmura-t-elle. On devrait peut être aller voir si elle n’est pas dehors.
-Mais il gèle ! s’exclama Marc.
-On n’y restera pas longtemps, rétorqua Anne. Et puis, je suis d’accord avec Lia. C’est bizarre.
-Très bien, capitula le jeune homme.
-Je vous accompagne, fit le lieutenant Scott qui venait de les rejoindre. Je sais que certains membres de l’équipage ont un peu trop abusé sur l’alcool. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver.
Ils hochèrent tous la tête puis quittèrent la salle avant de se diriger vers la porte menant à l’extérieur du navire. Lia frissonna lorsqu’ils débouchèrent enfin à l’extérieur et concentra immédiatement son pouvoir sur sa peau nue afin de ressentir le moins possible la morsure du froid hivernal.

Elle sursauta lorsqu’une voix aigüe se fit entendre à quelques mètres d’eux.
- Lâche-moi ! Laisse-moi tranquille !
-Non, tu…tu restes...a...avec m..m..moi, répondit aussitôt une voix pâteuse.

-Sophie ! Cria aussitôt Marc en se précipitant vers l’origine des bruits.
Accourant à sa suite, Lia découvrit avec stupeur son amie maintenue contre le bastingage par un jeune homme, à première vue en état d’ébriété avancé que la jeune fille ne put identifier immédiatement, à cause de l’obscurité ambiante.
-Lâche-là ! cria aussitôt Anne qui les avaient aussitôt rejoins.
Le jeune homme se retourna aussitôt et Lia lâcha un cri de surprise en découvrant l’identité de ce dernier.
-Phil ? murmura-t-elle avec stupéfaction.
-L…Lia ? fit ce dernier. Tu es re-re-revenue ? Juste…juste pour moi ?
Le jeune homme vacilla un instant mais maintint son emprise sur Sophie qui avait essayé de s’enfuir.
-Lâche-là Phil, fit calmement Lia.
-Non ! Non je ne la lâche..che…rai pas ! S’exclama-t-il aussitôt. Tu m’as laissé ! Tu m’as laissé tout seul ! Alors….Alors…je…je la garde avec moi !
-Tu es complètement saoul Phil, déclara Anne en se rapprochant. Tu ne sais plus ce que tu dis.
-Je vais très bien ! s’exclama le jeune homme.
-Monsieur Parkson fit le lieutenant Scott en se rapprochant à son tour. Lâchez cette jeune fille et retourner dans votre cabine. C’est un ordre.
-N...Non ! De toute façon c’est de votre faute ? S’exclama-t-il en pointant du doigt le lieutenant.
-ma faute ? fit ce dernier avec interrogation.
-Votre faute si...si Lia m’a quitté !
-Phil ! l’interrompit la jeune fille.
-LA FERME ! cria aussitôt ce dernier. De toute façon tu l’as toujours préféré à moi. Tu...Tu l’aimes…n’est-ce pas !
-Phil, arrête, rétorqua la jeune fille en ignorant volontairement le regard de son tuteur. Ca n’aurait jamais pu marcher de toute façon. Et tu as beaucoup trop bu !
Elle s’avança pour essayer de libérer son ami mais fut repoussé violement par le jeune homme. Déséquilibrée, elle bascula en arrière et fut retenue de justesse par son lieutenant. Elle essaya de se relever mais glissa à nouveau et se retrouva complètement collé à son tuteur qui dû alors se pencher pour garder l’équilibre, approchant son visage à quelques millimètre de celui de la jeune fille.
-ça va ? murmura-t-il.
-Oui…souffla Lia en rougissant. Merci.
Elle resta néanmoins blottie quelques secondes supplémentaires dans les bras de l’homme tandis que ce dernier reportait son attention sur Phil.
-Il est en train de perdre le contrôle, grogna Antoine. Reculez-vous tous. Et laisser moi faire.
Lia dirigea son regard vers son ancien petit ami et écarquilla les yeux en voyant que de ce der-nier émanait désormais une vive lueur blanche.
Lia recula tandis que le lieutenant s’avançait vers Phil, ses mains brillant en quelques secondes d’un vert éclatant. Ebahie, la jeune fille vit son tuteur produire une sphère verte qu’il tint un moment dans ses mains, éclairant son visage d’une lueur inquiétante.
-Lâchez Sophie, Monsieur Parkson. C’est ma dernière demande. Ensuite je prendrai les mesures nécessaires pour stopper cette folie.
Phil se retourna brusquement tandis que des larmes commençaient à couler sur son visage.
Il essuya rageusement ces dernières et fixa un moment l’océan s’étendant devant lui, sans pour autant lâcher Sophie qui se débattait à nouveau. Puis il se tourna de nouveau vers Antoine.
-Laissez-moi, fit-il au lieutenant qui n’avait pas bougé d’un pouce.
-Alors lâche Sophie, répondit ce dernier avec calme. C’est tout ce que je te demande.
Phil hocha finalement la tête puis laissa partir la jeune fille que se réfugia aussitôt dans les bras de Marc.
Lia lâcha un soupir de soulagement et vint aussitôt serrer son amie contre elle. Elle se retourna ensuite pour remercier son tuteur qui les fixait avec un sourire, mais sursauta en voyant la scène qui se déroulait juste derrière elle.
-Phil ! Non ! Ne fais pas ça !
Aussitôt, tous se retournèrent, et eurent juste le temps de voir le jeune homme basculer par-dessus le bastingage, entrainant avec lui Lia qui avait accouru pour essayer de le retenir.
-Mon dieu ! s’exclama le lieutenant Scott. LIA !
Attrapant la première bouée de sauvetage qu’il put trouver, il retira sa veste avant de se jeter à l’eau à son tour.
Lia suffoquait, recrachant avec force toute l’eau qui venait se loger dans sa bouche. Elle n’avait pas imaginé en attrapant la main de son ami que ce dernier aurait eu l’audace de l’entrainer à sa suite. Elle entendit un instant son lieutenant crier son nom puis le bruit d’un corps pénétrant dans l’eau gelée. Grelottant, elle essaya de se maintenir à la surface tout en cherchant du regard Phil, qui ne devait pas être bien loin.
-Lia !
Elle sursauta en sentant deux bras forts l’attraper par l’arrière, mais se relaxa aussitôt. Ce timbre de voix ne pouvait appartenir qu’à une seule personne.
-Lieutenant, murmura-t-elle. Je suis désolé.
-Ce n’est rien, souffla-t-il contre son cou. Tu es vivante…C’est le principal.
Fermant les yeux, Lia se mordit la lèvre et, comme inconsciemment, se colla un peu plus contre l’homme, se retournant pour se retrouver face à lui.
Ils se dévisagèrent quelques secondes avant qu’Antoine ne se penche pour lui déposer un baiser sur la joue. Baiser qui dura bien plus longtemps que nécessaire.
-Accroche-toi à la bouée, fit-il avec hâte. Anne et Marc vont te remonter. Sophie est partie donner l’alerte. Je vais chercher Phil.
Il lui tendit la bouée de sauvetage que Lia agrippa aussitôt.
-Lieutenant…, commença la jeune fille.
Mais elle sursauta en se sentant tiré hors des eaux. Elle fit de son mieux pour se maintenir accrochée à l’objet, mais ses mains glissaient. Et le Hope était tout de même un navire d’une hauteur considérable. Alors qu’elle lâchait prise, elle sentit une douche chaleur se diffuser dans ses membres, et fut surprise de constater que son corps brillait d’une vive lueur bleue et qu’il flottait dans les airs.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle fut remontée sur le pont du navire, et entourée de chaudes couvertures.
-Merci lieutenant, murmura-t-elle au lieutenant Carols.
-Ce n’est rien Lia, fit cette dernière. Où est ton tuteur ?
-Toujours dans l’eau. Il cherche Phil. J’espère qu’il va bien, murmura-t-elle.
-Je suis sûr qu’il va y arriver, commenta le lieutenant Carols avec calme.
En effet, quelques secondes plus tard, Antoine apparu dans les airs, tenant Phil dans ses bras, les deux brillant d’une lueur verte. Ils se posèrent sur le pont quelques minutes plus tard, le lieutenant laissant les guérisseurs s’occuper du jeune homme.
Lia accouru aussitôt vers son tuteur pour lui donner une de ses couvertures.
-Merci Lia, répondit-il d’un ton fatigué.
-Vous allez bien ? demanda cette dernière avec inquiétude.
Il lui fit un maigre sourire.
-Tout ira bien, murmura-t-il. Je suis juste épuisé. Ce que je viens de faire demande beaucoup de magie. Je…
Il s’accrocha à elle, la serrant contre lui, son souffle chaud dans le cou de son élève.
-Je ne sais pas ce que j’aurais fait si…Oh mon dieu, Lia…
Je vais bien, lieutenant. Grâce à vous, fit-elle en lui retournant toutefois son étreinte.

Il bailla largement.
-J’ai besoin de dormir, finit-il.
-Venez, je vais vous conduire jusqu’à notre cabine, proposa Lia en l’aidant à se relever.
L’homme hocha la tête et prit appuie sur son élève.
-Est-ce que monsieur Parkson va bien ? murmura-t-il au passage aux guérisseurs.
-Il est juste épuisé, répondit un des deux hommes. Vous aussi lieutenant. Vous devriez aller vous reposer.
Antoine hocha la tête et, avec l’aide de Lia, ils regagnèrent en clopinant leur cabine.
Dès qu’ils furent à l’intérieur, la jeune fille encouragea son tuteur à aller prendre une bonne douche bien chaude, tandis qu’elle enfilait des vêtements secs. Elle put ensuite à son tour sentir l’eau brûlante réchauffer son corps encore gelé avant d’enfiler un pyjama sec. Elle ne fut par surprise, en sortant de la salle de bain, de trouver son tuteur déjà endormis, pelotonné dans ses couvertures.
Fronçant les sourcils, elle remarqua un bout de papier dépassant de sous la porte. Le ramassant, elle sourit en notant que ce n’était qu’un mot de Marc lui déclarant que Sophie dormirait dans sa cabine pour la nuit.
Hochant la tête, Lia posa le parchemin sur le bureau avant de rejoindre à son tour son lit et de s’y laissé tomber : complètement épuisée.

Le lendemain matin, ce fut avec difficulté que la jeune fille émergea finalement après de longues heures de sommeil. Un bref coup d’œil vers le réveil posé entre son lit et celui du lieutenant lui apprit qu’il n’était que 9 heures du matin. Dans le lit attenant au sien, son tuteur dormait encore à poings fermés. Lia détailla quelques secondes la forme endormie de l’homme qui était allongé sur le côté, lui tournant le dos. Elle grimaça en se remémorant aussitôt les évènements de la veille. Le comportement de Phil l’avait réellement surprise. Elle n’aurait jamais pu penser que son ancien petit ami pouvait se comporter de cette façon. Elle supposait que les guérisseurs qui avaient été dépêchés sur place avaient plus tard dans la soirée informé le général de l’altercation et se demandait maintenant ce qui allait arriver à Phil. Y-aurait-il des sanctions engagées contre le jeune homme ou son comportement serait-il simplement mis sur le compte de l’alcool ? Elle l’ignorait pour le moment. Secouant la tête, elle essaya de chasser ces idées de son esprit et se leva enfin pour se diriger vers le hublot de la petite cabine afin de jeter un œil à l’extérieur.
Elle sourit en distinguant de petits cristaux de givres recouvrant les contours de la vitre. C’était définitivement l’hiver. Au dehors, le ciel était bleu, malgré une légère brume qui assombrissait quelque peu les alentours. Elle remercia intérieurement le général de leur avoir donné quelques jours de congés pour les fêtes de Yule. Elle n’aurait pu supporter devoir à nouveau courir sous un froid glacial. Pas après les évènements de la veille.
S’arrachant à sa contemplation de la mer calme, Lia se dirigea vers son placard d’où elle sortit quelques affaires avant d’entrer dans la salle d’eau pour prendre une bonne douche. Lorsqu’elle en ressortit, elle remarqua que, malgré l’heure qui commençait à devenir tardive, son tuteur n’était toujours pas levé. Fronçant les sourcils, la jeune fille rangea soigneusement son pyjama sous son oreiller avant de se rapprocher du lit de son lieutenant. Elle posa brièvement sa main sur le front de l’homme et fut soulagée de voir que sa température était normale.
Décidant de le laisser dormir encore un peu, Lia attrapa au hasard un livre sur la table de nuit et l’ouvrit, se rallongeant sur son lit avant de commencer sa lecture.
Le grimoire en question, un de ceux qu’elle avait emprunté à la bibliothèque du vaisseau, traitait en particulier de la magie qu’elle et son tuteur pouvait contrôler, appelée à juste titre magie verte. Elle fouilla un moment dans sa poche et en sortit la petite pierre verte qu’elle ne quittait désormais jamais. Fermant les yeux, elle referma la main dessus, soupirant de bien être alors que le pouvoir se diffusait dans ses membres.
-NOOOON !
Sursautant, Lia ouvrit brusquement les yeux et tourna la tête vers son tuteur qui se débattait violement dans ses draps, tournant et retournant sur lui-même, le front en sueur, le visage contracté.
Son élève sauta aussitôt de son lit et s’approcha de celui du lieutenant, le secouant légèrement.
-Lieutenant ! Réveillez-vous ! Lieutenant !
Mais l’homme ne semblait pas parvenir à ouvrir les paupières et continuait de se débattre avec frénésie.
- Ce n’est qu’un rêve, lieutenant, réveillez-vous !
Voyant que ses appels ne fonctionnaient pas, la jeune fille concentra son pouvoir sur sa main gauche puis vint effleurer le front de son tuteur. Elle sursauta en voyant ce dernier se cambrer violemment.
Mais, aussitôt, il retomba sur le lit, semblant s’être calmé et ouvrit les yeux quelques secondes plus tard.
-Lieutenant ?
-Lia…Lia tu vas bien ? murmura ce dernier avec hésitation.
-Je vais très bien lieutenant, répondit-elle en souriant. Vous…vous aviez un cauchemar. J’ai essayé de vous réveiller.
L’homme soupira et se laissa retomber sur son oreiller.
-merci, murmura-t-il. Je suis désolé que tu ais dû assister à cela. Certains de mes rêves peuvent être assez violents.
-Ce n’est rien, fit-elle en lui souriant.
L’officier se redressa en se frottant les yeux.
- Quelle heure est-il ?
- Presque dix heures, fit Lia en se rasseyant sur son lit.
-Dix heures ? Mon dieu, j’ai dormit plus longtemps que je ne le pensais.
-Vous étiez fatigué. C’est tout à fait normal.
-Hmm.
Quelques minutes plus tard, ce fut un Antoine Scott en pleine forme qui ressortit de la salle de bain habillé, coiffé et rasé, prêt à affronter cette journée. Il sourit largement en voyant le paquet emballé d’un papier bleu qui était posé sur son lit.
-C’est pour moi ? demanda-t-il aussitôt en regardant son élève.
-Oui, répondit Lia en rougissant légèrement. Joyeux Yule lieutenant.
-A toi aussi Lia.
Il se dirigea vers le placard où étaient rangé ses vêtements et sortit de sous une pile de chemise un petit paquet qu’il tendit à son élève.
-Voilà pour toi Lia.
-Merci lieutenant, fit cette dernière avec un large sourire en attrapant le paquet dont elle retira aussitôt l’emballage avec délicatesse sous l’œil amusé de son tuteur.
-Tu sais, tu peux très bien arracher le papier, fit-il remarquer avec humour.
-Oh non. Répondit Lia en secouant la tête, ça gâcherai tout le plaisir de l’ouverture.
L’homme eut un léger rire et reporta son attention sur le paquet toujours posé sur sa couver-ture. Après quelques secondes de contemplation, il se décida enfin à l’ouvrir. Prenant exemple sur son élève, il retira avec application le papier, en sortant une petite boite carré qu’il ouvrit avec précaution.
-Lia, souffla-t-il avec émerveillement. C’est magnifique…
Il caressa d’un doigt le pendentif en forme de trèfle, délicatement taillé dans de la malachite, que lui avait offert la jeune fille, frissonnant en sentant la décharge familière.
-Merci, fit-il en relevant les yeux vers elle. Où as-tu trouvé cela ?
-Heu…en fait…Je l’ai fabriqué, avoua Lia en rougissant.
-Vraiment ? Tu as utilisé la magie ? demanda Scott.
-Oui. J’ai trouvé un livre à la bibliothèque qui expliquait comment modifier la forme des pierres de pouvoir. Je n’ai fait qu’apprendre les techniques qui y étaient enseignées.
-Et tu as comme d’habitude réussi avec brio, finit le lieutenant avec un sourire fier.
La jeune fille rougit aussitôt.
Il sortit le pendentif de sa boîte et l’accrocha aussitôt à son coup, frissonnant de bien être alors que la pierre touchait sa peau nue.
-As-tu ouvert le mien ? demanda-t-il.
-pas encore, répondit Lia. Je m’apprêtais à le faire.
Il l’observa avec attention retirer le dernier morceau de papier afin de dévoiler le carnet ainsi que le nécessaire à écriture qu’il lui avait offert.
La jeune fille prit le livre dans ses mains, caressant doucement la couverture de cuir brun recouvert d’inscriptions dont elle ne saisissait pas le sens. Elle l’ouvrit quelques secondes plus tard et fut surprise de constater que toutes les pages étaient blanches.

-Ce sera à toi de le remplir Lia, fit Antoine en voyant l’air étonné de son élève. Chaque mage reçoit un carnet similaire au début de sa formation. Tu pourras t’en servir aussi bien comme journal que comme recueil de tes différentes expériences en rapport avec la magie. La plupart des mages y rassemblent leur savoir. Il est en général personnel donc tu pourras y écrire tout ce que tu voudras, je ne viendrais pas mettre mon nez dedans. A moins que tu ne me le demande bien sûr.
-Merci lieutenant, fit Lia avec un large sourire. J’en prendrais grand soin.
-Je n’en doute pas ! s’exclama Scott.
Le reste de la journée se passa avec calme. Lia fut ravi de découvrir que la décoration du self n’avait pas été changée par rapport à la veille et déjeuna avec bonne humeur, entouré de ses amis. Ils s’étaient tous mis d’accord pour ne pas évoquer Phil de la journée, préférant profiter du jour de Yule. Lia reçut d’autres présents de ses amis, pour la plupart des livres concernant la magie verte, qu’elle leur promit de lire avec attention. Le soir arriva malheureusement très vite. Et le lendemain matin, c’est avec angoisse qu’elle vit son tuteur ouvrir la porte de leur cabine au général du vaisseau.
-Général ! fit le lieutenant Scott en se mettant au garde à vous, très vite imité par Lia. Que faites-vous ici ?
L’homme entra puis prit place sur l’un des tabourets qu’Antoine lui présenta avant de dévisager gravement le professeur et l’élève.
-Je suis venu vous parler des évènements qui se sont produit lors du bal de Yule. On m’a rapporté qu’il y a eu une altercation entre monsieur Parkson et vous-même.
Les deux hochèrent la tête.
-Bien, reprit le général. Je tenais tout d’abord à vous féliciter lieutenant, pour avoir sauvé la vie de Monsieur Parkson ainsi que de Miss Shakeshift.
-C’était naturel général, répondit Antoine. Comment va Philibert ?
-Il semble aller beaucoup mieux, répondit-il. Néanmoins, des sanctions doivent être prises quant à sa conduite lors du bal. Même si de l’alcool a été la cause principale de ses gestes, il n’aurait jamais dû réagir comme cela. J’ai eu vent que vous avez entretenu une brève relation avec ce jeune homme miss Shakeshift ?
-C’est exact général, répondit Lia. Mais il n’avait jamais agi comme cela auparavant. Il restait toujours calme.
-Oui, et bien il semblerait que votre rupture l’ait fortement atteint, lui répondit l’homme avec calme. Je ne vous accuse en rien miss, continua-t-il en voyant que Lia baissait la tête. C’est entièrement de sa faute. Avant de décider de la sanction définitive à son encontre, j’aurais juste voulue savoir si vous aviez quelque chose d’autre à me signaler concernant ce jeune homme. Un comportement étrange à d’autres occasions peut être ?
-Non général, répondit Lia. C’est la première fois que je le voyais agir ainsi.
L’officier hocha la tête avec compréhension.
-Bien. Dans ce cas je crois que je limiterai sa sanction à une semaine de mise à pied. Il ne pourra pas sortir de sa cabine et devra réfléchir à ses actes. En espérant qu’il ne réagira pas de cette manière en une autre occasion.
Lia et Antoine hochèrent la tête avec compréhension.
Le général se leva alors, très vit imité par les deux autres qui se mirent aussitôt au garde à vous.
-Sur ce, je vais vous laisser, reprit l’homme. Bonne journée à vous ! Et profitez bien de ces quelques jours de congés.
-Vous aussi général ! répondirent-ils en cœur avant de se relaxer lorsque l’officier referma la porte de la cabine.
Lia se rassit alors sur le lit et soupira.
-Je suppose qu’il ne pouvait pas faire autrement, fit-elle quelques minutes plus tard alors que Anne, Sophie, et Marc venait de la rejoindre dans la petite pièce afin d’entamer une partie de tarot.
-En effet, répondit Marc. Je trouve même que ce n’est pas assez. Il n’aurait jamais dû s’en prendre à Sophie. Tout ça parce qu’il est jaloux ! Je n’aurais jamais pensé ça de lui.
-Moi non plus, admit Anne.
-Dites, intervint Sophie, on peut parler d’autre chose ? J’aimerai assez qu’on oublie tout ce qui s’est passé ce soir-là. N’est-ce pas Lia ?
-Sophie a raison, admit la jeune fille. Je crois que ce serait bien qu’on n’en parle plus.
-Très bien, capitula Marc.
Anne se contenta d’hocher la tête.
Une semaine plus tard, Phil fut donc enfin autorisé à retourner en cours. Cependant, Lia ne le vit presque pas. Le jeune homme faisait de son mieux pour éviter de croiser leur chemin. Ils avaient brièvement discuté avec Talli et Will qui leur avait assuré que Phil regrettait ses actions mais n’était pas encore prêt à leur faire face. Les deux deuxièmes années avaient l’air d’ailleurs assez choqués du comportement de leur meilleur ami. Ils avaient présenté leurs excuses à Sophie et à Lia pour ne pas avoir vu cela plus tôt, mais les deux filles s’étaient contenté de secouer la tête en leur assurant qu’elles ne leur en voulaient point.
Ce ne fut que deux semaines plus tard, alors que le vaisseau avait déjà fêté depuis quelques jours le passage à une nouvelle année que le jeune homme se présenta devant eux alors qu’ils étaient tous les quatre assis en salle de travail afin de terminer quelques exercices de chimie. Lia, qui avait déjà fini depuis un petit moment, se contentait de noter avec application les résultats de sa leçon de la veille avec son tuteur.
-Heu…s’il vous plait ?
Les quatre relevèrent la tête et froncèrent les sourcils en voyant l’identité de celui qui les avait dérangés.
-Qu’est-ce que tu veux ? Siffla aussitôt Marc en le dévisageant avec méfiance.
-Je venais m’excuser, répondit Phil avec calme. Je suis désolé de ce qui s’est passé. Ces dernières semaines ont été très chargées et je n’ai pas pu supporter la pression.
Il se tourna vers Sophie et lui sourit tristement.
-Je m’en veux tellement de ce qui s’est passé, continua-t-il. La prochaine fois je ne prendrai pas d’alcool. Et je crois bien avoir compris que Lia et moi ne seront jamais que des amis.
Il échangea un instant un regard désolé avec Lia, mais cette dernière resta de marbre. Phil sou-pira.
-Voilà, je crois que tout est dit. Je ne pense pas que nous pourrons à nouveau nous entendre comme nous le faisions avant. Je souhaite juste que vous ne pénalisiez pas Talli et Will. Ils n’y sont pour rien.
-Nous n’avions pas l’intention de ne plus leur adresser la parole, intervint Anne avec calme. Tu pourras même venir nous parler de temps en temps. Mais tu dois comprendre qu’il nous faudra du temps avant de te faire à nouveau confiance.
Phil hocha la tête.
-Très bien, fit-il avec résignation. Je suppose que je vais vous laisser travailler alors. Bonne soirée.
Et sur ces derniers mots, il quitta leur table, laissant les quatre amis échanger un long regard lourd de sens.
-Ca s’est passé mieux que je ne l’aurais pensé, admit finalement Marc.
Lia hocha la tête.
-Il avait l’air sincère, murmura-t-elle en jetant un œil dans la direction où il était parti. Et pour-tant je ne peux m’empêcher de craindre une autre réaction de ce genre. Je ne lui fais plus confiance.
-Moi non plus, admit Sophie.
Anne soupira puis prit à son tour la parole :
-On verra bien comment il se comportera lors des prochains jours. Allez, remettons-nous au travail.


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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:15

Chapitre 6

Les jours puis les semaines passèrent à nouveau à une vitesse infernale. Peu à peu, ils parlaient à nouveau avec Phil qui semblait vouloir tout faire pour se faire pardonner, quitte à être encore plus collant qu’il ne l’était déjà avant, exaspérant de plus en plus Marc.
La cohabitation avec le lieutenant Scott se passait à nouveau pour le mieux depuis sa rupture avec Phil, même si Lia ne pouvait s’empêcher de rougir furieusement devant son tuteur à cer-tains moment ; en particulier lorsqu’il était ressortit une fois de la salle de bain vêtu d’une simple serviette ne cachant plus grand-chose après avoir oublié ses vêtements dans la chambre. Chaque soir, il lui apprenait à jouer de la guitare, art que la jeune fille maitrisait désormais assez bien malgré quelques débuts plus que laborieux.
Leur relation avait évolué au fil du temps pour se transformer en une amitié profonde. Lia savait qu’elle pouvait se confier à lui à tout moment. Il l’attirait toujours. De plus en plus même.
Elle ne pouvait désormais s’empêcher, de temps à autre, de le détailler longuement, s’imaginant passer ses doigts dans ces cheveux bruns, sentir sa bouche effleurer la sienne…
Ils n’avaient fait que quelques escales depuis celle à Gardin. Mais à chaque fois que Lia entrait dans les terres, c’était pour que des regards soit de respect soit de dégoût se posent sur elle. Elle n’avait pas encore apprit à gérer les réactions des villageois face à son appartenance au Hope mais y arrivait de mieux en mieux, notamment grâce à l’aide de son lieutenant qui, en 7 ans de service dans ce navire, avait appris à faire fi des racontars des paysans des différents villages qu’ils visitaient.
C’était donc en une belle matinée de janvier que Lia essayait terminait comme chaque mois la lettre qu’elle envoyait à sa famille. Elle signa la missive et la relu de haut en bas :

Cher Jérôme, chère Maman,
J’espère que vous allez bien. Ici tout est parfait. Nous avons dès à présent passé le cap de la pleine lune et nous dirigeons vers les côtes de Titania. Je m’étonne toujours de tout le trajet que nous avons pu parcourir jusqu’ici. Mais c’est merveilleux. Le lieutenant Scott me traite bien. C’est un homme très gentil et un excellent professeur. Pour l’instant tout est assez calme. Au niveau scolaire nous venons de terminer la moitié du programme de 3ème année de lycée. Ce que nous étudions est vraiment très intéressant.
Je vais devoir vous laisser, je dois terminer mes devoirs.
Portez-vous bien. A très bientôt.
Lia.

Lia soupira en terminant sa lecture. Chaque lettre qu’elle avait envoyé n’avait reçu de réponse. Pourtant les pigeons voyageurs leur permettaient de lui envoyer à chaque fois une missive. Mais toujours rien. Elle s’échinait pourtant à leur donner de ses nouvelles même si elle n’en n’avait pas vraiment envie. C’était la moindre des choses. Lia soupira et retourna à son devoir d’astronomie, guettant avec impatience l’heure à laquelle son tuteur allait enfin la rejoindre pour qu’elle puisse comme chaque soir apprendre à contrôler un peu plus ces pouvoirs si étranges qui coulaient dans ses veines. Elle en ignorait la cause, mais depuis quelques jours elle semblait être bloqué par quelque chose lorsqu’elle essayait le nouvel exercice que lui avait proposé son tuteur : soulever grâce à sa magie un petit objet tel qu’un stylo ou un carnet. Ce qui la frustrait le plus était de savoir que ses trois amis avait maitrisé cet exercice à la perfection dès leur premier essai, tandis qu’elle ne parvenait qu’à élever l’objet en question que de quelques millimètres avant qu’il ne retombe en un bruit sourd sur la table. Lia soupira. Elle avait essayé de faire des recherches à ce sujet. Mais n’avait trouvé pour l’heure aucun texte ne mentionnant une telle impossibilité. Essayant de ne plus penser à cela pour le moment, elle retourna à ses devoirs, se jurant tout de même de réussir à résoudre ce problème.
Une heure et demie plus tard, elle fut tirée de son carnet par une main désormais familière qui se posa sur son épaule. Elle se retourna aussitôt, un large sourire sur le visage.
-Bonsoir lieutenant.
-Bonsoir Lia. Nous ne ferons pas de magie ce soir. Je suppose que tu seras ravi d’apprendre par contre qu’il y a un ciel sans aucun nuage dehors.
-C’est vrai ? S’exclama-t-elle aussitôt. Alors…on peut aller observer les étoiles ?
- Prend ton télescope, fit-il en riant de la réaction de son élève qui se précipita aussitôt pour dénicher l’engin en question qui, techniquement, n’était pas vraiment le sien mais simplement du matériel scolaire prêté à chaque élève lors de son séjour sur le vaisseau.
Quelques minutes plus tard, les deux jeunes gens se retrouvèrent à la poupe du navire, un télescope devant chacun d’eux à discuter des constellations et objets divers du ciel lointain.
-Et là, pointa Antoine, tu as Ascella, une de nos lunes principales. C’est assez rare de pouvoir l’observer. Regarde-là au télescope. Tu vas voir, elle est magnifique.
La jeune fille pointa le point lumineux en question et lâcha une exclamation de surprise en découvrant l’objet à travers les lentilles de l’appareil devant elle.
-Elle est superbe ! S’exclama-t-elle.
Le lieutenant sourit largement.
- Tourne un peu ton télescope à l’est. Tu verras normalement Dhalim.
-Je la vois, répondit Lia. Il y a pleins de cratères.
-Ah ça oui, admit-il. Platonia ressemblerai à cela si nous n’avions pas notre atmosphère.
Antoine, passant en mode professeur, entreprit alors de lui expliquer comment les météores projetés sur la planète était en fait détruit en parti lors de leur passage dans l’atmosphère de Platonia. Lia l’écouta avec attention, essayant de mémoriser le maximum d’informations. Plus tard, ils délaissèrent les télescopes et se contentèrent de fixer avec un air rêveur le ciel étoilé au-dessus de leur tête.
-C’est magnifique, finit par dire Lia en levant une énième fois les yeux pour essayer de replacer les étoiles principales.
-N’est-ce pas ? lui répondit Antoine. J’adore venir ici le soir. C’est tellement calme.
En effet, le pont était désert à cette heure tardive. La plupart des mousses et officiers se trou-vaient dans leur cabine, ainsi que les autres membres de l’équipage.
Ils discutèrent encore quelques instant avant que le cri du lieutenant Miller de l’autre côté du pont brise le silence.
-Hé ! Les amoureux ! Couvre-feu dans vingt minutes !
Lia et Antoine se retournèrent brusquement pour se rendre compte ensuite que c’était bien à eux que le lieutenant s’adressait.
-Tu deviens lourd Bruno ! Lui rétorqua Antoine en le fusillant du regard, Lia et moi ne sommes pas ensemble !
-Pas encore ! Pas encore ! Rétorqua l’officier en quittant le pont.
Le lieutenant soupira et finit par reporter son regard vers Lia qui rougissait toujours furieuse-ment.
-Allez, rangeons tout ça et allons-nous coucher.

Quelques jours plus tard, le Hope s’arrêta à nouveau pour une escale dans le petit port mar-chand de Whales. Cette fois, Lia et Antoine ne furent pas désignés pour réaliser le rationnement du navire. Mais cela ne les empêcha pas de retrouver avec bonheur et durant quelques heures la terre ferme. Le professeur et l’élève marchaient calmement sur le port, faisant désormais fi des regards qui ne cessaient de se tourner vers eux. Ils avaient été prendre un verre quelques minutes auparavant et se contentaient désormais de profiter du magnifique coucher de soleil qui s’offrait à eux.
-As-tu passé une bonne journée ? fit doucement Antoine qui était accoudé à une barrière séparant le port de la mer.
Lia hocha la tête.
-Oui lieutenant, répondit-elle aussitôt, merci de m’avoir fait découvrir ce port.
-De rien, lui répondit-il en souriant largement. J’adore venir ici. C’est un peu comme un deu-xième chez moi.
Lia hocha la tête et frissonna tandis qu’une brise fraiche s’élevait dans le port.
-Tu as froid ? demanda son tuteur.
Elle haussa les épaules.
-Un peu. Mais ça ira. J’aimerais qu’on reste jusqu’à la fin du coucher de soleil.
-Tu vas attraper mal Lia, la réprimanda-t-il doucement. Allez, met ça !
Il retira sa veste et la déposa sur les épaules de son élève. Mais cette dernière la lui rendit aussitôt.
-Non, vous allez avoir froid sinon !
-Mais non, répondit-il en souriant. Regarde, tu vas pouvoir me tenir chaud.
Lia le regarda avec interrogation puis se mit à rougir tandis qu’il se rapprochait d’elle. Il colla son torse contre le dos de la jeune fille et passa ses bras autour d’elle avant de lui déposer un baiser sur la joue.
-Tu vois, murmura-t-il, je n’ai plus froid du tout.
La jeune fille ne répondit pas, bien trop occupée à apprécier le torse de son lieutenant collé contre elle, les muscles de l’homme roulant sous sa chemise au moindre de ses mouvements, son souffle chaud qui lui caressait le visage.
Les deux amis regardèrent l’astre terminer de se coucher dans le silence le plus complet. Et, alors qu’il disparaissait sous la ligne d’horizon dessinée par les vagues, Antoine serra un peu plus Lia contre lui avant de se pencher et de déposer un baiser dans le cou de la jeune fille.
-Rentrons, chuchota-t-il, sinon tu vas vraiment finir par attraper froid.
La jeune fille hocha la tête. Quelques minutes plus tard, ils étaient de retour dans le navire.
Le lendemain matin, c’est secouée fortement par son lieutenant que Lia se réveilla. Clignant avec difficulté des paupières, elle se redressa doucement avant de regarder d’un air hagard le visage inquiet d’Antoine.
-Bonjour, grogna-t-elle.
-Est-ce que ça va ? Je suis désolé de t’avoir secoué comme cela. Mais tu ne te réveillais pas.
-Hmm, je vais bien.

Elle finit par se lever et enfila à la hâte ses vêtements de sport avant de rejoindre son lieutenant qui l’attendait à l’extérieur de la cabine.
La Hope avait à nouveau prit la mer dans la soirée et l’équipage dû alors à nouveau courir sur le pont et dans les différentes salles et couloirs constituant le navire. Lia se sentait de plus en plus mal. Dès son réveil, elle avait été assaillit par un fort mal de tête qui perdurait encore. De plus, des bouffées de chaleur montaient régulièrement et, alors qu’ils retournaient sur le pont, sa vue commença à se faire de moins en moins nette. Elle se sentit vaciller. Alors qu’elle tentait de combattre ces vertiges et essayait de garder le rythme imposé par son lieutenant, elle se sentit tomber. Juste avant de perdre connaissance, elle entendit quelqu’un crier son nom alors que deux bras fort la retenaient pour qu’elle ne heurte pas le sol.

La jeune fille émergea avec difficulté. Elle papillonna des paupières et grimaça alors que la lu-mière brillante autour d’elle lui brûlait les yeux.
-Lia. Lia réveille-toi.
La jeune fille grogna en constatant que son mal de tête était toujours présent et regarda un moment le plafond au-dessus d’elle, qu’elle ne reconnut pas comme étant celui de sa cabine.
-Où suis-je ? murmura-t-elle.
-A l’infirmerie.
Elle se tourna pour voir son lieutenant assis sur un tabouret près du lit.
-Lieutenant ? Qu’est ce qui s’est passé ? demanda-t-elle en tentant de sortir du lit.
Mais elle fut retenue par son tuteur.
-Tu restes couchée, fit-il en la rallongea avant de la border. Il semblerait que tu aies vraiment fini par attraper froid hier soir. Une petite grippe, rien de plus. Mais il vaut mieux être prudent.
-Mais...Il faut que j’aille en cours !
-Lia, murmura-t-il, tu as 40 de fièvre. Il est hors de question que tu bouges de ce lit !
-Mais lieutenant, commença la jeune fille.
-LIEUTENANT ANTOINE REMI SCOTT !
Lia regarda avec amusement son lieutenant baisser ses épaules et fermer les yeux en entendant l’infirmière hurler son nom.
-Heu…oui ? murmura-t-il en se retournant doucement.
-Qu’est-ce qui vous faites hors de votre lit ? cria-t-elle en se rapprochant d’eux. Je croyais vous avoir dit de rester couché!
C’est là que Lia remarqua que son tuteur portait un pyjama d’hôpital semblable au sien. Et elle dut se mordre l’intérieur des joues pour ne pas rire alors que l’homme semblait rapetisser sous le regard furieux de l’infirmière.
-Mais, je vous assure que je me sens parfaitement bien, protesta-t-il.
-Balivernes ! cria la femme. Vous avez de la fièvre et des vertiges alors retournez dans votre lit avant que ce ne soit moi qui vous y mette !
-Mais…
-Maintenant !
-C'est-à-dire que….
-Dépêchez-vous !
-Mais madame… Aieuh !
L’infirmière venait de lui abattre sur la tête le dossier médical de Lia.
-Violence sur officier, grommela-t-il en se recouchant, vous savez que ça vaut deux mois de mise à pied ?
-Mais oui mais oui, fit l’infirmière d’un air distrait.
-Et toi, arrête de rire, fit-il à l’intention de Lia
En effet, la jeune fille avait fini par craquer et étouffait des éclats de rire sous le regard blasé de son tuteur.
-Désolé lieutenant, parvint-elle à murmurer avant de repartir dans un nouveau fou rire.
-Ah les femmes ! marmonna-t-il alors que l’infirmière commençait à examiner Lia.
-J’ai entendu lieutenant ! fit-elle en prenant la température de la jeune fille. Bon, ce n’est pas trop mal. Mais je préfèrerai que vous restiez jusqu’à ce soir. Et puis comme ça vous tiendrez compagnie à votre tuteur. Ca fait déjà trois fois qu’il essaye de s’enfuir.
-Deux fois, lui répondit Antoine. La troisième je voulais juste voir si Lia allait bien.
L’infirmière soupira.
-Bien sûr, marmonna-t-elle.
Puis elle sortit à nouveau de la salle. Laissant le professeur et l’élève en tête à tête.
-Je suis désolé lieutenant. Je n’aurais pas dû rester hier soir dehors aussi tard, murmura Lia en baissant les yeux.
-Mais non. Ce n’est rien. Et puis, voit le bon côté des choses : au moins ça nous fait un jour de congé supplémentaire.
Ils échangèrent un sourire.
-Alors Antoine ! Retentit une voix à l’entrée de la pièce, on se fait porter malade ?
-Lieutenant Miller, le salua la jeune fille.
-Salut Lia !
-Bruno, fit l’officier en se redressant. Que fais-tu ici ?
Le jeune homme s’avança jusqu’au lit de son meilleur ami avant de s’assoir sur un tabouret tout proche.
-Je venais juste voir comment vous alliez tous les deux. Antoine, tes élèves sont ravis de ne pas avoir cours mais espèrent que tu iras mieux. Et Higgans m’envoie t’ordonner de rester au lit.
-Merci de ta visite alors, marmonna Antoine en soupirant.
-Serais-tu de mauvaise humeur ? Plaisanta Miller. Pourtant je sais que tu adores venir ici !
Il évita habilement l’oreiller lancé par son ami avant de reprendre la parole.
-Etrange tout de même que vous soyez malade tous les deux en même temps. On pourrait croire que vous l’aviez fait exprès, afin de passer un peu de temps seul tous les deux, Hmm ?
-Bruno….Grogna Antoine en fusillant du regard son meilleur ami.
-Lieutenant, rougit Lia.
-Oho ! Mais c’est que vous rougissez, tous les deux ! S’exclama le jeune homme. Cela prouve que j’ai raison, n’est-ce pas ?
-Pas du tout, rétorqua Scott en faisant la moue.
-Bizarre, pourtant le rouge sur tes joues a fini par atteindre une nuance vraiment intéressante.
Il sourit largement au professeur et à l’élève qui continuaient de rougir furieusement mais sursauta lorsque l’infirmière se racla bruyamment la gorge dans son dos.
-Madame Wilson ! S’exclama-t-il avec un sourire forcé. Je suis vraiment ravi de vous revoir. Vraiment. Mais…je vais vraiment devoir y aller…Je dois…Mon élève m’attends…oui voilà.
Il fit quelques pas vers la sortie avant de se tourner à nouveau vers son meilleur ami.
-Bonne journée ! Et pas de bêtises, vous deux !
Il ignora avec application le son bien distinct d’Antoine criant son nom et sortit de la salle d’un pas rapide, rejoignant en quelques minutes ses quartiers.
Il y trouva Sophie qui semblait travailler sur un devoir de chimie. La jeune fille était normale-ment censée avoir cours avec Scott à cette heure-ci, et en profitait probablement pour s’avancer un peu.
-Salut Sophie ! S’exclama-t-il en prenant place à côté d’elle. Alors, comment avancent tes de-voirs ?
La dite Sophie sursauta avant de se tourner vers son tuteur avec un sourire.
-Plutôt bien. Comment vont le lieutenant Scott et Lia ?
-Bien. Ils guérissent plus vite que tout le monde grâce à leur magie. Ils seront sur pied demain, fit-il en examinant d’un ton critique le devoir de la jeune fille.
Cette dernière hocha la tête avec soulagement.
-Mouai… Cette partie-là n’est pas tout à fait exacte, reprit son tuteur en lui montrant son devoir. Je vais t’expliquer…

Pendant ce temps, dans l’infirmerie :
-Tu ferais bien de te reposer, fit Antoine à son élève. Tu n’as pas l’air d’avoir totalement récupéré.
-Vous aussi lieutenant, rétorqua Lia en se rallongea.
Le dit lieutenant grommela quelque peu mais fini par se glisser sous les couvertures. Quelques minutes plus tard, les deux étaient endormis.
Lorsque Lia se réveilla, la nuit semblait déjà être tombée à en juger par la lune qui éclairait fai-blement l’infirmerie par le petit hublot de la pièce.
Elle se retourna et vit que son lieutenant dormait toujours.
Gardant la tête sur l’oreiller, elle profita que ce dernier soit assoupis pour pouvoir admirer son visage si séduisant qu’elle rêvait d’embrasser depuis quelques semaines déjà. Son corps était recouvert jusqu’à la taille par les couvertures mais les boutons de sa veste de pyjama n’étaient pas tous fermés. La jeune fille put donc apercevoir avec plaisir la peau pâle du torse de son tuteur. Lorsque ce dernier se retourna, le bas de sa chemise se souleva, faisant rougir furieusement la jeune fille lorsqu’elle aperçut la fine ligne de poils partant du nombril pour descendre sous les couvertures.
Elle détourna aussitôt le regard et se retourna à son tour, sans remarquer que son lieutenant avait les yeux grands ouverts et l’observait avec un léger sourire.

Le lendemain, ils purent tous les deux reprendre leurs activités quotidiennes. Lia remercia plusieurs fois intérieurement l’infirmière qui avait cru bon, à juste titre, d’utiliser la magie pour leur permettre une guérison plus rapide qu’en temps normal.
Le soir même, Lia se retrouva donc avec son tuteur dans leur cabine afin de continuer leurs leçons.
-Je n’y arrive pas lieutenant, soupira-t-elle alors que le stylo retombait à nouveau en un « clac » sonore sur le bureau.
-Concentre-toi. Ce n’est pas bien compliqué pourtant, lui assura son tuteur. Je ne comprends pas que tu puisses bloquer sur quelque chose d’aussi simple que cela.
-Moi non plus, admit-elle dans un souffle. Peut-être que je ne suis pas si magique que vous le croyez.
-Balivernes, grogna aussitôt Antoine. Tu as démontré des capacités égales à celles de tes camarades de classe sur les exercices précédents.
-Alors pourquoi est-ce que je bloque sur celui-là ? S’exclama-t-elle avec mauvaise humeur.
-Je ne sais pas. Je ne sais pas Lia ! Grogna son tuteur.
Il resta silencieux quelques minutes, perdu dans ses pensées, tandis que la jeune fille essayait à nouveau de réussir l’exercice…en vain.
-Peut être….Lia ?
-Oui lieutenant ?
-J’aimerais essayer quelques chose. Concentre ton énergie sur tes paumes. Comme nos deux pouvoirs semblent interagir d’une manière étrange, je vais essayer de remonter à la source du tien pour parvenir à déterminer l’origine du problème. Est-ce que tu veux bien ?
-Bien sûr, accepta la jeune fille.
Fermant les yeux, elle appela avec facilité sa magie, laissant ses mains briller d’une lueur verte.
-Allez-y lieutenant, finit-elle par souffler.
-Très bien. Prépare-toi. Je ne sais pas exactement ce que tu ressentiras.
Lia hocha la tête puis, quelques secondes plus tard, sursauta lorsque les paumes de son tuteur entrèrent en contact avec les siennes.
-Mon dieu, grogna Antoine en se réinstallant sur le lit après la décharge qui l’avait également déstabilisé.
Ouvrant les yeux, la jeune fille observa avec attention le jeune homme qui, les paupières closes, semblait chercher quelque chose. Elle frissonna violemment en sentant une décharge remonter le long de son bras, vers son épaule, puis se stabiliser juste en dessous de sa nuque. Avant de parcourir en quelques millisecondes le reste de son corps. Lia dû fermer à nouveau les paupières, les sensations l’envahissant en cet instant étant trop fortes à supporter. Non pas qu’elles étaient désagréables, bien au contraire. Mais elle avait en cet instant le sentiment de se dévoiler entièrement à son tuteur, et devait faire tout son possible pour se concentrer sur son pouvoir, et éviter de lancer par inadvertance de dernier à la découverte du corps de l’homme face à elle.
Le souffle du lieutenant s’était quant à lui accéléré alors qu’il continuait d’explorer avec atten-tion le corps de son élève.
Au bout de quelques secondes, il tressaillit, puis lâcha une exclamation de surprise.
-Lieutenant ? demanda Lia en ouvrant aussitôt les yeux. Vous avez trouvé quelque chose ?
-Alors c’est ça….murmura-t-il plus pour lui-même.
-Lieutenant ?
- Jamais je n’aurais pensé…Mon dieu !
-Lieutenant !
Sursautant, Antoine finit par ouvrir les yeux à son tour pour plonger son regard dans celui de son élève avant de ramener doucement son pouvoir vers ses paumes, quittant peu à peu le corps de la jeune fille. Lia lâcha un soupir lorsqu’il déconnecta leurs deux mains. La perte de ce contact lui laissait une sensation de manque tout à fait étrange.
-Lieutenant ? demanda-t-elle à nouveau. Avez-vous trouvé ce qui cause le blocage ?
-Je pense, admit l’homme face à elle. Il semblerait que quelqu’un ai voulu bloquer ta magie.
-Quoi ? C’est impossible ! Je n’ai jamais rencontré de mage avant ! Rétorqua aussitôt la jeune fille.
-Je te dis ce que j’ai vu, lui répondit Scott. Il y a comme une sorte de bouclier autour de ta source de pouvoir.
-Est-ce possible de le retirer ? demanda-t-elle avec inquiétude.
-En théorie, oui. Ca ne devait pas poser de problème. Il faudrait juste que je demande de l’aide à un ou deux autres officiers. Peut-être le lieutenant Miller et le lieutenant Carols. A nous trois nous devrions pouvoir t’aider. Mais avant, je dois en parler au colonel Higgans.
Il se leva.
-Viens Lia, il n’est pas encore très tard. Nous devrions pouvoir aller lui parler maintenant.
Hochant la tête, la jeune fille le suivit à l’extérieur de la cabine. Ils n’eurent que quelques mètres à franchir avant qu’Antoine ne stoppe devant une cabine sur laquelle était inscrite : « Higgans- Lucey ». La jeune fille reconnu le deuxième nom comme celui d’un mousse de troisième année, un grand brun aux yeux noir, à qui elle avait adressé la parole une ou deux fois.
Son lieutenant frappa trois fois à la porte qui s’ouvrit quelques secondes plus tard sur le colonel. Ce dernier les fixa avec inquiétude.
Lia songea un instant que cela devait être assez inhabituel pour un officier de venir le déranger à cette heure-là.
-Lieutenant ? Miss Shakeshift ? Que puis-je faire pour vous ?
-J’ai trouvé la raison du blocage des pouvoirs de Lia, annonça alors Antoine. Je pense que quelqu’un a posé une barrière sur sa source.
-Impossible…souffla le colonel. Qui aurait fait une chose pareille ?
-Je l’ignore, admit le lieutenant Scott. Mais j’ai besoin de votre autorisation pour retirer cette barrière.
-Bien sûr, répondit aussitôt le colonel. Quand voulez-vous tenter l’opération ?
-Peut-être demain, répondit-il. J’aimerai que les lieutenants Miller et Carols m’aident.
Higgans hocha la tête.
-J’aimerai être présent, fit-il. On ne sait jamais ce qui pourrait se passer. Il faudrait aussi requérir la présence d’un ou deux guérisseurs. Au cas où cela se passerait mal.
-Quels sont les risques colonel ? demanda aussitôt la jeune fille en fronçant les sourcils.
-Vous pourriez tout simplement perdre le contrôle, répondit le colonel. Vous n’avez été habitué à vous servir que d’une partie de votre magie. Vous risquez donc de faire en quelque sorte une overdose.
-Mais peut être que tout se passera bien, ajouta Antoine. Il vaut mieux rester optimiste.
-En effet, admit Higgans. Comme il n’y a pas cours pour les étudiants, je préconiserai de prévoir l’intervention vers huit heure. Cela vous laissera le reste de la journée pour récupérer tous les deux.
Antoine hocha la tête.
Le colonel se tourna alors vers Lia.
-Etes-vous sûre de vouloir essayer de retirer ce bouclier miss Shakeshift ? Demanda-t-il. Malgré tous les risques ?
-Oui colonel, répondit aussitôt l’étudiante.
-Bien. Je vous dis donc bonne nuit. Reposez-vous. Vous aurez tous les deux besoin d’être en pleine forme pour demain.
Hochant la tête, Antoine et Lia souhaite une bonne nuit à l’officier avant de retourner vers leur cabine.
-Lieutenant ? demanda Lia quand ils furent de retour dans la petite pièce, que savez-vous exactement sur les barrières limitant les pouvoirs ?
-Pas grand-chose, admit son tuteur. C’est en général utilisé sur les jeunes mages n’arrivant pas à contrôler leur magie, ou sur les criminels pour éviter qu’ils n’utilisent leurs pouvoirs. C’est simplement une sorte d’énergie entourant ta source afin que la plus grande partie de la magie que tu invoques soit absorbé par la barrière. Elle ne fonctionne que lorsqu’une grosse quantité de magie est invoquée. Jusqu’à présent nous n’avons travaillé que sur des invocations mineures. Mais faire léviter un objet demande une quantité de pouvoir un peu plus importante.
-Mais pourquoi avoir posé une telle barrière sur moi ? Questionna-t-elle alors.
-Aucune idée, admit-il. Tu devrais interroger ta mère lorsque nous retournerons à Cassydre. Ne grimace pas comme cela. De toute façon tu ne pourras lui parler de tes pouvoirs. Il faudra juste que tu saches si un ancien du Hope ou d’un autre navire t’a approché à un moment ou à un autre de ton enfance.
-Hmm…
Le lendemain matin, c’est avec une anxiété croissante que la jeune fille suivit son tuteur dans les couloirs du vaisseau avant d’atteindre enfin les quartiers médicaux où devait se dérouler l’opération.
Elle n’avait pu que parler quelques minutes à ses amis, le temps de prendre un bref petit déjeuner. Elle les avait ainsi vite mit au courant de ce qui allait se dérouler, avant de se voir appelé par son tuteur. Elle s’était donc dirigée hors du self sous leurs encouragements.
-Tout va bien se passer Lia, lui souffla Antoine alors qu’ils entraient dans une chambre. A l’intérieur de la pièce se trouvaient déjà les lieutenants Miller et Carols ainsi que le colonel Higgans et deux autres personnes que Lia identifia comme des guérisseurs.
-Miss Shakeshift, lieutenant Scott, les salua le colonel. Nous n’attendions plus que vous.

Il donna ensuite les directives pour que tous se prépare pour l’opération. Ils assirent tous en tailleur sur le sol, les lieutenants autour de Lia. Il fut ensuite demander à la jeune fille d’invoquer son pouvoir dans ses paumes. Chaque lieutenant agrippa alors une des mains de l’élève qui grimaça aussitôt. Les magies des lieutenants Carols et Miller lui semblaient assez désagréable alors qu’ils pénétraient dans sa peau. Gémissant de douleur, elle fit de son mieux pour se concentrer sur la magie de son tuteur.
Les minutes suivantes furent assez éprouvantes pour la jeune fille qui souffrait de plus en plus alors que les adultes approchaient de sa source de magie.
Elle ressentit ensuite une vive brûlure dans sa nuque, brûlure se propageant dans le reste de son corps. Cela dura pendant quelques secondes alors que les adultes psalmodiaient à mis voix des paroles dont elle ne put saisir le sens. Puis, soudainement, elle sentit ses forces revenir et la magie affluer de nouveau dans ses veines. Fermant les yeux, elle inspira largement alors que l’air lui manquait. Quelques secondes plus tard, elle souffla de soulagement alors que les magies des trois lieutenants se retiraient doucement de son corps. Mais, aussitôt, elle sentit ses forces diminuer…puis ce fut le noir total.

-Lia ? Lia ? Docteur, on dirait qu’elle se réveille !
La jeune fille grogna alors qu’une lumière vive traversait ses paupières. Elle ouvrit péniblement les yeux pour les refermer aussitôt en grognant alors que la lumière d’une petite lampe tenue par un guérisseur lui brûlait les pupilles. Puis, voyant l’intensité lumineuse diminuer à nouveau, elle tenta un nouvel essai…pour se retrouver nez à nez avec son tuteur qui était penché juste au-dessus d’elle.
-Lieutenant ? murmura-t-elle.
-Comment te sens-tu ? demanda ce dernier.
-Ca va…fit-elle avec hésitation. Je vais bien.
Elle se laissa néanmoins examiné par un guérisseur son le regard attentif du lieutenant Scott.
-Ça ira, finit par dire le médecin. Vous nous avez fait une belle peur miss.
Elle jeta un œil autour d’elle et soupira en voyant qu’elle se trouvait de nouveau à l’infirmerie.
-Qu’est-ce que je fais encore ici ? marmonna-t-elle sans grand enthousiasme.
-Te souviens-tu de l’opération, Lia ? Questionna Antoine.
-Oh ! S’exclama-t-elle aussitôt alors que les souvenirs refaisaient surface. Est-ce que ça a mar-ché ?
-A toi de nous le dire, répondit son lieutenant en souriant.
Il sortit un crayon de sa poche puis le posa sur le lit devant elle.
-Concentre-toi, souffla-t-il.
Fixant l’objet face à elle, la jeune fille laissa sa magie quitter ses doigts, sursautant impercepti-blement en sentant un pouvoir plus important affluer dans ses veines. Quelques secondes plus tard, le crayon flottait dans les airs. Se concentrant, elle tenta alors de le faire s’élever de quelques centimètres supplémentaires.
-Bravo Lia ! s’exclama aussitôt son tuteur en admirant le stylo qui était flottait désormais à une dizaine de centimètre du lit.
Fronçant les sourcils, la jeune fille dirigea alors l’objet dans la pièce, lui faisant faire plusieurs cercles au-dessus d’elle avant de le glisser doucement dans la poche avant de son tuteur.
-Wow ! C’est beaucoup plus simple, maintenant, remarqua-t-elle.
-Ce qui signifie que tout a fonctionné correctement, lui répondit le lieutenant. Tu devrais te reposer encore un peu Lia.
-Je me sens bien lieutenant, rétorqua cette dernière. Combien de temps ais-je dormi ?
-Trois jours.
-Trois jours ? S’exclama-t-elle aussitôt.
Antoine hocha la tête.
-Nous commencions à nous faire du souci pour toi, reprit-il. L’opération t’avait visiblement complètement épuisé.
-Mais…pour mes cours…
-Tes amis ont chaque soir recopié leurs notes et me les ont donnés, assura le lieutenant. Je t’aiderai à tout rattraper. C’est promis.
-Merci lieutenant.
-Mais de rien.
Il se tourna vers le guérisseur qui avait suivi l’échange sans un mot.
-Puis-je la ramener vers notre cabine sans risque de me faire poursuivre par l’infirmière pour enlèvement ? demanda le lieutenant avec humour.
L’homme face à lui eut un sourire bref.
-Bien sûr lieutenant. Je suis sûr que vous devez être pressé de quitter ce lieu.
-Vous ne pouvez pas savoir à quel point ! s’exclama Scott en souriant tandis que Lia sortait de son lit.
-J’ai entendu lieutenant ! Fit la voix de l’infirmière à quelques mètres d’eux.
-Oups…fit Antoine avec un sourire. Tu viens Lia ?
Riant légèrement, la jeune fille suivit son tuteur hors de la pièce sous les rires des guérisseurs présents. L’aversion d’Antoine Scott pour l’infirmerie était en quelque sorte devenue légendaire sur le Hope et personne ne manquait une occasion de le taquiner à ce sujet.

Lia mit plusieurs soirs à rattraper avec son tuteur tous les cours qu’elle avait manqués. Elle finit néanmoins à récupérer tout le retard qu’elle avait pu accumuler mais pu après quelques jours passer à nouveau la majorité de ses soirées à travailler à nouveau sa magie. Depuis l’opération, elle parvenait à nouveau à maitriser, avec un peu d’entrainement, les exercices que lui présentait son tuteur. Son carnet se remplissait de jour en jour, au fil de ses découvertes et de ses recherches. Elle avait également pris l’habitude d’y laisser quelques petites annotations au sujet des évènements importants se déroulant sur le navire.

Quelques semaines plus tard, vers la mi-mars, le Hope avait organisé une soirée pour l’anniversaire de plusieurs membres de l’équipage, dont le lieutenant Scott. Ce dernier fêtait en effet ses vingt-cinq ans. Ce type d’évènement était en général organisé tous les mois, afin de permettre à chaque membre de l’équipage de célébrer comme il se devait le jour de sa naissance. Cette fois-ci, par pur hasard, l’anniversaire du lieutenant tombait d’ailleurs le jour de la soirée, permettant à ce dernier d’apprécier encore plus ce type d’évènement.
La soirée battait son plein. Lia avait plaisanté avec son lieutenant une bonne partie de la soirée et continuait de discuter avec lui. Elle ignorait volontairement les regards jaloux que ne cessait de leur lancer Phil qui semblait à nouveau vouloir tenter sa chance avec elle, malgré ce qui s’était passé la dernière fois. Antoine semblait vraiment détendu. Peut-être étaient-ce les effets de l’alcool mais Lia sentait son cœur battre plus rapidement que d’habitude. Elle avait désormais accepté ses sentiments pour son tuteur et ce dernier était tout particulièrement séduisant ce soir dans son uniforme de cérémonie. De plus, il semblait toujours rechercher son contact, sa main effleurant régulièrement la sienne en une douce caresse qui la faisait chaque fois frissonner.
Elle avait vu plusieurs fois le lieutenant Miller l’approcher et le taquiner mais elle ignorait à quel propos. Alors qu’elle riait à une nouvelle plaisanterie du lieutenant, elle sentit qu’on l’attrapait par l’arrière et n’eut pas le temps de se débattre qu’elle fut mise dans un étroit réduit, ressemblant à un placard. Elle essaya de se dégager mais vit aussitôt son lieutenant la rejoindre.
-Lia, balbutia-t-il, que se passe-t-il ?
-Je ne sais pas lieutenant, répondit-elle. Pourquoi est-on ici ?
Elle fronça les sourcils en remarquant qu’ils étaient apparemment dans le placard à balai de la salle.
-Vous resterez ici jusqu’à ce que vous acceptiez vos sentiments réciproques ! S’exclama le lieutenant Miller derrière la porte du réduit.
-Bruno ! cria le lieutenant Scott, fais nous sortir d’ici tout de suite !
-Embrasse-la, on verra ensuite. Tu ne t’en tireras pas ainsi mon cher Antoine.
Le dit Antoine rougit brusquement et regarda aussitôt son mousse qui semblait tout aussi em-barrassée. Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes et finirent par tenter d’engager à nouveau la conversation. Cependant, le réduit était très étroit, et Lia était presque contre son lieutenant. Elle rougissait de plus en plus, tentant du mieux qu’elle pouvait de se coller à la paroi opposée et essayait de ne pas dévoiler à son supérieur son trouble. Mais ce dernier ne semblait pas en mener bien large non plus et finit par lâcher un rire nerveux au bout de longues minutes de silence.
-Je n’aurais jamais pensé que Bruno puisse faire cela, admit-il. Je suis désolé Lia.
-Ce n’est pas votre faute, répondit la jeune fille sans rencontrer son regard.
-Si, en partie. Je…Je lui ai dit que je t’appréciais beaucoup, avoua-t-il dans un souffle sans ren-contrer le regard de son élève.
Lia rougit furieusement et, comme inconsciemment, se mordit la lèvre, détaillant avec un léger sourire les joues rouges de son tuteur.
-Je vous apprécie également lieutenant, murmura-t-elle au bout de quelques secondes de silence.
Relevant aussitôt les yeux, Antoine vint plonger son regard dans celui de la jeune fille. Ils restèrent plongés dans les yeux l’un de l’autre de longues minutes, sans un mot, laissant formuler d’un regard tout ce qu’ils pouvaient ressentir l’un pour l’autre, tous ces non-dits qu’ils n’avaient pu exprimer par peur de se faire rejeter.
-Lia, finit- par gémir Antoine au bout d’un moment.
Il se rapprocha d’elle et lui caressa du bout des doigts la joue.
-Je…Je n’en peux plus, murmura-t-il, arrête-moi si tu ne veux pas mais…
Il se pencha et vint poser son front contre celui de son élève. Lia frissonna à nouveau. Son cœur battait à la chamade. Elle sentait le souffle d’Antoine contre ses lèvres, combiné à la douce caresse de ses doigts contre son visage. Elle sentit son autre main venir encercler sa taille alors qu’il l’attirait à lui et posait doucement ses lèvres contre les siennes. Lia ne put retenir un soupir à ce contact. Antoine, prenant cela comme un consentement, approfondit le baiser, caressant la langue de la jeune fille. Cette dernière se demanda brièvement si elle était bel et bien réveillée avant de se laisser emporter par l’étreinte de son tuteur. C’était tellement merveilleux. Les lèvres d’Antoine collées aux siennes lui envoyaient une douce chaleur qui se propageait lentement sur le reste de son corps. Elle pouvait sentir les doigts du lieutenant commencer à jouer avec sa chemise…
Comme mues par leur propre volonté, les mains de Lia vinrent se loger dans les cheveux de l’homme l’attirant un peu plus à elle.
Ils se perdirent un moment dans cette étreinte passionnée avant de se décoller l’un de l’autre, restant front contre front. Lorsque Lia ouvrit les yeux, elle rencontra les prunelles bleues d’Antoine qui la regardait tendrement.
-Je t’aime beaucoup. Bien plus que je ne le devrais, chuchota-t-il d’une voix rauque. Je sais que ce n’est peut-être pas réciproque, mais….
-Moi aussi. Le coupa Lia en souriant. Vos sentiments sont réciproques Lieutenant.
-Je t’en prie, murmura-t-il avec un large sourire, tutoie-moi, et appelle moi Antoine.
N’attendant pas sa réponse, il se pencha à nouveau vers elle pour prendre ses lèvres en un baiser passionné qui les laissa tous les deux sans voix. Ils se perdirent ensuite à nouveau dans leur étreinte, leurs baisers de moins en moins chastes, les caresses plus poussées. Mais Antoine finit par se retirer.
-Pas ici, fit-il essoufflé, pas maintenant.
Lia acquiesça, encore sans voix face à la tempête d’émotions qu’elle venait de ressentir.
Antoine se pencha néanmoins vers elle une dernière fois pour un chaste baiser.
Dès qu’il eut quitté les lèvres de son élève, il commença à essayer de débloquer avec sa magie la porte du réduit, chose à laquelle il n’avait étrangement pas pensé quelques minutes auparavant.
Mais, dès qu’il essaya de lancer une boule de pouvoir pour casser la serrure, la porte lui renvoya une forte décharge, le déséquilibrant et le faisant basculer quelques secondes plus tard sur le sol du placard à balai. Lia, elle aussi bousculée par l’onde de choc, atterrit juste au-dessus de lui.
Alors qu’ils s’apprêtaient à se relever, une vive lueur emplit le réduit, et la figure hilare du lieutenant Miller apparu dans l’entrebâillement de la porte.
-Je le savais ! Je le savais !
Ils grognèrent tous les deux de mécontentement et tentèrent aussitôt de se relever.
-Ce n’est pas ce que tu crois, Bruno, intervint Antoine en frottant la poussière qui était étalée sur son uniforme.
La jeune fille jeta un coup d’œil à son désormais petit ami pour voir que ce dernier arborait sur ses joues une jolie couleur écarlate.
Malheureusement pour eux, le lieutenant Miller ignora complètement les affirmations de son meilleur ami et se tourna aussitôt vers l’assemblée qui semblait avoir suivi attentivement la scène.
-Mes amis, cria-t-il, notre cher Antoine ici présent n’est pas aussi coincé qu’on pouvait le penser car il a enfin trouvé le courage d’avouer ses sentiments à sa chère et tendre. Quelle fut en effet ma surprise en le retrouvant allongé avec son mousse dans un placard à balai. Veuillez applaudir son courage exemplaire !
Une bonne partie de la salle applaudit aussitôt, au plus grand embarras des deux amoureux. Lia vit Antoine se passer une main sur le visage, rouge de gêne, tout en marmonna quelque chose à propos d’un satané meilleur ami. Elle rougit furieusement à son tour en notant que certains de ses amis avaient suivi la scène et la fixaient avec une hilarité non dissimulé. Mais heureusement, il n’y avait aucune trace de Phil dans les environs.
-Maintenant, au sujet des résultats des paris, continua Bruno…
Lia sentit Antoine attraper sa main et l’inciter à quitter le placard dans lequel ils avaient été enfermés, tandis que Bruno comptait avec les autres officiers les résultats d’un pari qui semblait les concerner. Elle suivit son lieutenant hors de la salle de réception et sentit son cœur se mettre à battre plus fort dans sa poitrine alors qu’il la menait vers leur cabine.
Dès qu’ils furent à l’intérieur, il la prit à nouveau dans ses bras pour l’embrasser avec douceur.
-ça fait tellement longtemps que j’en avais envie, murmura-t-il lorsqu’ils se séparèrent.
-Moi aussi. admit Lia en rougissant.
Ils se regardèrent un moment dans les yeux avant que Lia ne reprenne la parole.
-Antoine ? Que va-t-il se passer maintenant. Je veux dire…pour nous deux. On est...Ensemble… n’est-ce pas ?
-Bien sûr, répondit-il aussitôt. Enfin, si tu en as envie.
-Bien sûr que j’en ai envie.
-Alors je ne pose pas trop de questions à ce sujet, chuchota le jeune homme en souriant. Notre relation ne va pas changer grand-chose, tu sais. Nous serons juste plus proches qu’avant. Et je te promets qu’on prendra notre temps avant d’aller plus loin.
-Merci, murmura Lia en se mettant sur la pointe des pieds pour embrasser son lieutenant.

Ce dernier sembla ravi de l’initiative et la serra contre lui avant d’approfondir le baiser, lui caressant doucement le dos.
-J’ai quelque chose pour toi, fit Lia une fois qu’ils se furent séparés.
Elle se détacha de l’étreinte d’Antoine pour aller fouiller dans son placard et en ressortir un paquet qu’elle tendit au lieutenant.
-Lia, murmura-t-il avec émotion lorsqu’il eut enfin retiré l’emballage.
Dans une petite boîte bleue se trouvait une magnifique montre à gousset en argent. Il l’ouvrit avec précaution et admira la précision des détails incrustés autour du cadran. Des ancres ainsi que des grimoires y étaient ciselés. Dans le cadran était représenté les armoiries du Hope par-dessus lequel tournaient les aiguilles.
-Retourne-là, lui indiqua alors Lia.
Le faisant, il sourit largement en voyant son nom gravé sur l’arrière suivit de quelques mots : « A mon tuteur, un homme exceptionnel et exemplaire. Lia Shakeshift. »
-Merci, fit-il avec émotion.
Il referma la montre puis la posa délicatement sur le petit bureau.
-Tu n’aurais pas dû Lia, ça a du te coûter une fortune.
La jeune fille haussa les épaules.
-Je n’ai fait qu’utiliser l’argent que nous donne le Hope chaque mois pour service rendu. Et puis, vous… tu le mérites. Joyeux anniversaire Antoine.
Il lui sourit largement et se pencha pour l’embrasser à nouveau, plus tendrement cette fois.

Ce fut avec un large sourire que Lia regarda le lieutenant sortir de la salle d’eau de soir-là. Elle était déjà allongée dans son lit et bouquinait, comme chaque soir. Elle fut un peu surprise lors-qu’il se glissa contre elle, s’allongeant à son tour dans les draps, ses jambes s’entrechoquant avec celles de la jeune fille. Sans un mot, il passa un bras autour des épaules de son élève, tandis qu’il jetait un œil au livre qu’elle tenait toujours dans ses mains.
-Je vois que tu continues à dévaliser ma bibliothèque personnelle, plaisanta-t-il avec bonne humeur.
Lia laissa échapper un rire teinté d’une pointe de gêne. Elle avait en effet commencé à dévorer depuis plusieurs semaines avec passion les ouvrages appartenant à son tuteur, traitant principalement de chimie, mais contenant également quelques passionnants romans tylaniens. Antoine Scott, en tant que lecteur aguerri possédait une collection impressionnante de livres, et c’est avec une passion commune que les deux compagnons discutaient ensuite plaisamment de leurs découvertes littéraires communes.
- Je ne savais pas que c’était interdit, contra-t-elle en s’installant plus confortablement dans les bras de son tuteur.
-Qui a dit que ça l’était ? Fit-il en haussant un sourcil.
Echangeant un sourire, ils soupirèrent de concert de bonheur alors que Lia posait sans un mot sa tête sur l’épaule de l’homme, ses yeux se fermant contre sa propre volonté.
-Tu as besoin de sommeil, murmura Antoine dans un souffle.
-Toi aussi, rétorqua son élève. La journée a été longue.
-Et riche en rebondissements, ajouta l’homme. Mais je ne m’en plains aucunement. C’était une excellente journée.
Surprenant Lia, il s’allongea un peu plus, tendant une main pour attraper son oreiller sur le lit voisin avant de s’installer plus confortablement, entrainant son élève dans son étreinte. Lia ne sut au début comment réagir. C’était la première fois qu’elle avait ce type de relation avec quelqu’un. Un homme mature qui plus est. Et, bien qu’elle connaissait la théorie sur ce qui pouvait se passer ensuite, elle espérait qu’Antoine ne veuille pas en arriver là rapidement. C’est donc avec une légère réticence qu’elle laissa son tuteur la serrer contre lui. Fermant les yeux, elle essaya de faire abstraction de ce corps masculin étranger collé entièrement au sien. Elle pouvait deviner sans mal les formes de l’homme et, bien qu’elle trouvait cela agréable, restait dans son esprit la question cruciale : et après ?
-Détend-toi, Lia, finit par souffler Antoine dans son cou. Je ne promets que je ne vais pas te sauter dessus. Je souhaite juste te tenir dans mes bras. Est-ce que tu es okay avec ça ?
-Oui, désolé, rougit la jeune fille.
-Ne t’excuse pas pour cela, rétorqua son tuteur. Je comprends tout à fait. Je crois qu’il est temps de dormir, maintenant.
Lia eu encore besoin de quelques secondes supplémentaires pour se faire à l’idée que, oui, elle était effectivement collé contre Antoine Scott, et que seul deux fins pyjamas les séparaient l’un de l’autre, mais se laissa vite emportée par l’étreinte de l’homme, déposant sa tête dans son coup pour respirer son l’odeur de son gel douche.
-Bonne nuit, murmura-t-elle.
Antoine frissonna en sentant le souffle chaud de sa bien aimé sur sa peau nue.
-Bonne nuit Lia, murmura-t-il en se penchant pour l’embrasser à nouveau.
Ils ne discutèrent que quelques minutes supplémentaires avant de plonger tous les deux dans un sommeil profond.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:16

Chapitre 7

Le lendemain matin, Lia fut quelque peu surprise de trouver allongée contre elle le corps de son tuteur, et mit plusieurs minutes avant de se rappeler exactement ce qui s’était passé la veille. Une légère gêne vint à nouveau l’envahir lorsqu’elle songea à la manière avec laquelle elle avait passé la nuit. Elle se trouvait encore collée contre l’homme et pouvait sentir avec toujours autant de vivacité le corps de ce dernier, surtout que, oh, son lieutenant avait visiblement le même type de réactions que les autres hommes certains matins, et Lia pouvait en juger pleinement grâce au renflement qu’elle pouvait en ce moment même sentir appuyé avec insistance contre sa cuisse gauche.
-Antoine…. murmura-t-elle d’un ton faussement scandalisé alors qu’elle tentait vainement de masquer la rougeur sur ses joues.
Faisant au bout de longues minutes finalement abstraction de sa gêne, elle finit néanmoins par bailler largement avant de rouler sur le côté pour faire face à l’homme qui la tenait toujours contre lui, un bras glissé autour de sa taille. Il dormait encore, et Lia en profita pour détailler à nouveau ses traits, les dessinant doucement du bout des doigts, appréciant le contact de la peau de l’homme. Sans doute tiré des bras de Morphée par cette caresse, il ne fallut que quelques courtes minutes au lieutenant pour émerger à son tour, grognant faiblement avant d’ouvrir doucement les paupières.
-Lia, souffla-t-il d’une voix endormie.
-Bonjour, murmura-t-elle aussitôt.
-Hmm.
La jeune fille lâcha un léger rire qui fut immédiatement étouffé lorsque deux lèvres chaudes se posèrent sur les siennes. Fermant les yeux, elle répondit aussitôt au baiser, se collant un peu plus contre lui, passant avec bonheur ses doigts dans ses cheveux complètement décoiffées, appréciant le contact de sa joue râpeuse contre la sienne alors qu’il commençait à déposer des baisers dans son cou.
-Antoine…
-Hmm ? murmura ce dernier contre sa peau, envoyant à la jeune fille de délicieux frisson.
-On doit se lever.
-Pas envie, répondit-il en reprenant ses lèvres.
Il leur fallut plusieurs minutes avant de se décider enfin à quitter la chaleur pourtant si accueil-lante des draps de Lia et surtout des bras l’un de l’autre pour enfin se rendre chacun leur tour dans la salle d’eau afin d’enfiler leur vêtement de sport.
Quelques minutes plus tard, ils échangèrent un dernier baiser avant de se glisser hors de leur cabine afin de rejoindre le reste de l’équipage qui se rassemblait déjà sur le pont.
-Bonjour Lia, chantonna Marc en la voyant arrivé. Bien dormit ?
-Très bien, répondit-elle d’un ton neutre, ignorant complètement les regards suggestifs que son meilleur ami ne cessait de lancer entre elle et son lieutenant.
-Oh, je suis sûr que tu as très bien dormie Lia, ajouta Sophie en se joignant à la conversation.
Anne, qui était à ses côtés, hocha aussitôt la tête.
-Alors ? reprit Sophie, raconte ! Que s’est-il passé ?
-Rien…Il ne s’est rien passé, rétorqua Lia.
Elle s’était mis d’accord avec Antoine pour ne révéler à personne leur relation pour le moment, préférant tous les deux garder un peu d’intimité. Et puis, comme le disait si bien son tuteur, c’était bien plus amusant et romantique de se retrouver chaque soir dans l’intimité de leur cabine.
-Tu plaisantes ! s’exclama Marc. Nous t’avons vu quitter la salle avec son tuteur hier soir. Et puis, dans le placard à balai….
-Je suis tombé sur le lieutenant Scott alors qu’il tentait d’ouvrir la porte. Je vous assure qu’il ne s’est rien passé entre nous ! Le coupa aussitôt Lia.
Ses trois amis hochèrent la tête mais continuèrent néanmoins à lui jeter de longs regards suspicieux, décortiquant chaque geste ou parole qu’elle pouvait avoir envers son lieutenant.
Ce dernier semblait d’ailleurs avoir bien du mal à se défaire d’un Bruno Miller plus excité que jamais qui tentait vainement de lui arracher des preuves de la relation qu’il avait désormais avec son élève.
Lorsque Lia pénétra dans la salle de classe ce matin-là, suivie par ses trois amis, ce fut pour rouler des yeux face aux regards interrogatifs et intéressés de ses camarades de classe.
Sylvia, déjà réputée sur le Hope pour être une parfaite commère en devenir, s’empressa de tenter de lui tirer les vers du nez, aussitôt assisté par Simon, également intéressé de savoir ce qu’il se tramait entre leur mystérieux professeur de chimie et son mousse. Mais Lia se contenta de nier avec mordant leur relation.
-Je vous assure, il n’y a rien entre le lieutenant Scott et moi, lâcha-t-elle pour la énième fois.
-Mais tout le monde vous a vu, reprit Sylvia. Allez Lia, tu peux tout nous dire !
Mais la jeune fille secoua la tête.
Heureusement pour elle, ce fut le moment que choisi Antoine pour faire son entrée dans la salle de classe, déclenchant à nouveau de nombreux murmures parmi les élèves. Même Marc, Anne et Sophie le dévisageaient avec attention.
-Bonjour tout le monde, chantonna-t-il avec une bonne humeur évidente.
Antoine éclata de rire intérieurement face aux regards poussés que lui lançaient ses élèves. Visiblement, les rumeurs allaient vite, et beaucoup de personnes ne semblaient pas encore convaincus de la véracité de se propos lorsqu’il déclarait qu’il n’était pas engagé dans une relation amoureuse avec son élève. Cette dernière semblait d’ailleurs avoir bien du mal à se défaire de certaines commères un peu trop collantes, telles que Sylvia Sillow, ou Simon Perkins. Il comprenait tout à fait l’air de profond ennui qu’affichait en ce moment même son mousse. Il imaginait très bien qu’un air similaire se soit dessiné sur son visage alors que Bruno l’interrogeait avec frénésie quelques minutes plus tôt. Il avait toujours eu du mal à dissimuler quoique ce soit à son meilleur ami, et cela allait s’avérer d’autant plus difficile que Lia et lui allaient devoir faire de leur mieux pour ne pas avoir en public de gestes d’affection poussés l’un vis-à-vis de l’autre.
En ce moment même, il avait par exemple l’envie irrésistible d’échanger une œillade complice avec la jeune fille, mais savait que cela n’allait servir qu’à alimenter les ragots.
Il s’appliqua donc à ne pas la regarder plus longtemps que nécessaire, et n’échangea que de brefs regards entendus avec elle.
L’heure de cours passa beaucoup trop vite au goût de Lia, laquelle était désormais trop occupée à boire les paroles de son tuteur pour se préoccuper des racontars dont ils étaient les sujets.
Malheureusement pour elle, ils durent ensuite se rendre en cours de sport, durant lequel le lieutenant Miller ne se priva pas pour lui rappeler régulièrement l’incident du placard à balai de la veille. Et le fait que Lia avait Sophie pour partenaire de karaté n’arrangeait rien à l’affaire.
-J’aime beaucoup ton tuteur, Sophie, finit-elle par murmurer à son amie au bout de longues minutes de torture, mais il y a des fois où il est juste un petit peu lourd.
La dite Sophie lâcha un éclat de rire, jetant un regard amusé en direction de son lieutenant.
-Moi je le trouve très amusant, rétorqua-t-elle.
-Normal, grogna Lia. Vous avez tous les deux le même sens de l’humour.
-Je vais prendre ça comme un compliment, s’amusa son amie avant de se remettre en position de combat afin de reprendre les exercices.
-Oui, et bien ça n’en était pas un, songea brièvement Lia avant de faire de son mieux pour éviter les coups de son amie.
Comme le lieutenant Miller, Sophie était affreusement douée en karaté, et mettait régulière-ment Lia à terre pour le plus grand plaisir du dit lieutenant qui semblait toujours ravi de voir sa protégée l’emporter.
Bruno observait d’ailleurs le combat entre Sophie et Lia avec attention. La jeune Shakeshift ne se débrouillait pas trop mal, mais elle manquait encore de technique et de précision pour pou-voir s’en sortir correctement. Sophie, par contre, était un véritable prodige. La vitesse avec laquelle elle assimilait les techniques qu’il enseignait était impressionnante. Il avait d’ailleurs commencé à l’entrainer le soir, afin qu’elle ne se sente pas ralentie par les autres. Son élève était une jeune fille étonnante. Son tempérament de feu se mêlait admirablement avec son pouvoir, et lui donnait une force d’esprit et de caractère peu commune. Elle arrivait régulière-ment à lui tenir tête, et était toujours la première à éclater de rire suite à une de ses blagues vaseuses. Souriant avec affection, il observa avec une satisfaction plus qu’évidente Sophie mettre Lia à terre pour la cinquième fois ce jour-là.
-Tu sais, fit une voix derrière lui qui le fit sursauter, je tiens tout de même à ce que tu me rendes mon élève en bon état, Bruno.
-Antoine ! S’exclama-t-il avec bonne humeur en se tournant vers son meilleur ami. Tu viens voir ta petite amie mordre la poussière ?
Il fut satisfait de voir apparaitre une belle teinte écarlate sur le visage de l’homme, avant que ce dernier ne se racle bruyamment la gorge avec gêne.
-Comme je te l’ai déjà dit une bonne dizaine de fois ce matin, Lia n’est pas ma petite amie, Bruno.
-Mais bien sûr ! S’exclama Miller avec bonne humeur. Et moi je suis professeur de danse clas-sique.
Antoine renifla avec amusement.
-Je suis certain qu’un tutu rose t’irait à merveille, pourtant.
Bruno éclata de rire, alors que l’image grotesque s’insinuait dans son esprit.
-Pas à moi, Antoine. Par contre, souffla-t-il avec un air de connivence, je suis persuadé que tu ne dirais pas non si c’était Lia qui portait cela. N’est-ce pas ?
-Bruno, soupira Scott largement. Pour la dernière fois, il n’y a rien entre Lia et moi.
-Mais bien sûr ! Tu venais pour quoi ?
-Le tuteur de Simon m’a envoyé le chercher. Un souci dans son apprentissage magique, je crois.
Hochant la tête, Bruno s’empêcha d’appeler l’élève en question. Mais, alors qu’il mettait au courant Simon de la chose, il fut tout de même satisfait d’observer un échange silencieux entre Antoine et Lia. Même si son ami refusait de l’admettre, il se passait bel et bien quelque chose entre ces deux-là et, foi de Bruno Miller, il finirait par découvrir quoi…


Les semaines puis les mois passèrent à nouveau. La fraicheur printanière laissa place à une douce chaleur annonçant le retour des beaux jours. Les relations entre Lia et son lieutenant étaient toujours au beau fixe. Ils avaient néanmoins préféré nier totalement qu’ils étaient ensemble, arguant devant les autres que l’incident du placard à balai n’était qu’un malentendu.
Le 20 juin, ce fut d’excellente humeur que Lia ouvrit les paupières. En cette belle matinée de printemps, elle fêtait ses 18 ans. Se tournant doucement vers l’homme qui la tenait entre ses bras, elle observa avec attention son visage endormi avant de s’approcher pour lui déposer avec douceur un baiser sur les lèvres. Elle sourit en voyant Antoine grogner doucement puis papillonner des paupières.
-Bonjour, souffla-t-elle avec un sourire.
-Bonjour Lia, répondit-il aussitôt.
Il la rapprocha ensuite de lui, resserrant son étreinte, alors qu’il prenait ses lèvres en un baiser passionné. La jeune fille ferma les yeux et se laissa envahir par les sensations si merveilleuses qu’elle pouvait ressentir en cet instant. Ils se séparèrent quelques minutes plus tard, à bout de souffle et, après plusieurs autres étreintes, se décidèrent enfin à se lever.
-Au fait, lui souffla Antoine alors qu’elle s’apprêtait à entrer dans la salle de bain pour enfiler son vêtement de sport, Joyeux anniversaire !
-Merci, murmura-t-elle avant de se mettre sur la pointe des pieds pour déposer brièvement ses lèvres sur les siennes avant de refermer la porte.
Souriant largement, elle sifflota avec bonne humeur tout en enfilant ses vêtements. Lorsqu’elle ressortit de la salle de bain deux minutes plus tard, ce fut pour tomber nez à nez avec un Antoine Scott encore en boxer, lui tournant le dos, en train d’enfiler son pantalon. Rougissant furieusement, elle s’apprêtait à refermer la porte lorsque le jeune homme se retourna, la dévisageant avec surprise.
Lia sentit alors son cœur manquer plusieurs battements. L’homme en face d’elle était tout bonnement magnifique. Son corps mince contrastait plaisamment avec la musculature fine mais présente de son torse. Elle avait aperçu quelques cicatrices dans son dos mais il s’était retourné avant qu’elle ne puisse en voir plus.
-Désolé, fit-elle en faisant de son mieux pour garder son regard fixé sur le visage de l’homme, je pensais que tu avais terminé.
-Ce n’est rien Lia, fit ce dernier avec un sourire taquin. Cela ne me dérange pas.
La jeune fille tourna néanmoins le dos à son petit ami tandis que ce dernier finissait de s’habiller.
La journée se déroula calmement, au rythme des différents cours. Elle eut tout d’abord le plaisir d’avoir deux heures de chimie avec Antoine avant de se rendre en biologie puis en physique. Le matin même, Sophie, Marc, Anne, ainsi que la plupart des étudiants de son année lui avaient souhaité un joyeux anniversaire. Le soir même, alors que la plupart des élèves terminaient leurs devoirs, Lia quitta ses amis afin de retrouver Antoine dans leur cabine, à l’abri des regards indiscrets.
Ils discutèrent pendant de longues heures, allongés l’un contre l’autre sur le lit de la jeune fille, s’embrassant de temps à autre.
-Lia, finit par déclarer Antoine en se redressant, j’ai quelque chose pour toi.
Se levant, il descendit du lit pour se diriger vers sa commode et en sortir un objet plutôt volumineux emballé dans du papier kraft.
-Comment as-tu pu cacher cela dans ton armoire ? fit la jeune fille d’un ton soupçonneux.
Le jeune homme eut un léger rire avec de lui faire un clin d’œil.
-Un magicien ne dévoile jamais ses secrets.
-Je croyais que nous étions des mages, rétorqua Lia avec un sourire.
-Peu importe, ouvre le.
Déchirant avec précaution le papier, Lia lâcha une exclamation de surprise lorsqu’elle découvrit l’aspect de la boîte dans laquelle était rangé l’objet. Elle l’ouvrit avec précaution et découvrit avec un large sourire une magnifique guitare. L’instrument, magnifiquement sculpté, et recou-vert d’un vernit protecteur, était gravé à plusieurs endroits, notamment sur le manche. Sur ce dernier se dessinaient toutes sortes de formes. Lia pu notamment reconnaître quelques runes.
La jeune fille se leva avec un large sourire et vint serrer le jeune homme dans ses bras avec reconnaissance. Ils échangèrent un long baiser avec de se séparer, Lia reportant aussitôt son attention sur l’instrument toujours posé sur son lit.
-Elle est magnifique, Antoine, souffla-t-elle avec émerveillement. Tu n’aurais pas dû !
-Mais si, rétorqua le jeune homme avec un sourire en la serrant un peu plus contre lui pour lui déposer un baiser dans le cou. Que dirais-tu de l’essayer ?
Alors que son élève commençait à accorder l’instrument, il se rendit de nouveau à son placard pour en sortir sa propre guitare, celle sur laquelle il lui avait appris à jouer. Les deux instruments étaient assez similaires : même bois utilisé, mêmes inscriptions. Il caressa distraitement les cordes, souriant lorsque ces dernières émirent un son qui lui était désormais familier.
Cet instrument avait été sa compagne pendant de longues années : ses deux dernières passées sur le Hope, puis celles qui suivirent. Durant ces dernières, en tant que jeune lieutenant sur le Hope, et malgré la présence constante de Bruno et les cours qu’ils donnaient déjà aux étudiants, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une profonde solitude. Il ignorait si c’était le fait de ne plus cohabiter avec son ancien tuteur, ou tout simplement si la vie en mer n’était tout simplement pas faire pour lui. C’est pourquoi, lorsque le colonel Higgans lui avait proposé de prendre un mousse sous son aile, il avait accepté sans hésiter. Il rêvait depuis longtemps de pouvoir transmettre tout son savoir à quelqu’un possédant le même type de magie que lui. C’est là qu’il avait rencontré Lia. Il ignorait pourquoi, mais lorsqu’il l’avait vu pour la première fois, résolvant avec sérieux et, il devait bien l’admettre, une certaine facilité des équations de chimie, il avait tout de suite su qu’elle était spéciale. Il avait alors prié pour qu’elle soit acceptée sur le vaisseau, en particulier après l’avoir suivi et découvert la façon dont la traitait son frère. Le lendemain, ce fut avec joie qu’il devint son tuteur, et qu’il commença réellement à apprendre à la connaître. Il ne lui fallut que quelques jours pour se rendre compte qu’il ne s’était pas trompé : Lia était exceptionnelle, aussi bien au niveau intellectuel qu’au niveau morale. Elle était capable de saisir sans grande difficultés des concepts que certains mettaient plusieurs mois à comprendre. De plus, elle possédait un sens de l’humour identique au sien et ils s’étaient découvert peu à peu de nombreux autres points commun, notamment la chimie ou l’astronomie. Il n’avait été que trop heureux de voir qu’elle partageait ses sentiments, malgré sa brève relation avec Philibert qui lui laissait encore maintenant un gout amère dans la bouche. Mais cela n’avait plus tellement d’importance désormais. Il l’aimait, cela ne faisait aucun doute. Il ne lui avait pas encore dévoilé ses sentiments, préférant y aller doucement avec elle. Il savait notamment que cela allait être très difficile pour elle lorsqu’ils commenceraient à se rapprocher beaucoup plus. De simples baisers ne semblaient pas pour le moment la mettre mal à l’aise mais, à chaque fois qu’il laissait ses mains s’égarer, elle se tendait et se décollait doucement de lui. Cela allait prendre du temps avant qu’elle accepte enfin de sauter le pas. Mais il l’attendrait. Il patienterait aussi longtemps qu’il le faudrait.
-Antoine ?
Sortant de sa rêverie, il retourna s’assoir près de sa petite amie.
Ils passèrent le reste de la soirée à jouer calmement de leurs instruments, accompagnant d’une mélodie entrainante le calme cheminement du vaisseau.

Le lendemain, jour béni du 21 juin, ce fut dans une atmosphère plus que festive que tout le vaisseau célébra Litha, c'est-à-dire le solstice d’été.

Après un réveil plutôt agréable dans les bras de son tuteur, Lia s’était dirigée comme à chaque fois sur le pont afin de rejoindre les autres pour le footing matinal.
Cependant, elle fut assez étonnée de noter une certaine excitation chez ses condisciples appartenant aux années supérieures. Les jeunes gens ne cessaient de discuter avec animation des différents rituels qui allaient se dérouler durant cette journée apparemment si particulière.
-Que se passe-t-il exactement ? Souffla Marc qui courrait à ses côtés.
-Aucune idée, murmura la jeune fille. Sûrement un truc dont on n’a pas été informé. Apparemment, ils ne doivent pas fêter Litha de la même façon qu’à Cassydre…
-Comment le fête-t-on la bas ? Intervint Sophie d’un air intéressé.
-C’est assez barbant, en fait, soupira Marc. Chez nous, Litha rime principalement avec la reprise des cours. Au lever du soleil, tout le monde se rassemble sur le port afin d’observer quelqu’un allumer une torche qui est censée ne s’éteindre qu’à la fin de la journée. Rien de bien intéressant. Je suppose qu’à Tylan c’est la même chose ?
-En effet. Répondit son amie.
-Peut être devrions nous demander à Talli ou Will ? Proposa Anne qui ne cessait de dévisager les étudiants des années supérieures.
-Déjà fait, grogna Marc. Ils n’ont pas voulu me répondre.
-Pourquoi ? S’étonna Lia.
-Parce que c’est à nous de vous expliquer, intervint Antoine qui avait suivi leur conversation sans un mot. D’ailleurs vous devriez tous rejoindre vos tuteurs. Le footing est plus court aujourd’hui afin de profiter au maximum de cette journée.
Hochant la tête, Marc, Anne et Sophie retrouvèrent leurs lieutenants. Lia se contenta de suivre Scott qui les mena jusqu’à leur cabine. Lorsqu’ils eurent tous les deux prit une bonne douche et enfilé des vêtements propre, Antoine lui fit signe de s’assoir sur son lit, prenant place en face d’elle.
-Tout d’abord, je te souhaite de joyeuses fêtes de Litha, annonça-t-il avec un sourire. Après tout, c’est la manière traditionnelle de démarrer cette journée sur le Hope.
-Joyeuses fêtes de Litha à toi aussi, répondit la jeune fille avec un sourire.
-Maintenant, il faut que je t’explique quelques petites choses concernant les traditions et rituels que nous appliquons sur le Hope. T’es-tu déjà demandé quelle était l’origine de cette fête ?
-Pas vraiment, admit la jeune fille.
-Une petite leçon d’histoire s’impose, dans ce cas, fit le jeune homme avec humour. Il y a très longtemps, bien avant les grandes guerres, alors que les mages parcouraient encore sans pro-tection les terres de Platonia, les populations avaient des croyances assez éloignées des nôtres. La plupart vouaient un culte au soleil. Le 21 juin, jour pendant lequel cet astre est le plus haut dans le ciel était forcément un évènement important pour eux. D’ailleurs, je ne sais pas si tu le sais, mais les mages, bien plus présents à l’époque, étaient en quelques sortes assez bien positionnés dans la société de l’époque. On les croyait en effet en quelque sorte bénis par leur dieu.
-Vraiment ? S’étonna Lia.
-Oui. C’est assez éloigné de la vision qu’on peut avoir maintenant, n’est-ce pas ? fit Scott en riant légèrement.
Ils échangèrent un sourire.
-Quoi qu’il en soit, durant cette journée, on célébrait la magie dégagée par les mages de chaque bourgade. Les mages contrôlant la lumière étaient d’ailleurs les plus sollicités. A cette époque, ton amie Talli aurait eu une place assez importante dans la société.
Il se tut quelques secondes avant de reprendre.
-Le Hope a gardé certains rites autrefois célébrés par les anciens. Aujourd’hui, les gens se con-tentent d’allumer des feux sans trop vraiment connaître la signification de ce geste si symbo-lique. Ici, nous fêtons la magie. La magie sous toutes ses formes.
Il créa dans ses paumes la lueur verte si caractéristique, cette dernière brillant étrangement bien plus que d’habitude.
-Notre magie est bien plus active en ce jour si particulier, continua-t-il dans un souffle. Pour ceux maitrisant l’eau, c’est une véritable bénédiction que de se trouver en mer aujourd’hui. Si nous étions à terre, je t’aurais emmené dans une forêt afin que tu puisses ressentir toutes l’étendue de tes pouvoirs. Peut-être cela sera-t-il possible l’année prochaine.
-Qu’en est-t-il des rites ? Demanda la jeune fille.
-Le matin, il y aura une cérémonie sur le pont. En général, le général Hokins et le lieutenant Higgans en profitent pour nous faire une petite démonstration de leur pouvoir. En ce moment même, ils doivent être en train d’installer un réceptacle pour la flamme qui sera allumée par tout l’équipage d’ici une heure. Chaque pouvoir sera ensuite représenté par un mage et son mousse. En général, ce sont des élèves de deuxième ou troisième année qui viennent s’en charger. Mais, étant donné que nous sommes les seuls mages maitrisant la magie verte, ce sera à nous de la représenter.
-Nous sommes les seuls ? Fit Lia avec stupéfaction. Il n’y a personne d’autre sur le navire maitrisant cette magie ?
-Non, soupira Scott. Je crains que la magie verte ne se fasse de plus en plus rare sur Platonia.
-Mais certains des guérisseurs peuvent encore la contrôler ? reprit Lia en fronçant les sourcils.
Elle avait en effet plusieurs fois assisté à la libération du pouvoir de personnes comme l’infirmière en chef ou d’autres médecins dépêchés pour soigner les quelques blessures plus ou moins grave déclenchées lors de ses entrainement.
-Ils ne pratiquent pas tout à fait le même type de magie, reprit Antoine. C’est assez difficile à expliquer. En début d’année, je t’avais expliqué en début d’année que la magie de chaque personne était unique, mais que nous pouvions regrouper la magie en différentes catégories, en fonction de l’élément maitrisé, lequel se reconnaissait souvent par sa couleur.
Son élève hocha la tête.
-Cependant, reprit Antoine, il arrive que certaines magies se mélangent. Il y a beaucoup moins de magie verte aussi pure que la nôtre. Celle que contrôlent certains guérisseurs est un mélange entre la magie verte et la magie reliée à l’eau. Elle est moins puissante dans certains domaines, mais permet toutefois de guérir les maladies les moins graves. Combinée au pouvoir de certains médecins maitrisant par exemple l’eau, ils arrivent à guérir sans trop de soucis les quelques blessures quotidiennes, mais on beaucoup plus de difficultés lorsqu’il s’agit de blessures bien plus sérieuses. Notre magie est directement reliée à la source même des plantes. Nous pouvons les contrôler et en théorie en tirer avec bien plus de facilité qu’eux leurs propriétés nourrissantes et médicinales. C’est d’elle que nous tirons toutes notre énergie.
- Que devrons-nous faire exactement ?
-Rien de bien méchant, je vais t’expliquer.
Ils passèrent les minutes suivantes à répéter l’exercice demandé. Ce dernier n’étant pas d’une difficulté particulière, Lia parvint à le maitriser en quelques minutes.
Une demi-heure plus tard, c’est habillés tous deux de leur uniforme officiel qu’ils sortirent tous les deux de leur cabine, se dirigeant calmement vers le pont du navire.
-Calme-toi, Lia, souffla Antoine alors qu’il parvenait à la porte menant à l’extérieur du vaisseau, tout va bien se passer.
-Je sais, grogna la jeune fille. Mais je n’ai jamais vraiment utilisé mon pouvoir hors de notre cabine. Ca va me faire bizarre de l’utiliser devant tout l’équipage.
-Je comprends. Je ressentais la même chose au début. Mais après avoir fait plusieurs fois la cérémonie, on finit par l’oublier, même si j’ai toujours quelques réticences.
Voyant son air peu convaincu, il la tira dans un endroit désert avant de se pencher vers elle et de l’embrasser doucement.
-Tout va bien se passer, murmura-t-il contre ses lèvres lorsqu’ils se séparèrent brièvement. Je te le promets.
Il l’embrassa à nouveau.
-ça va aller ?
-Oui. Merci Antoine…murmura la jeune fille.
-Tout le plaisir était pour moi, souffla ce dernier.
Il lui déposa un dernier baiser sur les lèvres avant de l’entrainer sur le pont du navire.
Ils croisèrent en chemin Sophie et le lieutenant Miller qui se dirigeaient dans la même direction qu’eux.
-Alors Lia, lança Bruno, prête pour une petite démonstration de ton pouvoir ?
-Mouai, grogna la jeune fille. J’aurais préféré que quelqu’un d’autre le fasse…Mais étant donné que nous sommes les seuls mages verts sur le navire…
-L’un des revers de la médaille, je suppose, répondit Miller avec une tape sur l’épaule.
-Je suis sûre que tu y arriveras, Lia, fit Sophie alors que les deux tuteurs discutaient à voix basse, d’après mon tuteur, ce n’est pas bien méchant.
-Je sais, murmura la jeune fille. Je suis juste un peu anxieuse.
-Bon courage. Je crois que je n’ai jamais été aussi ravi de savoir qu’il y avait un mage de deu-xième année ayant le même pouvoir que moi, fit Sophie alors qu’ils débouchaient à l’air libre.
-Merci…Je me sens soutenue, là, marmonna Lia d’un ton ironique avant de lever les yeux pour détailler les alentours, wow !
Ebahie, les deux amies détaillèrent avec stupéfaction le pont du navire. Ce dernier, bien au-delà de son calme habituel, semblait resplendir de mille feux. Des banderoles aux couleurs du navire avaient été accrochées de ci de là, entourant ce qui ressemblait à un immense….
-Lia, il sert à quoi le saladier géant ? Lui souffla Sophie à son oreille.
-Ton tuteur ne t’a pas expliqué ? S’étonna cette dernière.
-Pas entièrement. Il m’a dit qu’il ne voulait pas me gâcher la surprise.
-Oh. Je ne vais pas pouvoir te répondre, dans ce cas, rétorqua la jeune fille avec un sourire. Mais…un saladier, Sophie ?
-Ben quoi ? C’est ce qui y ressemble le plus, non ? Déclara son amie en haussant les épaules.
-Quelqu’un a parlé de saladier ? Fit alors une personne derrière eux.
Les deux filles se retournèrent pour faire face à Marc et Anne qui semblaient venir tout juste d’arriver sur le pont.
-Sophie trouve que le réceptacle en a la forme, leur répondit Lia.
-Mouai, marmonna le jeune homme. J’aurais plutôt trouvé que ça ressemblait à…une coupe, peut-être.
-Une coupe un peu bizarre, alors, commenta Anne. J’aurais plutôt dit un…
-Allez les jeunes, s’exclama le lieutenant Miller derrière eux, allez-vous mettre à votre place. Ca va commencer. Lia, ce cher Antoine te cherche.
Hochant la tête, la jeune fille quitta ses amis pour se mettre en quête de son tuteur, qu’elle trouva quelques mètres plus loin.
-Lia ! Viens, nous devons rejoindre les autres !
Hochant la tête, elle le suivit, se mêlant ainsi à un petit groupe d’individu semblant représenter chacun un pouvoir bien distinct, à en juger par la bande de tissu de couleur qu’il portait en ban-doulière.
-J’allais oublier, lui souffla Antoine en lui tendant une bande d’un vert éclatant, enfile cela !
Acquiesçant, Lia la passa au-dessus de sa tête, observant avec curiosité le général Hokins et le colonel Higgans s’avancer vers le réceptacle.
Levant les bras, le général demanda le silence avant de prendre la parole.
-Tout d’abord, bonjour à tous ! Merci à vous de vous être rassemblé ici en ce jour magnifique afin de démarrer la célébration de Litha, jour béni pour nous les mages. Je souhaite tout d’abord féliciter tous nos élèves qui ont, comme d’habitude, tous réussi brillamment leur année sur le vaisseau. Je souhaite tout particulièrement remercier nos plus anciens et leur souhaiter bonne chance dans la nouvelle vie qui s’offre désormais à eux. Comme il est de coutume, nous allons dès maintenant allumer la flamme de Litha. Flamme combinant chacun de nos pouvoirs, et dont une partie ne cessera de briller durant une année entière afin de nous apporter en tout temps chaleur et guérison.

Lia se tourna vers son tuteur en haussant un sourcil mais ce dernier lui répondit par un simple sourire avant de lui faire signe de reporter son attention vers le général.
-Afin de représenter au mieux chacun de vos pouvoirs, un lieutenant et son mousse ont été désigné pour chaque type de magie présent. Je vais leur demander de s’avancer.
Lia s’avança timidement, venant se placer, de même que les autres mousses, juste devant son tuteur, lequel vint poser une main sur son épaule.
-Condensez vos pouvoirs, continua le général, faites brillez vos mains de mille feux, laissez votre magie courir dans vos veines afin d’en donner le meilleur à cette flamme.
Lia ferma les yeux et laissa son pouvoir glisser dans son corps et se diriger en quelques secondes vers ses paumes qui se mirent aussitôt à briller d’une vive lueur. Elle frissonna en notant la traditionnelle décharge provenant du pouvoir de son tuteur. Rouvrant les paupières, ses yeux furent aussitôt éblouis par la multitude de couleurs présentes sur le pont du navire. Le vert éclatant de son pouvoir venait se mêler à du rouge vif, du bleu, du orange, du violet, ainsi que plusieurs autre nuance, dessinant un magnifique arc-en-ciel sur le pont du vaisseau.
Soudain, le général fit un pas en avant et, sous les yeux ébahis de la jeune fille, rassembla ses deux mains, créant une boule d’un rouge sombre, semblable à de la lave en fusion. Il la fit tournoyer rapidement entre ses mains, la sphère étincelant de plus en plus au fur et à mesure qu’il libérait son pouvoir. Lia le regarda faire avec un certain malaise, se sentant légèrement nauséeuse lorsque cette vague magie l’effleura. Elle vit le corps du général se mettre à briller d’une lueur identique à celle présente entre ses paumes. Il finit par séparer la sphère entre deux boules identiques tournoyant l’une autour de l’autre. Il les guida doucement jusqu’au réceptacle. Dès qu’ils furent à l’intérieur, ils se recombinèrent en une sphère rougeâtre. Puis ce fut au tour du colonel Higgans de s’avancer, ce dernier créant avec son mousse deux éclairs violets qui fusionnèrent avec la sphère déjà présente.
Il fit ensuite signe aux autres de l’imiter. Une magie bleue foncée, puis une bleue claire, vinrent alors rejoindre celle déjà présente, se mêlant à cette dernière afin de créer une sphère scintillante. Lia vit au fur et à mesure les tuteurs et les mousses s’avancer. Alors que c’était bientôt à elle et à Antoine de s’avancer, le jeune homme se mit face à elle et commença à concentrer son pouvoir. Lia, les mains tremblantes, fit de même. Faisant tout leur possible pour ne pas tressaillir sous la décharge de pouvoir, bien plus présente qu’à l’accoutumée, elle commença par former un léger filament vert, l’entortillant autour de celui formé par son tuteur. Echangeant un bref regard avec ce dernier, ils se tournèrent ensuite doucement afin de les diriger vers le réceptacle, les laissant fondre avec la magie des autres mages.
Le jeune homme fit ensuite signe à son élève de se reculer, laissant deux jeunes gens prendre leur place.
-C’était parfait, lui souffla-t-il à l’oreille.
Ils observèrent le reste des pouvoirs rejoindre le leur, créant ainsi au final un globe d’une blan-cheur éblouissante.
-Félicitation ! S’exclama alors le général, joyeuses fêtes de Litha à tous ! Que ces feux puissent briller d’une telle intensité durant toute l’année.
Tous répétèrent en cœur cette dernière formule, avant de se mettre au garde à vous devant l’officier supérieur.
-Repos, fit l’homme en souriant. Je vous souhaite de bonnes fêtes de Litha à tous. Vous pouvez tous regagner pour le moment votre cabine. Je vous donne rendez-vous ce midi pour reprendre des forces avant de passer l’après-midi à, je l’espère, ressourcer au maximum votre magie.
-Allez viens Lia, fit Antoine en l’entrainant dans vers leur cabine. Allons-nous reposer un peu.
Hochant la tête, la jeune fille le suivit sans faire d’histoire. Elle mourrait d’envie de discuter de l’allumage de la flamme avec ses amis mais sentait la fatigue l’envahir, particulièrement après cette démonstration publique de son pouvoir.
-Antoine, murmura-t-elle alors qu’ils étaient de retour, quelle magie possède le général ?
Le jeune homme grimaça légèrement.
-Oh…En fait…Il peut contrôler le sang.
Il frissonna.
-Ce n’est pas une magie que j’aurais aimé avoir, ajouta-t-il en secouant la tête. C’est quelqu’un de formidable mais son pouvoir me fait vraiment froid dans le dos.
Mal à l’aise, la jeune fille essaya de chasser de sa tête cette image désagréable avant de se diriger vers la salle de bain afin de se passer un peu d’eau sur le visage.
Laissant la porte entrouverte, elle se débarrassa de sa veste avant de s’asperger avec bonheur la figure, soupirant lorsqu’un peu de liquide glissa le long de ses épaule.
Elle ressentit plus vite qu’elle ne le vit dans la petite glace son tuteur s’approcher d’elle et l’enlacer par l’arrière.
La jeune fille se réfugia un peu plus dans son étreinte, se pressant contre lui jusqu’à sentir tous les muscles de son torse ferme collés contre son dos.
-Comment te sens-tu ? Souffla-t-il dans son coup.
- Etrangement fatiguée, admit-elle, même si nous n’avons libéré que très peu de magie. Et toi ?
-Je ressens la même chose, murmura-t-il. Mais c’est tout à fait normal. L’allumage des feux de Litha demande une énergie bien plus importante car cette magie devra rester active toute une année durant.
-Pourquoi une année entière ? Fit la jeune fille en se retournant pour lui faire face. Et où la stocke-t-il durant tout ce temps ?
-Ne t’es-tu jamais demandé comment fonctionnait le Hope ? Répondit-il en déposant de légers baisers sur son visage.
-Pas vraiment, admit Lia d’un ton distrait.
Elle avait de plus en plus de mal à se concentrer sur les paroles de son tuteur avec ses lèvres qui parcourraient ainsi sa peau.
-Chaque année, fit Antoine en se décollant légèrement d’elle, le général se sert des feux de Litha pour alimenter les machines permettant de faire avancer le navire. Je t’emmènerai voir tout cela un jour, si tu veux.
-Alors le vaisseau marche entièrement grâce à la magie ? S’étonna Lia.
Son tuteur fit la moue.
-Pas entièrement. Au niveau de l’éclairage, nous utilisons encore l’électricité. Mais pour le reste, oui.
-wow ! Je comprends pourquoi Litha est si importante ici.
-Et tu n’as pas encore tout vu, continua Antoine. Cette après-midi nous allons pouvoir en quelque sorte recharger au maximum notre magie.
- Comment allons-nous faire cela ? Demanda la jeune fille en fronçant les sourcils.
-Viens, je vais te montrer quelque chose, fit-il en l’attirant hors de la pièce.
Intriguée, Lia le suivit et l’observa sortir une valise de son armoire. Il posa l’objet sur le lit avant de l’ouvrir avec précaution, frissonnant étrangement en exposant le contenu à l’air de la pièce.
Dans la mallette étaient délicatement disposées une dizaine de pierres de tailles et de formes diverses. Toutes étaient d’un vert éclatant.
-Des pierres de pouvoir ? Déduisit aussitôt la jeune fille avec un sourire.
-Exact ! s’exclama Scott. Je te demanderai de ne pas les manipuler pour le moment. Certaines sont bien plus puissantes que la malachite. Elles sont à utiliser avec une précaution toute parti-culière.
-Mais, qu’allons-nous faire avec ? Je veux dire, allons-nous juste les tenir dans notre main et attendre une régénération de notre pouvoir ? Demanda Lia en fronçant les sourcils.
-Non, bien sûr que non. C’est un peu plus compliqué. Je te montrerai tout cela cette après-midi, d’accord ?
La jeune fille hocha la tête.
Satisfait, Antoine referma avec précaution la mallette avant de s’allonger sur son lit, faisant signe à Lia de venir le rejoindre : ce qu’elle fit aussitôt.
-Tu devrais dormir un peu, murmura-t-il. Nous avons encore une heure avant le déjeuner, autant en profiter pour se reposer.
Acquiesçant, Lia posa la tête sur le torse de son tuteur. Ils ne mirent que quelques minutes à plonger l’un après l’autre dans les bras de Morphée.
Plus tard, ils se dirigèrent tous les deux vers le self, Antoine regagnant la table des professeurs tandis que Lia rejoignait ses amis déjà attablés.
-Salut Lia, fit Anne, comment te sens-tu ? La cérémonie ne t’a pas trop épuisé ?
-Je suis un peu fatiguée, répondit la jeune fille avec un faible sourire. Mais ça ira.
-D’autant que cette aprèm s’annonce chargée, renchérit Marc. Vos tuteurs vous ont-ils expliqué ce qu’il va se passer ?
-Vaguement, répondit Sophie. Nous allons apparemment recharger notre magie. Le lieutenant Miller en parle comme d’un processus long et douloureux, mais je pense qu’il plaisante.
Lia fronça les sourcils. Son lieutenant n’avait pas mentionné la partie douloureuse de la chose. Elle espérait que tout allait bien se passer. Mais après tout, elle n’avait jamais souffert lors de ses utilisations de la malachite, alors pourquoi devrait-il en être autrement pour ces pierres toujours rangées dans la mallette ?
-Le lieutenant Morgan m’a dit que c’était très agréable, fit Anne. Mais peut être que cela dé-pend de chaque type de magie. As-tu déjà souffert en utilisant une pierre de pouvoir ?
Sophie grimaça.
-Je me suis beaucoup brûlé au début.
-Ouch…Bon courage alors, fit Marc. Moi j’ai juste eut très froid au départ. Je n’arrivais pas à contrôler la température provenant de l’Aigue-marine. J’évite toujours d’en utiliser.
-De toute façon, reprit Lia, tu n’en a pas vraiment besoin, étant donné que tu vis en permanence entouré d’eau.
-C’est pas faux, admit le jeune homme. Ça doit être terrible pour toi de ne pas voir de plante pendant de long mois.
Lia haussa les épaules.
-Je garde toujours un morceau de malachite. Ça me permet de rester en forme. Je suppose que c’est pareil pour toi, Sophie ?
Cette dernière acquiesça.
-J’ai toujours un peu de grenat. Mais chaque soir le lieutenant Miller allume une bougie dans notre cabine. Cela m’aide aussi beaucoup.
-Regardez ! S’exclama alors Marc en pointant l’entrée du self, voilà le général. On dirait qu’il porte une partie des flammes allumées tout à l’heure.
Se redressant, Lia aperçu en effet que le général Hokins transportait avec précaution une lan-terne dont la flamme brillait d’une étrange lumière blanche.
-Que compte-t-il faire avec ? Murmura Sophie alors que tous s’étaient arrêtés de manger afin de l’observer.
-Je l’ignore, chuchota Lia. Peut-être…
La jeune fille étouffa une exclamation de surprise lorsque le général ouvrit la lanterne et utilisa son pouvoir pour diriger la sphère hors de l’habitacle.
Il la sépara en quatre morceaux distincts qu’il envoya aux quatre coins de la salle.
Les sphères heurtèrent les murs en un bruit sourd puis pénétrèrent lentement à l’intérieur de ces dernier, les éclairant d’une faible lueur qui disparut aussitôt.
L’homme vint rejoignit ensuite sa place habituelle à la table des professeurs avant de prendre la parole.
-Je viens de renforcer, comme chaque année, les protections de cette salle, annonça-t-il. Les flammes de Litha combinent toutes les spécificités de vos pouvoirs et seront donc les plus aptes à protéger le Hope. Ces murs vont transmettre cette magie au reste du navire. Mais, pour les premières années, sachez que cette salle est la plus sûre du vaisseau car c’est ici qu’à été lancé l’enchantement. C’est pour cela que nous vous avions ordonné en tout début d’année de rejoindre ce self si un danger menaçait le navire. N’oubliez surtout pas cette consigne, car elle pourrait vraiment un jour vous sauver la vie. Compris ?
Tous hochèrent la tête avec un sérieux inébranlable.
-Bien, reprit le général, je vais vous laisser terminer votre repas. Vous pourrez ensuite regagner votre cabine avec votre tuteur.
Tous retournèrent à leur déjeuner, Lia et Marc évoquant avec animation ce qui venait de se produire tandis que Will et Talli discutaient calmement avec Anne et Sophie.
Plus tard, Lia rejoignit Antoine qui sortait du self tout en discutant avec le lieutenant Miller.
-Prête Lia ? Fit Bruno avec enthousiasme.
-Oui lieutenant, répondit la jeune fille avec un sourire, même si j’ignore totalement ce qui va se passer.
-Ce n’est pas grave, rétorqua ce dernier. Je suis sûre que ça va te plaire. Bon allez, je dois aller rejoindre Sophie. Bonne après-midi, vous deux !
-Bon après-midi, lieutenant !
-Bon aprèm Bruno !
Antoine se tourna ensuite vers Lia.
-Allez, retournons dans notre cabine. Ne perdons pas de temps.
Hochant la tête, la jeune fille le suivit dans le dédale de couloir. Lorsqu’ils entrèrent dans la pièce, Lia fut assez surprise de voir Antoine se diriger vers le hublot afin de l’ouvrir en grand.
Il retira ensuite sa couverture et son édredon de son lit afin de les poser sur le sol de la cabine.
-Retire tes chaussures et ta veste, Lia, fit-il en faisant de même. Prend tes aises, tu en auras besoin.
Hochant la tête, la jeune fille fit ce qu’il lui demandait, rajoutant sur le sol son propre édredon ainsi que son oreiller.
-Qu’allons-nous faire, Antoine ? Demanda-t-elle.
-Régénérer l’environnement magique de notre cabine, annonça-t-il. Notre magie ayant des propriétés médicinales, cela nous permettra de récupérer beaucoup mieux. De plus, ce processus va faire absorber aux murs notre pouvoir, nous pourront ainsi le régénérer en partie durant notre sommeil.
-oh…J’ignorais qu’on pouvait faire ça.
-En fait, continua le jeune homme, cela n’était pas vraiment actif cette année. Faire le rituel seul demande trop de magie. Et puis, cela ne me servait pas vraiment. Mais l’année prochaine nous utiliseront notre magie bien plus fréquemment. Il nous faudra la régénérer rapidement.
-Je comprends, fit Lia. Mais pourquoi faire cela aujourd’hui ?
-Le 21 juin est le jour où nous pouvons libérer le plus de magie sans s’épuiser. C’est aussi ce jour là que les pierres de pouvoir sont les plus actives. Nous allons donc disposer des pierres autour de nous et régénérer notre magie tout en répandant une partie sur les murs de la pièce, tu comprends ?
Lia hocha la tête en souriant.
-Bien, tu vas m’aider à installer les pierres.
Il ressortit la mallette du placard et l’ouvrit à nouveau.
Il lui donna ensuite une paire de gants noirs.
-met ça, cela t’évitera d’être en contact direct avec leur magie. Cela pourrait t’être fatal. Tu ne les retireras que lorsque tout sera installé.
Il en enfila une paire similaire avant de caresser du bout des doigts les pierres de la mallette.
-C’est bon, souffla-t-il.
Il prit une pierre légèrement translucide.
-Voilà de la Chrysoprase, annonça-t-il. Evite de la manipuler à main nue. Elle dégage une quantité de magie trop importante pour que tu ne parviennes à la contrôler pour le moment. Peux-tu aller la poser sur le coin gauche de la couverture ?
Hochant la tête, la jeune fille alla déposer la pierre à l’endroit indiqué.
-Maintenant, rajoutons la Serpentine…
Ils installèrent la petite dizaine de pierre soigneusement, Lia suivant à la lettre les recommandations de son tuteur et apprenant au passage à reconnaître bon nombre de roches utile à un mage vert comme la tourmaline verte ou la pyromorphite.
Finalement, Antoine posa un dernier morceau de tsavorite. Il enjamba ensuite le cercle ainsi formé et vint s’assoir en tailleur à l’intérieur de celui-ci, faisant signe à Lia de venir le rejoindre.
-Retire-tes gants, souffla-t-il, et commence à concentrer ta magie dans tes paumes.
Hochant la tête, Lia envoya les gants valser sur son lit avant de faire luire ses mains de la lueur verte habituelle.
Scott fit également jaillir sa magie avant de se rapprocher de son élève, leurs genoux se tou-chant. Il posa ses avants bras sur ses jambes et attrapa les paumes de son élève, tous deux frissonnant sous la décharge de pouvoir plus importante qu’à l’accoutumée.
-Maintenant, reprit Antoine, je vais envoyer un peu de magie afin d’activer les pierres. Ensuite, il te suffira d’absorber la magie comme tu le fais avec ton morceau de malachite. Nous en enverrons de temps en temps vers les murs de la pièce. Tu as compris ?
-Oui, fit-elle en souriant.
Ils échangèrent un sourire puis le lieutenant se pencha pour effleurer les lèvres de son élève.
-Allons-y alors. Rappelle-toi juste que nous pouvons nous interrompre à tout moment. Donc si tu as l’impression que quelque chose ne va pas, n’hésite pas à me le dire.
La jeune fille hocha la tête.
Elle vit alors son tuteur fermer les yeux et, quelques secondes plus tard, ils furent tous les deux entouré d’un flux d’énergie vert qui vint vite effleurer les pierres les entourant. Elle écarquilla les yeux en notant que les roches se mirent aussitôt à briller d’un vert similaire à celui émanant de leurs mains jointes. Très vite, elle sentit une vague de pouvoir réchauffer son corps. Lâchant une exclamation de surprise, elle eut pour réflexe d’essayer de la repousser mais dû bien vite admettre ce supplément de magie dans son corps.
-Calme-toi, Lia, lui souffla Antoine. Concentre-toi sur la magie des pierres et dirige-la vers ta source.
Acquiesçant, la jeune fille ferma les yeux, essayant de ressentir au mieux le flux de magie faisant pression sur la sienne. Se laissant porter par ce dernier, elle essaya de le diriger ensuite par sa propre volonté, le faisant remonter le long de ses bras afin qu’il atteigne sa source.
Souriant, elle sentit son noyau magique se gonfler sous le pouvoir qu’elle lui apportait, lui re-donnant peu à peu des forces. Les rayons du soleil pénétraient à travers le hublot de la cabine, réchauffant doucement sa peau, aidant ce transfert de pouvoir.
-C’est génial ! Murmura-t-elle. C’est tellement…c’est presque indescriptible !
-Je trouve aussi, répondit son tuteur. Il n’y a rien de mieux pour se remettre en forme.
Il commença à remonter sa main le long du bras de son élève, s’amusant des légères décharges qu’il produisait.
-Antoine, protesta doucement Lia.
-Je ne fais rien de mal, rétorqua ce dernier avec un sourire. Je ne fais que mélanger ma magie avec la tienne.
-Oh ? Comment fais-tu cela ?
-C’est très simple. Il suffit de considérer mon flux magique comme étant du même type que celui provenant des roches.
-Mais je risque de te prendre un peu de pouvoir, ce n’est pas dangereux ? Répondit Lia en fronçant les sourcils.
-Pas si je fais la même chose en même temps, murmura-t-il. Tu veux bien qu’on essaye ?
Hochant la tête, Lia repéra assez facilement la magie de son lieutenant parmi toutes celles présentes dans la pièce. Se concentrant, elle serra la paume de l’homme dans sa main alors qu’elle absorbait lentement un peu de sa magie. Elle frissonna lorsque le pouvoir du jeune homme pénétra sous sa peau. C’était tellement différent de la magie dégagée par les roches. La première donnait à Lia l’impression d’un souffle d’air frai, de feuille virevoltant sous une brise d’été. Mais celle d’Antoine lui permettait de ressentir la vie coulant dans les veines de ce dernier. Elle pouvait distinguer la moindre respiration, le moindre battement de cœur de l’homme face à elle. De plus, le pouvoir venant rejoindre sa source semblait se mêler comme automatiquement au sien, sans qu’elle n’en fasse l’effort, comme si leur deux magie étaient en tout point identiques.
Ils passèrent le reste de l’après-midi à recharger leur source, laissant l’un à l’autre un accès total à leur pouvoir.
-Lia…Lia.
Emergeant doucement des profondeurs de son noyau magique d’où elle contemplait à nouveau la fusion entre sa magie et celle de son tuteur, la jeune fille ouvrit un œil. Puis deux.
-Hmm ?
Antoine la fixait avec un léger sourire, leurs mains jointes brillant toujours d’une lueur verte.
-Il va falloir nous arrêter. Il reste à peine une heure avant le diner.
-oh…
Lia fit la moue. Cette expérience unique l’avait tellement emballé qu’elle trouvait presque cruel de s’arrêter en si bon chemin, tout en sachant qu’elle devrait attendre une année entière avant de renouveler la manœuvre.
-Ne t’inquiète pas, lui souffla Antoine en arrêtant la lueur émanant des pierres, nous réitérerons ça l’année prochaine.
-Je sais, murmura-t-elle. Mais, c’était tellement….
-Sensationnel, n’est-ce pas ?
Lui souriant, il lui tendit une main afin de l’aider à se relever.
Lia l’aida ensuite à remettre dans la mallette les pierres qu’ils avaient utilisées.
Le soir même, tout l’équipage se rassembla à nouveau sur le pont afin d’admirer le magnifique feu d’artifice créé par les troisièmes années du navire, ces derniers ayant travaillé sur le mo-ment de faire exploser leur magie en une multitude de petite lumières multicolores.
Lia, dans les bras d’Antoine, profita au maximum de ce moment, essayant de graver ces images dans sa mémoire. Plus tard, les deux amoureux rejoignirent très vite leur cabine, s’endormant rapidement dans les bras l’un de l’autre, chacun attendant déjà avec impatience le 21 juin de l’année suivante.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:17

Chapitre 8

Quelques jours plus tard, alors que l’été était désormais bien présent, et que l’année avait atteint son terme, Lia voyait avec angoisse le Hope se rapprocher de plus en plus des côtes de Cassydre. Les cours s’étaient terminées deux semaines auparavant, et le navire était actuelle-ment amarré au port de Yad, sa première escale des vacances, afin de recruter de nouveaux élèves. Tous les étudiants avaient assisté quelques jours plus tôt à la cérémonie de d’adieu des troisièmes années. Quelques élèves avaient préféré rester à bord quelques années de plus, devenant, après un an d’apprentissage, lieutenant et donc tuteur d’un nouveau mousse. Lia ne savait pas encore ce qu’elle ferait à la fin de ses études sur le navire. La perspective de devenir tutrice était attrayante. Mais elle devait également prendre en compte le choix d’Antoine, s’ils étaient encore ensembles à ce moment-là ; chose que la jeune fille espérait de tout son cœur. Pour l’heure, elle ignorait déjà comment allait se dérouler la semaine qu’elle devait passer à Cassydre. Contrairement à l’année d’avant, les officiers avaient décidé de recruter dès le début de leur escale, afin de laisser un peu de temps aux nouveaux élèves pour s’habituer à la vie à bord.
En cette belle journée de fin juillet, Lia se trouvait donc accoudée au bastingage, face à l’océan, le regard dans le vide, à ruminer sur l’avenir lointain comme proche.
-Lia ?
La jeune fille sursauta imperceptiblement puis se retourna pour faire face à son ami Marc qui venait de l’interpeler.
-oui ?
-ça te dit d’aller te baigner ? demanda-t-il aussitôt. Profite donc des vacances au lieu de ressas-ser tes idées noires.
-Je n’ai juste pas envie de retourner chez moi, soupira-t-elle en suivant le jeune homme.
-Essaye de ne pas y penser, Lia, rétorqua-t-il. Et puis, tu ne seras pas seule. Je parie que ton cher lieutenant a prévu de ne pas te lâcher d’une semelle.
Souriant à la mention de son tuteur, Lia fit tout son possible pour ne pas rencontrer le regard amusé du jeune homme à côté d’elle.
-Je sais, admit-elle aussitôt. Tu m’attends ? Je vais enfiler mon maillot de bain.
Hocha la tête, Marc la regarda s’éloigner dans les couloirs du vaisseau.
Quelques minutes plus tard, le jeune homme entraina son ami hors du Hope, puis dans les ruelles de Yad. Ils marchèrent quelques minutes avant que le jeune homme ne lui fasse signe de le suivre dans un passage étroit qu’ils franchirent en quelques secondes avant d’emprunter des chemins similaires qui débouchèrent finalement sur une petite crique cachée par deux énormes rochers.
-Wow. Qui a trouvé cet endroit ? demanda aussitôt Lia en rejoignant Anne et Sophie qui leur faisaient de grands signes de la main.
-C’est un secret transmis de génération en génération de mousse apparemment. Tu as sentit ta magie crépiter lorsque nous sommes passés entre les rochers ?
La jeune fille hocha la tête.
-D’après certains, reprit Marc, il y a un enchantement sur cet endroit. Seul des mages peuvent y accéder. Je crois bien avoir vu ton tuteur d’ailleurs.
Fronçant les sourcils, Lia suivit le regard de son ami pour se poser finalement sur la silhouette de son tuteur qui, torse nu, nageait auprès du lieutenant Miller. La jeune fille se sentit rougir à la vue du corps de son petit ami et détourna aussitôt le regard.
Arrivant à la hauteur de Sophie et Anne, elle se laissa tomber sur un rocher à leurs côtés.
-Salut Lia, fit aussitôt Sophie. Je vois que Marc a réussi à t’arracher au bastingage. J’ai bien cru que tu envisageais d’y prendre racine.
-Très drôle, grogna la jeune fille. J’avais juste besoin de réfléchir à quelques trucs. Au fait, tu es originaire de Tylan toi aussi, n’est-ce pas ?
-Oui, répondit la jeune fille en soupirant. Plus que quelques jours avant de rentrer chez moi.
-Tu n’as pas l’air enthousiaste, remarqua Anne. Je croyais que ton village te manquait.
-Mes parents me manquent, admit-t-elle. Mais j’ai quelques problèmes familiaux auxquels j’ai pu échapper en rejoignant le Hope et qui risquent bien de me rattraper dès que je poserai un pied sur le port. Je n’ai pas vraiment envie d’en parler.
Les trois autres hochèrent la tête et embrayèrent aussitôt vers un autre sujet. Lia dévisagea son amie avec attention. Elle n’aurait jamais pensé que Sophie puisse elle aussi avoir des problèmes dans sa ville natale. Elle était toujours si joyeuse et, lorsqu’elle évoquait son village, c’était avec une certaine nostalgie. Elle lui souhaita intérieurement bonne chance mais fut aussitôt tirée de ses pensées lorsqu’une quantité d’eau non négligeable vola vers eux.
Sursautant, elle n’eut pas le temps d’invoquer sa magie pour la repousser et se protégea donc vainement de ses deux bras. Par chance, Marc et Anne, dont la magie était liée à cet élément, parvinrent à repousser l’assaut.
-Merci beaucoup, souffla Lia en se relevant.
-De rien, lui lança Anne. C’est dans ces moments que j’apprécie vraiment de contrôler cet élé-ment.
Lia lâcha un léger rire puis tourna son regard dans la direction où était venue la vague. Elle sou-pira avec amusement en notant que, quelques mètres plus loin, leurs tuteurs les fixaient d’un air hilare, la magie émanant encore des mains du lieutenant Morgan.
-Ce n’est pas drôle Lieutenant ! lui cria aussitôt Anne.
-Au contraire, cria en retour le lieutenant Miller. Moi j’ai trouvé ça très amusant.
Lia se contenta de jeter un regard noir à Antoine qui lui répondit par un clin d’œil.
-On ferait bien de se mettre en maillot de bain, nota Marc. Ce serait inutile de finir trempé.
Hochant la tête, les autres se débarrassèrent de leurs t-shirt et de leurs pantalons, les posant dans un coin sûr, bien au sec. Lia hésita quelques instants avant de retirer son t-shirt, grimaçant en notant que certaines de ses cicatrices étaient toujours visibles. Elle profita de l’inattention de ses amis pour se diriger vers la mer, sautant aussitôt dans l’étendu d’eau afin de laisser cette dernière recouvrir son corps. Elle sentit quelques secondes plus tard la présence familière du lieutenant Scott.
-Ca va Lia ? demanda-t-il.
-Oui, bien sûr, répondit-elle aussitôt avec un sourire.
Sourire qui se fana bien vite lorsque l’homme traça d’un air soucieux la cicatrice encore pré-sente sur son épaule.
-Il ne faut pas avoir honte, Lia, murmura-t-il.
-Je sais, soupira la jeune fille. Mais mes amis ne sont pas au courant. J’ai peur qu’ils me posent des questions sur ces marques.
-Lia, écoute…Attention !
Lia se sentit être bousculée légèrement puis attirée contre le torse de son tuteur alors qu’ils étaient tous les deux aspergés par de l’eau glacée.
-Alvin ! cria aussitôt Antoine en direction du lieutenant Morgan. Ne refais plus jamais ça !
-Le grand Antoine Scott aurait-il peur d’un petit peu d’eau ? répondit le dit Alvin en souriant de toutes ses dents.
-Elle était gelée, ronchonna le lieutenant Scott sans pour autant lâcher Lia qui se remettait peu à peu de ses émotions.
-Ce n’est pas de ma faute, fit-il alors en levant les mains en signe d’innocence. C’est Clare qui contrôle ce genre de chose.
-Mais vous êtes tout à fait capable de mélanger vos deux magies, grogna Scott.
Les deux lieutenants fautifs échangèrent un long regard avant d’éclater de rire sous le regard blasé d’Antoine qui détourna le regard lorsque ses deux amis se rapprochèrent pour échanger un baiser.
La jeune fille, après sa surprise initiale, reprenait peu à peu des couleurs et commençait à prendre réellement conscience du torse de l’homme contre lequel elle était appuyé. Rougissant furieusement, elle se mordit la lèvre en admirant une goutte d’eau descendre le long du menton de son lieutenant avant de dévaler en vitesse son torse.
-Lia ?
Sursautant, elle releva précipitamment la tête pour rencontrer le regard soucieux de son tuteur.
-ça va ?
-Oui….fit-elle d’un air distrait. Oui...Très bien. Je vais très bien.
Ils échangèrent un regard. Lia, se sentant rougir de plus en plus, finit par s’arracher à l’étreinte de son tuteur, plongea à nouveau dans l’eau afin de se réchauffer.
-Lia ! Par ici ! S’exclama Marc quelques mètres plus loin.
La jeune fille rejoignit ses amis en quelques secondes. Ces derniers s’étaient installés sur quelques rochers à un endroit où ils avaient tous pied. Elle resta néanmoins dans l’eau, prenant bien garde à ne pas dévoiler ses épaules.
-Prêt à riposter ? demanda aussitôt le jeune homme en notant que leurs tuteurs avançaient vers eux.
Lia secoua la tête.
-Je crois que ce sera surtout à toi et à Anne de le faire. Ni Sophie ni moi ne contrôlons cet élé-ment, affirma-t-elle.
-Mais tu es capable de faire voler des objets n’est-ce pas ? Reprit Anne.
Lia hocha la tête en fronçant les sourcils, essayant de voir où son amie voulait en venir.
-Alors toi et Sophie pourrez simplement appliquer une légère pression à l’arrière des talons des lieutenants, juste histoire de les déséquilibrer…Si tu vois ce que je veux dire.
Les quatre jeunes échangèrent un regard complice avant de se retourner pour faire face à leurs tuteurs. Les lieutenants Morgan et Miller semblaient sur le point de préparer un mauvais coup. Mais ils n’eurent pas le temps de parvenir à leurs fins. Quelques secondes plus tard, ils se sentirent basculer dans les flots, et durent tant bien que mal utiliser leur pouvoir pour se stabiliser, ne parvenant pas à repousser la vague d’eau arrivant droit vers eux.
Ils ressortirent de l’eau quelques secondes plus tard, sous les rires de leurs élèves.
-Je bats en retraite, déclara aussitôt le lieutenant Scott en recrachant de l’eau. Ils sont trop forts pour nous.
-Dis surtout que tu préfères aller tenir compagnie à ta petite amie, lui lança Miller.
-Pour la dernière fois Bruno, Lia et moi ne sortons pas ensemble, rétorqua Antoine en rougissant.
Son ami leva les yeux au ciel.
-Mais bien sûr. Comme si j’allais te croire.
Les lieutenants Carols et Morgan capitulèrent bien vite, malgré l’insistance de Miller de conti-nuer le combat. Mais, voyant qu’il n’y avait plus personne pour le suivre, il rejoignit les autres qui profitaient d’un moment de calme sur les rochers.
-Sors donc de l’eau, Lia ! Lança Marc au bout d’un moment en voyant que son amie ne se déci-dait pas à grimper sur un rocher avec eux. Tu pourrais bronzer un peu et plaire encore plus à ton lieutenant.
-Marc ! Protesta-t-elle aussitôt en rougissant.
-Je peux vous assurer monsieur Guenter qu’il n’y a absolument rien entre Lia et moi.
Secouant la tête, le jeune homme tira néanmoins son amie hors des flots. Essayant de résister, Lia se retrouva bien malgré elle hors de l’eau, se réfugiant aussitôt sur le rocher du lieutenant Scott, s’asseyant à ses côtés. Une exclamation de surprise retentit et, aussitôt, la jeune fille sentit tous les regards dirigés vers elle.
-Lia, murmura Marc en détaillant les cicatrices parsemant des bras. Comment t’es-tu fais cela.
Cette dernière eut un rire sans joie.
-Tu savais que ma vie familiale était loin d’être parfaite. Ce que tu vois est juste le résultat de dix-sept ans à cohabiter avec Jérôme.
-Je suis désolé Lia, répondit son ami. Si j’avais su, j’aurais…
-Tu aurais fait quoi ? cria-t-elle aussitôt. Tu sais très bien que je ne pouvais pas les quitter. C’est ma famille, après tout ! Tu ne peux pas comprendre.
-Tu aurais dû m’expliquer, rétorqua-t-il.
-Ce n’est pas explicable. Et puis, je ne pouvais en parler à personne. Tu ne peux pas savoir ce que Jérôme m’aurait fait si j’avais mis quelqu’un au courant.
-Il y a des moyens simples de dénoncer la maltraitance chez un enfant, intervint le lieutenant Carols qui avait suivi toute la scène.
-Je n’étais pas maltraitée, répondit Lia en secouant la tête. Je n’ai pas envie d’en parler.
Se levant, elle quitta le rocher et remis en vitesse ses vêtements avant de quitter la petite crique sous le regard anxieux des lieutenants et de ses amis.
-Vous ne devriez pas aborder à nouveau ce sujet, murmura le lieutenant Scott. Lia m’en a déjà longuement parlé. Je crois que ça suffit pour le moment.
Tous hochèrent la tête.
-Je vais aller la rejoindre, fit Antoine en sortant de l’eau pour enfiler à nouveau ses vêtements.
Une fois habillé, il parcouru à nouveau les ruelles de la petite ville, cherchant où son élève avait bien pu se réfugier. Ne la retrouvant pas après plusieurs minutes de recherche, il finit par fermer les yeux puis tenter de se relaxer tout en laissant son pouvoir courir librement dans ses veines, cherchant avec empressement une signature similaire à la sienne dans les environs.
Il ne mit que quelques secondes à déterminer sa position exacte, et s’élança aussitôt à sa ren-contre.
Il la trouva finalement dans une rue déserte, appuyée contre une rambarde en pierre, le regard perdu dans l’immensité de l’océan.
-Lia.
Elle se retourna, les yeux pleins de larmes.
-Lieutenant.
Elle renifla d’une manière peu féminine qui le fit sourire avant de se précipiter dans ses bras.
Il la serra un moment contre lui, lui caressa les cheveux alors qu’elle pleurait silencieusement contre son torse.
-Pleure Lia, murmura-t-il à son oreille. Ça ira bien mieux ensuite.
Elle se laissa donc aller contre lui, serrant avec abandon sa chemise dans une main tandis qu’il murmurait des mots doux à son oreille, caressant doucement sa joue.
Elle finit par se calmer au bout de quelques minutes, respirant plus régulièrement.
-Je suis désolée, avoua-t-elle dans un souffle.
-Ne le sois pas.
Il lui releva doucement le menton pour poser doucement ses lèvres sur les siennes, l’embrassant tendrement.
-ça va mieux ? demanda-t-il lorsqu’ils se séparèrent.
Hochant la tête, Lia se serra à nouveau contre lui.
-Merci, murmura-t-elle.
Elle essuya les larmes qui étaient encore sur son visage.
-C’est justement ce que je voulais éviter, marmonna-t-elle. Désormais ils vont tous me regarder avec pitié.
-Je suis certains qu’ils auront assez de bon sens pour ne pas en tenir compte, rétorqua douce-ment Antoine.
Hochant la tête, Lia se laissa enlacer à nouveau par son tuteur qui lui déposa un baiser sur le front avant de capturer à nouveau ses lèvres en un baiser passionné.
-Retournons au Hope, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent.
Elle le suivit dans les ruelles, ne remarquant pas une ombre glisser entre deux bâtisses, ombre qui les avait observé depuis le début de leur échange.
-C’est ma faute, murmura l’homme encapuchonné en tournant au coin d’une rue. Je n’aurais pas dû te laisser avec eux.

Il ne leur fallu que quelques jours supplémentaires pour atteindre enfin le port de Tylan, ville d’origine de nombreux membres de l’équipage, tels que Sophie ou encore le lieutenant Scott. Lia s’était peu à peu remise de sa mésaventure aquatique mais refusait toujours d’aborder le sujet délicat de ses cicatrices avec ses amis. Ces derniers, malgré les recommandations d’Antoine, avaient essayé d’aborder le sujet avec elle, essuyant aussitôt un refus de la jeune fille. Après plusieurs tentatives de ce genre, ils avaient fini par laisser tomber, espérant toute fois que Lia leur parlerait de cela un jour. La jeune fille s’était d’ailleurs quelque peu éloignée de Marc, Anne et Sophie pendant quelques jours, le temps de les laisser assimiler ce qu’ils avaient découvert. Cela lui avait principalement permis de passer beaucoup plus de temps avec son tuteur. Il n’était pas rare de trouver l’élève et le professeur accoudés au bastingage du navire, rêvassant en silence ou discutant calmement en admirant les jeux de lumière causés par les rayons du soleil sur l’eau. Peu à peu, au fur et à mesure que les côtes de Tylan se rapprochaient, la bonne humeur habituelle du lieutenant Scott laissa place à une sorte d’angoisse mêlée tout de même à une certaine impatiente de retrouver sa terre natale.
-Lieutenant, fit un soir la jeune fille alors qu’ils profitaient avec d’autres membres de l’équipage de la fraicheur ambiante de ce début de soirée.
-Hmm ?
-Vous semblez préoccupé depuis plusieurs jours.
L’homme lâcha un soupir.
-Je n’aime pas particulièrement retourner à Tylan, admit-il dans un souffle. Je sais que c’est ma ville natale, mais…
Il secoua la tête puis se tourna vers son élève avec un sourire.
-J’ai toujours peur de rencontrer mon père. C’est assez idiot en réalité. Il ne devrait pas m’effrayer à ce point. Je ne suis plus l’enfant terrorisé d’il y a quelques années. Je suis un adulte, capable de me défendre face à lui. Mais…je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine appréhension chaque fois que le Hope accoste dans ce port. Je n’y peux rien. C’est plus fort que moi.
-Si vous avez envie d’en parler…commença la jeune fille.
-Merci, la coupa aussitôt Antoine avec un sourire. J’y penserai. Que dirais-tu de rentrer, maintenant ?
Hochant la tête, Lia le suivit jusqu’à l’intérieur de leur cabine d’où ils purent enfin reprendre aussitôt le tutoiement, bien plus agréable.
Ils passèrent la soirée à jouer de la guitare, Antoine lui enseignant des balades traditionnelles de Tylan.
Le lendemain matin, ce fut la clameur matinale du petit port de Tylan qui tira la jeune fille du sommeil. Ouvrant les yeux, elle se redressa, se dégageant légèrement des bras d’Antoine et soupira en notant qu’ils avaient accosté. Après avoir Jeté un œil à son réveil, elle se résigna à réveiller son petit ami.
-Antoine, souffla-t-elle en le secouant doucement. On doit aller courir.
En effet, même si les vacances avaient commencé pour les élèves du vaisseau, le général les obligeait tout de même à courir chaque matin. « Pour garder la forme », disait-il lorsqu’on le questionnait à ce sujet. L’heure du footing avait toutefois été reportée à 8 heures du matin, histoire de laisser les plus paresseux prendre quelques heures de repos supplémentaires.
La jeune fille lâcha un cri de surprise lorsque l’homme dont les paupières étaient encore closes l’attira d’une poigne ferme contre lui.
-Et si je n’ai pas envie de me lever ? murmura-t-il avant de déposer ses lèvres sur celles de son élève.
Lia se blottit un peu plus contre lui, venant déposer de légers baisers dans son cou.
-Je ne pense pas que le général appréciera, souffla-t-elle entre deux baisers. Et puis, nous avons apparemment accosté durant la nuit. Cela nous fera du bien de courir sur la terre ferme.
-Hmm…
Soupirant, le lieutenant finit par se relever puis, après avoir échangé un dernier baiser avec la jeune fille, se dirigea vers son placard afin d’attraper son vêtement de sport aux couleurs du Hope. Lia fit de même et se glissa dans la salle de bain quelques secondes plus tard, jetant un coup d’œil furtif à Antoine qui était en train de retirer son haut de pyjama.
-Je t’ai vu Lia ! lança-t-il aussitôt.
Rougissant, la jeune fille répondit tout de même un « et alors ? », avant de fermer la porte sous le rire de son tuteur.
Quelques minutes plus tard, ils sortirent enfin de leur cabine, débouchant en quelques minutes sur le pont, respirant calmement l’air frai du petit matin.
-ça va être une belle journée, nota Antoine d’un air distrait.
-Relax Antoine ! lança Miller en lui donnant une grande claque dans le dos. Tout va bien se passer !
Le jeune homme lui retourna un sourire hésitant avant d’effleurer comme par réflexe la main de son élève à ses côtés, soupirant de bonheur en notant la légère décharge de pouvoir que lui envoya la jeune fille.
Lorsque tous les membres de l’équipage les eurent enfin rejoints, ils s’élancèrent enfin dans le petit port. Lia, bien que ses amis ne fussent qu’à quelques mètres derrière eux, préféra ne pas quitter son tuteur. Elle observa avec attention les alentours. Le port ressemblait énormément à Cassydre, aussi bien dans l’architecture des petites maisons qui, d’un blanc tirant vers le gris, semblaient empilées les unes sur les autres. Les rues, étroites, zigzaguaient à travers la cité, menant vraisemblablement à une chaussée plus large qui conduisait alors aux villes les plus proches.
Des pêcheurs qui nettoyaient leurs filets tout en marchandant avec quelques commerçants leur dernière prise les regardèrent passer d’un air distrait.
Le petit groupe ne resta que quelques minutes dans le port, se dirigeant aussitôt dans les petites routes de campagnes qui n’étaient empruntées que par les rares voitures circulant dans la région, la plupart des déplacements se faisant en vélo ou à pied.
-Alors, demanda Antoine qui courait à sa droite, comment trouve-tu Tylan ?
-C’est très joli, admit Lia avec un sourire. Ça me fait vraiment penser à Cassydre, en fait.
-En effet. Sais-tu que Cassydre a été bâtit sur le modèle de ma ville natale ?
-Vraiment ? Questionna la jeune fille avec attention.
-Oui. Il y a maintenant trois cent ans, lorsque les guerres se sont enfin stoppées, il a fallu com-mencer à tout reconstruire. Or Cassydre avait été complètement rasée, ne laissant que quelques ruines qui tenaient à peine debout. Les habitants ont alors décidé de la reconstruire en prenant comme modèle Tylan qui, grâce à ses fortifications, n’était qu’à moitié démolie.
-Oh…j’ignorais cela, avoua Lia dans un souffle.
-Ne l’écoute pas, Lia, intervint aussitôt le lieutenant Miller. Sinon il pourrait très bien penser que cela t’intéresse et te ressortir de suite les chroniques entières de l’histoire Tylanienne.
-ça m’intéresse, rétorqua La jeune fille d’un air amusé.
-Oh, moment de solitude, commença le lieutenant en prenant une pose dramatique, comment vais-je survivre si autour de moi tous mes semblables se mettent à s’intéresser à des choses si futiles et ennuyeuses que l’histoire d’une bourgade perdue dans l’immensité de l’océan ?
-Heu…Bruno ? fit Antoine en haussant un sourcil.
-Peu importe, reprit le lieutenant Miller comme si rien ne s’était produit. Alors, quand est-ce que vous allez nous faire un petit Scott, tous les deux ?
Antoine, qui ne regardait pas vraiment où il marchait, trébucha et manqua de s’étaler sur le sol tandis que Lia s’étranglait avec sa salive.
-Je te demande pardon ? Souffla le lieutenant Scott en dévisageant son ami avec stupéfaction.
-oh...Ce n’est donc pas vous que j’ai entendu hier après-midi ? demanda Bruno d’un air intéressé.
Antoine se contenta de lui lancer un regard noir tandis que Lia rougissait furieusement.
-Ils m’ont empêché de faire ma sieste, tu te rends compte, Antoine ? Continua Bruno en igno-rant royalement les réactions des deux amoureux.
-Essaie d’aller voir Alvin et Clare, lança Antoine en accélérant un peu.
-Bien sûr, répondit Bruno. Après tout, Lia et toi n’êtes même pas ensemble, n’est-ce pas ?
Il jeta un coup d’œil appuyé aux mains jointes de l’élève et du professeur qui s’empressèrent aussitôt de s’éloigner l’un de l’autre.
Le reste de l’équipage continua le footing dans une bonne humeur plus ou moins partagée par tous. Lia et Antoine ne cessaient de se jeter des coups d’œil rapides, le rouge de leur visage s’estompant peu à peu.
Alors qu’Antoine ouvrait la bouche pour tenter de faire enfin disparaître cette gêne passagère, un jeune homme vint se positionner entre lui et son élève.
-Salut Lia ! Comment vas-tu ?
-Phil, grogna la jeune fille avec un sourire forcé. Bien, et toi ?
-Très bien !
-Tu n’es pas avec Will et Talli ? demanda aussitôt la jeune fille alors qu’Antoine envisageait avec sérieux de pousser le jeune Parkson dans le fossé tout proche si ce dernier osait à nouveau faire des avances à SA Lia.
-Tu n’es pas au courant ? rétorqua Phil en haussant les épaules.
-Au courant de quoi ?
-Will et Talli ont enfin trouvé le courage de s’avouer leurs sentiments respectifs, déclara-t-il. Du coup ils passent la plupart du temps à se regarder dans le blanc des yeux. Et je commence à en avoir assez de tenir la chandelle.
Lia jeta un œil vers les deux concernés pour noter qu’en effet ces derniers ne semblaient avoir pour seule préoccupation que ce qui se passait dans les yeux l’un de l’autre. Elle espérait toutefois qu’ils n’allaient pas trébucher en ne regardant pas où ils mettaient les pieds.
-Trouve-toi une copine, lui conseilla la jeune fille en échangeant un regard avec son tuteur qui semblait de plus en plus agacé.
-Et bien, justement, je me demandais…commença Phil avec hésitation.
-J’ai déjà quelqu’un, le coupa aussitôt Lia.
-Très bien ! Je vois ! Lâcha le jeune homme avec irritation. Fait-moi signe quand vous ne serez plus ensemble !
Sur ces dernières paroles, il se laissa dépasser par les deux amoureux pour atteindre Sophie, Anne et Marc qui couraient ensemble quelques mètres plus loin.
-Il va vraiment finir par lui arriver quelque chose, siffla Antoine avec colère.
- Seriez-vous jaloux, lieutenant Scott ? demanda Lia d’un air intéressé.
Les joues du lieutenant en question prirent une couleur rosées tandis qu’il détourna le regard.
-Lia, reprit-il avec hésitation, au sujet de ce qu’a dit Bruno, tout à l’heure.
-Je sais, lieutenant, répondit-elle avec un sourire. C’est déjà oublié.
-Tant mieux alors, fit aussitôt Scott avec bonne humeur.
Le reste du footing se passa sans incident notoire, Lia laissant finalement son tuteur prendre la tête pour aller courir avec Marc, Anne et Sophie, une fois qu’elle eut bien entendu vérifié que Phil ne les accompagnait plus.
-Que comptes-tu faire aujourd’hui ? demanda-t-elle à Antoine une fois qu’ils furent de retour dans leur cabine.
-Eh bien, j’espérais te faire visiter un peu le coin avant d’aller rejoindre notre logement, si tu n’y vois pas d’inconvénient, bien sûr, répondit le jeune homme en terminant avec application de faire son lit.
-Je n’y vois aucun inconvénient ! S’exclama Lia. Ce sera avec plaisir.
Souriant, Antoine se déplaça jusqu’à la jeune fille pour la prendre dans ses bras et lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Qu’attendons-nous pour y aller alors ? Souffla-t-il avant de l’embrasser à nouveau.
Quelques minutes plus tard, les deux amoureux cheminaient doucement dans le petit port, leurs affaires sur le dos, Lia écoutant avec attention Antoine lui détailler les différents bâtiments liés à l’histoire plus que chaotique de la cité.
-Cette maison doit probablement dater de la deuxième aire, nota-t-il lorsqu’ils s’arrêtèrent devant une façade aux murs fissurés. C’est d’ailleurs un miracle qu’elle tienne encore debout.
-Hé ! Retentit une voix alors qu’ils s’apprêtaient à reprendre la route, qu’est-ce que vous fichez devant chez moi ?
-Veuillez nous excusez monsieur, fit Antoine en se retournant. Je fais visiter la cité à mon élève, et votre maison a une architecture assez exceptionnelle. Nous nous apprêtions à repar….père ?
Sursautant, Lia tourna aussitôt la tête vers l’homme qui les avait interpelés. Ce dernier, vêtu de l’habit typique des pêcheurs de la région, semblaient avoisiner les 50 ans. Il était dans un état de saleté assez avancé et son vêtement semblait être rapiécé et recousu à plusieurs endroits, mais Lia reconnu avec aise les yeux bleus si caractéristiques de son tuteur.
Ce dernier ne semblait pas en mener bien large. Blanc comme un linge, il détaillait sans bouger l’homme face à eux. Les deux hommes se dévisagèrent pendant de longues secondes, le sourire goguenard du plus âgé contrastant avec l’air atterré de son fils. Respirant profondément, Antoine finit par se sortir de sa torpeur et agripper son vélo avant de se retourner.
-Viens Lia, siffla-t-il, il vaut mieux ne pas s’attarder ici.
-Alors, reprit l’homme avant que Lia n’ai pu obéir à son tuteur, on fuit à nouveau, Antoine ? Et moi qui croyais que les hommes du Hope étaient courageux ?
-Parce que tu penses que c’est de courage dont tu as fait preuve en battant un gamin de 5 ans ? Lâcha le lieutenant en se retournant pour faire face à son paternel. Tu me dégoutes !
-Antoine attends ! Laisse-moi t’expliquer ! Tenta l’homme en essayant de s’accrocher à la veste du lieutenant.
-Il n’y a rien à expliquer, rétorqua Antoine d’un ton calme. J’ai tiré un trait sur toi il y a des an-nées de cela. Je ne te considère même plus comme faisant partie de ma famille.
- Donne-moi une dernière chance. Je veux rattraper mes erreurs, connaître mes petits-enfants.
-Pour que tu les battes également ?
Antoine secoua la tête.
-Si j’ai un jour des enfants, je prendrais bien garde à ce qu’ils ne s’approchent jamais de toi.
Il échangea un bref regard avec Lia qui rougit imperceptiblement.
Antoine s’apprêtait à repartir lorsqu’il descendit à nouveau de son vélo.
-La seule chose que j’aimerai savoir, nota-t-il calmement, c’est ce qu’il est advenu de ma mère.
-Qu’est-ce que j’en sais, moi ? Ronchonna l’homme. Elle m’a quitté quand tu n’avais que 3 ans. Et puis, je ne vois pas en quoi la vie de cette garce pourrait t’intéresser.
-Réponds-moi, siffla Scott en le plaquant avec violence contre le mur.
-Lieutenant Scott ! s’exclama Lia en voyant la douleur s’inscrire sur le visage de l’homme.
-Laisse-moi faire, Lia, souffla Antoine. De toute façon, il ne fonctionne que par la violence.
-Scott ? S’exclama l’homme avec stupéfaction. C’est donc pour ça que je ne parvenais pas à te retrouver. Tu as changé de nom, petit salopiau !
Antoine, serrant les dents, se tourna à nouveau vers son père et sortit un canif de sa poche avant de le pointer vers la gorge de l’homme.
-Jamais je n’aurais gardé le nom d’un enfoiré comme toi ! murmura-t-il.
Il respira un grand coup, comme pour se calmer, puis reprit la parole.
-Je ne le répèterai pas une deuxième fois, père, siffla-t-il. Où est ma mère ?
-Elle s’est remariée avec un certain monsieur Norman, couina l’homme dans un murmure presque inaudible. Ils n’habitent pas à Tylan même, mais dans la campagne alentour.
-Norman ? Souffla Antoine avec stupéfaction, comme Sophie Norman ?
-Sûrement, répondit l’homme en haussant les épaules. Elle était encore assez jeune pour avoir d’autres enfants. Qui sait, tu as peut être quelques frères et sœurs, maintenant.
-Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ? demanda à nouveau Antoine. Tu m’as fait croire pendant toutes ces années qu’elle était morte !
-Pourquoi te l’aurais-je dit ? Pour que tu ailles la rejoindre ?
L’homme éclata de rire avant de gémir de douleur lorsqu’Antoine lui envoya un violent coup de pied dans le tibia gauche.
-Elle ne sait même pas que tu es vivant, Antoine, reprit-il avec un sourire. Elle est persuadé que tu es décédé à trois ans en te noyant dans la mer, tragique non ?
-Tu es fou, souffla Antoine alors que des larmes commençaient à couler sur ses joues.
Il cogna à nouveau l’homme contre le mur avant de le relâcher.
-Tu es complètement fou ! cria-t-il.
-Lieutenant ! s’exclama Lia en accourant à ses côtés. Antoine, calme-toi.
-Désolé Lia, souffla-t-il en passant une main sur son visage fatigué alors que des larmes conti-nuaient d’y couler. On ne peut rien faire pour lui. Il vaut mieux que nous y allions.
Ils enjambèrent à nouveau leur bicyclette.
-Adieu père, fit une dernière fois Antoine sans se retourner, menant Lia dans les petites rues de la ville portuaire.
Ils s’arrêtèrent à peine deux minutes plus tard. Antoine descendit de son vélo et la mena silen-cieusement vers une place déserte à partir de laquelle on pouvait observer l’océan. Posant son vélo sur le sol, il s’y laissa tomber en soupirant.
Il ne fallut que quelques secondes à Lia pour venir le rejoindre, se blottissant dans ses bras.
Il se passa de longues minutes de silence, pendant lesquelles Lia n’osant prendre la parole, laissant son tuteur se calmer.
-Je suis désolé Lia, finit-il par murmurer. Tu as dut me prendre pour une brute.
-Non ! s’exclama la jeune fille. Je comprendre tout à fait que tu sois énervé. Je crois…Je crois que je ressentirais la même chose si j’étais dans ta situation.
-Merci Lia, souffla-t-il. Tu…tu te rends compte que Sophie est peut être ma sœur ?
La jeune fille hocha la tête.
-Je suis sûre qu’elle sera heureuse d’avoir un frère aussi merveilleux que toi.
Antoine sourit.
-Antoine, souffla alors la jeune fille avec hésitation…Quel est ton vrai nom ?
Le jeune homme eut un sourire triste.
-Je me nomme Antoine Rémi Erwan Dobson. Scott est le nom de ma grand-mère paternelle, l’une des seules personnes m’ayant un tant soit peu aidé durant mon enfance.
Il soupira puis reprit d’une voix calme.
-J’avais déjà fugué lorsque j’ai été recruté. J’allais encore au lycée mais vivais depuis quelques mois chez les Bridge, les personnes chez qui nous allons loger. C’est mon tuteur, lors de mon entrée sur le Hope, qui m’a suggéré de changer mon patronyme.
-Pourquoi ne pas avoir pris le nom de jeune fille de ta mère ? Questionna Lia.
Il eut un rire sans joie, passant avec lassitude sa main sur sa figure.
-Pour la simple et bonne raison que je n’ai aucune idée de comment elle s’appelait avant d’épouser mon père. Je ne connais que son prénom : Emily. Emily Ellen Dobson. Enfin, je sup-pose que c’est plutôt Emily Ellen Norman, désormais. Je ne sais même pas si elle acceptera de me revoir. Je n’ai aucun moyen de prouver que je me nomme réellement Antoine Dobson.
-Je suis certaine qu’elle sera ravie de retrouver son fils, fit Lia en le regardant tendrement. Tu es quelqu’un d’exceptionnel, Antoine. Elle sera heureuse de te connaître.
Lui souriant avec tendresse, Antoine se pencha vers son élève et vint déposer avec douceur ses lèvres sur celles de la jeune fille qui répondit immédiatement au baiser. Les lèvres du jeune homme avaient encore le goût de ses larmes et, lorsqu’ils se séparèrent, Lia entreprit de lui embrasser le reste du visage.
-Lia, murmura simplement Scott avant de l’embrasser à nouveau avec passion.
Ce n’est que bien plus tard qu’ils reprirent la route. Antoine la guida à la limite de Tylan, s’arrêtant devant l’une des dernières maisons de la petite ville.
-C’est ici que vivent Aaron et Cassandra Bridge. Ils étaient mes anciens voisins. Lorsque j’ai été engagé sur le Hope, je leur ai fait part de mon intention de ne plus retourner chez mon père. Depuis, ils m’accueillent à chaque vacance.
Hochant la tête, Lia suivit son tuteur dans la petite allée. Avant même qu’ils n’eurent besoin de frapper à la porte, cette dernière s’ouvrit en grinçant sur une femme d’une cinquantaine d’année aux cheveux blonds comme les blés qui enlaça aussitôt le jeune homme.
-Antoine ! Tu es enfin revenu !
-Moi aussi tu m’as manqué, Cassandra, répondit-il avec un sourire en serrant la femme contre lui.
-Antoine ! s’exclama un homme en arrivant vers eux.
-Aaron, comment sont les récoltes, cette année ?
-Très bonnes ! Fit l’homme en donnant au lieutenant une accolade. Comment vas-tu ?
-Très bien, merci. J’ai quelqu’un à vous présenter.
Il fit signe à Lia s’approcher et, posant une main sur son épaule, il reprit la parole.
-Je vous présente Lia Shakeshift, qui nous viens de Cassydre et qui est en première année sur le Hope. Je suis son tuteur.
-Je suis ravie de vous connaître, déclara la jeune fille avec un sourire.
-Bienvenue chez nous, Lia ! s’exclama Cassandra en la serrant contre elle tandis qu’Aaron lui faisait un signe de tête.
-Je ne savais pas que tu avais l’intention d’avoir un mousse, Antoine, fit-il avec un sourire en serrant la main de la jeune fille.
-Si, rougit le lieutenant. J’ai dû oublier de vous en parler.
-Entrez donc ! fit Cassandra en entrainant Lia à l’intérieur, vous devez être fatigués.
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent tous les deux installé à la table des Bridge, un verre de limonade bien fraiche devant eux.
-Alors Lia, demanda Aaron en s’installant face à eux, je suppose que tu contrôles la même magie qu’Antoine ?
La jeune fille sursauta à ces propos et questionna son tuteur du regard.
Ce dernier lui sourit.
-Ils savent, ne t’inquiète pas, fit-il simplement.
-Oh...Très bien.
Elle se tourna à nouveau vers Aaron avec un sourire.
-Oui, je peux invoquer la magie verte. Mais…comment êtes-vous au courant ? Je croyais qu’on ne devait pas en parler à qui que ce soit ?
-Nous sommes tous les deux des anciens du Hope ! fit Cassandra en les rejoignant. C’est là que nous nous sommes rencontré. Aaron était en deuxième année lorsque je suis arrivé sur le vaisseau. Nous ne nous sommes plus jamais quitté.
-Quelle magie contrôlez-vous ? demanda la jeune fille avec intérêt.
-Cassy maitrise le feu, tandis que je préfère l’eau, expliqua Aaron en invoquant un peu de liquide dans sa paume.
-Un mélange un peu inhabituel, si je peux me permettre, nota Antoine avec humour.
-On ne t’a rien demandé, toi, le rabroua Cassandra en souriant.
Ce dernier sourit largement.
Ils passèrent les minutes suivantes à évoquer leur expérience sur le vaisseau, Aaron et Cassan-dra leur racontant avec une nostalgie palpable des anecdotes amusantes.
-Au fait, reprit Antoine après quelques secondes de silence, j’ai croisé mon père tout à l’heure.
Cassandra sursauta tandis qu’Aaron s’étrangla avec le thé qu’il était en train de boire. Lia, quant à elle, se contenta de regarder avec compassion le visage soucieux de son tuteur.
-Il m’a dit que ma mère était encore vivante. Il semblerait qu’elle se soit remariée.
Il leur raconta brièvement mais avec émotion leur entrevue, s’arrêtant de temps à autre pour respirer calmement et ainsi éviter de s’énerver contre son paternel.
-Que comptes-tu faire, Antoine ? Demanda Cassandra lorsqu’il se fut tut.
Durant son récit, elle s’était rapproché de lui, jusqu’à venir poser une main sur son bras, en signe de soutient.
-Je ne sais pas, admit le lieutenant dans un souffle. J’aimerai beaucoup revoir ma mère. Mais…cela fait si longtemps qu’elle est partie. Et elle ne sait même pas que je suis encore en vie. Elle ne voudra peut être pas me revoir.
-Balivernes ! s’exclama Cassandra. Je suis certaine qu’elle sera ravie de voir que son fils est toujours en vie et qu’il est devenu un magnifique jeune homme.
Antoine rougit mais reprit la parole.
-Mais, j’espère que vous vous rendez compte qu’il est fort probable que j’ai des demi -frères et sœurs ? Comment vont-ils réagir ?
-Arrête de te casser la tête pour si peu, Antoine, déclara Aaron avec calme. Va chez les Norman et demande si ta mère est là. Tu verras bien ce qu’ils te répondront.
-Mais…
-Je crois qu’ils ont raison, lieutenant, intervint Lia. C’est le meilleur moyen de voir si ce que votre père vous a dit est exact.
Ils échangèrent un sourire puis le jeune homme hocha la tête avec détermination.
-Très bien, déclara-t-il, j’irai les voir demain.
-Sage décision, grogna Aaron avant de se lever.
-Venez, vous deux, fit alors Cassandra, je vais vous montrer vos chambres.
Hochant la tête, Antoine et Lia se levèrent à leur tour et attrapèrent chacun leur sac contenant toutes leurs affaires avant de suivre Cassandra dans l’escalier menant à l’étage.
-Voilà, indiqua-t-elle. Antoine, tu auras ta chambre habituelle. Celle de Lia est juste en face. A moins que vous ne préfériez partager une seule et même chambre ?
Elle les dévisagea avec interrogation tandis que Lia questionnait son tuteur du regard. Elle aurait largement préféré dormir avec le jeune homme mais ignorait si ce dernier préférait ou non dévoiler leur relation à leurs hôtes.
-Heu…C'est-à-dire que…Je crois qu’il serait mieux que Lia et moi partagions une chambre, souffla Scott. Ça vous éviterait d’être réveillés par mes cauchemars. Lia est devenu experte quand il s’agit de me tirer d’un mauvais rêve.
-Très bien, fit Cassandra en les dévisageant tout de même avec suspicions. La deuxième chambre contient deux lits, vous n’aurez qu’à utiliser cette dernière. Installez-vous, je vais vous apporter des draps.
-merci, firent Lia et Antoine avant d’entrer dans la pièce.
Le jeune homme vérifia ensuite que leur hôtesse avait bien entreprit de descendre les escaliers avant d’attirer son élève contre lui pour l’embrasser doucement. Lia répondit aussitôt en passant ses doigts dans les cheveux de l’homme collé à elle. Ils se séparèrent quelques longues secondes plus tard.
-Je crois qu’il va falloir leur annoncer que l’on est ensemble, déclara Antoine le souffle court. Je ne pense pas pouvoir tenir une semaine entière sans pouvoir t’embrasser librement.
Lia rit doucement.
-Pourtant tu y arrive très bien sur le Hope.
-J’ai beaucoup de choses qui me tiennent occupés. Et tu n’es pas en permanence à mes côtés.
Il se pencha à nouveau vers elle pour effleurer ses lèvres.
-Voilà ! Je vous ai amené une paire de draps chacun ainsi que…oh.
Les deux amoureux sursautèrent et, sans pour autant de séparer, tournèrent tous les deux la tête vers la porte pour découvrir leur hôtesse qui les dévisageait avec un amusement non dissimulé.
-Cassandra…commença Antoine avec gêne.
-Alors c’est pour cela que vous préfériez dormir ensemble ! S’exclama-t-elle en souriant large-ment. Antoine, pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?
-Heu…je…, J’avais peur de ta réaction, avoua le jeune homme dans un souffle. Lia est mon élève, et…
-Pas de ça, Antoine, le coupa Cassandra, le principal est que vous soyez heureux. Aaron te diras la même chose.
-Merci, souffla Lia avec bonheur.
-De rien. Cela fait combien de temps ?
-Quelques mois, répondit Antoine. On est resté plutôt discret pour le moment. En fait, tu es la seule à être au courant.
-En tout cas, vous formez un très beau couple. Je vais vous laisser vous installer et voir ce que fait Aaron.
-Très bien, à tout à l’heure, Cassandra !
-Et ne faites pas de bêtises, tous les deux ! S’exclama-t-elle en sortant de la pièce.
Lia rougit furieusement mais Antoine se contenta de se pencher vers son élève pour l’embrasser à nouveau. Ils restèrent de longues minutes les lèvres collées, finissant par basculer sur le lit. Lorsqu’ils se séparèrent, Lia était allongée sur le dos avec son tuteur à califourchon au-dessus d’elle.
Ils s’observèrent pendant quelques secondes, le jeune homme basculant sur le côté pour venir s’allonger contre elle.
-Je suis heureux que toi sois ici avec moi, Lia, lui souffla-t-il à l’oreille tout en jouant distraite-ment avec ses cheveux.
-Moi aussi. Murmura la jeune fille en roulant sur le côté pour faire face à son tuteur.
Ils s’embrassèrent doucement, prolongeant avec plaisir le contact entre leurs lèvres.
-Il vaudrait mieux commencer à tout installer, déclara Antoine lorsqu’ils se séparèrent, sinon Cassandra va vraiment se demander ce que nous sommes en train de fabriquer.
Hochant la tête, Lia se sépara à regret de l’étreinte de son tuteur avant de déplier un drap et entreprendre de faire l’un des deux lits de la pièce. Elle sortit ensuite les quelques affaires qui leurs seraient utiles dans l’immédiat : quelques vêtements, une paire de chaussures de rechange, ainsi que sa guitare.
Lorsqu’ils eurent fini, ils rejoignirent leurs hôtes au rez-de-chaussée.
Le repas du midi se déroula dans une ambiance conviviale. Antoine et Aaron conversaient au sujet des nouvelles à travers le monde tandis que Lia écoutait Cassandra lui raconter ses années sur le Hope.
-Et sinon Lia, demanda à un moment la femme en face d’elle, tu ne nous as pas encore parlé de ta famille.
-Il n’y a pas grand-chose à dire, soupira cette dernière avec tristesse. Ma mère et mon frère me détestent et mon père est probablement mort.
-Je suis désolé, fit aussitôt son hôtesse. Je n’aurais pas dû aborder ce sujet-là.
-Il n’y a pas de mal, rétorqua la jeune fille. De toute façon, le Hope est comme une deuxième famille pour moi.
-Le Hope en partie, mais surtout notre cher Antoine, n’est-ce pas ? fit Cassandra avec un sourire.
Lia rougit et jeta un œil à son tuteur qui discutait toujours avec Aaron.
-En effet, murmura-t-elle. Je ne sais pas ce que je serai devenue si je n’avais pas été recrutée.
L’après-midi passa à une vitesse fulgurante, Lia passant le plus clair de son temps à discuter avec les Bridge avant d’aider Cassandra à préparer le diner.
Le soir même, une fois qu’ils eurent terminé le repas, la jeune fille se glissa à l’extérieur afin de rejoindre son tuteur qui observait déjà d’un air pensif le ciel rose de cette fin de journée.
-Antoine, souffla-t-elle pour faire connaître sa présence.
Ce dernier se retourna et l’accueillit avec un sourire.
-Lia.
Avançant jusqu’à lui, elle vint se blottir dans ses bras avant de se mettre sur la pointe des pieds pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Comment te sens-tu ? demanda-t-elle lorsqu’ils se séparèrent.
-Je ne sais pas exactement, avoua-t-il dans un souffle. Stressé, anxieux aussi. J’espère que tout se passera bien.
Hochant la tête, Lia se blottit un peu plus contre lui, observant avec calme le coucher de soleil.
Ils restèrent durant de longues minutes dans cette position, admirant l’astre terminer sa course, teignant le ciel d’une belle lueur rosée qui s’assombrit progressivement.
-Rentrons, souffla finalement Antoine alors qu’ils commençaient à ne plus voir clair.
Acquiesçant, la jeune fille le suivit à l’intérieur. Bien plus tard, c’est dans les bras de son tuteur, partageant finalement son lit, qu’elle finit par tomber dans les bras de Morphée, espérant que tout se passerait pour le mieux le lendemain matin.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:18

Chapitre 9


Le lendemain matin, c’est sous les lèvres aventureuses de son tuteur que Lia se réveilla. Elle sourit en notant que le jeune homme avait entreprit de lui redessiner le lobe de l’oreille gauche avec la langue tandis qu’il lui caressait doucement le dos. Fermant à nouveau les yeux, elle le laissa continuer, sentant peu à peu une douce chaleur l’envahir. Lorsqu’il descendit déposer ses lèvres dans le cou de la jeune fille, cette dernière ne put retenir un gémissement, sentant quelques secondes plus tard le sourire d’Antoine contre sa peau.
-Je savais bien que tu étais réveillée, souffla-t-il en remontant vers les lèvres de son élève pour les capturer en un baiser passionné.
-Hmm, murmura Lia lorsqu’ils se séparèrent, mais tu t’y prenais tellement bien…
Ils échangèrent un sourire avant de s’embrasser à nouveau.
-Qu’elle heure est-il ? demanda finalement la jeune fille.
-Bientôt huit heure. Il faudrait se lever si on veut aller courir.
Hochant la tête, Lia finit par se tirer du lit et attrapa quelques vêtements avant de se diriger vers la salle de bien attenante à leur chambre.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour se changer et, peu de temps après, après avoir salué Cassandra et Aaron, ils couraient côte à côte dans la fraicheur plaisante de ce début de journée.
-Lia ! Antoine !
Ils se retournèrent et sourirent en voyant Sophie ainsi que le lieutenant Miller venir à leur ren-contre.
Antoine grimaça légèrement en voyant la jeune fille mais leur décerna tout de même un sourire.
-Bruno, miss Norman, que faites-vous ici ? demanda-t-il d’une voix qui tremblait légèrement.
Le lieutenant Miller fronça les sourcils face à l’attitude de son meilleur ami.
-Notre footing, répondit-il néanmoins. Comme tous les matins. Sophie n’habite qu’à quelques minutes d’ici.
Hochant la tête, Antoine reprit sa course, les invitant silencieusement à le rejoindre.
Lia jeta alors un œil à son amie. Cette dernière ne semblait pas vraiment dans son assiette. Elle ne semblait plus vraiment vouloir quitter son tuteur, se contentant de le suivre de très près.
-Sophie, murmura-t-elle, tu vas bien ?
Sursautant, elle se tourna vers Lia avec un pâle sourire s’excuse.
-Pas tellement, souffla-t-elle. J’ai eu quelques soucis avec mes parents. Je n’ai pas tellement envie d’en parler.
-Ce n’est pas grave, la rassura Lia. J’espère que ça ira mieux.
-Je ne pense pas, répondit-elle en secouant la tête. Mais merci tout de même.
Ils coururent quelques minutes dans le silence le plus complet pendant une bonne demi-heure, faisant finalement demi-tour et s’arrêtant au croisement de deux chemins.
-Je crois qu’il vaut mieux que nous fassions une pause, annonça Antoine en s’asseyant sur le sol. J’ai quelque chose à vous dire.
Voyant où son tuteur voulait en venir, Lia prit place à ses côtés, très vite imitée par Bruno et son élève.
-Qu’ a-t-il, Antoine, demanda aussitôt le jeune homme ? Ce n’est pas quelque chose de grave au moins ?
Ce dernier grimaça à nouveau.
-ça dépend pour qui, je suppose, avoua-t-il dans un souffle.
Il fit une pause de quelques secondes avant de reprendre la parole.
-J’aimerais tout d’abord que vous me promettiez de ne répéter à personne ce que je vais vous raconter.
-Bien sûr Antoine, rétorqua aussitôt Bruno, tu sais que tu peux me faire confiance.
Le lieutenant Scott se tourna alors que les deux jeunes filles qui hochèrent à leur tour la tête.
-Très bien, reprit-il. Je n’ai pas été tout à fait honnête avec vous et je vous demanderais de ne pas me juger par rapport à cela. Je ne suis pas né sous le nom de Scott. En réalité, je me nomme Antoine Dobson…
Il leur raconta brièvement son changement de nom, ses problèmes avec sa famille (surtout pour Sophie qui n’était pas du tout au courant), ainsi que l’entrevue plutôt musclée qu’il avait eu avec son père la veille.
-Sophie, finit-il par murmurer d’un ton calme, quel est le nom de ta mère ?
Cette dernière avait écouté sans un mot toute l’histoire de l’homme face à elle, son cœur se serrant de plus en plus au fur et à mesure qu’il leur narrait son enfance. Elle avait senti son cœur manquer un battement quand il avait abordé le sujet de sa mère. Lorsqu’il s’était tut, la jeune fille était d’une pâleur mortelle, le dévisageant néanmoins avec calme.
-Emily Norman, souffla-t-elle les larmes aux yeux.
-Emily Ellen Norman ? demanda-t-il à nouveau d’une voix faible.
La jeune fille ne put que hocher la tête avant de venir se blottir dans les bras d’Antoine qui la serra aussitôt contre lui, des larmes coulant sur son beau visage.
-Grand frère, souffla Sophie contre son torse.
-Je suis là, Sophie, murmura-t-il en la berçant doucement contre lui.
Ils restèrent quelques minutes dans cette position, le temps pour eux d’assimiler vraiment ce qu’ils venaient d’apprendre. Cependant, Sophie finit se séparer de lui, le rouge aux joues.
-Il faut que tu…pardon lieutenant, que vous veniez chez moi ! J’ai besoin de votre aide ! S’exclama-t-elle en retournant s’assoir près du lieutenant Miller.
-j’avais prévu de passer, affirma Scott en fronçant les sourcils. Mais en quoi pourrais-je t’aider ? Et tutoie-moi, s’il te plait.
-As-tu déjà entendu parler des Earl, Antoine ? Intervint Bruno.
-Bien sûr ! Répondit le jeune homme. Ce sont les descendants des derniers rois d’Arietis, pro-vince qui rassemblait autrefois de nombreux ports tels que Cassydre, Tylan ou Yad et qui s’étendait assez loin dans les terres. Mais je croyais que cette branche s’était éteinte avec la mort de Karl Earl lors des grandes guerres ?
-Et non, reprit Miller. Figure-toi que Karl avait des descendants. Deux filles pour être exact. La première ne dépassa pas dix-huit ans et mourut sans pouvoir engendrer d’héritier. Néanmoins, la seconde, une certaine Ellen Earl, se maria avec Deneb Elder, un ancien et très célèbre…
-Mage du Hope, le coupa Antoine, je sais. Viens-en au fait, Bruno.
-Ce qui est intéressant, dans l’histoire, reprit le jeune homme, c’est que la lignée perdura uni-quement grâce à des filles, les héritiers masculins ne parvenant jamais à l’âge adulte. La der-nière héritière en date, une très belle jeune femme nommée Emily vint pour sa part s’installer à Tylan et épousa un marchand du nom de Remi Dobson.
Antoine pâli brusquement et ouvrit la bouche pour répondre, mais Bruno continua.
-Malheureusement pour eux, leur fils mourut très jeune, de noyade d’après les croyances locales. Emily, après de nombreuses disputes avec son mari et juste après la mort de son fils, finit par le quitter, pour épouser quelques mois plus tard un certain Clarence Norman, et donner naissance quelques années après à Sophie Norman ici présente.
-Mais…mais, balbutia Antoine qui se sentait de plus en plus perdu.
-Laisse-moi finir, Antoine ! reprit Bruno en levant la main. Le problème, c’est que cette famille a tellement eut du mal à avoir Sophie, qui est leur unique héritière, qu’ils souhaiteraient qu’elle se marie le plus tôt possible, c'est-à-dire lors de ses dix-neuf ans.
-Heureusement que j’ai été engagée sur le Hope, grogna la principale concernée à mi-voix, sinon je serais déjà fiancée.
-J’imagine qu’ils n’ont pas été particulièrement heureux qu’elle soit recrutée, intervint Antoine en soupirant.
-Pas du tout, non, reprit Miller. Et maintenant ils veulent l’obliger à choisir un fiancé. Quelqu’un de bonne famille, de préférence.
-Et qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ? grogna Scott qui ne voyait pas vraiment où son meilleur ami voulait en venir.
-C’est simple, reprit Bruno. Depuis quelques années, de nombreux jeunes gens se présentent chez les Normans, déclarant qu’ils se nomment Antoine Dobson, le fils perdu d’Emily. Il faut savoir qu’il y a une sacré somme en jeux là-dedans. L’héritier sera sacrément riche.
-Et si je me fiche de l’argent ? demanda Antoine en haussant un sourcil.
-Là n’est pas la question, continua son ami. Si tu reprends enfin ta place en tant qu’héritier, ils laisseront Sophie tranquille car ils seront certains d’avoir un héritier mâle en vie et en pleine forme.
-Et ils m’enfermeront dans leur manoir sans que je puisse retourner sur le vaisseau ? demanda le jeune homme avec un rire sans joie, non merci.
-Peut être que tu pourrais essayer de négocier avec eux ? fit Sophie avec espoir. Père et Mère ne sont pas bien méchants. Ils veulent juste s’assurer que la lignée continuera.
-Sophie…soupira Antoine.
-S’il te plait ! Continua-t-elle. Je t’en supplie !
Soupirant, Antoine se prit un moment la tête dans les mains, réfléchissant intensément à ce qu’il allait faire.
-Qu’en pense-tu, Lia ? Finit-il par murmurer à l’intention de la jeune fille qui était resté silen-cieuse jusque-là.
-Je ne sais pas, répondit-elle aussitôt. Je n’ai pas envie de vous perdre, mais…Je ne peux vous empêcher de retrouver votre mère. Vous devez sûrement beaucoup lui manquer.
-Je t’ai déjà dit de me tutoyer, marmonna Antoine à mi-voix, toujours plongé dans ses pensées.
Lia rougit sous le regard inquisiteur du lieutenant Miller.
-Elle te tutoie maintenant, Antoine ? demanda-t-il aussitôt. Et tu oses encore affirmer que vous n’êtes pas ensemble ?
Relevant en quatrième vitesse la tête, le jeune homme sembla se rendre compte de son lapsus car il rougit jusqu’aux oreilles.
-Je…commença-t-il avec hésitation.
Puis il soupira largement avant de prendre la main de son élève dans la sienne.
-Très bien, avoua-t-il dans un souffle. Je capitule.
Comme pour appuyer ses propos, il se pencha vers la jeune fille et vint effleurer ses lèvres en un doux baiser. Ils restèrent collés l’un contre l’autre quelques secondes avant de se séparer sous les sifflements du lieutenant Miller.
-Félicitation ! S’exclama-t-il avec excitation. Je savais bien que vous étiez ensemble !
-Mais oui, Bruno, soupira Antoine d’un air blasé.
Lia, rougissant furieusement, se contenta d’échanger un sourire timide avec Sophie qui, étran-gement, dévisagea ensuite le lieutenant Miller avec intensité. Et ce, pendant de longues se-condes. Lia fronça aussitôt les sourcils : se pourrait-il qu’elle aussi…
-Mais cela ne résous toujours pas notre problème, reprit Bruno avec sérieux. Que comptes-tu faire, Antoine ?
-Je…
Il hésita quelques secondes avant de prendre à nouveau la parole.
-Je crois que je vais aller les voir. Peu importe ce qu’il se passera ensuite. Je veux revoir ma mère.
Les quatre amis échangèrent un regard entendu avant de se lever. Ils se donnèrent rendez-vous au même endroit une heure plus tard, le temps pour chacun de prendre une bonne douche et d’être plus présentables.
-Cela te dérange-t-il que Bruno soit au courant de notre relation ? demanda Antoine à Lia alors qu’ils retournaient en courant vers le cottage des Bridge.
-Non, avoua la jeune fille. C’est ton meilleur ami. C’est tout à fait normal qu’il soit au courant. Et puis, il va bien falloir dévoiler notre relation un jour ou l’autre au reste de l’équipage.
-Je sais, soupira le lieutenant. Mais pas tout de suite. J’aime assez l’idée de garder cela secret.
-Moi aussi. Souffla Lia en souriant.
Ils restèrent silencieux quelques minutes avant que Lia ne reprenne la parole.
-Est-ce que ça va ? murmura-t-elle en détaillant le visage soucieux de son tuteur.
-Je ne sais pas, répondit-il. Cela fait beaucoup de révélation en à peine 48 heures. J’ai un peu du mal à encaisser tout cela.
La jeune fille hocha la tête avec compréhension.
-Je comprends, fit-elle avec un sourire. Je suis là si tu as besoin d’en parler.
-Merci Lia, répondit-il avant de lui coller un baiser sur la joue.
Une heure plus tard, c’est lavés et en uniforme qu’ils rejoignirent enfin le point de rendez-vous. Bruno et Sophie, appuyés contre le piquet directionnel, les attendaient déjà.
Ils n’avaient pu voir Cassandra et Aaron qu’en coup de vent, ne les informant pas en détail de la situation mais leur promettant de tout leur expliquer à leur retour.
-Vous voilà enfin, fit Bruno en se redressant. J’ai bien cru que Sophie allait nous faire une crise d’angoisse ou une syncope avant que vous n’arriviez.
-Même pas vrai, lieutenant, grogna la jeune fille en rougissant.
Lia pu néanmoins remarquer que le visage de son amie était bien plus pâle que d’ordinaire et que ses mains tremblaient légèrement.
-Bon, et bien je suppose qu’il ne nous reste plus qu’à y aller, intervint Antoine qui avait revêtu son uniforme officiel.
Hochant la tête, le lieutenant Miller, lui aussi en uniforme, leur fit signe de le suivre.
-Ce n’est qu’à environ vingt minutes à pied d’ici, indiqua-t-il alors qu’ils se mettaient en route. Marcher nous fera du bien.
Antoine acquiesça, sentant en effet le vent frai fouettant son visage aider à dénouer le nœud dans son estomac.
Marchant dans un silence confortable, ils cheminèrent à un rythme lent, Lia admirant au pas-sage le paysage. Ce ne fut qu’au bout d’une vingtaine de minutes qu’ils commencèrent à aper-cevoir ce que Lia prit tout d’abord pour un château mais qui se révéla ensuite être une immense bâtisse.
L’édifice, s’étendant sur un périmètre assez large, fait des pierres blanches si caractéristiques de la région, dominait majestueusement les alentours.
-Impressionnant, souffla Antoine avec stupéfaction. Mais il y a quelque chose que je ne com-prends pas. Je suis passé par cet endroit des centaines de fois en étant gamin, et je ne me souviens pas d’une telle bâtisse.
-Charme de protection, apparemment, lui répondit Bruno. Il semblerait qu’un de tes ancêtres pouvant contrôler la magie ai fait en sorte que seules les personnes connaissant l’existence de la bâtisse puissent la voir. C’est assez ingénieux quand on y réfléchit. Ça permet vraiment de se mettre hors de portée de tous les curieux.
Scott hocha la tête avec compréhension.
-C’est assez impressionnant, nota Lia toujours en admiration devant le bâtiment.
Elle se tourna vers Sophie qui ne semblait pas aussi enthousiasmé.
- Tu as passé toute ton enfance ici ? demanda-t-elle à son amie.
Sophie hocha la tête.
-Oui. Je connais le bâtiment comme ma poche. Mais c’est assez ennuyant d’habiter ici. Je ne peux faire un pas sans avoir quelqu’un surveillant ce que je fais. Les voilà qui arrivent, d’ailleurs.
En effet, deux hommes venaient à leur rencontre, parcourant la grande allée menant jusqu’à l’entrée du propriétaire. Les deux hommes, tous les deux vêtus d’un uniforme aux armoiries de la famille de Sophie, se précipitèrent aussitôt vers la jeune fille.
-Sophie ! S’exclama le plus âge d’entre eux. Où étais-tu ? Ta mère t’a cherché partout !
-Je l’avais prévenu hier soir que je devais faire un footing le matin, Edgard. Je suis revenue ensuite remettre des vêtements plus appropriés avant d’aller retrouver une amie et son tuteur.
-Voyons Sophie, rétorqua le jeune homme aux cheveux châtain qui accompagnait le plus âgé, ton père t’avait pourtant conseillé de ne pas sortir.
La jeune fille soupira.
-Il ne me l’avait pas ordonné, Charles. Et puis, j’ai le droit d’aller prendre l’air de temps en temps, non ?
-Mais, intervint Edgard, en tant que seule héritière…
-Justement, le coupa la jeune fille, il faut que je parle à père et à mère à ce sujet. Pouvez-vous me conduire à eux ?
-Bien entendu, répondit Charles qui se tourna ensuite vers Antoine et Lia qu’il dévisagea avec suspicion. Mais qui sont ces gens ?
-Le lieutenant Antoine Scott et son mousse Lia Shakeshift, fit Sophie en soupirant à nouveau. Ne vous inquiétez pas, ils ne sont pas dangereux. Je veux juste les présenter à mes parents.
-Bien, suivez nous, fit Charles après avoir jeté un regard noir au lieutenant Miller qui avait étouffé un éclat de rire.
Ce dernier levant les mains en signe d’innocence avant de suivre les autres.
Les deux domestiques les escortèrent jusqu’à la porte de la bâtisse qu’ils ouvrirent dans un grincement, avant de les mener dans de nombreux corridors. Lia perdit vite le compte du nombre de couloirs qu’ils traversèrent et se contenta d’admirer les tapisseries et peintures en tout genre accrochées aux murs.
-C’est magnifique, n’est-ce pas ? Lui chuchota Antoine à son oreille alors qu’ils passaient devant une peinture représentant le Hope dans toute sa splendeur.
-En effet, répondit la jeune fille. Mais comment se fait-il que des tableaux de ce genre existent ? Je croyais qu’on ne devait pas dévoiler notre existence ?
-Toutes les personnes habitant ici sont au courant de l’existence de la magie, miss Shakeshift, fit alors Edgard. Seuls les enfants ne connaissent pas les secrets. La jeune Sophie par exemple ignorait complètement l’existence de la magie avant d’intégrer le Hope. Ma famille est au service des descendants des Earl depuis des générations. Avant de commencer à les servir, nous jurons de ne pas révéler leurs secrets. Dans le cas contraire, la sanction serait la peine capitale.
Lia tressaillit légèrement, se calmant lorsque son tuteur prit sa main dans la sienne, lui envoyant une décharge de magie qui la relaxa instantanément.
-Nous y voilà ! Annonça le vieil homme alors qu’ils débouchaient devant une large porte qu’il ouvrit aussitôt.
Lia jeta un œil à son tuteur, lequel se recoiffa brièvement avant de prendre une longue inspiration.
-ça va ? Chuchota-t-elle aussitôt.
-ça ira, lui répondit-il dans un souffle.
Il resserra néanmoins la pression de sa main sur celle de la jeune fille, tressaillant lorsque Lia lui envoya un peu de son pouvoir.
Le passage s’ouvrit en un long grincement et, ignorant le commentaire de Bruno sur le fait que les portes auraient besoin d’être huilé, Charles leur fit signe d’avancer.
-Monsieur et Madame Norman sont dans le petit salon. Ils vous attendent.
Hochant la tête d’un air exaspéré, Sophie avança, faisant signe à ses compagnons de la suivre.
Ils pénétrèrent dans une sorte de hall qu’ils contournèrent aussitôt, se dirigeant vers un passage que Lia n’avait pas remarqué au premier abord. L’entrée, dissimulée sous un escalier, les mena dans une petite pièce aux murs bleus dans laquelle étaient disposé plusieurs fauteuils et canapés. Un couple d’une quarantaine d’années étaient déjà présent et relevèrent la tête de leur journal lorsqu’ils entrèrent. L’homme, d’une carrure assez imposante, avait les mêmes cheveux noirs que Sophie et des yeux bruns inquisiteurs qui les dévisagèrent aussitôt. Lia sursauta lorsqu’elle se tourna vers la femme. Elle reconnut immédiatement sur son beau visage les traits fins caractéristiques de son tuteur. Elle avait également les mêmes cheveux bruns qu’Antoine, lequel qui la détaillait avec une intensité peu coutumière.
-Sophie, fit-elle en se levant, lieutenant Miller.
-Madame Norman, Monsieur Norman, répondit Bruno en s’inclinant légèrement. Comment allez-vous en cette belle matinée ?
-Bien, bien, répondit l’homme d’un ton bourru. Qui sont les jeunes gens vous accompagnant ?
Sophie, se tournant vers Antoine et Lia, prit alors la parole.
-Père, mère, je vous présente Lia Shakeshift, une de mes camarades de classe sur le Hope.
Lia s’inclina légèrement en saluant les deux personnes qui lui souhaitèrent aussitôt la bienvenue.
-Qui êtes-vous, jeune homme ? Intervint Mme Norman alors que Sophie ouvrait la bouche pour présenter le lieutenant. J’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part.
-Je me nomme Antoine Scott, répondit Antoine d’une voix douce avec une légère inclinaison de la tête, je suis le tuteur de Lia sur le Hope.
La femme fronça les sourcils, détaillant avec attention le visage de l’homme devant elle.
-Lieutenant, intervint Sophie, il vaudrait peut être mieux lui dire votre vrai nom.
Le jeune homme se baissa la tête d’un air coupable tandis que le couple Norman le dévisageait avec suspicion.
-De quoi Sophie parle-t-elle, jeune homme ? demanda Mr Norman. Vous n’essayez pas de nous mentir, tout de même ?
-Je n’ai pas menti, reprit Antoine avec hésitation. Mon nom actuel est Antoine Scott. Cependant, je suis né sous le nom d’Antoine Dobson.
Mr Norman se leva aussitôt de son fauteuil, ses yeux étincelants de colère tandis que Mme Dobson lâchait une exclamation de surprise.
-Je croyais avoir bien fait comprendre aux imposteurs dans votre genre de ne plus revenir ici ! S’exclama-t-il en avançant vers Antoine.
-Je ne suis pas un imposteur, répondit ce dernier avec calme. Ecoutez, je ne sais pas com-ment...Mais je ferai n’importe quoi pour vous prouver que ce que j’avance est exact.
-Quel est le nom de votre père ? Intervint alors la femme en le dévisageant d’un regard inquisiteur.
-Remi Dobson. Remi Alan Dobson, fit le jeune homme dans un souffle.
-Quel âge avez-vous ?
-J’ai eu 25 ans le 18 mars dernier.
-Comment se nomme votre mère ? Continua Mme Norman d’un ton neutre.
-Emily Ellen Dobson. Je ne connais pas son nom de jeune fille, avoua le lieutenant en baissant les yeux.
-Antoine, souffla Mme Norman en se rapprochant de lui.
Mais elle fut aussitôt arrêtée par son mari.
-Attend, fit-il avec sérieux. Cela ne prouve pas qu’il soit réellement ton fils. Il pourrait simple-ment avoir mené sa petite enquête avant de venir ici.
-Père ! s’exclama alors Sophie. Le lieutenant Scott ne ferait jamais une chose pareille !
-je comprends vos réticences, monsieur Norman, intervint Antoine. Que pourrais-je faire pour vous prouver que ce que j’avance est exact ?
-Retirez votre veste et votre chemise, fit Mme Norman dans un souffle.
-je vous demande pardon ? Balbutia aussitôt le jeune homme.
-Faites ce qu’elle vous dit, lâcha Mr Norman avec irritation.
Hochant la tête, Antoine se débarrassa de sa veste d’uniforme, qu’il tendit à son élève, avant de commencer à déboutonner sa chemise. Lia rougit mais ne détourna point le regard tandis qu’il retirait son vêtement. Elle attrapa ce dernier dans ses mains et étouffa une exclamation de surprise en découvrant les cicatrices ornant le dos de son tuteur. Cicatrices qu’elle n’avait pas vraiment remarquées lorsqu’ils s’étaient baignés quelques jours plus tôt à Yad.
-Lieutenant…souffla-t-elle.
-Ce n’est rien, Lia, murmura-t-il en se retournant pour lui sourire doucement. Ce ne sont que de vieilles blessures.
La jeune fille grimaça néanmoins, notant avec un certain malaise que certaines de ses cicatrices étaient semblables à celles gravées sur son propre corps.
-Tournez-vous, monsieur Scott et mettez-vous à genoux, demanda Mme Norman à Antoine qui se mit aussitôt dos à elle.
Il grimaça alors qu’elle effleura d’une main une cicatrice qui était encore rougie.
-Comment vous êtes-vous fait cela ? demanda-t-elle d’une voix troublée.
-Je…
Antoine hésita quelques secondes avant de reprendre la parole.
-Mon père m’a battu durant toute mon enfance, souffla-t-il en baissant la tête.
-Mon dieu ! s’exclama Mr Norman en le dévisageant avec stupéfaction. Je suppose que vous l’avez fait emprisonner pour cela, n’est-ce pas ?
Antoine secoua la tête, se mordant avec trouble la lèvre inférieure.
-j’ai fugué dès mes 17 ans. Je ne l’ai plus revu durant de longues années…jusqu’à ce que je le croise par hasard, hier, dans les rues de Tylan. C’est là qu’il m’a appris que ma mère était encore en vie. Je la croyais morte depuis des années.
-Si vous êtes réellement mon fils, lieutenant, murmura Mme Norman d’une voix songeuse, je peux vous assurer que je vous ai également cru mort.
- Comment allez-vous déterminer cela ? demanda Antoine en grimaçant, n’appréciant que très peu que ses cicatrices soient exposées à la vue de tous.
-Avec la magie, répondit la femme en souriant.
-Très bien, fit Scott en hochant la tête.
-Cela risque de ne pas être très agréable, le prévint-elle avant de poser sa main droite sur la nuque du jeune homme.
-Allez-y, grogna-t-il avant de se courber quelques secondes plus tard sous la douleur alors que la main d’Emily Norman brillait d’une vive lueur rouge.
Gémissant, il se courba sous la souffrance, se sentant comme transpercé par des milliers de petites aiguilles. Son dos et son torse le faisaient atrocement souffrir. Il releva brièvement la tête, les yeux voilés, pour voir que son élève ne semblait pas être en meilleur état que lui. La jeune fille avait assisté au début de la démonstration de magie de la mère de Sophie sans un mot. Mais, alors que son tuteur commençait à se tordre de douleur sur le sol devant elle, elle avait ressenti à son tour des picotements dans le haut du dos qui s’étaient vite transformés en une vive brûlure qui se propagea en quelques secondes sur le reste de son corps.
Tombant à genoux, elle se prit la tête entre les mains, se mordant la lèvre pour ne pas hurler de douleur.
-Lia !
Relevant légèrement la tête, elle croisa le regard voilé de son tuteur qui gémit quelques se-condes plus tard alors qu’une nouvelle vague de magie le traversait.
-Que…se passe…t-il ? Parvint-t-elle à murmurer avant de lâcher un cri de douleur.
Elle entendit des voix au lointain crier son nom et sentit des mains essayer de la relever. Mais elle ne pouvait se résoudre à les écouter. Elle ne parvenait pas à se détacher des prunelles bleues de son tuteur. Ce dernier semblait d’ailleurs dans un état de léthargie semblable à celui de son élève. La douleur, brouillant ses sens, ne lui permettait plus que de se concentrer sur les pupilles de la jeune fille agenouillée face à lui.
-Lia, gémit-il à nouveau.
Tendant la main avec difficulté, il finit par agripper avec force celle de sa petite amie, s’accrochant à elle comme à une bouée de sauvetage.
Aussitôt, leurs paumes liées, ainsi que le pendentif en forme de trèfle taillé dans de la malachite attaché au coup du jeune homme se mirent à briller d’une vive lueur verte, d’une intensité croissante, éblouissant peu à peu les personnes présentes.
Au fur et à mesure que la lueur gagnait en puissance, Lia sentait la douleur diminuer puis dispa-raître complètement de son corps. Clignant des yeux, elle échangea un regard hagard avec son tuteur avant de s’avancer à quatre pattes pour franchir les quelques centimètres les séparant et venir se blottir dans ses bras, les mains toujours liées.
La serrant contre lui, Antoine lui déposait un baiser dans les cheveux puis sur la joue avant de descendre plus bas, caressant de ses lèvres le cou de la jeune fille, le souffle court. Il avait l’impression d’avoir couru des kilomètres. La magie de Mme Norman l’avait tellement fait souffrir qu’il était tout bonnement exténué. Des larmes de fatigue commencèrent à couler sur son visage avant même qu’il ne pense à les retenir. Enfouissant son visage dans le creux de l’épaule de son élève, il la sentit sangloter à son tour.
-Lia, murmura-t-il doucement. Lia, tout va bien. Je suis là…
-Que s’est-il passé? Fit Sophie avec interrogation alors que la lueur émanant des paumes des deux jeunes gens perdait en intensité.
Elle avait assisté sans un mot à la souffrance de ses deux amis, étant repoussée par son père lorsqu’elle avait tenté d’intervenir.
-Je l’ignore, souffla Bruno à côté d’elle. Je n’avais jamais assisté à un tel phénomène auparavant.
Le jeune homme fixait d’un air troublé son meilleur ami sur le sol devant eux. Jamais il n’avait vu une telle expression de douleur sur le visage de ce dernier. De plus, il ne comprenait pas comment Lia avait pu être affectée à un tel point alors qu’elle n’avait pas été en contact direct avec la magie de la mère de Sophie. Et puis, cette lueur verte restait un véritable mystère.
Il sourit faiblement en voyant le professeur et l’élève dans les bras l’un de l’autre, s’étreignant comme si leur vie en dépendait. Il était heureux qu’Antoine ai enfin trouvé quelqu’un pour partager sa vie. Son ami avait été seul trop longtemps.
Antoine soupira de soulagement en sentant la main de Mme Norman se décoller de sa peau. La chaleur toujours présente sur son dos s’éteint alors brusquement, laissant place à l’air frai de la pièce.
Sans pour autant lâcher son élève qui était toujours en train de se remettre de cette expérience plus que troublante, il releva le regard pour rencontrer les prunelles vertes de Bruno le détailler avec inquiétude. Il lui fit un sourire fatigué avant de reporter son attention sur la jeune fille toujours dans ses bras.
-ça va ? Lui chuchota-t-il à l’oreille.
Hochant faiblement la tête, Lia se décolla de lui pour rester toutefois assise à ses côtés. Il la vit néanmoins froncer les sourcils.
-Antoine, souffla-t-elle en rougissant, tu as quelque chose sur ton torse.
-Oh ? Le jeune homme baissa la tête et nota en effet qu’une inscription se dessinait désormais sur sa peau, juste au-dessus de son cœur.
-Montrez-moi ! fit aussitôt monsieur Norman en s’abaissant pour se mettre à sa hauteur.
Se redressant légèrement, Antoine grimaça lorsque l’homme lui effleura son torse à l’endroit même où la marque s’était formée. C’était douloureux. Et pourtant, il n’avait rien ressentit de particulier lorsque, quelques minutes plus tôt, Lia s’était appuyé contre lui. Rien. A part une douce chaleur, et une sensation étrange de plénitude. Il échangea un bref regard avec la jeune fille qui semblait encore un peu sonnée mais tentait de se relever avec maladresse. Il ouvrit la bouche pour lui demander si tout allait bien mais fut coupé par l’exclamation de surprise de l’homme face à lui.
-Monsieur Norman ? fit-il aussitôt avec interrogation.
Mais l’homme ne sembla pas l’entendre. Se relevant aussitôt, il se dirigea vers sa femme qui semblait attendre avec impatience son verdict.
-Nous l’avons enfin trouvé, Emily ! S’exclama-t-il avec une excitation non contenue. Il disait vrai !
Fronçant les sourcils, Antoine se releva avec difficulté et fut aussitôt entrainé dans une étreinte à couper le souffle par Mme Norman.
-Mme Norman ? Souffla-t-il d’un air perdu tandis que la femme pleurait à chaude larmes sur son épaule.
-Mon bébé, haleta-t-elle en lui caressant le visage, Antoine. Je t’ai enfin retrouvé…Oh mon dieu !
Elle se remit à nouveau à pleurer, laissant à Antoine le temps d’assimiler peu à peu ses paroles alors qu’il lui donnait de légères tapes dans le dos dans le but de la rassurer.
-Alors…balbutia-t-il sans vraiment trop y croire. Vous…vous êtes vraiment…ma mère ?
Il avait murmuré le dernier mot dans un souffle, dévisageant cette femme qui lui ressemblait tellement. Trop pour que ce ne soit qu’une simple coïncidence.
-Tutoie moi, je t’en prie, souffla-t-elle en se détachant de lui. Et, oui, je suis ta mère, Antoine. La marque que tu as sur ton torse est l’emblème des Earl.
Elle caressa du bout des doigts le tatouage sur le torse de son fils qui grimaça sous la douleur. Le dessin représentait un trèfle à quatre feuilles au centre duquel se trouvait un E magnifiquement calligraphié.
-Désolé, reprit-elle. Je sais que cela peut être désagréable au début. Je m’excuse d’ailleurs de t’avoir fait tant souffrir, tout à l’heure, mais j’avais besoin de retirer les barrières empêchant la révélation de cette marque. Je t’ai enfin retrouvé, mon fils…
S’en fut trop pour le jeune homme, trop d’émotions et de révélations d’un seul coup. Ne parvenant même pas à garder une attitude correcte, il serra sa mère contre lui, fondant aussitôt en larme dans ses bras.
-Mère, murmura-t-il en l’étreignant avec force. Tu m’as manqué. Tu m’as tellement manqué.
-Toi aussi, Antoine, répondit-elle avec émotion. Toi aussi.
-J’ai vraiment cru ne jamais pouvoir te connaître, continua-t-il dans un murmure à peine audible. J’étais tellement jeune lorsque tu es partie. Je ne me souvenais même plus de ton visage.
-Je suis désolé, Antoine, répondit-elle alors que des larmes coulaient à nouveau sur son beau visage. Ton père m’avait assuré que tu étais mort. Je t’ai cherché pendant plusieurs jours, mais n’ai pas pu retrouver ta trace. Où étais-tu ?
-Je ne me souviens pas vraiment de cette période, fit-il d’un air songeur. J’étais bien trop jeune. Peut-être m’avait-il laissé chez un de ses amis…Ou bien…
Il ferma les yeux, semblant se remémorer de douloureux souvenirs avant de rouvrir ses pau-pières.
-Antoine ? fit Emily avec inquiétude.
-Il est possible que j’aie été enfermé durant tout ce temps dans la cave, répondit-il en baissant les yeux. C’était là qu’il me mettait lorsque je devenais trop encombrant pour lui.
La mère et le fils échangèrent un autre regard plein de regrets.
-Je suis désolé, Antoine, murmura-t-elle finalement. J’aurais dû dès le départ t’emmener loin de lui. Je suis persuadé qu’il attendait ta majorité pour pouvoir récupérer l’argent des Earls.
-Mon père était au courant de mes origines ? fit le jeune homme avec stupéfaction.
Emily hocha la tête d’un air coupable.
-Je lui ai tout avoué avant notre mariage. Il ignore toutefois l’existence de la magie. Je suppose qu’il m’a épousé simplement pour mon argent. J’ai été si idiote ! J’aurais dû voir depuis le début qu’il n’y avait que cela qui l’intéressait.
-J’aimerais qu’on arrête de parler de lui, rétorqua Antoine avec calme. Je ne le considère plus comme faisant partie de ma famille.
Hochant la tête avec compréhension, Emily s’apprêtait à se tourner vers son mari et sa fille lorsque le jeune lieutenant chancela violement.
-Antoine !
Mais ce dernier ne l’entendit pas. Il était à bout de force. La démonstration de magie de sa mère l’avait épuisé bien plus qu’il ne voudrait l’admettre, et il avait utilisé ses dernières forces pour se relever ensuite. Fermant les yeux, il sentit les ténèbres l’envahir tandis qu’il basculait en avant. Au même moment, Lia perdait connaissance dans les bras du lieutenant Miller.

Un léger brouhaha puis une caresse sur le visage lui firent reprendre connaissance. Emergeant peu à peu du sommeil profond dans lequel il était plongé, le jeune homme fronça les sourcils et essaya de se tourner sur son côté gauche afin de se rendormir. Il était épuise, et n’avait pas l’intention de se lever avant quelques heures de sommeil supplémentaires.
-Antoine.
Lâchant un soupir de bien être en sentant une respiration chaude contre son torse, il ne mit que quelques secondes avant de reconnaître la voix de Lia.
Ouvrant avec difficulté les paupières, il cligna plusieurs fois des yeux avant de stabiliser sa vision, plongeant aussitôt dans le regard d’un bleu azur de la jeune fille allongée contre lui.
-Comment te sens-tu ? murmura-t-elle en se rapprochant de lui pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Epuisé. Que s’est-il passé ?
Détournant son regard du visage de son élève, il examina en fronçant les sourcils la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Cette dernière n’était pas très spacieuse mais richement décorée. Plusieurs tableaux étaient suspendus aux murs, certain représentant des personnages qu’Antoine reconnu comme étant des mages faisant une démonstration de leur talent.
-Tu ne te souviens pas ? Le questionna Lia en se redressant à son tour.
Il se tourna à nouveau vers elle, haussant un sourcil en voyant qu’il était torse nu.
-Je…
Il étouffa une exclamation de surprise alors que la mémoire lui revenait.
-Ma mère…murmura-t-il en se penchant pour vérifier la présence du tatouage sur son torse.
Il caressa du bout des doigts l’inscription sur sa peau, lâchant un cri de surprise lorsqu’une dé-charge de pouvoir se propagea le long de sa main.
-Que se passe-t-il ? s’exclama alors Lia en regardant son tuteur avec interrogation.
-Je ne sais pas exactement. J’ai l’impression que l’inscription réagit comme une pierre de pou-voir.
Il releva la tête et sourit à la jeune fille.
-Que s’est-il passé après que je me sois évanoui ?
-Je ne sais pas, répondit Lia en baissant le regard. J’ai également perdu connaissance.
-Je suis désolé pour ce qui s’est passé tout à l’heure, murmura Antoine en se rapprochant d’elle pour la prendre dans ses bras. Tu as souffert autant que moi alors que la magie de ma mère était appliquée sur mon dos. Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé.
-Moi non plus, avoua la jeune fille en se blottissant un peu plus contre lui.
-Je ferai des recherches lorsque nous seront de retour sur le Hope. Ce serait intéressant de comprendre pourquoi nos deux magies réagissent ainsi.
-Plus tard, grogna la jeune fille.
Hochant la tête, Antoine se rapprocha un peu plus de son élève et vint poser avec douceur ses lèvres sur celles de la jeune fille. Soupirant de bonheur, il sentit les mains de Lia venir de glisser dans ses cheveux tandis qu’elle approfondissait le baiser. A bout de souffle, ils se séparèrent quelques secondes avant de s’embrasser à nouveau, Antoine la faisant doucement basculer sous lui.
-Et ben, je vois qu’on ne s’ennuie pas, ici !
Sursautant, ils se séparèrent aussitôt, rougissant furieusement lorsqu’ils se rendirent compte de l’identité de la personne qui les avait interrompus.
Bruno Miller se tenait dans l’encadrement de la porte, un large sourire sur le visage, observant d’un air goguenard son meilleur ami se mettre en position assise sur le lit à côté de son élève.
-Bruno, grogna-t-il avec irritation. Que fais-tu ici ?
-Ta mère m’a envoyé voir si vous étiez réveillé. Elle veut vous voir tous les deux. Et tiens, at-trape !
Il lui lança sa chemise et sa veste que Scott attrapa au vol avec un sourire de remerciement. Il se rhabilla aussitôt en vitesse et se leva afin de rejoindre son meilleur ami.
-Tu viens Lia ?
Hochant la tête, la jeune fille suivit son tuteur hors de la petite chambre, les joues encore rouges.
Bruno les conduit dans une salle attenante à la chambre dans laquelle ils étaient quelques se-condes auparavant. A l’intérieur, Sophie discutait calmement avec ses parents.
Lorsque Miller ouvrit la porte de la pièce, les trois personnes présentes relevèrent les yeux pour dévisager Antoine et Lia avec un sourire.
-Antoine, Lia, comment vous sentez vous ? S’inquiéta aussitôt Mme Norman en les pressant vers un petit canapé sur lequel ils s’assirent côte à côte.
-Fatigué, fit Antoine qui était encore à moitié réveillé.
-Et toi Lia ? fit Emily Norman en s’intéressant alors à la jeune fille. Je suis désolé pour tout à l’heure. Je ne pensais pas que ma magie allait aussi t’affecter à ce point.
-Ce n’est rien Mme Norman, répondit la jeune fille avec un sourire fatigué. Mais pourquoi ai-je aussi ressentis cette douleur. Ce n’est pas normal, si ?
Elle dévisagea avec attention Mr Norman qui n’avait pas ouvert la bouche jusque-là tandis que Mme Norman semblait plongée dans ses pensées.
-C’est Emily la spécialiste, fit l’homme en souriant à la jeune fille. Je ne suis pas un mage et je ne connais que les quelques informations qu’Emily a bien voulu me révéler. C’est avec elle que vous en apprendrez le plus.
-Alors mère ? La questionna Sophie.
-Je ne sais pas, répondit-t-elle. D’après les archives des Earl, il arrivait parfois que quelqu’un ayant un pouvoir similaire à l’héritier ressente un léger picotement lors de l’apparition de la marque. Mais…je ne me souviens pas avoir découvert quoi que ce soit à propos d’une réaction d’une telle ampleur. Pour cela, il faudrait que vos magies soient en tous points identiques, ce qui est impossible.
Elle dévisagea Antoine et Lia avec attention.
-Avez-vous observé des effets similaires lors de vos cours ? reprit-elle.
Les deux concernés échangèrent un regard gêné avant qu’Antoine ne prenne la parole.
-Et bien…commença-t-il avec hésitation, nous ressentons une légère décharge chaque fois que nos pouvoir entrent en contact. Je n’ai pas encore réussi à trouver ce que cela pouvait bien être.
-Etrange, fit la femme d’un air songeur. L’inconvénient, c’est que je ne maitrise pas la même magie que vous deux. Donc je ne peux pas vous aider dans ce domaine. Il faudrait demander à un spécialiste…et les mages verts disparaissent de plus en plus…
Elle soupira.
-Je vais essayer de contacter mon ancien tuteur, dans ce cas, répondit Scott. Il a eu plusieurs élèves avant moi. Peut-être pourra-t-il nous aider.
-Je l’espère pour vous, intervint Mr Norman. Maintenant Antoine, il faudrait que nous abordions avec vous les responsabilités que vous endossez en tant qu’héritier légitime des Earl.
Le jeune homme gémit intérieurement. C’était la discussion qu’il appréhendait le plus. Il espé-rait plus que tout au monde qu’ils allaient le laisser reprendre la mer, malgré son devoir en tant qu’héritier de rester en vie pour faire perdurer la lignée.
-Je vous écoute, souffla-t-il en grimaçant.
-Nous ne te demanderons rien de bien méchant pour le moment, Antoine, reprit Emily en voyant la réaction de son fils. Tu devras juste prendre garde à rester en vie.
-Elle ne plaisante pas, fit Mr Norman en voyant le jeune homme renifler d’amusement.
-Je suis professeur, intervint Antoine. Que pourrait-il m’arriver ?
-On ne sait jamais, continua Emily. Les mers deviennent de moins en moins sûres, de nos jours.
-Les lieutenants du Hope sont formés pour défendre le navire, Mme Norman, fit Bruno avec sérieux. Antoine est d’ailleurs l’un des meilleurs du vaisseau. Il ne lui arrivera rien.
Les Norman hochèrent la tête en signe de défaite.
-Je vous promets de faire attention, déclara Scott. Du moment que je peux retourner sur le Hope, je ne ferai rien de dangereux.
-Nous n’avions pas l’intention de vous en empêcher, répondit Mr Norman. Nous ne pourrions vous priver de cela.
-Merci.
-Néanmoins, reprit le père de Sophie, nous aimerions que vous gardiez votre véritable identité secrète. Nous allons de notre côté annoncer avoir retrouvé l’héritier mais ne dévoileront pas votre nom, pour votre sécurité.
-Je n’avais pas l’intention de reprendre mon vrai nom, répondit le jeune homme. Scott est très bien pour le moment.
-Bien. Je vais aborder maintenant un sujet qui va sans doute vous mettre mal à l’aise, reprit le père de Sophie. Mais vous devez sûrement comprendre qu’il est important d’assurer la conti-nuation de cette lignée. Il sera vous sera donc demandé de vous marier dans quelques années afin de…
-Très bien, le coupa Antoine en rougissant. Je le ferai.
-Bien.
Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes, Mr Norman dévisageant avec intérêt le jeune homme face à lui. Ce dernier, la tête baissée et les joues toujours rouges, jeta un coup d’œil à son élève qui lui répondit par un sourire timide. Les deux restèrent plongés dans le regard de l’autre quelques instants avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas seuls et de rompre le contact avec gêne.
-Pardonnez mon indiscrétion, reprit Mr Norman. Mais voyez-vous quelqu’un en ce moment ?
-Vous voulez dire…commença Antoine avec hésitation.
-Dans une relation amoureuse, oui. Finit pour lui l’homme avec un sourire.
-Et bien, en fait…Balbutia-t-il avec gêne. Je…J’ai quelqu’un, en effet.
-Tant mieux alors, reprit Mr Norman. Nous pouvons donc nous attendre à un mariage d’ici, disons deux ou trois ans ?
Antoine lui répondit par un sourire gêné mais garda le silence, tandis que Lia le dévisageait avec incertitude.

Ils passèrent le reste de la journée à discuter avec les Norman, Antoine en découvrant de plus en plus sur ses origines.
-Père, mère, fit Sophie alors qu’ils arpentaient calmement les allées des jardins de la demeure. Je n’aurais plus à me trouver un époux désormais, n’est-ce pas ?
Ses parents soupirèrent.
-Je suppose que non, Sophie, répondit Mr Norman. Mais tu dois bien comprendre que nous souhaitions que tu épouses quelqu’un peu après la fin de tes études sur le Hope. Il faut que la lignée soit assurée.
-Pardonnez-moi mon intrusion, intervint Scott en fronçant les sourcils. Mais le fait que je conti-nue la lignée ne suffirait-il pas ? Après tout, si j’ai plusieurs enfants, l’héritage sera assuré.
-Vous ne comprenez pas lieutenant Scott, fit le père de Sophie en secouant la tête. Il y a bien plus en jeu qu’un simple héritage. Tous les descendants des Earl sont des mages. C’est ce qui fait la caractéristique de votre famille. Or, vous savez très bien que la magie est en déclin dans ce monde. Nous souhaitons à tout prix la préserver.
-Mais peut être est-elle tout simplement destinée à disparaître, murmura Bruno qui marchait un peu en retrait.
Il haussa un sourcil fasse au regard meurtrier que lui jetait le père de son élève.
-Ne me regardez pas comme cela monsieur Norman, reprit-il calmement. Les mages parvien-nent de moins en moins à s’intégrer à la société. Les grandes guerres ont fortement ralenti le développement scientifique mais les savants abondent de plus en plus. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose. Mais peut être que, pour vivre normalement dans le monde futur, il vaudra mieux ne pas être mage.
-Voyons lieutenant Miller, ne dites pas de telles choses, rétorqua Emily Norman. Les mages sont un élément indispensable de Platonia. Et puis, vous ne pouvez tout de même pas souhaiter que vos enfants n’héritent pas de votre don ?
-Je ne parlais pas de mes enfants, répliqua Bruno. Mais de leurs petits enfants ou arrière-petits-enfants.
Il secoua la tête en lâchant un léger rire.
-Je parle trop, souffla-t-il avec un regard d’excuse.
-Non lieutenant ! Intervint Sophie. Je suis d’accord avec vous. Je ne pense pas qu’être mage sera un avantage d’ici 200 ou 300 ans.
-Enfin, pour le moment on n’y est pas encore. Alors profitons de nos pouvoirs ! Conclut Antoine en échangeant un sourire avec Lia qui marchait à sa gauche.


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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:19

Chapitre 10

Le soir même, ce fut finalement sur le coup de vingt heures qu’Antoine et Lia quittèrent la demeure des Norman, avec la promesse de revenir sous peu.
Ils expliquèrent rapidement leur journée à Cassandra et Aaron, trop fatigués pour entrer plei-nement dans les détails. Leurs hôtes les laissèrent assez rapidement prendre congé. Tombant de fatigue, Antoine vacilla jusqu’à la porte de leur chambre et retira avec empressement sa veste et son t-shirt, trébuchant quelque peu lorsqu’il tenta de se débarrasser de son pantalon.
Enfin, il se laissa tomber sur le lit, faisant signe à Lia qui n’avait jusqu’à présent retiré que sa veste de le rejoindre. Hochant la tête avec fatigue, la jeune fille retira avec quelques difficultés le bas de son uniforme avant de rejoindre son tuteur sur le lit, se blottissant sans aucun arrière pensé contre son torse, frissonnant légèrement lorsqu’elle effleura le tatouage de l’homme. Ils ne mirent que quelques minutes pour sombrer tous les deux dans un sommeil profond.
-Antoine…
Emergeant des brumes du sommeil, Scott cligna avec difficulté des paupières pour les refermer juste après avant de serrer un peu plus la personne qu’il tenait dans ses bras.
Ses lèvres s’étirèrent en un sourire rêveur alors qu’il reconnaissait aisément l’odeur de son élève.
-Lia, murmura-t-il contre sa peau.
-Lieutenant…
Ouvrant les yeux, il sourit en voyant que la jeune fille semblait encore dormir, la tête posée sur son torse, leurs jambes emmêlées. Il l’observa avec bonheur bouger doucement dans son sommeil.
-Lieutenant Scott.
Elle semblait rêver de lui. Son sourire s’étira un peu plus lorsqu’elle gémit doucement.
-Je suis là, Lia, souffla-t-il dans son cou avec malice.
Il commença à déposer des baisers dans son cou, tandis que ses mains glissaient doucement sous son t-shirt pour caresser son dos.
-Antoine ?
Ouvrant les yeux, il se releva doucement la tête pour rencontrer le regard encore brumeux de son élève.
-Bonjour, murmura-t-il avant de se pencher pour capturer ses lèvres en un doux baiser auquel la jeune fille dans ses bras répondit immédiatement. Il continua ses caresses dans son dos mais retira très vite ses mains lorsqu’il la sentit se tendre contre lui.
-Je suis désolé Lia, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent.
Mal à l’aise, Lia baissa le regard mais se tendit encore plus en notant qu’il ne portait qu’un sous vêtement.
-Lia…
-C’est à moi de m’excuser, Antoine, rétorqua Lia en se redressant. Je…Je ne suis même pas capable de…
Elle se tut lorsque le jeune homme lui déposa un doigt sur ses lèvres.
-Je comprends tout à fait, Lia. Nous avons tout notre temps…
Il lui sourit lorsqu’elle hocha la tête et se pencha pour effleurer doucement ses lèvres.
-Il faudrait se lever, fit-il lorsqu’ils se séparèrent. Le soleil est déjà haut dans le ciel.
Acquiesçant, la jeune fille se redressa à son tour et soupira en notant qu’il était déjà plus de dix heures.
-Je vais te laisser prendre une douche en premier, fit-elle en se rallongea.
Hochant la tête, Antoine se mit en position assise sur le lit et, prenant bien garde à tourner le dos à Lia. Il attrapa très vite des vêtements dans son sac avant de s’enfermer dans la salle de bain, soufflant de soulagement. Il grimaça en laissant son regard glisser sur le bas de son corps. Il avait besoin d’une longue douche. Une très longue douche glaciale.
Le reste de la journée se passa doucement. Cassandra et Aaron les interrogèrent longuement sur les évènements de la veille, écarquillant de plus en plus les yeux au fur et à mesure de leur récit.
-Vous devez comprendre, continua Antoine avec sérieux, que ce que je vous ai raconté ne doit pas sortir de cette pièce. Pour le moment, il vaut mieux que mes véritables origines restent secrètes.
-Je te promets que nous ne répèteront rien, Antoine, rétorqua Aaron tandis que Cassandra hocha la tête. Nous ne te trahiront pas.
-Merci, souffla l’homme avec émotion.
-Par contre, j’aimerai savoir, intervint Lia. Avez-vous déjà entendu parler d’effets similaires à ceux prenant place lorsque nos deux magies se rencontrent ?
Antoine leur avait expliqué la façon dont leurs deux pouvoirs interagissaient, espérant que ses amis auraient une explication à cela. Mais le couple se contenta de secouer la tête.
-Je suis désolé, Lia, fit Cassandra. Mais jamais je n’ai entendu parler d’une telle chose.
-Je suis sûre que vous finirez par trouver des informations à ce sujet, commenta Aaron alors que Lia baissait la tête.
Antoine se contenta de hocher la tête d’un air pensif.
-J’aurais aimé fouiller un peu dans la bibliothèque des Norman, commenta-t-il. Mais ma mère pense qu’il n’y a rien d’intéressant à ce sujet. Je vais contacter mon ancien tuteur. Il pourra peut-être nous en dire plus.
Les jours qui suivirent, les deux jeunes gens partagèrent leur temps entre la maison des Bridge et la demeure des Norman, Antoine en apprenant de plus en plus sur ses origines. Il finit par se lier d’amitié avec le père de Sophie, malgré les réticences initiales de ce dernier.
Le jeune homme observa avec un certain amusement son meilleur ami se rapprocher de plus en plus de Sophie. Bruno ne semblait pas d’ailleurs se rendre compte exactement de ce qu’il lui arrivait, se contentant de démentir chaque fois qu’Antoine amenait le sujet dans la conversation.
Finalement, ce fut en une belle matinée que le Hope quitta le port de Tylan. Lia, à côté de son tuteur, observa avec une certaine émotion Cassandra et Aaron leur faire de grands signes sur le port alors que le vaisseau s’éloignait du rivage. A quelques mètres d’eux, elle remarqua des adolescents en vêtements de mousse qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Deux filles et trois garçons discutaient avec animation tandis qu’un groupe d’officier semblait garder un œil sur eux.
-De nouvelles recrues, lui souffla Antoine à son oreille.
-Magie verte ? murmura Lia à son tour.
Son tuteur se contenta de secouer la tête.
-D’après le lieutenant Higgans, pas pour le moment. Mais il nous reste encore plusieurs escales avant d’avoir une promotion définitive. Cassydre, par exemple.
-Je sais, grogna la jeune fille en détachant son regard de l’horizon.
-Allez viens, lui répondit le lieutenant. Rentrons.
Hochant la tête, la jeune fille jeta un dernier regard aux toutes dernières recrues. Elle reconnut dans les gestes et les regards de ces derniers l’excitation qu’elle avait ressentie lors de son arrivée sur le Hope. Elle sourit brièvement lorsque les adolescents tournèrent la tête vers elle avant de suivre Antoine à l’intérieur du vaisseau.

Le soir même, c’est avec joie qu’elle retrouva Marc et Anne qui étaient restés sur le navire durant toute la durée de l’escale. Puis elle dû, comme tous les autres, assister à la cérémonie d’accueil des cinq premières années originaires de Tylan. Elle se présenta calmement à eux, essayant de retenir au mieux leurs noms. Ils semblaient tous être sympathiques et enthousiastes, s’extasiant devant la moindre bride d’information que les plus anciens voulaient bien leur dévoilés.
-Atcock, Calvin Atcock, fit le dernier du petit groupe d’un ton pompeux. Je suppose que tu as dû entendre parler de ma famille.
Lia dévisagea quelques secondes le jeune homme face à elle. Mesurant environ un mètre soixante-dix, il l’observait d’un air suffisant, ses cheveux bouclés d’un noir de jais encadrant son visage bien dessiné. Ses yeux verts respiraient l’intelligence, mais également une certaine arrogance que Lia détesta tout de suite.
-Lia Shakeshift. Désolé, fit-elle d’un ton aimable. Mais je ne suis pas originaire de Tylan. Les noms des familles locales ne me sont donc guère familiers.
Le sourire du dit Calvin se fana quelques instants avant de réapparaître aussitôt.
-Pourtant je suis l’héritier des Earl, reprit-il avec fierté. Je pensais que les personnes de ce vais-seau auraient une connaissance historique assez vaste pour connaître mon nom…
-Héritier des Earl, fit Lia en fronçant les sourcils. Héritier direct ?
Calvin éclata de rire.
-Bien sûr que non ! Il n’y a plus d’hériter direct à part peut-être une certaine Norman. Sauf que dans cette lignée ne nait que des femmes. Et c’est un héritier mâle qui devrait reprendre le pouvoir.
-De qui descends-tu alors ? reprit la jeune fille.
-Declan Earl, le frère de Karl. La branche a perpétué également grâce à des femmes. Et finale-ment, je suis né. Ma famille est très fière de moi. A ma sortie du Hope, j’irai réclamer aux Nor-man mon héritage.
Lia hocha la tête d’un air absent tandis que Calvin entreprenait de lui réciter son arbre généalo-gique. Elle chercha des yeux son tuteur. L’homme avait passé le début de la soirée à discuter dans un coin avec Sophie, apprenant de mieux en mieux à connaître sa jeune sœur. Sœur dont il ignorait l’existence quelques semaines plus tôt. Cela faisait plaisir à Lia de les voir se rapprocher. Antoine n’avait pas eu une enfance facile, et le voir découvrir enfin les joies d’avoir une famille remplissait de joie Lia. En le regardant interagir avec sa mère durant les quelques jours qu’ils avaient passé à Tylan, Lia s’était demandé de quelle façon sa relation avec sa propre génitrice aurait évoluée si son père était toujours en vie. Peut-être un peu mieux que ce qu’il en est maintenant. Mais peut être aussi que cela ne lui aurait pas permis de rencontrer Antoine.
-Hé ! Tu m’écoutes ?
Sursautant, la jeune fille reporta son attention sur le jeune homme en face d’elle. Ce dernier semblait être dans un état d’agacement certain, à en juger par son froncement de sourcil et le tapement de son pied sur le sol.
-Oui. Oui bien sûr, répondit précipitamment Lia. J’ai juste été brièvement plongée dans mes pensées.
-Alors, ça te dit un tour sur le pont ? reprit-il.
-Désolé, fit la jeune fille avec un sourire forcé. Mais j’ai promis de retrouver des amis. Et mon tuteur doit probablement me chercher.
-Allez, juste cinq minutes ! Insista Calvin. J’ai envie de te connaître un peu mieux. Tu sais que tu ferais une reine parfaite…
Lia s’apprêtait à lui lancer une série d’insultes bien sentis lorsqu’une main familière se posa sur son épaule.
-Lia ?
La jeune fille se retourna avec soulagement vers son tuteur.
-Lieutenant, fit-elle. Je suis heureuse de vous voir.
Antoine lui répondit par un sourire charmeur avant de reporter son attention sur Calvin qui le dévisageait avec agacement.
-Qui êtes-vous, jeune homme ? fit Scott avec interrogation. Je ne crois pas que nous ayons été présentés.
-Calvin Atcock. Descendant des Earl.
Lia vit son tuteur se crisper quelques secondes avant de reprendre la parole.
-Bienvenu sur le Hope. Je suis le lieutenant Antoine Scott.
-Merci lieutenant, répondit Alvin d’un ton morne.
-Tu viens Lia ? reprit Antoine.
-Je vous suis, lieutenant, fit Lia avec un large sourire.

-C’est quoi cette histoire d’héritage ? fit Scott une fois qu’ils furent seuls dans un couloir désert.
-Oh…rien. Apparemment une branche annexe de la tienne, répondit vaguement la jeune fille. J’espère que sa tête va dégonfler un peu sinon je sens que je vais vraiment finir par l’étrangler.
Le jeune homme eut un léger rire.
-Et moi j’espère qu’il ne s’approchera pas trop de toi, lui souffla-t-il avec tendresse.
-Le lieutenant Antoine Scott serait-il jaloux ? Fit Lia avec un sourire.
Son sourire s’agrandit lorsqu’il la poussa contre le mur avant de l’embrasser doucement.
-Ais-je des raisons de l’être ? Murmura-t-il contre ses lèvres.
-Aucunement…
-Bien.
Ils s’embrassèrent à nouveau, profitant de ces quelques instants de solitude.
-Il va falloir y retourner, soupira Lia au bout de quelques minutes, sinon tout le monde va se demander où nous sommes.
- Hmm…Je n’ai pas envie, grogna Antoine dans son cou.
Lia lâcha un léger rire, reprenant avec passion les lèvres de son tuteur.
Ce ne fut qu’un bon dix minutes plus tard que les deux compères refirent une apparition dans la salle de réception, ignorant avec application le regard suggestif du lieutenant Miller.

Quelques jours plus tard, ce fut avec une certaine angoisse que Lia, sur le pont, assista à l’accostage du Hope au port de Cassydre. Appuyée sur le bastingage, elle bailla largement avant de continuer avec application le nettoyage du pont. Elle n’avait que très peu dormi la nuit précédente, ne cessant de songer aux réactions de sa famille.
-Calme-toi, Lia, fit son tuteur qui observait calmement le rivage se rapprocher peu à peu, tout va bien se passer.
La jeune fille soupira et interrompit quelques secondes le mouvement de va-et-vient de son balai sur le sol afin de dévisager son tuteur.
-Qu’est-ce qui vous fait croire cela ? murmura-t-elle. Vous avez bien vu comment ma famille a réagi lors de mon départ. De plus, je vous rappelle qu’ils n’ont répondu à aucune de mes lettres.
-Je sais, Lia. Je sais, soupira le jeune homme. Mais il faut rester optimiste.
-Hmm…
-Allez, va ranger ce balai. Nous allons bientôt accoster. De plus, nous devons nous rendre dans ton ancien lycée afin de faire le recrutement.
-Je vous demande pardon ? S’exclama la jeune fille avec stupéfaction.
Elle n’avait pas été informée d’un tel arrangement, croyant que d’autres officiers avaient été réquisitionnés pour le faire.
-Il y a eu quelques changements de dernière minute, reprit Scott en soupirant. Je suis désolé Lia.
-Vous auriez pu au moins m’en informer un peu plus tôt, marmonna cette dernière avant d’attraper son seau et son balai puis de se diriger dans les couloirs du Hope.
Ce fut avec une anxiété certaine qu’elle prit la route accompagnée de son tuteur et de trois autres officiers afin de rejoindre en voiture le petit établissement dans lequel elle avait passé à peine un an.

Lorsqu’ils entrèrent dans la cours du lycée, toutes les têtes se tournèrent vers eux. Lia sentit alors le rouge lui monter aux joues et se rapprocha comme inconsciemment d’Antoine. On chuchotait sur leur passage. Certains élèves les montraient du doigt. La jeune fille reconnu beaucoup d’anciens camarades de classe et sourit à ceux qui avait gardé un air amical. Elle jeta rapidement un œil aux alentours. Rien n’avait changé. Les bâtiments étaient toujours les mêmes, et Lia se sentit un instant projetée un an même en arrière, alors qu’elle ne pensait même pas être prise un jour dans les rangs du Hope. Elle reprit contact avec la réalité lorsqu’une boulette de papier lui frôla la tête. Grâce aux réflexes gagnés par un an de karaté, la jeune fille l’attrapa sans problème, et jeta un œil à la feuille chiffonnée où quelques mots étaient inscrits.
« Tu vas le payer. Nous allons te massacrer. »
Lia fronça les sourcils, mais finit par jeter le papier dans la première poubelle à sa portée. Au passage, elle croisa le regard haineux de Jérôme. Ce dernier était entouré de sa bande d’amis qui semblaient tout aussi énervés contre elle. Lia soupira.
-Il y a un problème ? murmura Antoine à son oreille.
-Non, juste quelques vieilles connaissances, répondit la jeune fille en détournant son regard de la bande de Jérôme.
-Allez, fit Antoine en passant un bras autour de ses épaules, ne t’embête pas avec ça. N’oublie pas que je serais à tes côtés pendant tout le séjour. Et puis, avec tes leçons de karaté, tu les mettrais tous au tapis en un rien de temps.
Lia sourit largement et hocha la tête avant de suivre Antoine et les autres officiers qui tentaient de se frayer un passage jusqu’au bureau du directeur.
Ils y parvinrent finalement et le colonel Higgans frappa aussitôt à la porte en bois.
-Entrez !
Ouvrant la porte, les officiers et Lia entrèrent aussitôt dans la pièce.
-Bonjour directeur ! fit le colonel au vieil homme qui leur sourit aussitôt.
-Bonjour à tous ! Je dois avouer que je commençai à m’inquiéter de ne pas avoir eut de vos nouvelles.
-Nous avons eu un léger contretemps, répondit Higgans. Des réparations étaient nécessaires avant de pouvoir accoster.
-Bien. Alors, je suppose que vous êtes ici pour chercher de nouvelles recrues. Comment vont mes anciens élèves ? demanda-t-il en souriant à Lia.
-Ils se sont très bien intégré à la vie sur le navire, fit le colonel. Ils sont parmi nos meilleurs élé-ments.
-Félicitation alors, fit le directeur à Lia qui hocha aussitôt la tête avec reconnaissance.
Il indiqua ensuite les officiers quelles étaient les classes à visiter afin de pouvoir recruter dans la gamme d’âge qui les intéressait. Quelques minutes plus tard, Lia se dirigeait ainsi aux côté de son lieutenant dans l’une des classes de deuxième année tout en portant une pile de copies à distribuer aux élèves présents.
-Prête ? murmura Antoine lorsqu’ils atteignirent la porte de la salle.
Hochant la tête, Lia lui sourit faiblement, grimaçant dès qu’il donna quelques coups sur la porte en bois.
Ils entrèrent quelques secondes plus tard. Lia, prenant garde à garder une posture bien droite, suivit son tuteur qui échangea quelques mots avec le professeur présent, qui n’étais autre que le professeur Willow.
-Miss Shakeshitf, fit le vieil homme en se tournant vers Lia, comment allez-vous ?
-Très bien professeur, répondit-elle avec un sourire. Et vous-même ?
-Tout va pour le mieux. J’ai été ravi de votre réussite vous savez, c’est tellement dommage que votre frère n’ai pas été accepté. Ça l’a tellement bouleversé qu’il a été obligé de refaire son année.
A la mention de Jérôme, Lia blanchit et releva rapidement la tête, rencontrant en effet le regard de son frère qui était installé au dernier rang.
Voyant qu’il la dévisageait d’un air malsain, elle détourna aussitôt le regard.
Elle se tourna vers son tuteur qui prit aussitôt la parole, présentant à tous brièvement le Hope et les informant du test qui allait venir.
-Bien, mon mousse et moi-même allons vous distribuez les copies. Vous pourrez ainsi commencer le test.
Hochant la tête, la jeune fille lui tendit la moitié du paquet de feuille avant de commencer à donner un parchemin à chaque élève, évitant de croiser le regard de ces derniers.
Elle parcouru ainsi en vitesse les deux rangées qui lui avaient été assignées. Elle ne jeta pas un regard à Jérôme et se contenta de lui tendre sa copie avant de faire immédiatement volte-face, retournant en vitesse auprès de son tuteur.
-Lieutenant, murmura-t-elle alors que les étudiants commençaient le test. J’ai une question.
-Je t’écoute Lia, répondit aussitôt Antoine.
-Les élèves qui ont plus de 17 ans mais qui participent tout de même à ce test ont-ils tout de même des chances d’entrer sur le Hope ?
-Tu t’inquiète pour ton frère, n’est-ce pas ? Chuchota-t-il en lui jetant un regard soucieux.
Elle acquiesça calmement, malgré l’angoisse qui la rongeait de l’intérieur.
-Et bien…en théorie, oui, soupira son tuteur. Il y a quantité de raisons qui peuvent amener un élève à redoubler son année. Nous ne pouvons pas refuser un élève qui est un peu plus âgé que la moyenne. Je suis désolé. Mais, si ça peut te rassurer, nous n’avions pas détecté un potentiel particulier chez lui, l’année dernière.
Lia hocha la tête avec trouble, observant avec attention son frère inscrire ses réponses sur sa copie.

N’ayant pas le droit d’assister aux corrections, Lia attendait patiemment dans la cour du lycée. Elle s’était assise sur le vieux banc qu’elle avait l’habitude d’occuper lorsqu’elle était encore élève. Les lycéens commençaient tout juste à sortir des bâtiments. Certains ne pouvaient apparemment pas s’empêcher de lui jeter des regards envieux.
Cependant, elle ne faisait pas vraiment attention à l’agitation ambiante. Elle ne cessait de jeter des regards impatients vers la salle où le lieutenant Scott corrigeait et vérifiait toujours les fa-meux feuillets. Elle se savait complètement ridicule en ce moment, mais elle avait envie de le revoir. Affronter ses anciens camarades seule n’allait pas être facile. Et puis, elle s’était habituée à sa présence quotidienne à ses côtés qui lui était devenu désormais indispensable, surtout depuis qu’ils entretenaient une relation. Elle toucha un instant le pendentif en argent qu’il lui avait offert à sa première escale. Sur le médaillon avait été gravé son nom ainsi que celui du lieutenant, et la date de son entrée sur le navire. Elle sourit en repensant aux baisers qu’ils avaient échangés le matin même. Etre avec lui semblait tellement simple. S’en était presque magique.
-Alors Lia, fit une voix railleuse à quelques mètres d’elle, qu’est-ce que tu fous là ? Ton cher lieutenant t’a abandonné ?
La jeune fille releva les yeux pour rencontrer des prunelles qu’elle ne connaissait que trop bien.
-Jérôme, fit-elle d’un ton neutre. Je suis surprise que tu te souviennes encore de mon prénom.
Que viens-tu faire ici ?
-Et toi alors ? Cracha le jeune homme. Je croyais qu’on t’avait dit de ne pas revenir ?
-Désolé de te décevoir mais je suis tenu de revenir dans ma ville natale chaque année pendant au moins une semaine. Mère devra d’ailleurs m’accueillir pendant ce séjour, tout comme le lieutenant Scott.
-Sale petite profiteuse, cria aussitôt Jérôme, tu aurais dû mourir en même temps que papa. Au moins on serait tranquille.
-Inutile d’élever le ton Jérôme, lui répondit la jeune fille en gardant un calme de façade alors qu’en dedans elle tempêtait, ce n’est pas en me criant à la figure que tu répareras toutes les erreurs que tu as commises. Maintenant, si tu as fini, j’aimerais pouvoir être seule.
-aucune chance, fit-il avec hargne.
Il s’avança vers elle, suivit aussitôt par deux de ses amis. Lia se leva alors pour faire face aux trois garçons auxquels elle jeta un regard glacial.
-Le Hope n’accepte que les personnes qui en valent la peine. Des gens honnêtes, courageux et travailleurs. Ce que tu n’es apparemment pas.
En quelques secondes, elle mit à terre les deux amis de Jérôme qui avaient tenté de la maintenir contre le mur. Lorsque son frère s’avança vers elle, Lia se contenta de lui envoyer en coup de genoux dans l’entrejambe. Le jeune homme tomba aussitôt à genoux, le souffle coupé.
-Ne t’avise pas d’essayer à nouveau de me frapper, siffla Lia en s’en allant, je pourrais te faire bien pire que cela.
Elle s’éloigna du petit banc, laissa les autres membres de la bande s’occuper de son frère et de ses « gardes du corps ». Elle aperçut alors que les officiers étaient sorti et avaient apparemment assisté à la confrontation. Elle se dirigea vers eux.
-Beau coup de genoux Lia, fit le lieutenant Miller en riant doucement.
-merci, répondit calmement la jeune fille.
Elle se tourna ensuite vers le lieutenant Scott qui la dévisageait d’un air indéchiffrable.
-Je m’excuse de m’être emportée lieutenant, fit Lia en baissant la tête. J’aurais dû garder mon calme. Cela ne se reproduira plus.
Antoine lui releva alors la tête pour la forcer à rencontrer son regard. Lia sursauta presque en voyant qu’il avait un large sourire sur le visage.
-Tu n’as fait que te défendre. Je ne t’en veux pas. Essaye juste de rester éloignée de lui.
-Oui lieutenant, répondit aussitôt Lia.
-On y va ? fit Antoine alors que la cours se désemplissait.
Lia hocha la tête et suivit son tuteur.
-Nous allons d’abord récupérer nos affaires sur le Hope puis revenir chez toi en vélo. C’est le moyen de transport qui sera le plus pratique.

Arrivé sur le navire, Lia se dirigea par automatisme vers la cabine qu’elle partageait avec son cher lieutenant. Elle entra la première, tenant la porte à Antoine qui pénétra à nouveau dans la chambre. Mais alors qu’elle se dirigeait vers son lit pour attraper son sac de voyage, deux bras l’entourèrent par l’arrière et elle se sentit atterrir contre un torse musclé.
-Antoine, souffla-t-elle alors que ce dernier déposait des baisers dans son coup.
Elle se retourna dans ses bras puis l’attira à elle pour l’embrasser avec passion. Elle se laissa un moment perdre pied avant de se séparer de son compagnon, pour rester front contre front, les yeux dans les yeux.
-J’en mourrais d’envie depuis que nous avons quitté le Hope ce matin, souffla-t-il.
-Moi aussi. Répondit aussitôt Lia.
Ils échangèrent à nouveau plusieurs étreintes avant de se résigner à prendre leurs bagages.
-N’oublie pas ta guitare, fit Antoine en haussant son sac sur son dos avant de prendre sa bicy-clette.

Quelques minutes après cet intermède romantique, les deux amoureux cheminaient à vélo vers le lieu de résidence de la famille de Lia. Ils y arrivèrent une demi-heure plus tard. La jeune fille descendit aussitôt de vélo et frappa énergiquement à la porte.
-Jérôme ? Mère ? Êtes-vous là ?
Il n’y eut aucune réponse. Lia soupira puis finit par sortir une clé de sa poche d’uniforme et ouvrit la porte.
-Heureusement que j’avais gardé un double, grogna-t-elle en entrant.
Elle se dirigea aussitôt vers sa chambre qu’elle ouvrit après avoir décadenassé la porter puis débloqué la serrure. Elle soupira presque de soulagement en voyant que tout était encore à sa place.
-Je vais juste récupérer quelques affaires, dit-elle à son lieutenant, puis il faudra aller voir s’il y a de la place pour s’installer dans la grange. Mère ne voudra jamais nous accueillir dans la maison.
-Et ben, soupira Antoine, heureusement que l’on est en été.
Lia acquiesça.

Dix minutes plus tard, les deux amoureux entraient dans la vieille grange des Shakeshift. C’était un immense bâtiment d’au moins six mètre de haut qui autrefois avait servi de stockage pour le foin que récoltait le père de Lia qui avait apparemment élevé quelques moutons et chèvres. Désormais, elle ne servait plus que de stockage pour quelques outils de jardin et bûches pour se chauffer l’hiver.
-Et bien, qu’attendons-nous ? fit Antoine après avoir rapidement examiné les lieux, installons-nous !

La jeune fille hocha la tête puis posa son sac sur le sol avant de dérouler son sac de couchage sur lequel elle installa plusieurs couvertures qu’elle avait récupéré dans sa chambre. Elle aida ensuite son lieutenant à mettre en place quelques bûches en prévision d’un feu de camp. Ils installèrent ensuite une bâche pour les protéger du vent frai de la nuit.
-Voilà ! fit Antoine après plusieurs minutes, maintenant que dirais-tu de se détendre un peu ?

Un quart d’heure plus tard, les deux amoureux étaient assis chacun sur son sac de couchage et jouaient un vieux morceau de jazz à la guitare. Antoine accompagnait le morceau avec les pa-roles en anglais. Lia était tellement détendue qu’elle ne remarqua pas tout de suite que quelqu’un d’autre venait d’entrer dans la grange. Ce ne fut que le bruit sourd de la porte qui se refermait qui la fit sursauter et lâcher sa guitare.
-Qui est là ? fit une voix de derrière la bâche.
-Mère ? fit-elle en se relevant et en avançant vers la sortie, Antoine sur ses talons.
Le visage de Mme Shakeshift passa de l’incertitude à la colère dès qu’elle eut Lia dans son champ de vision.
-Toi ! cria-t-elle aussitôt, que viens-tu faire ici ?
-Je suis désolé mère, répondit la jeune fille en gardant un calme de façade, je suis tenue de revenir dans mon village natal une fois par ans pendant plusieurs jours. Et je dois loger pendant ce temps chez ma famille. Je n’ai pas le choix.
-Il est hors de question que tu dormes dans la même maison que moi espèce de petite…, com-mença-t-elle alors en avançant vers Lia.
Mais Antoine fut plus rapide qu’elle et se plaça devant la jeune fille.
-Je suis désolé madame mais je vous demanderais de ne pas agresser mon élève. Nous dormi-rons dans cette grange. Nous avons tout notre matériel de camping. Je vous demanderais juste de nous accueillir pendant les repas.
La mère de Lia dévisagea pendant de longues secondes le lieutenant avant de se rapprocher de lui avec un large sourire.
-Mais vous pouvez manger avec nous autant de fois que vous le souhaitez lieutenant, même si ELLE doit venir avec vous. Vous verrez à quel point mon Jérôme est un garçon gentil, intelligent et serviable. Oh comme j’aurais aimé qu’il parte avec vous !
-Ça ira, je préfère rester avec votre fille, trancha Antoine d’une voix glacial.
-Comme vous voudrez, mais sachez que ma porte est toujours ouverte.
Elle fit quelques pas vers la sortie puis, sur le pas de la porte, se retourna vers eux.
-Repas à midi, diner à vingt heure, ne soyez pas en retard, lâcha-t-elle d’une voix glaciale.

Quelques heures plus tard, les deux amoureux se rendirent donc dans la petite cuisine des Shakeshift. Jérôme devait être rentré du lycée depuis quelques minutes, et le diner allait bientôt être servit.
Lia et Antoine aidèrent Mme Shakeshift à mettre la table malgré les commentaires désagréable de la femme puis s’assirent l’un à côté de l’autre, attendant que Jérôme daigne enfin sortir de sa chambre.
Enfin, quelques minutes plus tard, des bruits de pas retentirent dans les escaliers.
-Maman ! cria le jeune homme en entrant en courant dans la pièce, on mange quoi ?
-Poule au pot mon chérie, répondit la mère en posant la marmite sur la table alors que son fils entrait dans la pièce.
-Super ! s’exclama ce dernier. Mais…
Il se figea sur le pas de la pièce et dévisagea Lia et Antoine avec une colère non dissimulé.
-Qu’est-ce que vous foutez ici ? cria-t-il aussitôt.
-Bonjour Jérôme, répondit calmement Lia.
-Monsieur Shakeshift, je suis le lieutenant Scott. Ravi de vous rencontrer, fit simplement An-toine en lui tendant une main que le jeune homme ignora.
-Maman ! cria-t-il, pourquoi sont-ils ici ?
-On n’a pas le choix, soupira sa mère. Nous devons les accueillir pendant la durée de l’escale. Ils logent dans la grange.
-Fais chier ! Lâcha le jeune homme avant de s’installer à table.
Le repas fut d’une tension presque intenable pour Lia qui échangeait tout du moins quelques paroles avec son lieutenant tandis que les deux autres personnes les ignoraient complètement.
Finalement, une fois que Jérôme et sa mère se furent levés, Lia et le lieutenant prirent à leur tour congé.
-Merci pour ce repars madame, fit Antoine. C’était délicieux. Lia et moi allons maintenant nous retirer pour la nuit. Je doute que vous ayez envie de nous voir dans les parages. Je vous souhaite donc une bonne soirée.
La mère de Lia grogna et quitta la pièce.
-Antoine, commença Lia lorsqu’ils furent de retour dans la grange, je suis désolé pour l’attitude de ma mère et de mon frère. Je…
-Ce n’est rien, lui répondit doucement le jeune homme en lui volant un baiser. Ce n’est pas ta faute.
La jeune fille hocha la tête et se cala plus confortablement dans les bras de son lieutenant tandis que ce dernier lui caressait doucement les cheveux.
-Il n’est pas très tard, murmura Lia, et pourtant je tombe de fatigue.
-Moi aussi. Grogna Antoine. Que dirais-tu de dormir, dans ce cas ?

Pour toute réponse, Lia vint poser sa tête sur l’épaule de l’homme allongé contre elle et attrapa sa main droite avant de fermer les yeux.
-Bonne nuit alors, chuchota-t-elle dans le coup de l’officier, faisant frissonner ce dernier.
-Bonne nuit ma Lia, lui répondit-il avant de la serrer un peu plus contre lui et de fermer à son tour ses paupières.
Le lendemain matin, ils durent se rendre à nouveau au lycée de la petite ville.
Lia grimaça lorsqu’ils se présentèrent devant les élèves afin de leur annoncer les résultats. Elle essaya d’ignorer les regards qui lui étaient lancés, se concentrant sur la présence de son tuteur à côté d’elle.
Quelques minutes plus tard, l’un des officiers annonça aux élèves qu’aucun d’entre eux ne correspondaient aux critères requis pour le Hope, et qu’il espérait que l’année prochaine serait bien meilleure. Lia put entendre de nombreux soupir et détourna le regard pour ne pas rencontrer les regards noirs et envieux que certains jetaient dans sa direction.
Lia suivit ensuite son tuteur hors du petit établissement, sans même jeter un regard en arrière.
-Alors ? demanda Antoine alors qu’ils roulaient à nouveau sur les petites routes de Cassydre. Que veux-tu faire maintenant que nous nous sommes débarrassés des choses désagréables?
-Hé bien…hésita la jeune fille. En fait j’aimerai beaucoup aller visiter des amis, si ça ne te dé-range pas.
-ça ne me dérange absolument pas, Lia, répondit son tuteur. J’espère que je ne serai pas de trop.
La jeune fille lâcha un léger rire.
-Bien sûr que non ! Je tiens à te les présenter. Ce sont des gens géniaux !
Elle le mena ainsi à quelques mètres à peine de la maison de ses parents, vers un petit cottage en retrait entouré de fleur.
Elle descendit de son vélo puis roula l’engin jusque dans la petite cour avant, incitant son tuteur à en faire de même. Il la suivit ensuite alors qu’elle s’avançait vers la porte d’entrée, frappant avec énergie sur cette dernière qui s’ouvrit quelques secondes plus tard, dévoilant un homme d’une quarantaine d’année aux cheveux châtains qui les dévisagea brièvement avant de serrer Lia dans ses bras.
-Lia ! S’exclama-t-il, tu es enfin revenu !
-Je suis contente de vous revoir, fit la jeune fille avec un large sourire en se détachant de lui.
-Allons Lia, combien de fois t’ai-je demandé de me tutoyer.
-Trop de fois, sans doute, avoua la jeune fille dans un éclat de rire.
-Alors comme ça tu as été engagé sur le Hope ? fit l’homme en souriant, je savais que tu en étais capable Lia ! Oh, mais que vois-je ? Qui est ce jeune homme Lia ?
Cette dernière sourit en voyant l’air gêné que prit son tuteur.
-Gaspard, je te présente le lieutenant Antoine Scott, mon tuteur sur le Hope. Lieutenant, je vous présente Gaspard Tellis. C’est lui qui m’a quasiment élevé.
-Enchanté monsieur Tellis, fit Antoine en s’avançant.
Les deux hommes échangèrent une poignée de main.
-Pas de monsieur Tellis, lieutenant Scott. Appelez-moi Gaspard.
-Seulement si vous m’appelez Antoine, rétorqua le jeune homme avec un sourire.
-Marché conclu ! déclara l’homme. Allez, entrez donc ! Marthe sera sûrement ravie de te voir, Lia, et de rencontrer ton charmant tuteur.
Lia se tourna vers Antoine et échangea un bref sourire avec ce dernier avant de suivre Gaspard dans le hall, puis dans la cuisine.
L’habitat en lui-même était modeste, mais les couleurs chaudes des murs ajoutées au nombre considérable d’objets accrochés aux cloisons ou posés sur le sol donnaient à la maisonnée une atmosphère chaleureuse qu’Antoine apprécia aussitôt.
-Marthe ! Cria Gaspard lorsqu’ils furent à l’intérieur, nous avons des invités !
Aussitôt, on entendit les marches de l’escalier craquer bruyamment lorsqu’une femme d’une quarantaine d’année les descendit en vitesse. Elle fronça les sourcils en entrant dans la pièce mais ses traits se détendirent aussitôt dès qu’elle aperçut Lia.
-Lia ! Oh mon dieu ! Tu es revenu !
La jeune fille fut aussitôt enveloppée dans une étreinte à couper le souffle à laquelle elle répondit maladroitement.
-Je suis heureuse de te revoir, Marthe ! Souffla-t-elle. Mais…heu…de l’oxygène ?
-Oh ! Oui ! Bien sûr, excuse-moi ! fit-elle en la libérant. Mais je suis si contente de te revoir. Tu m’as l’air en forme. Ta mère nous as dit que tu avais été accepté sur le Hope. Je suis fière de toi Lia ! Est-ce que tout se passe bien là-bas ? Ton tuteur est-il gentil ? Comment sont les cours ? Est-ce que tu manges assez ? Est-ce que… ?
-Du calme ! Du calme, Marthe ! la coupa Gaspard dans un éclat de rire. Je suis certain que Lia a tout l’après-midi pour nous raconter tout cela.
-Bien sûr ! répondit la jeune fille avec enthousiasme.
Elle se tourna ensuite vers son tuteur qui avait observé la scène sans dire un mot.
-Marthe, je te présente mon tuteur, le lieutenant Antoine Scott. Lieutenant, je vous présente Marthe Tellis.
-Enchanté madame Tellis, fit Antoine en se penchant pour faire un baisemain à la femme de-vant-elle.
- Appelez-moi Marthe, fit-elle en souriant. Antoine, puis-je vous appeler Antoine ?
-Bien sûr ! s’exclama aussitôt le jeune homme.
-Alors bienvenue chez moi Antoine ! Je suis ravi de voir que Lia a trouvé quelqu’un comme vous. Vous allez très bien ensemble.
-P-pardon ? Balbutia aussitôt Antoine alors que ses joues prenaient une belle teinte rouge vif.
-Ce que Marthe veut dire, reprit Gaspard en leur faisant un clin d’œil, c’est qu’une jolie fille comme toi Lia ne pouvait trouver qu’un charmant tuteur comme Antoine.
Lia et Scott échangèrent un bref regard avant que la jeune fille ne soit entrainée par Gaspard dans le petit salon. Ils discutèrent pendant une bonne partie de l’après-midi, Lia et Antoine ne retournant chez la jeune fille que pour le repas du soir.

Le reste de la semaine se passa d’une manière similaire, Lia faisant de son mieux pour éviter de se retrouver seule dans la même pièce que sa mère ou son frère.
Elle devait en plus s’arranger pour qu’Antoine ne les croise pas non plus, afin que son tuteur ne perde pas son sang-froid légendaire. En effet, la jeune fille le voyait serrer la mâchoire de colère chaque fois que sa mère ou Jérôme lui faisaient une remarque désobligeante. Ses poings se serraient et Lia commençait à s’inquiéter sérieusement pour la santé mentale de son frère qui était apparemment capable d’endurer sans ciller les regards meurtriers de Scott.
-Je n’en peux plus, lui confiait-t-il presque chaque soir. Comment fais-tu pour endurer toutes ces insultes sans un froncement de sourcils.
-L’habitude, je suppose, grognait chaque fois Lia avant d’embrayer sur un autre sujet.
Cependant, elle avait de plus en plus de mal à dormir. Elle avait plusieurs fois recroisé les amis de son frère. Ces derniers s’étaient contentés de la fixer pendant de longues minutes sans un mot. Et ce à chacune de leurs rencontres.
-Hé ! Voilà ta sœur et son toutou ! Lança l’un d’entre eux alors qu’elle se dirigeait vers la grange où Antoine et elle résidait.
Grimaçant, elle passant devant eux sans rien dire, tandis que son tuteur leur lançait un regard noir.
-Qu’est-ce que t’a à me regarder comme ça ? Lâcha un dénommé Ulric en direction d’Antoine.
- Rien, ne souffla le jeune homme. Rien du moment que vous laissez Lia tranquille.
-Hé le vieux, on ne l’a pas touché depuis qu’elle est revenue, continua Ulric. C’est bien dommage d’ailleurs, peut être devrions nous y remédier.
-La ferme ! Cria Scott en s’approchant de lui. Si vous touchez à un cheveu de Lia, je vous jure que…
-Lieutenant ! s’exclama la jeune fille en s’avançant vers son lieutenant.
-Lia…
-Laisse-les Antoine, murmura-t-elle en lui prenant la main. Ils n’en valent pas la peine.
-Que se passe-t-il ici ? Intervint la mère de Jérôme et Lia en sortant de chez elle.
-Rien mère, rétorqua la jeune fille. Nous ne faisions que passer.
-C’est faux ! S’exclama Jérôme. Elle essayait encore de nous chercher des noises.
Lia se retourna vers lui en haussant un sourcil.
Son frère se contenta de lui envoyer un sourire moqueur.
-Pour la dernière fois, laisse Jérôme tranquille, Lia ! Fit leur mère avec agacement. Ce n’est pas parce que tu n’as aucun avenir sur ton vaisseau de malheur que tu dois reporter ta frustration sur son frère. De toute façon, je suppose que tu termineras comme ton père. Un bon à rien, qu’il était. Même pas capable de garder un emploi. Tu n’es rien, Lia. Juste une immense déception pour nous tous !
-Je ne vous permets pas ! S’exclama Antoine se rapprochant de la femme.
-personne ne vous a demandé votre avis, lieutenant ! Le rabroua Mme Shakeshift. De toute les façons, j’ai raison n’est-ce pas ?
-Aucunement, grogna le jeune homme. J’en ai marre !
-Pardon ?
-Vous m’avez très bien compris. J’en ai plus qu’assez de vos insultes, vos préjugés envers votre fille. Je ne sais pas pourquoi vous vous comportez ainsi avec elle, mais sachez que Lia est une jeune fille formidable qui mérite plus que personne sa place sur le Hope. Alors laissez la tranquille ! Et comportez-vous un peu comme une adulte.
-Lieutenant….
- Non Lia, laisse-moi finir. Il est temps que quelqu’un les remette à leur place.
La jeune fille soupira mais finit par prendre place aux côtés de son tuteur, dévisageant sa famille avec une lueur de défi dans le regard.
-Il nous reste à peine deux jours à vivre sous votre toit, Mme Shakeshift, reprit Antoine. Et j’espère que nous serons mieux traités, sinon je vais me sentir dans l’obligation de signaler la situation de votre fille aux dirigeants du Hope. Je suis sûre qu’ils se feront un plaisir de vous rendre une petite visite.
-Vous ne pouvez pas ! Blanchit la mère de Lia.
-Oh si, je peux. Vous n’avez que trop longtemps abusé de la patience de votre fille.
Il se tourna vers son élève qui avait suivi la scène sans un mot, lui souriant doucement.
-Maintenant, Lia. Je crois bien que tu avais quelques questions à poser à ta mère. Pourquoi ne pas lui en parler maintenant ?
Se mordant la lèvre avec anticipation, la jeune fille s’approcha de la femme qui les dévisageait désormais avec suspicion.
-Quel genre de question ? murmura-t-elle avec méfiance.
-Rien de bien méchant, je vous assure, répondit Antoine. Allez Lia…
-Suivez-moi, grogna la femme en les entrainant dans la petite cuisine, leur faisant signe de s’assoir autour de la table.
Scott prit place à côté de Lia, l’encourageant d’une poignée de main.
-Mère, commença-t-elle avec hésitation, j’ai besoin de savoir quelque chose. Quelque chose de très important.
-Je t’écoute, répondit Mme Shakeshift qui n’était visiblement pas à l’aise.
-Des officiers ou anciens du Hope seraient-ils venus à la maison durant mon enfance ?
La femme en face d’eux blanchit étrangement.
-Pourquoi cette question ?
-Mère, s’il te plait, c’est important.
-Bien, grogna cette dernière. Je suppose qu’il est temps que tu apprennes la vérité. La vérité sur ton père.
-Mon père ?
-Ne m’interromps pas Lia ! S’exclama-t-elle avant de se recroqueviller sur sa chaise face au regard meurtrier du lieutenant Scott.
-Désolé mère, souffla tout de même la jeune fille en baissant le regard.
-Peu importe, reprit sa mère. Il faut que tu saches que ton père faisait partie du Hope, Lia.
Lia, tout comme son tuteur, sursauta sous cette révélation.
-Vous plaisantez ! Fit aussitôt Antoine. J’ai vérifié les registres du Hope peu après l’arrivée de Lia sur le navire. Il n’y a pas de trace d’un autre Shakeshift.
-C’est parce qu’il ne se nommait pas ainsi avant de m’épouser. Il a pris mon nom de jeune fille. Il se nommait Ash. Drew Ash.
Lia se tourna vers son tuteur en haussant un sourcil.
-Il y a effectivement trace d’un Drew Ash dans les registres, admit le jeune homme dans un souffle.
Mon ancien tuteur l’a eu comme mousse.
-Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ? Et pourquoi n’a-t-il pas gardé son nom ?
-ca ne te regardait absolument pas, s’exclama sa mère. Et puis, qui aurait cru que tu serais ac-cepté sur ce vaisseau ? Personne. Quant au changement, de nom, ton père voulait éviter qu’on ne le retrouve ici. Je ne sais pas pourquoi. Maintenant laissez-moi tranquille !
-Mère, j’ai une dernière question, fit Lia alors que la femme se préparait déjà à quitter la pièce.
Prenant le silence de sa mère comme un assentiment, elle reprit la parole dans un souffle.
-Comment est-il mort ?
-Je te l’ai déjà dit, répondit la femme avec agacement. Il n’a pas survécut à une tempête.
-Impossible, répondit Scott. Un officier du Hope, ancien mousse de mon tuteur surtout, aurait réussi à survivre.
-Je vous dis ce que je sais, grogna Mme Shakeshift. Tu connais l’histoire, Lia. Tu étais chez des amis, ton père était parti te rendre visite. Il y avait une tempête terrible ce jour-là. Il n’est jamais revenu. Nous en avons conclu qu’il était mort, d’autant que, sur la route qu’il empruntait, beaucoup de personnes ont péries à cause d’arbres qui se sont effondrés. Les autorités n’ont pas pu identifier tous les corps à cause de la violence du choc. Mais ton père faisait sûrement parti des défunts.
-Mais…
-Viens Lia, lui souffla Antoine en lui posant une main sur son épaule. Apparemment c’est tout ce qu’elle sait.
Hochant la tête avec regret, la jeune fille suivit son tuteur hors de la pièce.
-Merci pour ses informations, madame, fit simplement Scott avant de ressortir de la maison.
Jetant un œil autour d’elle, Lia remarqua que Jérôme et ses amis n’étaient plus dans l’allée, et devaient sûrement trainer plus loin.
La jeune fille suivit sans un mot Antoine dans la grange, s’asseyant finalement en face de lui en soupirant.
-Je sais ce que tu penses, fit-il avant qu’elle n’eut pu dire quoi que ce soit. Tu penses que ton père n’es pas mort, ou du moins n’a pas pu mourir cette nuit-là.
La jeune fille hocha la tête.
-Lia, soupira Antoine. S’il n’a pas péri cette nuit-là, je ne vois pas pourquoi il n’est pas revenu chez ta mère, d’autant qu’il semblait tenir beaucoup à toi. Il ne t’aurait pas laissé seul.
-Mais… s’il était un ancien mousse de ton tuteur, alors il pouvait…
-Contrôler la magie verte, je sais. Et ce n’est pas un arbre qui l’aurait tué, la coupa-t-il.
-Où est-il alors ? s’exclama Lia qui commençait à perdre son calme.
-Calme-toi, Lia. Je n’en sais pas plus que toi. Il est peut être vraiment mort. Même si ce n’est pas à cause d’un arbre, il aurait très bien pu se noyer ou…je ne sais pas ! Je ne sais pas, Lia.
Il soupira.
Un ange passa.
-Nous ferons des recherches en retournant sur le Hope, finit par déclarer Scott. Après tout, ce ne sera que la deuxième chose à tirer au clair durant cette année.
-On va finir par devenir des spécialistes, n’est-ce pas ? fit la jeune fille avec humour.
-Oh mais avec une équipière aussi merveilleuse, je suis certain que je pourrais résoudre tous les mystères du monde, lui répondit Antoine avant de s’approcher pour l’embrasser.
Lia répondit aussitôt à ce baiser, passant avec bonheur ses doigts dans les cheveux de son tuteur, l’attirant un peu plus contre elle. Mais elle fronça les sourcils lorsqu’Antoine lui sourit tendrement avant de se dégager, un air songeur sur le visage.
Ils passèrent le reste de la journée à discuter calmement dans la grange, profitant d’un de leurs derniers jours en tête à tête avant de devoir retourner sur le Hope.
Lorsque le temps vint pour eux de s’en aller, c’est sans un regard en arrière que Lia franchit le seuil de sa maison, saluant du bout des lèvres sa mère qui ne lui répondit que par un grogne-ment.
Quelques heures plus tard, lorsque le Hope quitta le port, ce fut avec un certain soulagement que Lia salua Gaspard et Marthe qui leur faisaient de grands signes de la main.
Une nouvelle année sur le vaisseau commençait. Année durant laquelle elle espérait plus que tout en apprendre bien plus sur ses origines.



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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:21

Chapitre 11


Lia se cogna violement la tête contre le mur, gémissant légèrement sous le coup de la douleur.
-Pourquoi. Mais pourquoi ? Ne cessait-elle de murmurer alors que des larmes coulaient douce-ment sur ses joues.
La journée avait pourtant bien commencé. Ils avaient repris la mer depuis plusieurs semaines, et la routine avait repris place sur le vaisseau. Lia se plaisait à suivre chaque jour l’emploi du temps qu’elle connaissait désormais presque par cœur. Elle avait passé la matinée à écouter avec attention ses différents professeurs. Ces derniers leur expliquaient ces dernières semaines les derniers points importants du programme de troisième année de lycée. Une fois que Yule serait passé, les élèves allaient enfin pouvoir laisser tomber les quelques matières plus « généralistes » et approfondir les sujets qui les intéressaient en priorité durant la matinée tout en ayant l’après-midi exclusivement réservé à la pratique de la magie avec leur tuteur.
Lia attendait ce moment avec une impatience croissante, désirant plus que tout passer du temps à découvrir à l’aide de son désormais petit ami ces pouvoirs dont la pratique n’avait été qu’introduite l’an passé. En cette belle matinée d’Octobre, Lia, tout comme le reste des deu-xièmes années, avaient ainsi assisté à un cours de mathématique puis de sciences. Une fois la pause déjeuner venu, la jeune fille avait quitté la salle de classe dans le but d’aller déposer son sac de cours dans sa cabine avant de se rendre au self.
Mais, alors qu’elle marchait tranquillement dans les couloirs du Hope, des gloussements la firent retourner. Elle haussa un sourcil notant que les auteurs de ces bruits plus que particuliers n’étaient autres que deux lieutenants tout justes formés. Les deux jeunes femmes la regardèrent passer en souriant largement.
-Miss Shakeshift ? demanda l’une d’elle alors que Lia les avait déjà dépassés de quelques mètres.
-Oui lieutenant ? fit Lia en se retournant.
-Pourriez-vous donner ceci au lieutenant Scott ? fit-elle en lui tendant une enveloppe.
-Heu...Oui. Bien sûr, acquiesça aussitôt la jeune fille en mettant l’enveloppe en question dans sa poche intérieure.
-N’oubliez pas surtout !
Hochant la tête avec perplexité, Lia reprit son chemin vers sa cabine.
Elle fronça les sourcils en repensant à l’attitude de son tuteur, ses dernières semaines. Depuis la rencontre avec sa mère, il s’était fait distant, froid parfois, et semblait régulièrement plongé dans ses pensées. La jeune fille ne savait pas exactement ce qui l’ennuyait. Elle lui avait posé la question à plusieurs reprises, mais il n’avait rien voulu entendre. Elle espérait qu’il finirait par résoudre ce dilemme qui semblait l’habiter, car cette distance qu’il mettait entre eux devenait presque insupportable.
Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle trouva Antoine qui, lui tournant le dos et assis au petit bureau, semblait travailler sur quelque chose.
-Lia, fit-il en se retournant dès qu’elle eut refermé la porte. As-tu passé une bonne matinée ?
Hochant la tête, Lia ressortit la missive de sous sa veste pour la tendre à son tuteur.
-Un lieutenant m’a demandé de te donner ça, fit-elle simplement.
Il ouvrit aussitôt la missive, ses yeux s’écarquillant légèrement en voyant son contenu.
-Quel lieutenant, Lia ?
-Je ne connais pas son nom. Elle est un peu plus grande que moi et a de longs cheveux noirs.
Antoine gémit aussitôt en se passant une main sur la figure.
-Qu’y a-t-il ? demanda aussitôt la jeune fille.
-Essaye de rester loin d’elle, fit-il simplement en se rapprochant pour la prendre dans ses bras. Elle n’arrête pas d’essayer de me suivre en me murmurant des propositions totalement indé-centes à l’oreille. Je n’arrive pas à m’en défaire.
Lia ferma les yeux lorsqu’il commença à lui déposer des baisers dans le cou.
-Peut être devrions nous faire connaître notre relation aux autres membres du vaisseau, proposa-t-elle alors qu’il se penchait pour l’embrasser.
Aussitôt, il se tendit et fit un pas en arrière.
-Non…Non pas tout de suite.
-Pourquoi ? demanda aussitôt Lia en fronçant les sourcils. Ce serait beaucoup plus simple. Nous n’aurions plus à nous cacher.
-Je préfère attendre encore un peu, rétorqua Antoine. Si...Si nous déclarons que nous sommes ensemble, Bruno ne nous laissera jamais tranquille en public. Il passera son temps à plaisanter ouvertement à notre sujet.
-Je suis sûre que ça ne durera pas très longtemps, soupira Lia. J’en ai assez de devoir mentir à mes amis. Et puis, je n’apprécie pas tellement de voir toutes ces femmes qui te tournent autour.
-Je t’assure qu’il n’y a que toi à mes yeux, Lia, assura-t-il aussitôt. Mais je suis ton tuteur Lia, ton professeur ! Les autres adultes pourraient m’accuser de favoritisme !
-ça n’avait pas l’air de les déranger aux dernières nouvelles, remarqua la jeune fille.
-Tu ne comprends pas, répondit Scott en secouant la tête. Tu n’es qu’une gamine Lia ! Tu ne peux pas comprendre la façon dont vont réagir certains de mes collègues en apprenant que je sors avec une élève.
Lia recula d’un pas, sous le choc. Comment osait-il affirmer une chose pareille. Il savait mieux que personne qu’elle avait depuis longtemps perdue son innocence, en partie par sa faute, d’ailleurs. Comme pouvait-il la traiter ainsi, après toutes les soirées qu’ils avaient passé dans son lit, à s’embrasser à en perdre la raison.
-Si je ne suis qu’une gamine à tes yeux, je suppose qu’il vaut mieux qu’on s’arrête ici, fit la jeune fille d’un ton dur. Après tout, je ne suis pas assez bien pour les Earl, n’est-ce pas ? Je ne ferai pas une assez bonne épouse.
-Lia…
- Je vous souhaite une bonne journée, lieutenant.
Et elle sortit en courant de la pièce, essuyant avec rage les larmes qui coulaient sur son visage. Ignorant le cri de son tuteur qui lui intimait de rester dans la pièce. Elle courut à vive allure dans les couloirs, slalomant entre les quelques personnes encore présentes, ne regardant pas vrai-ment où elle se dirigeait.
Finalement, après plusieurs minutes de course, elle s’arrêta dans un passage peu fréquenté, à bout de souffle.
-Pourquoi, grogna-t-elle alors que les larmes continuaient de couler sur ses joues.
Elle grimaça lorsque sa tête heurta le mur et passa quelques secondes sa magie sur l’endroit douloureux.
-Tu n’es qu’une idiote Lia, murmura-t-elle pour elle-même. Tu n’aurais jamais dû croire que tu comptais à ce point pour lui.
Réussissant à se calmer au bout de longues minutes, elle reprit son chemin, se dirigeant aussitôt vers le self où ses amis étaient déjà installés. Elle s’assit aussitôt à côté de Marc qui lui lança un sourire.
-Alors Lia, fit-il d’un air taquin, on ne croyait plus te voir. C’est ton lieutenant qui t’a retenu ?
-Oui, lâcha-t-elle simplement avec un faible sourire. Mais rien de grave.
Hochant la tête, Marc reprit sa conversation avec Anne.
-ça va Lia ? demanda Sophie qui était installée en face d’elle. Tu n’as pas l’air bien.
-Si. Je t’assure, tout va très bien, assura-t-elle en essayant de sourire.
-Lia…soupira Sophie, je te connais. Il y a quelque chose qui ne va pas.
-Il n’y a rien ! marmonna la jeune fille tandis que ses deux autres amis tournaient également la tête vers elle.
-Mais…tu as pleuré ! Souffla Anne en détaillant les yeux rouges de son amie.
-Je me suis juste disputé avec mon tuteur, capitula-t-elle. Rien d’important.
-A en juger par ton état ça ne m’a pas l’air d’avoir si peu d’importance pour toi, Lia, fit remar-quer Marc.
-Le lieutenant Scott non plus n’a pas l’air d’aller bien, remarqua alors Sophie.
Lia releva la tête et dirigea son regard vers la table des professeurs. Son lieutenant, assis à la droite du lieutenant Miller, semblait plongé dans ses pensées. Son meilleur ami ne cessait d’essayer d’engager la conversation avec lui, mais sans succès. Comme s’il sentait son regard sur lui, Antoine releva brièvement la tête, rencontrant le regard de la jeune fille. Ils restèrent quelques secondes dans les yeux l’un de l’autre, Lia lisant aussi bien la tristesse qu’une certaine colère dans les prunelles de son tuteur. Mais, alors que l’homme faisait mine de se lever, elle détourna le regard.
La jeune fille passa le reste de l’après-midi à se repasser en boucle leur dispute, essayant de se convaincre que c’était simplement la colère qui avait fait réagir son tuteur de cette façon.
Le soir même, après avoir travaillé une bonne partie de la soirée dans la bibliothèque, elle se résigna finalement à rejoindre la petite cabine où devait sûrement déjà se trouver son tuteur.
Ouvrant timidement la porte, elle finit par se glisser avec précaution à l’intérieur de la pièce, grimaçant sous le regard de son tuteur qui était assis sur le bord de son lit.
-Tu te décide enfin à venir, Lia ? murmura-t-il.
-J’avais du travail, lieutenant, veuillez m’excuser, rétorqua la jeune fille en baissant le regard.
-Dis plutôt que tu ne voulais pas me voir. Et depuis quand me vouvoies-tu Lia ?
-Je croyais que c’était fini entre nous. C’est ce que vous vouliez non ? Après tout, je ne suis qu’une gamine pour vous ? Lâcha Lia en se positionnant juste devant lui, les bras croisés.
-Ne raconte pas n’importe quoi, fit aussitôt son tuteur en se levant. Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit.
-Ah ? Vraiment ? Alors vas-y, exprime le fond de ta pensée ! Rétorqua Lia en retrouvant comme par automatisme le tutoiement.
-Je tiens juste à ce que notre histoire reste cachée, fit Antoine en baissant les yeux.
-Tu n’es qu’un égoïste ! Cria aussitôt la jeune fille.
-Un égoïste ? Moi ? Rétorqua son petit ami en élevant également la voix.
-Exactement ! Tu préfères te cacher et faire comme si de rien n’était. Comme si…Comme si il n’y avait même pas de nous ! Tu ne te rends même pas compte à quel point ça peut me faire mal.
-Lia…la coupa-t-il d’une voix dure.
-Non ! Ecoute-moi ! Toutes ces…ces filles te tournent autour chaque fois qu’on est dans un port. Et il y a eu cet incident avec ce lieutenant! De plus, depuis que tu as appris pour ton héritage, je te sens de plus en plus mal à l’aise avec moi. J’aimerais tellement que tu puisses oublier tout ce qui s’est passé à Tylan, toute cette histoire de mariage. Tu ne penses qu’à toi-même, Antoine. Alors que moi j’aimerai simplement pouvoir crier au monde entier à quel point je t’aime !

Un silence emplit alors la cabine. Tous les deux se dévisageaient avec stupéfaction. Lia ne pou-vait croire qu’elle venait de formuler à voix haute ce qu’elle ressentait depuis des mois.
Antoine, quant à lui, tentait de définir si sa petite amie avait réellement prononcé ces paroles ou si la fatigue lui faisait entendre des voix.
-Je t’aime, murmura-t-elle à nouveau en le regardant dans les yeux.
-Lia…
Sa colère oubliée, il franchit en quelques secondes les quelques mètres qui les séparaient pour la prendre dans ses bras puis capturer ses lèvres en un baiser passionné.
Lorsqu’ils se séparèrent pour respirer, il se mit à embrasser avec abandon chaque partie du visage de la jeune fille qui, les yeux fermé, soupirait de bien-être.
-Lia, murmurait-il, ma Lia.
Reculant son visage de quelques millimètres, il plongea à nouveau son regard dans celui de sa bien-aimée pour lui murmurer en lui caressant le visage ce qu’il n’avait jusque-là pas osé formuler à voix haute.
-Je t’aime Lia. Je t’aime tellement.
-Je t’aime Antoine, lui répondit la jeune fille en lui souriant tendrement.
Ils s’embrassèrent à nouveau, plus tendrement que précédemment, essayant de faire passer dans ce baiser tout l’amour qu’ils pouvaient ressentir l’un pour l’autre.
-Je suis désole, murmura Lia lorsqu’ils se séparèrent. Je n’aurais pas dut m’emporter.
-Non. Je crois bien que tu avais raison. Admit Antoine. Je ne peux pas t’empêcher d’en parler à tes amis. Et pour ma famille je…
-Plus tard, répondit la jeune fille. Nous avons tous le temps. Je n’ai pas envie d’entamer une nouvelle dispute. Pas maintenant.
-Non. S’il te plait, laisse-moi t’expliquer.
S’asseyant sur le lit, il la força à rencontrer son regard.
-Je t’aime, Lia, murmura-t-il. Et, ce que penseront ma mère et mon beau père de notre relation n’y changera rien. Je sais qu’ils s’attendent à ce que je me marie d’ici deux ou trois ans. Et la raison pour laquelle je t’ai semblé distant, est que je réfléchissais. Je réfléchissais à un moyen de contourner cette condition, afin que nous restions ensemble. Je ne veux pas te quitter, Lia. Ce serait trop dur…
-Je t’aime aussi, souffla-t-elle. J’avais tellement peur que tu m’abandonnes pour une autre…
-Je ne ferai jamais une chose pareille, pas pour une chose aussi stupide que cette histoire d’héritage.
Il l’attira sur le lit, s’allongeant aussitôt contre elle alors qu’ils échangeaient un baiser.
-Lia…
-Hmm ?
-J’aimerai essayer quelque chose, avoua-t-il dans un souffle.
-oh ? fit-elle en se redressant sur un coude.
-Hmm, je…
Il se mordit la lèvre, geste que la jeune fille trouva terriblement attirant.
Le dévisageant, elle vit apparaître sur les lèvres de son tuteur la couleur verte si caractéristique de leur pouvoir. Fermant les yeux, elle tressaillit dans l’anticipation de ce qu’il s’apprêtait à faire tout en concentrant à son tour sa magie sur ses lèvres.
Ouvrant à nouveau les paupières, elle vit que son tuteur la fixait désormais, le regard voilé, et se rapprochait doucement d’elle. Elle gémit lorsque leurs bouches s’effleurèrent, ressentant un picotement si agréable se propager sur le reste de son visage. Se mordant brièvement la lèvre inférieure, elle fit basculer le jeune homme sur le dos pour capturer sa bouche en un baiser passionné. Ils gémirent en même temps alors que leurs magies se rencontraient, chacun ressentant les frissons du pouvoir de l’autre parcourir son corps. Ils restèrent de longues minutes les lèvres collées, découvrant et appréciant ces nouvelles sensations. Leurs mains se joignirent en une douce caresse, la magie crépitant dans chacun de leurs doigts. Mais, alors que ceux d’Antoine glissait doucement sous le t-shirt de la jeune fille, cette dernière se tendit, et cassa le baiser.
-Non, murmura-t-elle.
-Je suis désolé Lia, fit Antoine en retirant immédiatement ses mains. Je n’aurais pas dû.
- Laisse-moi juste du temps, répondit La jeune fille. Je ne suis pas encore prête pour ça.
Hochant la tête, le lieutenant lui déposa un chaste baiser sur les lèvres avant de la faire basculer sur le côté, se lovant aussitôt contre elle.
-Il est temps d’aller dormir, murmura-t-il dans les cheveux de la jeune fille.
Cette dernière hocha la tête.
-Bonne nuit, murmura-t-elle. Je t’aime.
-Je t’aime Lia, fit-il avec tendresse.
Ils s’embrassèrent une dernière fois et fermèrent l’un après l’autre les paupières, tombant quelques minutes plus tard dans les bras de Morphée.

Quelques jours plus tard, c’est avec un certain acharnement que la jeune fille parcouru les registres du vaisseau, afin de vérifier les dires de sa mère. Le début de cette nouvelle année scolaire avait été tellement chargé qu’elle n’avait plus vraiment repensé au mystère entourant son père. Ce n’est que lorsqu’Antoine l’avait mentionné la veille qu’elle s’était rappelé des recherches qu’elle s’était promis d’effectuer à ce sujet.
Elle feuilletait ainsi avec attention le grimoire rassemblant tous les mages ayant été enrôlés sur le navire depuis sa création. Elle avait tout d’abord localisé la période qui l’intéressait, c'est-à-dire environ cinq ans avant sa naissance. En effet, ses parents s’étaient apparemment mariés l’année des vingt ans de son père, donc juste après sa sortie du Hope. Elle était née environ deux ans plus tard, juste après Jérôme.
-Alors, murmura-t-elle, voilà le tuteur du lieutenant. Donc, ses élèves….Ah voilà. Ash Drew. Magie verte. Major de sa promotion. A quitté le Hope juste après sa troisième année.
Elle détailla les quelques lignes suivantes, mais ne trouva pas d’autres informations qui auraient pu lui être utile.
Soupirant, elle referma le grimoire, soulevant au passage un nuage de poussière.
-Je n’ai rien trouvé d’intéressant, annonça-t-elle le soir même à Antoine lorsqu’elle le rejoignit dans leur cabine.
-Ce n’est pas grave, Lia, murmura-t-il aussitôt en se rapprochant pour la prendre dans ses bras. Je suis persuadé qu’on finira par découvrir la vérité à son sujet.
Hochant la tête d’un air dépité, Lia se détendit lorsque le jeune homme déposa tendrement ses lèvres sur les siennes.
Répondant aussitôt au baiser du jeune homme collé à elle, elle décida d’oublier pour le moment cette petite enquête, se promettant toutefois d’approfondir le sujet…plus tard.


C’était en une belle matinée ensoleillée que cela se produisit. Le Hope avait depuis environ un mois quitté le port de Cassydre et Lia s’était replongé avec assiduité dans les cours passionnants que donnaient les professeurs du vaisseau. Les mousses de deuxième année étaient actuellement en cours de biologie marine, donné par le lieutenant Mackin. Lia était comme d’habitude installée à la même table que ses amis et écoutait avec attention le professeur leur expliquer les différents types d’algues que l’on pouvait trouver en mer et quelles étaient celles que l’homme pouvait consommer ainsi que leur utilité en ce qui concernait la magie.
Mais alors qu’il ne restait plus que quelques minutes de cours avant la pause de la matinée, une sonnerie vive se déclencha. Tous les élèves sursautèrent et se levèrent aussitôt en empoignant leur petit sac de toile, prêts à quitter la salle. L’alarme ne sonnait que très rarement sur le vaisseau, la plupart du temps à cause d’un problème technique peu important, mais les étudiants avaient vite apprit à la reconnaître et à prendre l’alerte très au sérieux.
-Sortez tous de la salle dans le calme, fit le professeur, et dirigez-vous vers le self.
Les élèves obéirent. Le self était l’immense salle dans laquelle ils déjeunaient chaque jour, mais aussi la pièce la plus protégée du vaisseau.
-Qu’est ce qui se passe à ton avis, chuchota Marc.
-Aucune idée, murmura Lia.
Elle jeta un regard inquiet aux quelques officiers qui se dirigeaient en courant vers le pont prin-cipal. Quelque chose n’allait pas. Les visages des adultes semblaient crispés. Même leur professeur semblait mal à l’aise. Alors qu’ils marchaient, la jeune fille essaya d’apercevoir son lieutenant dans les différents professeurs qui rejoignaient avec eux le self. Mais il n’était pas présent.
Lorsqu’ils entrèrent dans la grande salle de restauration, la jeune fille sentit une boule se former dans sa gorge. Le capitaine du vaisseau était présent.
Ce dernier ne s’adressait généralement presque jamais aux élèves, à part pour leur souhaiter la bienvenue. Mais le vieil homme avait en cet instant un air grave sur le visage. Il attendit que tous les mousses se soient mis au garde à vous devant lui pour prendre la parole.

-Jeunes gens, déclara-t-il, je vais vous demander de rester ici avec vos professeurs. Le Hope est en ce moment victime d’une attaque de pirates. Ils ne sont pas nombreux mais possèdent des armes assez dangereuses capables de vous tuer en quelques secondes. Les officiers à bord sont en ce moment même en train de défendre le vaisseau. Pour l’instant, nous n’avons pas de morts, juste quelques blessés. Veuillez donc rester ici dans l’attente de nouveaux ordres. Rompez !

Tous les mousses se relaxèrent et se regardèrent avec un air inquiet sur le visage. Lia alla s’assoir avec le reste de sa classe en silence. Il n’y avait que très peu de bavardages. Chaque élève présent était inquiet pour son tuteur. Lia sentir son estomac se tordre à l’idée qu’Antoine était en ce moment même sur le pont à se battre, au péril de sa vie. Elle sortit son pendentif de sous son t-shirt et se mit à le serrer avec force, priant pour qu’il n’arrive rien à l’homme qu’elle aimait.
Les minutes s’écoulèrent dans un silence des plus pesants. Au bout d’un moment, les portes de la salle s’ouvrirent, faisant sursauter plusieurs personnes.
Lia sentit son cœur manquer un battement en voyant des blessés être amenés par les infir-mières du vaisseau.
-Posez les ici ! s’exclama l’infirmière en chef.
Elle s’attela aussitôt à panser le bras d’un homme que Lia ne connaissait que de vue.
Cependant, elle vie Marc se lever dès que le lieutenant Carols fut à son tour apportée sur une civière.
La jeune femme semblait inconsciente.
-Marc ! S’exclama-t-elle alors que son ami courrait pour venir au chevet de sa tutrice.
Malheureusement pour le jeune homme, il fut vite renvoyé par l’une des infirmières. Il revint aussitôt s’assoir à côté de Lia, l’air totalement bouleversé.
-Une balle dans l’épaule ! murmura-t-il avec rage. Ces enfoirés lui ont envoyé une balle dans l’épaule !
-Elle va s’en sortir, murmura Lia en mettant une main sur le bras de son ami en signe de soutien.
Les minutes passèrent, quelques autres officiers furent à nouveau envoyés vers les infirmières, mais pour des blessures un peu moins graves.
Finalement, au bout d’une heure d’attente, le commandant revint dans la salle.

-Les pirates ont été repoussés, annonça-t-ils. Cependant, nous avons quelques blessés assez graves qui ont été transportés immédiatement à notre bloc opératoire. Les médecins de bord s’en occupent déjà mais ils n’ont pu faire de pronostics pour le moment. Je suis désolé de devoir vous annoncer cela, mais les lieutenants Miller et Scott sont dans le coma.
-Non, murmura Lia… Non, ce n’est pas possible.
-Miss Shakeshift et Miss Norman, veuillez me suivre s’il vous plait, dit ensuite le commandant.
Lia échangea un regard sonné avec Sophie, puis finit par se lever et, les jambes tremblantes, se dirigea avec son amie jusqu’au commandant qui leur fit un sourire désolé.
-Venez avec moi, fit-il doucement, je vais vous conduire à eux.
Lia sentit les larmes monter alors que l’homme les menait dans les couloirs attenants au bloc opératoire, pièce voisine de l’infirmerie où l’on soignait les cas les plus graves.
-Restez ici, fit-il en indiquant des chaises contre un mur. Le docteur viendra vous chercher quand ils auront terminé de les soigner.
Les deux jeunes filles hochèrent la tête, Lia ayant la gorge trop serrée pour pouvoir s’exprimer.
Le commandant repartit alors.
Dès que l’officier se fut éloigné, Lia laissa enfin les larmes couler sur son visage.
Sophie n’en menait pas large non plus.
-Ils…Ils vont s’en sortir, murmura Lia en essayant de sécher les larmes qui coulaient toujours sur son visage. Ils doivent s’en sortir.
-Il m’a promis que tout irait bien, fit Sophie en tâtant son pendentif sous sa chemise. Il m’a dit qu’il ne me quitterait pas.
-Ils sont forts, lui répondit Lia, ils vont y arriver.
Sophie laissa échapper un rire sans joie.
-Je n’aurais jamais pensé qu’une attaque comme ça pourrait avoir lieu.
-Moi non, admit Lia. C’est tellement… impensable. Pourquoi attaquer une école ?
-Pour marquer le coup sûrement, faire parler d’eux. C’est tellement stupide.
Lia acquiesça et tenta de chasser les larmes qui montaient à nouveau.
-Je ne sais pas ce que je ferais si…si…s’il ne s’en sort pas, murmura-t-elle plus pour elle-même.
-Moi non plus, lui répondit Sophie. Le lieutenant Miller est l’élément central de ma vie sur ce vaisseau. S’il n’est pas là…
Lia hocha la tête avec compréhension.
Elles attendirent environ une heure en discutant des différents aspects de leur vie quotidienne avec leurs lieutenants. Lia parvint même à laisser échapper un rire silencieux à certains moments. Discuter avec Sophie avait toujours été relaxant.
Finalement, un médecin vint chercher Sophie.
-Miss Norman ? Le lieutenant Miller a été transféré dans une des salles adjacentes. Il n’est pas encore réveillé mais ses jours ne sont plus en danger.
Sophie soupira de soulagement et se leva aussitôt.
-Le lieutenant Scott est toujours en salle d’opération, fit-il en regardant Lia. Mais nous avons bon espoir.
-Courage, lui lança Sophie avec un sourire.
Lia eut un faible sourire et regarda Sophie disparaître derrière la porte de la salle devant elle avant de se replonger dans ses pensées.
Les minutes qui suivirent semblèrent être des heures. Lia ne cessait de se repasser dans sa tête les mots du médecin afin de se donner du courage, et d’éviter de songer aux pires des possibilités. Elle tripotait constamment son médaillon et finit par le ranger avec précaution sous son t-shirt afin de ne pas l’abîmer.
Alors qu’elle allait retirer sa main de sous son vêtement, un léger renflement dans la jointure de son cou et de son épaule attira son attention. Jetant un œil, elle rougit furieusement en voyant la peau rougit à cet endroit alors que des images de la soirée de la veille refaisaient surface.
Depuis quelques temps, les choses avançaient de plus en plus entre Antoine et elle. Les caresses innocentes qu’ils avaient échangées durant les premiers mois de leur relation avaient disparu pour laisser place à des frôlements bien plus poussés.
Ils n’avaient pas encore dormi ensemble. Mais son lieutenant prenait désormais un malin plaisir à embrasser chaque soir chaque centimètre de peau qui n’était pas couvert par des vêtements, au plus grand plaisir de Lia. La marque rouge provenait d’une de ces séances au cours desquels les deux amoureux perdaient de plus en plus le contrôle.
-Antoine, tu devrais vraiment faire plus attention, murmura-t-elle en reniflant avec amusement.

-Miss Shakeshift ?
Lia sursauta et releva la tête pour croiser le regard du guérisseur qui avait accompagné Sophie une demi-heure plus tôt.
-Est-ce qu’il va bien ? demanda-t-elle aussitôt.
-Ses jours ne sont plus en danger, lui répondit-il avec un sourire fatigué. Venez, je vais vous amener à lui.
Lia acquiesça et suivit l’homme qui la conduisit dans un autre couloir. Ils passèrent devant plu-sieurs portes numérotées que Lia supposa être des chambres et s’arrêtèrent enfin devant le numéro 12.
-Veuillez ne pas faire trop de bruit. Il a reçu une balle dans le torse. Nous avons réussi à l’extraire et par chance elle n’a perforé aucun organe. Il devrait être sur pied d’ici quelques jours. Mais pour le moment il a besoin de repos.
La jeune fille hocha la tête puis entra enfin dans la pièce. Le docteur referma la porte derrière elle, la laissant seule.
Lia s’approcha doucement du lit dans lequel était endormi son lieutenant. L’homme était vêtu d’un simple pyjama bleu refermé par juste deux boutons, permettant à la jeune fille d’apercevoir le pansement blanc recouvrant la partie droite du torse de son petit ami, juste en dessous de l’épaule.
Elle s’assit sur un tabouret prêt du lit, contemplant la figure endormie de son lieutenant. Il était magnifique et semblait si paisible. Lia repoussa une mèche de cheveux qui lui tombait sur le front alors que des larmes coulaient à nouveau sur ses joues.
Elle avait été si proche de le perdre.
Elle se pencha pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Je t’aime, murmura-t-elle, je t’aime tellement.

Sophie soupira avec tristesse, tout en fixant d’un regard vide le corps immobile de son tuteur. Reniflant d’une manière peu élégante, elle essuya rapidement les larmes qui recommençaient à couleur sur son visage. Il y a quelques années, jamais la jeune fille n’aurait pensé pouvoir devenir aussi proche de quelqu’un, au point d’être prête à tout pour pouvoir sauver la personne en question. Et pourtant, lorsque l’officier avait annoncé le nom des deux principales victimes de l’attaque, son cœur avait raté plusieurs battements, alors qu’elle avait l’impression de tomber dans un abîme sans fond. Cela ne pouvait être possible. Le lieutenant Miller ne pouvait être dans le coma. C’était tout simplement hors de question. Comme allait-elle pouvoir survivre sans lui pour lancer des blagues vaseuses comme il savait si bien le faire, sans l’encourager lorsqu’elle butait sur un exercice, sans tenir tête à sa mère lorsque cette dernière se montrait particulièrement ferme sur un sujet délicat. En un peu plus d’un an, Bruno Miller avait peu à peu pris une place importante dans la vie de Sophie, bien plus importante que celle à laquelle elle avait songé au départ. Elle appréciait sa présence, son caractère, sa manière d’être avec les autres, mais aussi avec elle lorsqu’ils se retrouvaient chaque soir dans l’intimité de leur cabine.
Sophie ferma les yeux, chassant à nouveau ses larmes alors qu’elle laissait les souvenirs de ces soirées merveilleuses s’insinuer dans son esprit. Les sentiments qu’elle avait pour son tuteur avaient longtemps été très confus. Elle avait depuis le départ été très attirée par cet homme toujours de bonne humeur, et possédant un sourire à faire pâlir d’envie Antoine Scott, pourtant très célèbre sur le Hope pour son physique particulièrement avantageux. Et pourtant, ce n’est pas le lieutenant Scott qui l’avait dès le début attiré, mais bien le lieutenant Miller. Cela faisait des mois que l’officier occupait, à la plus grande honte de la jeune fille, des rêves de plus en plus osés, expression d’un subconscient qui lui soufflait à mi-voix des sentiments de plus en plus tendres et passionnés pour l’officier dont elle était à la charge.
Sophie soupira à nouveau.
-Je t’aime, murmura-t-elle. Je sais que tu ne m’entends pas, et je dois avouer que c’est beau-coup mieux ainsi. Après tout, je n’aurai jamais le cran de te le dire en face, comme Antoine et Lia ont pu le faire. Je t’aime, Bruno Miller. Et tu as intérêt à te réveiller très bientôt, car j’ignore complètement comment je pourrais survivre à une vie sans toi.
Secouant la tête face à cette tirade d’un romantisme dont Sophie ignorait qu’elle pouvait faire preuve, elle reprit sa contemplation du visage endormi de son tuteur. Le temps était désormais à l’attente, et seuls les jours suivants lui diraient si une vie aux côtés de son très cher tuteur allait s’avérer possible ou non.

-Alors, lui demanda Lia lorsque les deux amies se retrouvèrent dans les couloirs du vaisseau, comment va le lieutenant Miller ?
-Beaucoup mieux, répondit Sophie en souriant. Mais ils pensent qu’il ne se réveillera que dans quelques jours.
-Antoine aussi, répondit Lia. J’ai…j’ai tellement hâte de pouvoir lui parler.
-Moi aussi. Admit Sophie.

Elles firent le reste du trajet en silence. Lorsqu’elles arrivèrent au réfectoire, toutes les têtes se tournèrent vers elles. Les regards étaient pleins de compassion et de compréhension. Lia remarqua que les autres officiers blessés étaient assis à leur table habituelle. Le lieutenant Carols, par exemple, semblait aller beaucoup mieux. Le lieutenant Morgan, assis à sa gauche, semblait encore choqué par la violence de l’attaque et ne lâchait pas des yeux sa bien-aimée.
Sans un mot, les deux jeunes filles se dirigèrent vers leur table habituelle. Lia se laissa tomber sur une chaise à côté de Marc qui lui fit un sourire plein de compassion.
-Alors ? Demanda-t-il.
-Ils vont s’en sortir, lui répondit Lia d’un air fatigué. Les médecins pensent qu’ils se réveilleront d’ici quelques jours.
La nouvelle fit rapidement le tour des autres tables, et Lia pu voir le soulagement passer sur les figures des officiers présents.

Le soir même, alors que Lia et Sophie étaient retournés au chevet de leurs lieutenants, tandis que Marc et Anne avaient rejoint d’autres mousses dans la salle d’étude, ce fut un lieutenant Morgan blanc comme un linge qui se glissa à la suite du lieutenant Carols dans la petite cabine que la jeune femme partageait avec Marc. Dès qu’elle eut refermé la porte, elle soupira de bonheur alors que les lèvres d’Alvin se posaient sur les siennes en un baiser passionné. Ouvrant la bouche, leurs souffles se mêlèrent tandis que leurs mains commençaient à s’égarer.
-J’ai eu tellement peur pour toi, souffla Alvin contre ses lèvres lorsqu’ils se séparèrent. J’ai bien cru que…
Il se tut lorsque l’index de Clare se posa sur ses lèvres.
-Nous sommes tous les deux en vie, c’est le principal, murmura la jeune femme avant d’embrasser à nouveau son amant.
Répondant avec passion au baiser, le jeune homme laissa ses mains glisser sous le t-shirt de sa bien-aimée en une douce caresse tandis que les mains de cette dernière étaient occupées à lui déboutonner sa chemise. Ils ne se séparèrent que le temps de retirer leurs hauts et de verrouiller soigneusement la porte avant de s’embrasser à nouveau, basculant lentement sur le lit de la jeune femme.
-Je t’aime, souffla Alvin alors qu’ils reposaient bien plus tard l’un contre l’autre dans le lit dé-sormais défait.
-Je t’aime Alvin, répondit aussitôt Clare.
-Comment va ton épaule ? S’inquiéta-t-il. J’espère que la blessure ne s’est pas ré-ouverte.
-Ne t’inquiète pas, murmura-t-elle en se blottissant un peu plus contre le torse du jeune homme. Les guérisseurs ont arrangé cela assez rapidement.
-J’espère qu’Antoine et Bruno vont s’en sortir, admit Clare après quelques secondes de silence.
-Apparemment, les guérisseurs ont réussi à stabiliser leur état, remarqua Alvin. Je suis sûr qu’ils seront sur pieds dans très peu de temps.
Hochant la tête, Clare jeta un œil à sa montre, grognant en remarquant qu’il ne leur restait plus qu’une heure à peine avant que Marc ne cherche à entrer dans la cabine.
Ils restèrent quelques minutes silencieux, appréciant simplement la présence réconfortante l’un de l’autre.
-Clare, finit par souffler Alvin en se redressant doucement.
La jeune femme releva la tête pour rencontrer les yeux noirs de son petit ami.
-Oui ?
Ce dernier s’éclairci la voix d’un ton maladroit avant de reprendre la parole, le rouge aux joues.
-J’ai quelque chose à te demander.
-Je t’écoute, répondit Clare en caressant distraitement le torse de l’homme toujours allongé contre elle.
-Je t’aime, reprit Alvin. Je crois bien que je suis tombé amoureux de toi dès que je t’ai rencontré, lorsque je n’étais qu’un mousse de deuxième année. J’ai été ravi de remarquer qu’une autre personne que moi pouvait manipuler l’eau et ai donc cherché à mieux te connaître. Cela m’a permis de découvrir une personne exceptionnelle, avec un cœur d’or, une intelligence sans égale lorsqu’il s’agit de Mathématique, et un sens de l’humour identique au mien. Tu es parfaite, Clare. J’ai...J’ai eu tellement peur pour toi, cette après-midi. J’ai bien crut ne plus jamais te revoir, ne plus pouvoir te serrer dans mes bras, ressentir ta présence. Tu m’es devenu indispensable.
Il essuya avec tendresse une larme de bonheur qui coulait sur la joue de la jeune femme.
-Clare Carols, veux-tu m’épouser ? Chuchota-t-il finalement en plongeant son regard dans celui du lieutenant allongé contre lui.
-Alvin…
Elle se rapprocha un peu plus de lui et captura ses lèvres en un baiser passionné.
-Est-ce que ça veut dire oui ? demanda le jeune homme lorsqu’ils se séparèrent pour respirer.
-Oui, répondit Clare avec un large sourire.
Ils échangèrent un nouveau baiser.
-Je suis désolé, admit Alvin en un léger rire, mais j’ai laissé la bague de fiançailles dans ma cabine.
Clare eut pour seule réponse un éclat de rire avant d’attirer à nouveau son désormais fiancé contre elle.
C’est plus ou moins décoiffés qu’ils ouvrirent enfin la porte une heure plus tard à Marc qui les dévisagea en fronçant les sourcils.
-A plus tard, souffla le lieutenant Morgan avec amour avant de venir déposer un léger baiser sur les lèvres de la jeune femme.
-Bonne nuit mon amour, murmura-t-elle à son tour.
Ils s’étreignirent une dernière fois avant de se séparer, chacun retournant dans leurs cabines respectives.

Les jours qui suivirent furent assez chargés pour Lia. Les cours continuaient durant la matinée. L’après-midi, les mousses aidaient le reste de l’équipage à réparer le pont qui avait subi quelques dommages. Et le soir, ainsi qu’à chaque moment qu’elle avait de libre, Lia rejoignait le lieutenant dans sa chambre d’hôpital, veillant toujours sur lui sans un mot. Elle avait même pris l’habitude d’amener ses devoirs. Le personnel soignant la laissait faire, trouvant impressionnant et touchant la loyauté qu’elle avait pour l’homme.
Sept jours plus tard, c’était une Lia fatiguée qui travaillait sur son devoir de mathématique. Son lieutenant ne s’était toujours pas réveillé. Pourtant, les blessures d’Antoine s’étaient refermées. Enfin, d’après le médecin qui le suivait. Et le lieutenant Miller était sorti de sa chambre deux jours plus tôt.
Lia bailla à s’en décrocher la mâchoire. Elle dormait mal ces derniers temps. Leur cabine lui pa-raissait tellement vide, froide. Elle n’arrivait plus à trouver une bonne position sans les bras d’Antoine pour l’enlacer. En un mot : il lui manquait horriblement. Et le voir allongé dans ce lit depuis plusieurs jours lui fendait le cœur.
Délaissant ses exercices enfin terminés, elle se tourna à nouveau vers la forme endormie dans le lit d’hôpital.
Elle lui prit la main pour la porter à sa bouche et y déposer un baiser avant de la caresser dou-cement. Le lieutenant avait de grandes mains douces aux doigts fins. Elle aimait les sentir par-courir son visage ou son cou. Mais pour l’heure, elles étaient inertes et sans vie sur le matelas blanc.
-Tu me manque, murmura la jeune fille alors que quelques larmes coulaient sur ses joues et tombaient sur la main qu’elle tenait toujours. Tu me manque terriblement. Je t’en prie Antoine, réveille toi. Elle concentra sa magie sur le bout de ses doigts avant de caresser doucement la joue de son tuteur. Ce dernier gémit dans son sommeil, puis bougea légèrement.
-Antoine ? murmura Lia une nouvelle fois.
-Lia ? fit une voix rauque, Lia, c’est toi ?
La jeune fille releva aussitôt la tête pour voir son lieutenant papillonner des paupières pour enfin ouvrir les yeux.
-Antoine, murmura-t-elle en pleurant de joie, oh mon dieu.
Elle se rapprocha et se pencha pour l’embrasser doucement. Il répondit aussitôt au baiser et leva un bras pour entremêler ses doigts dans les cheveux de la jeune fille.
-Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il avec un air perdu en lui caressant le visage.
-Tu as manqué de te faire tuer par des pirates, tu viens de passer sept jours dans le coma, et tu me demande pourquoi je pleure ? fit-elle en riant à travers ses larmes.
Il lui sourit tendrement.
-Je suis désolé, lui répondit-il. Je...Je n’ai pas vu la balle arriver. Je voulais aider… Bruno ! Com-ment va-t-il ?
-Il est sorti de sa chambre avant-hier. Il n’a aucune séquelle.
-Dieu merci ! s’exclama Antoine.
Il essaya de se relever, et parvint à se mettre en position assise avec l’aide de Lia.
Cette dernière appuya sur le dispositif pour alerter le guérisseur qui suivait le jeune homme depuis l’opération, lequel arriva quelques minutes plus tard.
-Lieutenant Scott, vous êtes enfin réveillé ! Vous nous avez fait une belle frayeur, fit-il en entrant dans la pièce.
Il vérifia la santé de son patient avant de demander à celui-ci s’il parvenait à bouger son bras droit, ce qu’il parvint à faire sans problème.
-Parfait, fit le guérisseur. Je ne pense pas que vous soyez en état de vous lever par contre.

Antoine haussa les épaules et essaya de bouger ses jambes puis s’assit sur le bord du lit avant de se mettre debout. Il fit quelques pas dans la pièce sans trop de soucis avant d’aller se rassoir sur le lit.
-Je suis fatigué, murmura-t-il en se recouchant.
-C’est tout à fait normal, lui répondit le docteur. C’est un effet secondaire du médicament que l’on vous a administré pour vous soigner. Vous devriez vous sentir mieux demain.
-Hmm, marmonna Antoine.
-Et vous jeune fille, fit-il en regardant Lia, vous feriez bien d’aller vous coucher.
-Elle peut rester ? demanda le lieutenant Scott en se décalant pour faire de la place dans le lit.
-Seulement si vous me promettez de ne faire que dormir, fit le médecin avec un large sourire.

Les deux amoureux prirent aussitôt une teinte écarlate.
-Docteur ! s’exclama aussitôt Antoine. Nous n’avons jamais…enfin, comment pouvez-vous croire… Ce que je veux dire c’est que…
-Du calme, du calme, répondit-il en riant, je plaisantais.
Antoine haussa un sourcil.
-Mais protégez-vous surtout, ajouta le médecin en sortant de la pièce.
Lia et Antoine se regardèrent quelques secondes, le rouge aux joues avant que la jeune fille ne retire ses chaussures puis grimpe dans le lit pour venir se blottir contre son lieutenant.
-Tu m’as manqué, murmura-t-elle dans son cou.
Il se tourna vers elle puis se pencha pour poser sa bouche contre la sienne. Lia ferma les yeux, se laissant envahir par cette chaleur familière avant d’ouvrir les lèvres et se passer sa langue sur la bouche de son lieutenant pour en quémander l’entrée, qu’il lui accorda aussitôt. Elle gémit en sentant la langue d’Antoine commencer un ballet avec la sienne. Le baiser devint de plus en plus passionné tandis que les mains commençaient à s’égarer. Mais Lia finit par se retirer.
-Pas maintenant, murmura-t-elle le souffle court. Tu as besoin de repos.

Antoine hocha la tête.
-Je t’aime, murmura-t-il en l’embrassant une dernière fois avant de se laisser tomber sur son oreiller, bonne nuit !
-Bonne nuit mon amour, répondit Lia avec un large sourire avant de se laisser enfin tomber dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin, et pour la première fois en sept jours, Lia se réveilla avec l’impression d’avoir vraiment passé une bonne nuit. Elle mit un moment à comprendre où elle se trouvait et finit par ouvrir les yeux pour chercher à comprendre à qui pouvait appartenir le bras qui lui enserrait la taille.
-Antoine, souffla-t-elle en souriant largement en voyant son lieutenant qui dormait toujours à ses côtés.
Regardant sa montre, la jeune fille s’échappa doucement des bras de son petit ami pour des-cendre du lit avec regret, non sans avoir déposer un baiser sur la bouche de l’homme toujours endormit.
-Je dois y aller, chuchota-t-elle doucement.
Antoine grogna dans son sommeil mais ne se réveilla pas.
Lia renifla d’amusement puis sortit de la chambre sur la pointe des pieds avant de courir vers leur cabine afin d’enfiler ses affaires de sport.
Dix minutes plus tard, c’est en courant qu’elle atteignit le pont afin de rejoindre les autres membres de l’équipage qui s’apprêtaient à démarrer le footing.
-Lia ! S’exclama aussi Marc, j’ai bien pensé qu’on ne te verrait pas.
-Désolé, souffla-t-elle, panne de réveil.
Ils commencèrent à courir avec les autres et Lia laissa le vent marin qui lui foutait la figure ter-miner de la réveiller.
-Alors ? Comment va ton lieutenant ? Demanda Marc, nous n’avons toujours pas de ses nou-velles.
La jeune fille jeta un œil au lieutenant Miller pour voir que ce dernier écoutait avec attention leur conversation.
-Il s’est enfin réveillé, fit-elle en souriant.
-Vraiment ? Comment va-t-il ? fit aussitôt Bruno en se mettant à leur hauteur.
-Il n’est pas resté conscient très longtemps, lui répondit Lia. Il était très fatigué. Mais ses bles-sures sont guéries et le médecin pense qu’il pourra sortir de sa chambre dès aujourd’hui.
-Dieu merci, souffla l’officier avec soulagement.
Il sourit largement, sourire que la jeune fille n’avait pas vu sur son visage depuis l’attaque.
-Je dois te féliciter Lia, continua-t-il en souriant à la jeune fille, tu es resté à son chevet des jours durant. Je suis certain que ça l’a beaucoup aidé.
-Oh…Je…Je ne pouvais me résoudre à le laisser seul, rougit la jeune fille. Et puis…Sophie a fait pareil pour vous.
Il hocha la tête avec compréhension, lançant toutefois un regard étonné à son élève, laquelle détourna aussitôt le regard en rosissant légèrement.
Troublé, Bruno l'observa avec attention. Il n'aurait jamais songé que Sophie puisse avoir passé autant de temps à ses côtés alors qu'il était encore dans le coma. Lorsqu'il s'était réveillé, c'est le visage baigné de larme de la jeune fille qu'il avait distingué en premier lieu, et avait donc ainsi entrepris de la calmer tant bien que mal, lui assurant qu'il irait bien. Mais il avait alors mis cela sur le compte de la fatigue. Mais, maintenant qu'il y repensait, se pourrait-il que son élève ressente autre chose pour lui que de l'amitié ? Pourrait-elle retourner ces sentiments qui avaient depuis peu envahi son cœur, et qui le poussait à passer le plus de temps possible avec son élève ? Il l'aimait.
Il s'en était rendu compte quelques semaines plus tôt, alors qu'ils passaient leurs derniers jours de l'été chez les Norman. La vision de Sophie dans une robe d'été légère avait été suffisante pour invoquer chez lui une bouffée de désir intense, qu'il avait tant bien que mal réussi à refouler. Analysant plus tard sa réaction, il n'avait pu que remarquer que cela se produisait de plus en plus, et qu'il cherchait désormais comme inconsciemment le contact de son élève, que ce soit le matin en se levant, ou lors de leurs leçons le soir. Il avait besoin d'elle. Besoin de la sentir à ses côté. Besoin de l'aimer, tout simplement.
Se mordant la lèvre, il ferma rapidement les yeux, avant de les rouvrir, une lueur déterminée brillant dans ses pupilles d'un vert émeraude. Peut-être qu'Antoine n'était pas le seul destiné à finir avec son mousse, finalement. Le futur le dirait. Et Bruno avait hâte de voir où cette atti-rance visiblement mutuelle allait les mener.

Le reste du footing se passa assez vite pour Lia, qui finit par rejoindre avec bonne humeur la petite cabine afin de prendre une douche. Quelques minutes plus tard, elle était assise à côté de Marc devant un bol de chocolat chaud. Ils étaient en pleine conversation au sujet d’un devoir de biologie lorsque la porte du self s’ouvrit doucement. De nombreuses têtes se tournèrent dans cette direction et Lia sourit largement en voyant la silhouette familière de son lieutenant entrer dans la pièce avec hésitation et se diriger doucement vers la table des professeurs. Il avait l’air d’aller bien mieux, malgré sa marche encore hésitante. Un sourire timide effleurait ses lèvres, parfois masqué par une expression de douleur. Visiblement, il n’était pas encore tout à fait rétabli, bien que sa présence en ces lieux puisse indiquer le contraire.
-Antoine !
Le lieutenant Miller se leva aussitôt et aida son ami à s’assoir à son côté. Les deux hommes échangèrent quelques paroles avec un sourire tandis qu’Antoine était accueilli avec chaleur par les autres professeurs. Le commandant du vaisseau se leva alors et réclama d’un raclement de la gorge le silence.
Tous se turent pour prêter attention aux paroles de ce dernier.
-Bonjour à tous ! Je voulais juste souhaiter un bon retour au lieutenant Scott qui, suite à l’attaque de la semaine dernière, et tout comme le lieutenant Miller, avait été plongé dans le coma. Je voudrais féliciter ces deux hommes pour le courage et la dévotion dont ils ont fait preuve. C’est grâce à eux que la plupart des pirates a été repoussés. Félicitation messieurs.

-Merci, firent Antoine et Bruno alors que des applaudissements retentissaient dans toute la salle.

-Je félicite également les autres membres de l’équipage pour leur sang-froid exemplaire ainsi que tous nos mousses qui ont su respecter à la lettre les règles de sécurité. Enfin, je voudrais féliciter les mousses Shakeshift et Norman pour leur dévotion exemplaire vis-à-vis de leurs tuteurs. La façon dont elles sont restées à leur chevet pendant plusieurs jours est un merveilleux exemple de dévouement et d’amour.
Lia et Sophie prirent aussitôt une teinte rouge vif. Lia gémit intérieurement tandis que tous les regardaient avec un amusement non dissimulé. Mais elle put également voir leurs deux lieute-nants arborer aussi une belle teinte écarlate.
-Félicitation mesdemoiselles Shakeshift et Norman et messieurs Scott et Miller, ajouta le com-mandant. Je suis ravie que vous soyez de nouveau sur pied. Après tout, nous n’aurions pu nous permettre de perdre de future nouvelles recrues…Même si j’apprécierais que vous preniez votre temps avant d’arriver à cela.

Il se rassit alors que la plupart des personnes présentes éclataient de rire. Marc riait franche-ment en donnant de petites tapes sur le dos de son amie qui semblait vouloir essayer de se noyer dans son bol de chocolat chaud. Devant elle, Sophie se cognait doucement la tête contre le bord de la table en lâchant des imprécations. N’avait-elle pas réussi à camoufler correctement ce qu’elle ressentait pour son tuteur ? C’était tellement embarrassant d’entendre cela être déclamé au beau milieu du petit déjeuner. Jamais elle n’allait pouvoir regarder l’homme dans les yeux après cela. Elle gémit intérieurement. La vie était tellement injuste, parfois. Elle releva cependant la tête en direction de la table des officiers, curieuse de voir la réaction de son tuteur.
Quelques tables plus loin, Antoine avaient sa tête dans ses mains et tentait tant bien que mal de cacher la rougeur de ses joues tandis que Bruno riait franchement avec les autres officiers, les joues un peu rouges quand même.
Ah, il rougissait ? Cela était une bonne chose, n’est-ce pas ? Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Sophie, tandis qu’elle observait avec intérêt la couleur rosée du visage de son tuteur. Jamais, oh grand jamais, Bruno Miller ne rougissait, même pas lorsqu’il déclamait pour la énième fois une blague plutôt osée, ou lorsqu’elle l’avait surpris une fois dans la salle de bain vêtu seulement d’une mince serviette nouée autour de sa taille. Sophie sourit rêveusement à ce souvenir, avant de reporter son attention à la situation présente. Peut-être avait-elle une chance, après tout. Les prochains mois le diraient, mais elle espérait de tout cœur que ce pres-sentiment allait s’avérer exact.
Lia releva un instant la tête et croisa aussitôt le regard de son lieutenant. Ils se dévisagèrent quelques secondes. Les yeux d’Antoine s’assombrirent aussitôt et se teintèrent d’une lueur que la jeune fille put identifier comme étant…du désir ? Elle rougit encore plus mais ne détourna le regard que quelques secondes plus tard.
-oOh ! fit Marc en souriant, c’est que ça devient sérieux entre vous.
-La ferme, grogna aussitôt la jeune fille. La ferme ou sinon je répète à tout le monde ce que tu m’as dit ce matin.
Elle baissa la voix.
-Tu sais, à propos d’une certaine Anne assise juste en face de toi.
Le jeune homme eut tout de même la décence de rougir.
-Avoue tout de même que c’était marrant, fit-il en retournant à son café.
-Pour toi, peut-être. Mais il n’y a rien de plus embrassant que d’entendre quelqu’un qui a l’âge d’être mon père mentionner notre vie sexuelle qui est, en passant, totalement inexistante. Il n’y a absolument rien entre mon tuteur et moi !
-Pourtant d’après les regards que vous échangiez à l’instant…commença Marc.
-La ferme, le coupa Lia.
Comme par réflexe, elle reporta son attention sur la table des officiers, et fronça légèrement les sourcils en voyant que le général dévisageait d’un air indéchiffrable le lieutenant Scott. Un filament rouge sang s’échappa alors du poing fermé de l’homme, venant effleurer les cheveux du lieutenant. Mais, aussitôt, une magie verte s’échappant de ce dernier fit évaporer ce pouvoir. Haussant un sourcil, Lia croisa quelques secondes plus tard le regard de l’officier en chef, et baissa aussitôt la tête en voyant que ce dernier la fixait avec intérêt. Secouant la tête, elle reporta son attention sur les bavardages de Marc, oubliant la scène à laquelle elle venait d’assister.

A la fin du petit déjeuner, tous les mousses se levèrent afin d’aller chercher leurs affaires avant de se diriger vers les salles de classe.
Lia prit son temps avant de quitter le self et vit du coin de l’œil Antoine se lever aussitôt et la suivre hors de la salle. Elle s’enfonça aussitôt dans un coin et attendit qu’il vienne la rejoindre.
Dès qu’il l’aperçut, il s’approcha d’elle à grandes enjambées et la prit aussitôt dans ses bras, embrassant avec passion ses lèvres avant de déposer de légers baisers sur son visage.
-Antoine, souffla-t-elle. Tu m’as manqué.
-Je t’aime, lui murmura-t-il. Je te promets que je ferais attention la prochaine fois.
Pour toute réponse, Lia reprit ses lèvres en un baiser passionné tandis qu’elle passait ses doigts dans les cheveux de l’homme collé à elle.
Les mains s’égarèrent peu à peu et Lia se sentit très rapidement perdre le contrôle. Les mains d’Antoine avaient commencé à passer sous son t-shirt tandis que les doigts de la jeune fille jouaient déjà avec les boutons de la chemise du lieutenant.
-Pas maintenant, murmura-t-elle en se retirant de l’étreinte de son professeur.
-Lia, fit-il d’une voix rauque. Je t’aime tellement. Je te promets d’attendre aussi longtemps que tu le souhaiteras.
La jeune fille lui sourit tendrement.
-J’en ai très envie, fit-elle en se mordant la lèvre inférieure. Mais je dois aller en cours.
Elle l’embrassa à nouveau et fit quelques pas pour s’éloigner de lui.
-Ce soir, fit-elle d’une voix rendue rauque par le désir.
Il hocha la tête et la jeune fille s’en alla en courant vers la salle de classe afin de rejoindre les autres élèves.



Le soir venu, Lia et Antoine se retrouvèrent enfin seuls dans leur petite cabine. Lia prit en pre-mier sa douche et vint se glisser dans son lit. Contrairement à son habitude, elle ne prit pas son livre de chevet pour en continuer la lecture mais attendit simplement que son lieutenant sorte de la salle de bain. Un quart d’heure plus tard, ce fut un Antoine aux cheveux mouillé qui ouvrit lentement la porte. Il était à moitié séché et son pantalon de flanelle collait parfaitement son corps, ne laissant que peu de place à l’imagination. Il était torse nu et Lia oublia de respirer quelques secondes le temps d’admirer une goutte d’eau tombant de son menton pour descendre le long de son torse, glissant sur ses muscles en une lente progression.
Sans un mot, il se dirigea vers le lit où était allongée la jeune fille, prenant ses lèvres en un baiser passionné. Répondant aussitôt à cette étreinte, Lia le fit basculer avec lui sur le lit. Ils roulèrent dans les couvertures sans cesser de s’embrasser, Antoine tendant la main pour éteindre à tâtons la lumière de la pièce.


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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:22

Chapitre 12


Le lendemain matin, c’est le chatouillis du souffle de son tuteur contre son oreille gauche qui tira Lia du sommeil. Ouvrant avec difficulté les paupières, elle mit quelques secondes avant de réaliser où elle était, et ce qui s’était produit la nuit d’avant.
Elle rougit furieusement alors que les images de la nuit précédentes lui revenaient en mémoire. Le rouge colorant ses joues s’intensifia lorsqu’elle remarqua qu’elle était, tout comme l’homme encore endormi contre elle, totalement nue. Elle ferma les yeux en se remémorant leurs actions de la nuit précédente. Etre dans les bras d’Antoine après avoir passé des mois à hésiter avant de sauter le pas était merveilleux. Elle commençait même à se demander ce qui avait pu la pousser à attendre si longtemps. Ce qu’ils avaient fait lui avait semblé tellement naturel, c’était tellement différent de ce qu’elle avait pu imaginer.
Relevant les yeux, elle reporta son attention sur le visage de son amant qui choisit ce moment pour ouvrir avec difficulté ses paupières.
-Bonjour, murmura Lia.
-Bonjour mon amour, chuchota Antoine d’une voix endormie.
Elle détailla un instant son visage avec bonheur. Le voir allongé contre elle, totalement nu et pourtant complètement à l’aise était merveilleux. Ses yeux bleus étaient encore voilés par son réveil mais la fixaient tout de même avec amour. Son regard s’égara ensuite sur le reste de son visage, sa mâchoire et son menton couverts par de fin poils brun, sa pomme d’Adam se soule-vant régulièrement au rythme de sa respiration, ses lèvres fines encore rougies par leurs baisers de la nuit précédente.
-Lia, souffla-t-il d’une voix rauque.
Elle se déplaça pour enfin parvenir à déposer ses lèvres sur celles de son amant qui répondit aussitôt au baiser. Ils restèrent quelques secondes les lèvres collées, appréciant ces quelques instants de délice avant le début d’une longue journée. Leurs langues se mêlèrent un moment dans une étreinte fiévreuse tandis que leurs mains s’égaraient comme par elles-mêmes sur la peau de l’autre. Ils se séparèrent enfin pour restèrent front contre front, les yeux dans les yeux.
-Bien dormit ? Demanda-t-il.
-A merveille, et toi ?
-Très bien, même si je n’ai pas eu mon compte de sommeil.
-A qui la faute ? fit-elle d’un air espiègle.
Il sourit largement et l’embrassa à nouveau passionnément avant de déposer de petits baisers dans son coup.
-Antoine, souffla-t-elle, on a footing dans vingt minutes.
-Hmm…je sais.
Il soupira.
-Mais demain on est dimanche, continua-t-il, ce qui veut dire que nous n’avons pas besoin de nous coucher tôt ce soir.
Ils échangèrent un large sourire plus quelques baisers avant de finalement se lever.
Lia rougit à nouveau en voyant son amant se déplacer entièrement nu dans la chambre sans aucune gêne particulière. Elle finit par laisser derrière sa timidité naturelle pour enfin attraper ses vêtements de sport.
Alors qu’elle terminait de s’habiller, elle sursauta lorsqu’Antoine l’encercla par l’arrière.
-Je t’aime, murmura-t-il en lui embrassant le coup.
Elle sourit largement et enfila son pantalon avant de se retourner et d’échanger un long baiser avec lui.
-Ce qu’il y a de bien, fit-elle lorsqu’ils se séparèrent pour respirer, c’est que nous pourrons partager la douche tout à l’heure, et donc y rester plus longtemps.
-J’aime ta façon de penser, fit Antoine avec un large sourire avant de l’embrasser à nouveau.
Ils finirent par sortir de leur cabine avec quelques minutes de retard, rejoignant en cours de route le footing matinal.
-Antoine, Lia, les salua Bruno d’un air taquin, panne de réveil ?
-T’occupe, lui répondit le jeune homme en rougissant.
Lia, quant à elle, préféra éviter de croiser le regard de Bruno et alla rejoindre ses amis, lesquels semblaient tous plus ou moins réveillés.
Elle les salua tous rapidement, démarrant aussitôt une conversation sur la journée à venir.
-Vivement le weekend, commenta Sophie en baillant largement. Je suis exténuée.
-Moi aussi. Admit Anne. Je souhaite surtout que Yule arrive très vite. Une fois que nous aurons terminé le programme de lycée, nous pourrons enfin passer aux choses intéressantes.
-Savez-vous déjà quelles matières vous allez continuer ? Demanda Talli qui passait par là.
Ils n’avaient que très peu discuté depuis le début de l’année scolaire, les deuxièmes années passant le plus clair de leur temps à travailler d’arrachepied. Talli s’était lancé dans des études historiques concernant le Hope ainsi que ses fondateurs. Will se consacrait aux mathématiques et à la physique, tandis que Phil étudiait la biologie.
-J’aimerais beaucoup me lancer dans des études linguistiques, déclara Anne. Mais la biologie marine m’intéresse aussi.
-Et toi, Marc ? Demanda Will.
-Je ne sais pas exactement, avoua le jeune homme. Les cours de biologie marine m’intéressent assez, d’autant que mon pouvoir est relié à l’eau.
Les troisièmes années se tournèrent ensuite vers Sophie qui haussa les épaules.
-Peut être l’histoire, fit-elle. Ou bien les arts martiaux.
Tous sourirent, sachant pertinemment que la jeune fille était déjà devenue une experte en karaté grâce à son tuteur. Ils avaient désormais démarré l’étude d’autres techniques de combat.
-Et toi Lia ? Demanda finalement Talli.
Cette dernière échangea un bref regard avec son tuteur qui avait semblait-il écouté leur conversation avec un intérêt certain avant de prendre la parole.
-Je crois que la question ne se pose pas vraiment, admit-elle. La chimie et l’astronomie m’ont toujours passionné. Je compte continuer dans cette voie.
-Pour le moment, commenta Marc, il nous reste encore deux mois à souffrir.
-Pas autant, les rassura Talli. Fin octobre on vous fera passer l’examen attestant un niveau de fin de lycée. Vous aurez ensuite tout votre mois de novembre et décembre pour vous détendre et prévoir votre avenir ainsi que commencer à découvrir des aspects plus intéressants de votre pouvoir.
Soufflant de soulagement, les quatre amis finirent le footing dans le silence.
Il fut ensuite temps pour chacun de regagner leur cabine afin de prendre une bonne douche après cet effort matinal.
-J’ai entendu votre conversation, avoua Antoine alors qu’il profitait avec son élève de l’eau brûlante de leur cabine.
-Je sais, murmura-t-elle en se haussant sur la pointe des pieds pour lui déposer un baiser sur les lèvres. Mais tu savais déjà ce que je prévoyais de faire ensuite.
-Tu ne me l’avais pas dit clairement. Je suis ravi de voir que tu souhaites continuer la chimie et l’astronomie.
Il la dévisagea ensuite avec espoir, soufflant les quelques mots qu’il n’avait pas eut l’occasion de lui demander auparavant.
-Il te restera ensuite à choisir ton professeur…
-Le choix est déjà fait, répondit-elle en souriant. Tu es le meilleur en chimie et l’un des plus compétents en astronomie. Je ne vois pas d’autre personne plus apte à m’enseigner lors de la suite de mon apprentissage.
Pour seule réponse, le jeune homme se pencha vers elle et captura ses lèvres doucement, la serrant contre lui.
-Je t’aime Lia, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Ce sera un honneur de continuer à t’enseigner.
-Je t’aime, murmura-t-elle avec émotion en reprenant ses lèvres avec passion.
Ce n’est que bien plus tard qu’ils ressortirent de sous la douche, par chance toutefois à l’heure pour le petit déjeuner.
Le mois d’octobre se déroula dans une frénésie que la jeune fille n’avait pas connue jusque-là. Toute la promo de deuxième année croulait sous les devoirs, travaillant d’arrache-pied afin de réussir brillamment l’examen que leurs condisciples restés à terre passeraient seulement des mois plus tard.

La scolarité typique sur Platonia démarrait en effet à 7 ans, âge où les élèves commençaient à se rendre à la petite école afin d’apprendre les quelques bases indispensables telle que la lecture, l’écriture, le calcul ou l’histoire ; ainsi que des techniques manuelles telle que la mécanique, la menuiserie, ou encore la couture qui leur serait utile dans leur vie future.
Ils restaient dans le même établissement jusqu’à leur 16 ans, âge où ils quittaient l’école afin de commencer leurs études dans le lycée de leur ville.
Après trois ans d’enseignement, ils passaient un diplôme leur permettant d’entrer normalement dans la vie active ou bien de continuer sur d’autres études. La plupart d’entre eux préféraient toutefois commencer à apprendre un métier, entrant en apprentissage chez des artisans de la région ou reprenant la ferme familiale.
Les étudiants sortant du Hope avaient toutefois accès à une gamme de métiers bien plus importants, tels que chercheurs ou historiens.
Mais pour le moment, Lia et ses camarades de classe ne s’intéressaient que peu à cette palette de débouchés qui s’offraient à eux, bûchant ardemment sur cet examen si important pour la suite.
On les interrogerait sur toutes les matières qu’ils enseignaient en temps normal au lycée tel que les mathématiques, la physique, la chimie, ou l’histoire, ainsi que d’autres domaines tels que certaines langues ou des techniques de navigation dont les examens ne se déroulaient que dans des écoles flottantes comme le Hope.
Par une semaine pluvieuse de fin octobre, la quinzaine d’élève de deuxième année se rassembla donc dans la salle de réception afin de plancher durant trois jours sur les différents domaines qu’ils connaissaient tous désormais à la perfection.
-Bonne chance à tous ! S’exclama le général avant de retourner les copies d’un geste de la main, permettant aux étudiants de démarrer le test de mathématique.
Lia démarra de suite cet examen, réussissant avec une facilité déconcertante à remplir le ques-tionnaire qui leur était fourni. Au bout d’à peine une heure, tous les étudiants étaient parvenus à remplir le test. Le reste des examens se passa dans une ambiance similaire, tous réussissant sans aucun problème les exercices demandés.
-C’était trop facile ! S’exclama Marc à la sortie du dernier examen. Je ne vois même pas pour-quoi on s’est embêter à réviser autant. La moitié des choses que j’ai apprises n’étaient même pas demandé !
-Je suppose que c’était à prévoir, remarqua Sophie. On est largement en avance comparé au niveau normal de fin de lycée. Le test que nous avons passé a été conçu pour des étudiants n’ayant pas suivi les cours du Hope.
-A votre avis, quand aurons-nous les résultats ? Demanda Anne.
-Sûrement d’ici un ou deux jours, je suppose, commenta Marc. Pas vrai Lia ? Lia ?
Se retournant, il nota que sa meilleure amie n’était plus dans son champ de vision, mais discu-tait calmement avec son tuteur un peu plus loin dans le couloir. Les deux jeunes gens sem-blaient converser avec animation sur un sujet quelconque probablement relié à la chimie.
-Ah ces deux-là, fit-il en souriant. Jamais l’un sans l’autre.
-Ils sont mignons, murmura Anne. Tu crois qu’ils sont ensembles, depuis le temps Sophie ?
Mais cette dernière semblait également les avoir quittés en plein milieu de la conversation.
-Partie avec Miller, répondit Marc. Mais, pour répondre à ta question, je suis sûre que Lia et Scott sont finalement ensemble. Regarde Scott, tu as vu sa main ? Et celle de Lia ?
Anne hocha la tête. Le lieutenant caressait en effet sans même sans rendre compte la main de son élève, cette dernière lui remettant calmement une mèche de cheveu en place.
-Je me demande quand ils se décideront à déclarer leur relation au reste de l’équipage, murmura-t-il.
-Très bientôt, je suppose, répondit Anne. Je suppose qu’ils préféraient attendre que le lieute-nant ai fini d’enseigner aux deuxièmes années.
-Ah...et bien on dirait qu’ils sont parvenus à un accord à ce sujet, reprit Marc alors que le lieutenant venait d’embrasser tendrement son élève, en plein milieu d’un couloir très fréquenté.
Autour d’eux, d’autres membres de l’équipage se retournaient en direction du couple toujours enlacé, certains sifflant ou les applaudissant bruyamment.
Marc se joignit très vite aux applaudissements, sous les éclats de rire d’Anne.
Rougissant sous les applaudissements, Lia se décolla doucement de son tuteur avec un sourire timide, échangeant un regard tendre avec ce dernier.
-Je crois qu’ils ont plutôt bien prit la nouvelle, lui souffla-t-il avant d’effleurer à nouveau les lèvres de la jeune fille.
-Hmm, acquiesça-t-elle à mi-voix. On devrait peut-être éviter ce genre de débordement en public, par contre.
En effet, même si elle était ravie de voir que son tuteur se décidait enfin rendre public leur relation, elle n’avait jamais vraiment apprécié attirer l’attention et ne savait plus vraiment où se mettre alors que les applaudissements autour d’eux diminuaient peu à peu. Elle aperçut au bout du couloir Marc et Anne qui semblaient avoir suivi la scène.
-Je suis entièrement d’accord, murmura-t-il à son tour en se forçant de prendre ses distances. Je ne serais pas capable de me contrôler sinon…
-Je devrais peut-être aller rejoindre Marc et Anne.
-Pas Sophie ? S’enquit Scott en fronçant les sourcils.
Lia haussa les épaules.
-Je suppose qu’elle est encore avec son tuteur. Ils passent beaucoup de temps ensembles ces derniers temps.
Antoine sourit largement.
-J’avais quelques soupçons à ce sujet, avoua-t-il. Mais je crois bien ne pas être le seul à avoir trouvé l’amour avec mon élève.
Ils échangèrent un sourire, puis Antoine vint déposer un dernier baiser sur la joue de son élève avant de faire quelques pas en arrière.
-On se retrouve au diner. J’ai encore quelques copies à corriger, fit-il avant de s’éloigner en direction de la salle des professeurs.
Lia hocha brièvement la tête avant de rejoindre rapidement ses deux amis, lesquels souriaient largement.
-Alors Lia, s’exclama Marc lorsqu’elle parvint enfin à leur hauteur, on a finalement succombé au charme de son tuteur ?
La jeune fille rougit furieusement.
-Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? S’enquit Anne.
-Oh…Depuis quelques mois déjà, souffla-t-elle. Je suis désolé de ne pas vous en avoir parlé avant. Le lieutenant Scott préférait qu’on garde le secret.
-Ce n’est pas grave, fit Anne en secouant la tête. Après tout, tout le monde s’en doutait.
-Le lieutenant Scott, tu ne l’appelles pas Antoine ? La taquina à nouveau son meilleur ami.
-Occupe-toi de ce qui te regarde, grogna Lia.
Elle jeta ensuite un œil aux alentours.
-Où est Sophie ? Demanda-t-elle innocemment.
-Avec son tuteur, soupira Marc. Je ne sais pas ce qu’ils manigancent, tous les deux, mais depuis quelques temps ils sont tous le temps ensembles.
Lia et Anne échangèrent un regard amusé mais ne commentèrent pas.
-Lia, fit alors une voix derrière eux. Comment se sont passé tes examens ?
La jeune fille soupira en reconnaissant de suite la voix de la personne derrière elle.
-Bien. Merci Calvin, marmonna-t-elle en se retournant.
Le jeune homme l’avait laissé plus ou moins tranquille durant le début de cette année scolaire. Après tout, elle avait tellement de devoirs à faire qu’elle ne pouvait plus vraiment prendre le temps de trainer sur le pont de temps en temps le soir. Néanmoins, chaque fois qu’elle avait eu le malheur de le croiser, il avait à nouveau tenté de lui expliquer en détail son arbre généalogique avec une précision étonnante.
-Qu’est-ce que tu veux ? Grogna Anne en voyant que le jeune homme continuait de fixer son amie.
-Il parait que tu peux contrôler les plantes ? Demanda-t-il alors brusquement. Tu sais que c’est une caractéristique des Earl ?
-Ah…non, marmonna Lia, je l’ignorais.
Elle songea brièvement à Emily, la mère d’Antoine, et à Sophie, qui ne contrôlait absolument pas ce type de pouvoir.
-Ce n’est pas possible, en plus, rétorqua-t-elle. Toute une famille ne peut pas être reliée à la même magie.
-Je n’ai pas dit que toute la famille y était reliée ! S’exclama-t-il. Vous les paysans vous ne com-prenez vraiment rien !
-On ne t’a rien demandé, grommela Anne. J’apprécie assez d’être une paysanne, vois-tu.
-Seuls les héritiers mâles maitrisent ce pouvoir, reprit Calvin en ignorant complètement Anne. Mais cela fait très longtemps que l’on en a plus vu. On dit dans ma famille que seule une per-sonne maitrisant une magie verte la plus pure possible sera un héritier potentiel.
Lia hocha la tête en fronçant les sourcils, essayant de comprendre où il voulait en venir.
-Et…tu as ce pouvoir ? Le questionna-t-elle.
-Non, lâcha Calvin aussitôt.
-C’est que tu n’es pas un véritable héritier, alors, fit Marc avec un léger sourire.
-Quel dommage ! Ajouta Anne avec ironie.
-C’est pourquoi j’aimerais que tu acceptes l’honneur de devenir ma fiancée !
Les quelques mots que le jeune homme venait de prononcer eurent besoin de longues secondes pour être entièrement aspirés puis assimilés par le cerveau de la jeune fille. Mais, une fois qu’elle eut décortiquée correctement ses paroles, elle s’étouffa avec sa salive, avant de lâcher un éclat de rire.
-Excuse-moi ? Balbutia-t-elle en le dévisageant avec stupéfaction.
A côté d’elle, Anne et Marc semblaient également être pris d’une crise de fou rire, cachant assez mal leur hilarité.
-Je suis sérieux, reprit Calvin.
- J’ai déjà quelqu’un, rétorqua Lia en voyant qu’elle ne parviendrait pas à le dissuader autrement du bien-fondé de sa démarche.
Elle riait toujours doucement, essayant de calmer son fou rire malgré l’absurdité de la situation.
-Un fiancé ?
-Euh…En quelque sorte, fit la jeune fille avec hésitation. Et ça ne serait pas possible entre nous.
-N’as-tu pas envie de rejoindre la noble lignée de Earl ? Demanda à nouveau Calvin d’un air choqué.
-Etre une paysanne me plait beaucoup, déclara Lia en souriant. Tu trouveras sûrement quelqu’un de bien plus motivée que moi. Bon allez, il faut qu’on y aille.
N’attendant même pas la réponse de Calvin, elle battit rapidement en retraite, très vite suivit par Marc et Anne qui avaient de plus en plus de mal à cacher leur fou rire.
-Lia, attends !
Se précipitant vers sa cabine, elle laissa entrer ses amis puis referma en hâte la porte avant de s’écrouler au pied de cette dernière, laissant cours à son hilarité.
Ecroulés sur le sol, les trois amis rirent durant de longues minutes, sans vraiment réussir à se calmer. Le stress des examens et la fatigue accumulée ces dernières semaines n’arrangeaient pas vraiment les choses. Chaque fois que le fou rire de l’un d’eux s’arrêtait, voir les deux autres rouler sur le sol le faisait éclater de rire à nouveau.
Ce ne fut que bien plus tard que leur hilarité diminua peu à peu. Les trois amis restèrent finale-ment allongés sur le sol, reprenant peu à peu leur souffle.
-Hé bé, finit par murmurer Marc. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ri comme ça.
-Moi non plus, admit Anne.
-On devrait essayer de fréquenter un peu plus Calvin, conclu Lia en souriant, surtout s’il peut nous permettre de rire autant à chaque fois.
-Le pauvre, tout de même, reprit Anne. Il ne se rend même pas compte que tout le monde se moque de lui. Et puis, ce n’est pas sa faute. Il a été élevé comme ça.
-Mouai, grogna Lia en songeant soudainement à Sophie. Ce n’est pas une excuse.
Sophie et elle n’avaient pas encore raconté à Anne et Marc toute l’étendue des découvertes qu’elles avaient faites à Tylan, respectant le souhait des parents de la jeune fille. Ils espéraient toutefois pouvoir tout leur avouer au final.
-Vous vous rendez compte, fit soudainement Marc, qu’on est en quelque sorte en vacances désormais ?
-Je crois qu’il me faut encore du temps pour réaliser, admit Anne en se redressant.
-Idem pour moi, murmura Lia. Pour le moment il nous faut encore attendre nos résultats. En-suite je suppose que le colonel ou le général nous annoncera ce qu’on attend de nous dans les prochaines semaines.
Le soir même, au diner, Sophie arriva en même temps que son tuteur, les deux ayant quelques minutes de retard. Etrangement, ils semblaient tous les deux assez décoiffés. Cependant, la jeune fille ne voulut pas répondre aux nombreuses questions de Marc et Anne, se contentant de rougir sous le regard assez amusé de Lia.
Le soir même, ce fut un Antoine Scott souriant largement qui se glissa dans la cabine qu’il partageait avec sa petite amie. Cette dernière l’attendait patiemment assise sur son lit, grattant distraitement sur les cordes de sa guitare.
-J’ai entendu une rumeur assez étrange, annonça-t-il en s’asseyant à côté d’elle avant d’effleurer doucement ses lèvres.
- Quelle genre de rumeur? Demanda Lia en reposant son instrument sur le sol.
-Une impliquant un certain Calvin Atcock te demandant en mariage, reprit Antoine avec un léger rire.
Son élève gémit, se prenant la tête dans les mains.
-J’espère que la rumeur dit aussi que je l’ai envoyé promener, grommela-t-elle.
-Heureusement, rétorqua son tuteur en éclatant de rire. Tout le vaisseau en parle, mais je voulais avoir ta confirmation. Je tenais à savoir si je devais réellement m’inquiéter de savoir si ce jeune homme allait ou non épouser ma petite amie.
-Tu sais très bien que non, souffla Lia en se calant confortablement dans ses bras. De toute façon, il n’y a que mon pouvoir qui l’intéressait. Un truc de famille apparemment.
-Hmm, je sais. Je peux d’ailleurs t’assurer que ce n’est pas ton pouvoir qui m’intéresse, souffla-t-il avant de lui déposer un baiser dans son cou.
-Et je peux t’assurer que je me soucis que très peu de ton héritage, lui répondit la jeune fille en se retournant légèrement pour l’embrasser.
-Au fait, fit-il lorsqu’ils se séparèrent, tu es au courant pour Bruno et Sophie ?
-Ils sont enfin ensemble ? S’exclama Lia en souriant.
-Pas encore. Mais Bruno semble vraiment être sur le point de capituler.
-Bizarre. Pourtant ils étaient assez en retard, ce soir, remarqua Lia.
-Séance de sport tardive, fit Scott. Sophie devait avoir besoin de décompresser.
-J’espère qu’ils finiront tout de même par se décider un jour…
-Laissons les faire, ils finiront par y arriver, conclu Antoine avant de capturer à nouveau les lèvres de son élève, la faisant basculer doucement sur le lit.

-C’est vrai ce qu’on raconte ?
Lia releva les yeux du parchemin qu’elle était en train d’étudier en salle de travail, grimaçant légèrement en reconnaissant la personne l’ayant interpelé.
- De quoi parles-tu Phil ?
- De la rumeur qui dit que tu sors avec ton tuteur.
- Elle est exact, fit Lia avec sérieux. Pourquoi cette question ?
-Tu sors vraiment avec ton lieutenant ? Rétorqua le jeune homme avec stupéfaction. Mais…Il est tellement…vieux.
La jeune fille grimaça à nouveau. Depuis qu’Antoine l’avait embrassé dans un couloir, la veille, elle ne cessait de répondre à ce genre de questions stupides. La plupart des étudiants sem-blaient heureux pour elle, mais d’autres trouvaient absurde de s’engager dans une relation avec son tuteur.
-On a à peine 7 ans d’écart, Phil. Il n’est pas vieux. De plus, je ne vois pas en quoi ça te regarde.
-Qu’a-t-il de plus que moi ! S’indigna-t-il alors. Pourquoi lui ?
Lia sourit largement en repensant à toutes ces choses qui faisaient qu’elle était amoureuse de son tuteur.
-Il est…magnifique, déjà. Je pourrais passer des heures à le regarder. Le moindre geste, la moindre parole, le rend exceptionnel à mes yeux. Nous avons les mêmes centres d’intérêt. Je suis capable de discuter avec lui des heures entières sans qu’il n’y ait un seul blanc. Il a un sens de l’humour bien particulier et parvient toujours à me faire éclater de rire. Il est…Je ne pourrais même pas t’expliquer à quel point il est important à mes yeux. Tu ne peux pas comprendre, Phil.
-Très bien, lâcha le troisième année d’un ton glacial. Bonne soirée Lia.
Le temps qu’elle ouvre la bouche pour lui répondre, il était déjà parti.
Soupirant, elle retourna à son parchemin, essayant d’oublier cette entrevue.

Quelques jours plus tard, tous les deuxièmes années furent rassemblés dans la salle de récep-tion afin de recevoir les résultats de l’examen.
-Jeunes gens, commença le général une fois que tous se furent installés à côté de leur tuteur, je tenais à vous féliciter pour les excellents résultats que vous avez obtenu à l’examen de fin de lycée. Vos notes ne diffèrent pas vraiment les unes des autres, chacun ayant obtenu plus de 98.
Un murmure se propagea dans les rangs. Lia échangea un large sourire avec Marc, Anne et Sophie. Chacun semblait ravi. De si haut résultats étaient très rare sur le continent. Mais, appa-remment, pas si rare que cela sur le Hope.
-Je tiens tout particulièrement à féliciter nos majors de promotion, c'est-à-dire environ le quart d’entre vous, qui ont obtenu 100 pour 100 de bonnes réponses. Je vais maintenant vous appeler un par un afin de vos remettre la liste de vos notes. Commençons, Baldes Anne : 99.90.
Lia regarda avec un sourire son amie s’avancer vers le général les jambes tremblantes sous les applaudissements de l’assemblé. Elle reçut sa liste avant de retourner auprès de son tuteur qui la félicita chaleureusement. Ce fut ensuite au tour du reste de la promotion. Marc obtint 100, tout comme Sophie.
-Lia Shakeshift, 100.
La jeune fille s’avança à son tour pour récupérer son certificat. Elle nota avec une certaine satisfaction qu’elle avait obtenu la note maximale dans toutes les matières.
-Félicitation, souffla Antoine lorsqu’elle revint auprès de lui.
-Merci, murmura-t-elle en retour.
Elle observa ses autres camarades de classe être appelés avec un sourire. Puis, finalement, le général remis ses notes au dernier élève de liste et attendit que ce dernier soir retourné dans les rangs pour reprendre la parole.
-Comme vous le savez, le cursus normal enseigné dans les lycées normaux est désormais terminé. Maintenant, vous allez devoir choisir une ou deux matières ou compétence à étudier durant l’année et demie qu’il vous reste sur le navire. Cela occupera la moitié de votre temps. L’autre moitié sera bien entendu consacrée au développement de votre pouvoir à l’aide de votre tuteur. Je tiens d’ailleurs à signaler aux tuteurs présents qui donnaient des cours aux deux premières années qu’ils devront laisser leur place à un autre membre de l’équipage afin de consacrer le plus de temps possible à leur mousse.
Antoine, ainsi qu’un ou deux autres, hochèrent la tête avec compréhension.
-Bien sûr, vous n’êtes pas obligé de choisir la matière dans lequel votre tuteur est un spécialiste. Mais c’est toujours possible. Vous avez encore quelques semaines pour y réfléchir. Pour ceux dont le choix est déjà fait, je vous demanderai de venir me voir dès la fin de cette réunion afin de me faire part de vos choix pour l’avenir. Le début de vos cours de spécialisation se fera dès le début de l’année prochaine. Durant les quelques semaines qui vous reste, vous commencerez l’étude approfondie de votre magie lorsque votre tuteur ne donnera pas de cours. Le reste du temps, vous devrez aider sur le navire à la préparation des fêtes de Yule. Vous aurez également un peu de temps pour vous reposer et vous remettre de ces examens. Vous avez tous compris ?
-Oui général !
-Bien, alors vous pouvez y aller.
Lia échangea un bref regard avec son tuteur qui hocha immédiatement la tête.
-Tu veux y aller maintenant ? Souffla-t-il toutefois.
-Si cela ne te dérange pas, répondit la jeune fille.
-Pas du tout. Si tu es sûre de ton choix...
-Sûre et certaine, affirma-t-elle en souriant.
-Bien, allons-y alors !
L’un à côté de l’autre, ils se dirigèrent en direction du général qui conversait déjà avec un autre mousse et un lieutenant tout en notant quelque chose sur un carnet. Du coin de l’œil, Lia nota que Marc, Anne et Sophie s’éloignaient en compagnie de leurs tuteurs.
-Lieutenant Scott ? Miss Shakeshift ?
Sursautant, Lia se reporta son attention sur le général qui les regardait avec un sourire.
-Général, fit-elle. Je viens vous annoncer mes choix pour la suite de mes études.
-Bien, répondit-il. Quel sujet souhaitez-vous approfondir ?
-La chimie et l’astronomie.
-Bien. Je suppose que vous souhaitez que le lieutenant Scott se charge de votre apprentissage ?
-S’il n’y a pas de problème à ce sujet…
Elle échangea un bref regard avec Antoine qui prit à son tour la parole.
-Je suis tout à fait prêt à lui prodiguer toutes mes connaissances dans ces deux sujets, général, déclara-t-il. De plus, cela nous permettra d’organiser nous-même notre emploi du temps con-cernant la pratique de la magie.
-Très bien, fit le général. Dans ce cas je vous donne mon feu vert. Vous pourrez commencer vos cours dès que vous le souhaitez. Le plus rapidement possible j’espère.
-Bien sûr, général, fit Antoine en hochant la tête.
-Je vais vous laisser regagner vos quartiers alors, afin que vous puissiez mettre en place votre planning pour les prochaines semaines. Lieutenant, je vais annoncer au lieutenant Valley qu’il peut dès à présent reprendre vos cours en première année.
Quelques minutes plus tard, Lia se retrouva assis en face de son tuteur sur le lit de ce dernier.
-Alors, voyons voir, fit-il en dépliant un planning approximatif des semaines à venir. Les fêtes de la Samain sont dans quelques jours, nous pourrions démarrer juste après, qu’en pense-tu ?
-Oui, pourquoi pas, répondit la jeune fille. Va-t-on étudier directement la chimie et l’astronomie ?
-Prenons quelques semaines de repos à ce niveau-là, rétorqua son professeur. Je crois qu’il vaut mieux démarrer en douceur et commencer par avancer un peu au niveau de la maitrise de ton pouvoir.
-D’accord. Quand commençons-nous ?
Antoine eut un léger rire.
-Enthousiaste, n’est-ce pas ?
-Un peu trop, avoua la jeune fille en rougissant.
-Pour le moment nous continuerons nos leçons quotidiennes concernant la magie. Après la Samain nous démarrerons la pratique plus poussée de ton pouvoir, notamment les techniques particulières à la magie verte. Puis, après Yule, nous démarrerons la chimie et l’astronomie. Bien sûr, avant cela nous pourrons encore aller observer les étoiles sur le pont si tu le souhaite. Et je ne compte pas t’empêcher de prendre un peu d’avance si tu en as envie. Mais je pense que tu dois d’abord te reposer. Ces dernières semaines ont été assez éprouvantes pour toi.
-D’accord, souffla Lia.
-Très bien, reprit Antoine, que dirais-tu de faire un peu de guitare avant le diner ? Je t’aurais bien proposé d’aller rejoindre tes amis, mais ils doivent sûrement être en train de discuter de leur avenir avec leurs tuteurs.
Acquiesçant, ce fut avec un large sourire que Lia s’en alla chercher son instrument.
Quelques jours plus tard, alors que tout le vaisseau se préparait pour les fêtes de la Samain, la jeune fille parcourait avec intérêt les ouvrages poussiéreux de la grande bibliothèque du vais-seau. Les quelques jours de repos accordés par son tuteur lui avait permis de faire des re-cherches qui lui tenaient à cœur depuis plusieurs mois. Elle avait ainsi potassé de nombreux ouvrages afin de déterminer que phénomène étrange se produisait lorsque son pouvoir et celui de son tuteur entraient en contact, et pourquoi leurs deux magies semblaient comme liée l’une avec l’autre. Depuis leur premier cours, Antoine lui promettait régulièrement de faire des recherches à ce sujet. Cependant, entre ses cours privés et ceux qu’il assurait en première et en deuxième année, ainsi que ses occupations diverses sur le Hope, le jeune homme n’avait absolument pas le temps ; chose que Lia avait très vite découvert. Elle s’était donc mis dans l’idée de faire ces recherches d’elle-même. Mais, après avoir potassé des vingtaines d’ouvrages, certains en un cassydrien archaïque qu’elle peinait à comprendre, Lia commençait à désespérer. Elle n’avait pas trouvé mention dans quelconque grimoire d’un lien semblable au leur.
-Bon sang, grogna-t-elle en refermant un énième ouvrage ancien, il y a bien quelqu’un qui a dû écrire à ce sujet, tout de même !
Soupirant, elle finit par quitter la section générale afin de se diriger vers la petite étagère entièrement consacrée à la magie verte.
Caressant du bout des doigts la reliure des livres stockés, elle sélectionna celui qui lui paraissait le plus ancien, souriant légèrement en détaillant le titre : « Magie verte : mythes, légendes, et réalités ».
-Parfait, souffla-t-elle.
Soulevant avec difficulté le lourd grimoire, elle le transporta jusqu’à la table de travail qu’elle occupait depuis le début de la soirée, éternuant face au nuage de poussière qui se soule-va lorsqu’elle reposa l’ouvrage sur le meuble.
-Ouch…j’espère qu’il n’est pas en vieux Cassydrien celui-là.
Ouvrant le grimoire, elle grimaça en lisant les premières lignes.
-Du Tylanien...Supeeeer, grogna-t-elle avec ironie. Il ne manquait plus que ça…
Elle remercia intérieurement son tuteur de lui avoir enseigné quelques bases de ce langage avant de se lancer dans le décryptage du sommaire.
-Alors, voyons voir….
Fronçant les sourcils, elle nota les pages qui pouvaient être intéressantes dans sa recherche avant de feuilleter l’ouvrage afin d’atteindre les endroits indiqués.
Une demi-heure plus tard, Lia était à la limite de la dépression nerveuse. Ce texte semblait être une vraie mine d’informations. Le seul problème : il était tout bonnement incompréhensible, du moins pour quelqu’un ayant une connaissance du Tylanien ancien plus que limité.
-J’abandonne, grogna-t-elle finalement en se cognant la tête contre le bord de la table.
-Besoin d’aide ? Fit alors une voix derrière elle.
Sursautant, elle se retourna avant de sourire largement en découvrant la silhouette familière de son tuteur.
-Antoine, mon sauveur !
Le dit Antoine lâcha un léger rire avant de s’assoir sur une chaise à côté d’elle.
-En quoi puis-je t’aider Lia ? Que recherches-tu exactement ?
-En fait…
La jeune fille rougit légèrement et détourna le regard avant de reprendre la parole.
-Je voulais savoir pourquoi nos deux magies interagissaient d’une manière si étrange.
-Oh. Et…as-tu trouvé quelque chose d’intéressant ? Demanda aussitôt le jeune homme avec intérêt.
-Peut être. Mais le seul grimoire en parlant est écrit en Tylanien ancien, langue que je ne mai-trise absolument pas…
-Je peux essayer de te traduire ça, si tu veux, proposa Antoine en désignant le passage que la jeune fille avait essayé de déchiffrer.
-Merci ! Merci infiniment ! S’exclama-t-elle avec un large sourire.
-Mais de rien. Alors, voyons voir ça…
Le jeune homme se pencha sur le texte, caressant du bout des doigts le vieux parchemin alors qu’il commençait la lecture.
-Etrange, souffla-t-il au bout d’un moment. C’est la première fois que je lis ce texte. Pourtant, j’ai déjà potassé plusieurs fois toute l’étage consacrée à la magie verte. C’est bien là que tu as trouvé ce grimoire, n’est-ce pas ?
Lia hocha la tête.
Marquant la page, il retourna l’ouvrage afin d’en lire le titre.
-Pourtant j’ai déjà parcouru ce grimoire. Et jamais je n’ai lu ce paragraphe. Vraiment étrange…
-Peut être devrions nous déjà nous intéresser à ce contenu, intervint la jeune fille. Nous pour-rons nous inquiéter ensuite de sa provenance.
Son tuteur lâcha un léger rire.
-Tu tiens vraiment à savoir ce qui se passe, n’est-ce pas ? fit-il avant d’ouvrir à nouveau l’ouvrage.
-J’en ai marre de ne pas savoir ce que nous arrive, ronchonna la jeune fille. Je trouve ça génial d’avoir une telle connexion entre nos deux magies, mais j’aimerais vraiment en connaître la raison.
-Moi aussi. Avoua le lieutenant. Veux-tu que je traduise ce chapitre à voix haute ?
-Oui, s’il te plait, déclara Lia.
-Bien, allons-y alors.
Se penchant à nouveau sur le texte, il commença la lecture.
-Dans ce chapitre, moi, Rotanen, mage vert, vais vous faire découvrir les évènements qui peu-vent amener deux mages à lier leurs pouvoirs. Aussi bien consciemment qu’inconsciemment. La plupart du temps, deux mages très proches l’un de l’autre décident de lier leur magie afin de pouvoir invoquer le pouvoir de l’autre et ainsi bénéficier d’un effet de surprise lors d’un affrontement. Un tel lien est souvent observé dans une équipe. Cependant, il existe des liens bien plus profonds que même le plus puissant des mages ne pourrait contrôler. Il arrive parfois que deux individus voient leurs magies se lier lors de leur première rencontre. Je n’ai pu observer qu’à de rares occasions ce phénomène. Mais les effets sont impressionnants. D’après mes recherches, ce lien n’intervient que lorsque les deux bénéficiaires possèdent une magie identique en tout point. Leur pouvoir possédant la même nuance de vert, la même puissance, les mêmes effets. Bien sûr, ce type de lien n’intervient pas en particulier chez les mages verts. Mais il semblerait que mes semblables soient ceux les plus touchés par ceci. J’ai notamment pu observer que deux mages liés ainsi terminaient le plus souvent leurs jours ensembles, ce lien aboutissant ainsi à un mariage.
Antoine se tut quelques secondes, le temps de jeter un œil à son élève dont les joues étaient devenues écarlates.
-Certain, reprit le jeune homme après s’être raclé bruyamment la gorge, pensent qu’il s’agirait d’un phénomène qu’ils appellent des âmes sœurs. Les deux mages seraient destinés l’un à l’autre dès leur naissance. Mais pour le moment, rien n’a permis de vérifier une telle théorie. Je pense simplement que ce type de lien les rapproche au point de tomber amoureux l’un de l’autre. En effet, partager une magie identique avec quelqu’un nous rapproche forcément de la personne. Je continue en ce moment mes recherches à ce sujet. Peut-être un jour découvrirais-je la cause de ce phénomène.
Antoine détailla les dernières lignes griffonnées à la main avant de relever les yeux.
-Hum…Voilà. C’est tout, bafouilla-t-il en détournant le regard.
-Il ne dit rien d’autre ? Demanda Lia dont les joues arboraient toujours un rouge assez fort.
-Non, fit le jeune homme en secouant la tête. Cela ne nous aide pas vraiment.
-Au moins, rétorqua Lia, ça prouve qu’il n’y a pas qu’à nous que c’est arrivé. Peut-être trouve-rons nous d’autres textes écrits par des personnes qui l’ont réellement vécut.
Le lieutenant hocha la tête, avant de soulever le grimoire pour aller le reposer sur l’étagère.
Ils se dirigèrent ensuite tous les deux vers le self avant de ne pas être en retard pour le diner.
-Antoine, murmura la jeune fille plus tard dans la soirée alors qu’ils étaient tous les deux allon-gés sur le lit, en pyjama.
-Hmm ?
Se tournant dans les bras du jeune homme, elle se redressa sur son coude.
-Tu y crois à cette histoire d’âme sœur ? murmura-t-elle en rougissant.
Rougissant à son tour, le jeune homme la serrant à nouveau contre lui, lui déposant un baiser dans le cou.
-Pas vraiment, souffla-t-il. Je ne crois pas que ce soit notre magie qui dicte nos choix. Je suis cependant persuadé que j’étais en quelque sorte destiné à te rencontrer. Je suis heureux que tu sois ici avec moi aujourd’hui.
Hochant la tête, Lia se rapprocha se lui afin de l’embrasser.
-Je suis certain que nous finirons par découvrir ce qu’il se passe réellement, fit-il lorsqu’ils se séparèrent.
-As-tu reçu une lettre des Norman ? Fit-elle alors, sachant qu’il attendait une missive.
-Oui, soupira-t-il, ils deviennent de plus en plus pressant dans le choix d’une fiancée. Je ne compte pas leur répondre. Dors, maintenant. Il se fait tard. Et demain nous fêtons la Samain.


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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:23

Chapitre 13

Les mois passèrent, le Hope fêta la Samain puis Yule. Lia commençait à connaitre de mieux en mieux son pouvoir. Les cours du soir s’étaient peu à peu transformés en de longues heures de travail durant l’après-midi. Heures durant lesquelles elle apprenait à extraire la magie contenue dans une plante, la transférant par exemple dans une pierre quelconque, ou dans un liquide.
-Regarde Lia. Concentre-toi sur les particules de chlorophylle, absorbe leur énergie, et transfère-la ensuite dans cette pierre.
Hochant la tête, la jeune fille ferma les yeux, laissant le vent caresser son visage tandis qu’elle posait la main sur la petite feuille posée sur le sol entre eux deux.
C’était l’un de ses jours de mars où l’on hésitait encore entre un simple chandail et un manteau d’hiver. Le froid, bien qu’encore présent, était quelque peu compensé par la douce chaleur fournie par les rayons du soleil.
En cette belle après-midi, Antoine avait donc décidé de prendre l’air et avait ainsi entrainé son élève sur le pont. Ils s’étaient installés dans un endroit calme mais largement ensoleillé, en tailleur l’un en face de l’autre.
Lia réajusta sa position avant de laisser sa magie glisser jusque dans ses doigts. Elle se concentra sur les particules que son tuteur lui avait très longuement décrites lors des premiers cours de maitrise avancé qu’il lui avait donné, arguant qu’il lui fallait avant tout une connaissance parfaite des végétaux. Repérant la chlorophylle contenue dans la petite feuille, elle sélectionna quelques particules, ne voulant pas prendre à la plante toute son énergie. Aspirant la magie, elle récupéra le flux vert, formant entre ses doigts une sphère qu’elle dirigea ensuite maladroitement au dessus de la pierre posée sur le sol. Relâchant doucement l’énergie, elle posa sa paume contre la roche, laissant cette dernière absorber le pouvoir qu’elle lui fournissait.
-Lieutenant ! Que faisons-nous ici ? Je croyais qu’on devait travailler la magie !
Sursautant, Lia rouvrit brutalement les yeux en reconnaissant la voix de son amie Sophie. Jetant un œil à son tuteur, elle nota que lui aussi jetait un œil dans cette direction.
-Sophie, rétorqua la voix du lieutenant Miller, nous venons juste prendre un peu l’air. Tu tra-vailles beaucoup trop, tu sais. Ce vieux Carlton t’en demande bien trop. Apprend à te relaxer, de temps en temps.
Lia étouffa un rire. Son amie avait comme prévu entreprit des études concernant l’histoire des Earl. Cependant, la seule personne compétente à bord dans ce domaine était un vieil officier avoisinant les soixante-dix ans qui la faisait crouler sous le travail.
Sophie ne passait plus ainsi que la moitié de son temps avec le lieutenant Miller, ce dernier essayant à chaque fois de la forcer à se détendre.
-Lieutenant ! Fit la jeune fille avec colère, je ne pourrais jamais maitriser ma magie si nous ne travaillons pas.
-Nous avons déjà travaillé plus de trois heures, soupira Miller. Relax ! Tu es largement au niveau. Je peux t’assurer que Lia, Marc, et Anne ne travaillent pas plus.
-Facile à dire, ronchonna la jeune fille. Ils ne maitrisent pas le même type de magie.
-Sophie…
-Non ! J’en ai marre ! S’exclama-t-elle avant qu’il ne puisse continuer, je n’en peux plus ! J’ai l’impression de m’épuiser à la tâche avec ces leçons d’histoire. Le sujet est passionnant mais je ne peux pas donner le maximum en sachant qu’il me reste plusieurs heures à étudier la magie ensuite. Peut-être que je ne suis pas faite pour la vie sur le Hope, finalement. Je devrais sûre-ment envoyer un message à mes parents afin de leur hmfp…
Haussant un sourcil, Lia échangea un regard surpris avec son tuteur. Ce dernier haussa les épaules. Néanmoins, ils se penchèrent ensuite tous les deux afin de jeter un œil à ce qu’il se passait un peu plus loin.
Quelques secondes plus tard, Lia manquait de s’étouffer avec sa salive tandis qu’Antoine éclatait de rire.
En face d’eux, appuyé contre le bastingage, le lieutenant Miller embrassait passionnément son élève qui, les yeux écarquillé de surprise, ne semblait plus savoir quoi faire.
-Sophie, fit Miller lorsqu’il se dégagea.
Mais il ne put dire quoi que ce soit d’autre car, comme mut par une impulsion subite, la jeune fille l’avait attrapé par le col de sa chemise afin de l’embrasser à nouveau.
-Enfin ! Souffla Scott avant de se dissimuler à nouveau derrière la paroi. Ils en ont mis du temps.
Riant légèrement, Lia le rejoignit quelques secondes plus tard, alors que Bruno attirait Sophie dans une nouvelle étreinte.
-Félicitation, fit Antoine dans leur direction lorsque lui et Lia quittèrent le pont quelques mi-nutes plus tard.
-Merci ! Lança Miller en se décollant quelques secondes de son élève avant de l’embrasser à nouveau.
Lia jeta un coup d’œil à son amie qui avait pris une belle couleur rouge vif.
Le soir même, la nouvelle de la relation entre Sophie et Miller avait fait le tour du Hope. La jeune fille ne semblait plus savoir où se mettre alors qu’on la félicitait dès qu’elle faisait un pas dans les couloirs.
-Sophie !
Relevant la tête, elle reconnut avec soulagement son amie Lia.
-Suis-moi, murmura-t-elle.
Lia l’entraina jusque dans les quartiers des officiers, se glissant quelques secondes plus tard dans la cabine qu’elle partageait avec le lieutenant Scott.
Elle lui fit signe de prendre place sur un des tabourets à côté du petit bureau tandis qu’elle se laissait tomber sur le lit de son tuteur.
-ça va ? Fit-elle avec inquiétude.
-Oui, répondit Sophie en hochant la tête. Enfin je crois.
-Tu as du mal à faire face aux rumeurs, n’est-ce pas ?
-Oui, admit-elle dans un souffle. Je sais que Bruno est quelqu’un de bien et….et je l’aime. Mais…
-Tu as peur que quelqu’un prévienne tes parents, termina Lia.
-Voilà, soupira-t-elle. Je sais que des personnes comme Calvin Atcock verraient là une chance de déshonorer ma famille. Bruno n’a pas d’ascendance particulière, il…
-Et si tu essayais d’oublier ta famille quelques instants ? La coupa Lia. Bruno t’aime, tu l’aimes. Vous vous êtes tourné autour durant des mois. Alors je trouve complètement stupide que, le jour où vous osez enfin faire quelque chose à ce sujet, tu te mettes à paniquer à cause de ce que tes parents pourraient en penser.
-Tu ne comprends pas, Lia. Tes parents ne sont pas nobles, tu ne peux pas comprendre.
-Mais je suis engagée dans une relation amoureuse depuis bientôt un an avec le dernier héritier mâle en ligne direct des Earl, reprit Lia. Et je peux t’assurer qu’Antoine n’en n’a absolument rien à faire de mon ascendance.
-Mais…
-Sophie, Lia ?
Relevant aussitôt la tête, les deux jeunes filles se tournèrent vers le lieutenant Scott.
-Je suis désolé, reprit-il, mais j’ai entendu une partie de votre conversation. Je pense que tu devrais écouter Lia, Sophie. Je ne pense pas que notre mère t’en voudra vraiment au niveau du choix de ton compagnon. Même si du sang noble ne coule pas dans ses veines, Bruno est un mage, ce sera largement suffisant.
-Mouai. Il faudrait déjà qu’il essaye de ne pas plaisanter sur tout le décorum appliqué chez moi. Mes parents l’apprécieraient sûrement un peu plus.
-Je suis certain qu’il parviendra à retenir ses boutades jusqu’à ce que vous soyez seuls tous les deux. Allez, va le rejoindre maintenant. Il te cherche partout.
Hochant la tête, Sophie se releva et se dirigea vers la porte d’entrée.
-Merci, souffla-t-elle à son frère et à son amie avant de sortir.
-Sophie ! Retentit quelques seconde plus tard la voix du lieutenant Miller dans le couloir, je t’ai cherché partout !
Lia et Antoine échangèrent un regard amusé avant que le lieutenant ne secoue la tête en riant légèrement.
-Allez Lia, que dirais-tu de continuer nos leçons ? A moins que tu ne préfères te reposer un peu ?
-Je suis en pleine forme, rétorqua la jeune fille en faisant la moue. Je préfère continuer les cours.
-Très bien, fit Scott en souriant, allons y alors.

-Lieutenant, balbutia Sophie en voyant son tuteur la rejoindre dans le couloir, juste à la sortie de la cabine d’Antoine et de Lia.
-Ne m’appelle pas comme ça, soupira-t-il. Je croyais qu’on avait dépassé ce stade ?
-Désolé, murmura la jeune fille en rougissant. Peut-être devrions-nous retourner à notre cabine.
Bruno acquiesça aussitôt alors que quelques élèves de première année passant dans le couloir les dévisageaient avec curiosité, chuchotant en les pointant du doigt. Il soupira avec irritation.
-Les nouvelles vont vite, on dirait, marmonna-t-il.
-ça n’avait pas l’air de te déranger, lorsqu’il s’agissait d’Antoine et de Lia, remarqua Sophie en haussant un sourcil.
-Ce n’est pas pareil, lança-t-il avec humour. Ces deux-là ne pouvaient pas se lâcher des yeux depuis l’arrivée de Lia sur le navire. Tout le monde savait déjà ce qui allait se passer.
Il fronça légèrement les sourcils en fixant la porte de son ami avant de sortir un marqueur de sa poche.
-Ils l’ont encore effacé ? Fit son élève avec un sourire.
-Maudit soit Antoine et ses solutions chimiques super nettoyantes…
Riant légèrement, Sophie le vit raturer à nouveau le « Lia Shakeshift » inscrit en lettres noires sur la porte de la cabine afin de le remplacer par un « Lia Scott » souligné plusieurs fois.
-Voilà, annonça-t-il. C’est beaucoup mieux comme ça.
Il se tourna ensuite vers son élève avec un large sourire.
-Peut être devrais-je faire la même chose sur notre cabine, Hmm ? Murmura-t-il en se rappro-chant dangereusement d’elle.
Sophie piqua un fard et ouvrit la bouche pour protester mais fut immédiatement stoppée lors-que deux lèvres chaudes se posèrent sur les siennes.
Elle se laissa emporter par les sensations si merveilleuses qui l’envahissaient en cet instant, passant ses doigts dans les cheveux blonds de son tuteur tandis que les mains de ce dernier lui enserraient la taille.
-Allez flirter ailleurs ! Retentit quelques secondes plus tard la voix du lieutenant Scott de l’autre côté de la porte. Je n’ai pas spécialement envie d’entendre ma sœur roucouler avec toi, Bruno.
-Pas de problème, Antoine, rétorqua ce dernier en se détachant quelques secondes de la jeune fille. Je vais aller l’embrasser ailleurs.
-Lieutenant, marmonna Sophie alors que l’éclat de rire de son demi-frère se faisait entendre de l’autre côté de la paroi.
-Appelle-moi Bruno, souffla-t-il en l’entrainant vers leur cabine. Ça te dirait d’aller faire un peu d’exercice ?
Il lâcha aussitôt un léger rire en voyant la jeune fille écarquiller les yeux et balbutier quelques chose d’incompréhensible.
-Pas comme ça, Sophie, la rassura-t-il aussitôt. Mais peut être qu’un peu de sport te permettra de te détendre un peu. Tu m’as l’air d’avoir les idées un peu confuses.
-A qui la faute ? Rétorqua-t-elle en haussant un sourcil.
Elle entra dans la petite pièce et attrapa aussitôt ses vêtements de sport avant de se diriger vers la salle de bain et d’en ouvrir la porte.
-Ce sera avec plaisir, fit-elle avec un sourire. Peut-être réussirais-je à gagner, cette fois-ci ?
-Aucune chance, rétorqua Miller tandis qu’elle refermait la porte.
Souriant largement, il partit en quête de son survêtement parmi le bazar habituel que consti-tuait son placard. Il n’avait jamais été quelqu’un de très soigneux, préférant vivre dans un dé-sordre continuel que dans le rangement presque maniaque qu’appliquait chaque jour son meilleur ami. Cela ne semblait pas ennuyer son mousse qui n’avait apparemment pas hérité de la fibre du rangement que possédait presque à outrance sa mère, la redoutable Emily Norman. Cette dernière ne pouvait apparemment pas concevoir que des vêtements trainent sur le sol.
Bruno secoua la tête avec amusement et déboutonna sa chemise et la fit glisser sur le sol, se rappelant avec un frisson la semaine qu’il avait dû passer chez les Norman, l’été dernier.
-Heureusement que Sophie était là, marmonna-t-il en fouillant dans son placard pour essayer de mettre la main sur un vieux t-shirt.
-Ah voilà…
Enfilant l’habit en question, il sourit légèrement en repensant aux baisers qu’il avait échangés avec son élève. Cela faisait plusieurs mois qu’il en avait envie. Il ignorait le moment exact où il avait commencé à regarder la jeune fille non comme une simple adolescente, mais comme une magnifique jeune femme en devenir, possédant un sens de l’humour similaire au sien, étant capable de supporter ses blagues vaseuses à longueur de journée. Il ferma les yeux, se rappelant la caresse de ses lèvres contre les siennes. C’était merveilleux. Tellement merveilleux qu’il se demanda un instant si cela allait durer. Ils n’avaient pas encore discuté du changement qui s’était produit entre eux, Sophie n’ayant pas pour le moment les idées très claires. Cela viendrait par la suite. Mais Bruno n’appréhendait pas particulièrement ce moment. La manière dont la jeune Norman avait répondu à ses étreintes le laissait supposer qu’elle était loin de refuser cette affection. Bien au contraire.
Quelques minutes plus tard, ce fut habillé de son traditionnel jogging aux couleurs du Hope que Bruno observa Sophie sortir de la salle de bain.
-Tu es prête ? Demanda-t-il en se levant.
-Oui Bruno, murmura-t-elle en rougissant.
-Parfait, allons-y alors.
Ils se dirigèrent en silence jusqu’à la salle de sport. Miller observa son élève durant tout le trajet. Cette dernière semblait plongée dans ses pensées, ruminant probablement sur ce qu’il s’était passé entre eux quelques heures plus tôt.
Dès qu’ils furent arrivés dans le gymnase, le lieutenant se dirigea vers le tatami, entraînant son élève dans un combat rapide de karaté, la laissant pour une fois prendre l’avantage afin qu’elle puisse se défouler.
Quelques minutes plus tard, ce fut avec un léger rire que Bruno perdit l’équilibre face au croche-pied bien placé de son élève. Basculant en arrière, il ne manqua pas d’entrainer dans sa chute la jeune fille, la faisant atterrir sur son torse.
-On dirait bien que j’ai gagné, fit Sophie à bout de souffle.
-Pas encore, jeune fille…Pas encore.
Lui attrapant les poignets, il l’a fit basculer sous lui avant de la détailler avec un large sourire.
-Voilà. Maintenant j’ai gagné !
-Tricheur ! rétorqua la jeune fille en essayant de se dégager. En vain.
Elle tenta de bouger ses jambes mais s’arrêta dès que le jeune homme se pencha pour effleurer ses lèvres. Il essaya de se relever quelques secondes plus tard mais fut aussitôt attiré en avant par Sophie, laquelle avait agrippé son t-shirt afin de reprendre ses lèvres en un baiser qui les laissa tous deux à bout de souffle.
-J’en conclu que tu es d’accord avec ça ? murmura-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Est-ce que je peux dès à présent te considérer comme ma petite amie ?
-Mon père va faire une syncope en entendant cela, fit la jeune fille sous lui en éclatant de rire. Mais j’accepte avec plaisir.
-Tant mieux, murmura-t-il avant de se pencher pour l’embrasser à nouveau.
Après tout, il se fichait bien pour le moment de ce que pourraient penser les Norman. Tout ce qui l’importait était les lèvres douces de Sophie contre les siennes, et ses mains qui se glissaient comme mue par leur propre volonté sous son t-shirt…Oh non, les Norman n’avaient rien à faire dans un moment pareil. Il s’inquiéterait de ça…plus tard.

Un beau matin d’avril, alors que la plupart des élèves du Hope commençaient tout juste à émerger de la brume dans laquelle ils étaient plongés depuis leur réveil, Lia et Antoine se trouvaient comme chaque matin dans un petit laboratoire un peu à l’écart de ceux utilisés par les autres étudiants.
-Voilà, maintenant il faudrait que tu démonte le réfrigérant afin d’ajouter l’éthanol.
Hochant la tête, Lia retira avec précaution les pinces et tout le dispositif retenant l’appareil, prenant bien soin d’éloigner au passage l’erlenmeyer de la flamme allumée juste en dessous.
Elle attrapa ensuite la fiole contenant la solution puis mesura avec précision 11 ml qu’elle versa dans la solution contenue dans l’erlen, cette dernière prenant aussitôt une belle teinte bleue.
-Parfait ! S’exclama Scott. Alors, peux-tu m’expliquer ce qu’il vient de se produire ?
-L’éthanol a réagi avec les molécules présentes dans la solution. La teinte verte provient de…
Antoine écouta avec attention son élève lui décrire avec précision le processus qui venait de prendre place, hochant la tête régulièrement. Il sourit en notant qu’elle semblait complètement passionnée par ce qu’elle expliquait.
-Bien, fit-il lorsqu’elle se tut. C’est tout à fait ça.
Il jeta un œil au planning qu’il avait griffonné sur un vieux parchemin, notant avec une certaine satisfaction qu’ils étaient arrivés bien plus rapidement à cette étape particulière du programme.
Il l’aida à nettoyer puis ranger tout le matériel utilisé avant de se tourner à nouveau vers elle.
-Assied-toi Lia, fit-il en lui indiquant un tabouret de laboratoire.
Prenant place en face d’elle, il reprit la parole.
-Je dois te féliciter. Tu as progressé bien plus rapidement que je ne l’avais prévu. C’est assez exceptionnel d’arriver à ce niveau de connaissance en seulement quelques mois de cours.
La jeune fille rougit de plaisir sous le compliment.
-Maintenant que tu maitrises parfaitement t les points les plus importants de la chimie générale, nous allons pouvoir nous intéresser à la partie la plus intéressante. Tu apprendras les autres connaissances dont tu as besoin au fur et à mesure.
Hochant la tête, la jeune fille dévisagea avec attention son tuteur alors que ce dernier faisait une pause avant d’ouvrir à nouveau la bouche.
-Tu m’as bien dis que c’était la conception des solutions médicinales qui t’intéressait en particulier, n’est-ce pas ?
Lia hocha à nouveau la tête avec un sourire.
-Alors suis-moi ! Fit le lieutenant en se levant, j’ai quelque chose à te montrer.
- Où allons-nous ? Demanda Lia alors qu’il l’entrainait dans la réserve des laboratoires de chimie.
-Tu verras bien, souffla-t-il en se faufilant entre deux étagères.
Fronçant les sourcils, la jeune fille le suivit alors qu’ils s’enfonçaient de plus en plus dans les rayonnages contenants solutions en tout genre. Elle grimaça en notant certains ingrédients pour le moins étrange tel que des animaux conservés dans du formol.
-N’y prête pas attention, fit son tuteur. Nous n’utiliserons pas ce genre de chose. Ah voilà, nous y sommes.
Relevant la tête, Lia haussa un sourcil en remarquant qu’ils se trouvaient désormais dans une impasse.
-Mais…Il n’y a rien.
Antoine lui fit un bref clin d’œil avant de poser sa main sur le mur en face d’eux. Il déclencha quelques secondes son pouvoir, le mur s’illuminant aussitôt d’une vive lueur verte. Lia étouffa une exclamation de surprise lorsque des lignes vertes se dessinèrent sur la paroi, formant les contours d’une forme rectangulaire qui disparut juste après, dévoilant une ouverture dans le mur.
-Je t’en prie Lia, fit Antoine en voyant que son élève ne se décidait pas à avancer, entre !
Lia fit quelques pas en avant, passant lentement à travers l’ouverture. Contrairement à ce qu’elle avait songé au départ lorsque le passage était apparu, l’endroit dans lequel elle pénétra était loin d’être sombre ou poussiéreux. La pièce, dans les tons verts, était éclairée uniformément grâce aux deux hublots d’une taille assez conséquente positionnés sur les côtés. Des étagères remplies de livres et de fioles s’étalaient le long des murs. Au centre se trouvait deux paillasses sur lesquelles elle trouva notamment des gants de protection ainsi que quelques livres concernant la magie verte. Sur un petit meuble au fond de la pièce s’entassaient des plantes en tout genre, certaines largement fleuris. Elle nota également la présence d’un porte manteau sur lequel étaient accrochés deux blouses.
Elle se tourna à nouveau vers son tuteur, une question lui brûlant les lèvres. Mais avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche, le jeune homme reprit la parole.
-Bienvenue dans mon laboratoire personnel, Lia ! S’exclama-t-il avec un large sourire.
Les mots du lieutenant mirent quelques secondes avant d’être entièrement assimilés par la jeune fille.
-Ton… ? Mais, balbutia-t-elle. Je croyais que tu…
-Que je ne menais pas d’expérience en dehors de mes cours ? Demanda-t-il avec malice. Pour-tant j’ai toujours eut quelques heures à consacrer au Hope en lui-même.
-Alors c’est là que tu étais pendant tout ce temps ?
-En effet.
Il fit quelques pas dans la pièce, caressant du bout des doigts les grimoires entassés sur les étagères.
-Le général, reprit-il, m’a assigné à la concoction de médicaments et remèdes en tout genre afin d’aider l’infirmerie. Cela reviendrait trop cher de les acheter lors de nos escales. Et puis, cela me permet d’utiliser la magie verte pour les rendre bien plus efficace.
-Wow ! Et tu vas m’apprendre à faire ça ? Fit la jeune fille avec des étoiles dans les yeux.
-Si tu le désires, bien sûr. Maintenant que tu es capable de respecter à la lettre tout type de protocole et que tu connais les techniques permettant d’incorporer le pouvoir contenu dans une plante vers une solution, je pense que tu pourras m’aider sans problème.
-C’est génial ! S’exclama-t-elle. Merci Antoine !
-De rien, fit-il en riant.
-Mais…Pourquoi ne pas m’en avoir parlé avant ?
-Pour éviter que tu sois blessée, déclara-t-il avec sérieux. A ce niveau, il faut être sûr de chaque geste, de chaque mesure. Par exemple, ajouter une quantité de magie trop importante pourrait faire exploser une solution et ainsi détruire des semaines de travail. Je devais être absolument sûr de tes compétences dans un laboratoire avant de te laisser mettre les pieds ici. Ce labo est d’ailleurs dissimulé afin que les autres élèves ne risquent pas de se blesser avec les produits contenus dans cette pièce. L’ouverture réagit à ma magie, et donc par extension à la tienne. Il te suffira de poser la main sur le mur pour pénétrer dans la pièce.
-Je comprends, affirma-t-elle.
-Bien, reprit son tuteur. Mettons-nous au travail, dans ce cas !
La jeune fille s’attela ainsi à l’apprentissage de la préparation de solutions bien plus techniques que celles qu’elle avait étudié jusqu’à présent. Il lui fallait non seulement assimiler de nouvelles méthodes, aussi bien de chauffage que de préparation des ingrédients, mais aussi comprendre et retenir les propriétés magiques d’un certain nombre de plantes et fleurs que lui présentait son tuteur.
-Alors Lia, fit Marc un soir durant lequel ils se trouvaient tous les quatre dans la salle d’étude, comment avancent tes cours ?
-C’est passionnant, affirma-t-elle avec un sourire fatigué. Et vous ?
Sophie bailla largement.
-Ce serait parfait si je n’avais pas à travailler autant, soupira-t-elle.
Elle se tourna ensuite vers Anne et Marc qui se partageait un grimoire concernant la biologie marine.
-Et vous deux ?
-C’est génial d’avoir tout le temps cours avec Anne, fit Marc avec un large sourire. Et le sujet que l’on étudie en ce moment est passionnant.
En effet, voyant que les deux étudiants avaient décidé d’étudier le même sujet, leurs tuteurs s’étaient regroupés au niveau des cours. L’un comme l’autre n’était pas des spécialistes en biologie marine mais arrivaient à combiner leurs connaissances afin de pourvoir aux deux élèves un enseignement à la hauteur de leurs attentes.
-Nous ne sommes pas tous le temps ensemble, le taquina Anne, je te rappelle que nos cours de maitrise de notre pouvoir sont toujours séparés.
-Exact, affirma le jeune homme.
-Vous vous rendez compte qu’on est déjà au milieu de notre séjour ici ? Soupira Sophie avec nostalgie. J’ai l’impression que c’était hier que nous posions pour la première fois notre pied sur le Hope.
-C’est vrai que c’est passé vite, acquiesça Lia. Mais la fin de notre scolarité ne rimera pas forcé-ment avec notre départ du vaisseau.
-Tu comptes devenir tutrice ensuite ? Fit Marc avec interrogation.
-Je ne sais pas, soupira-t-elle. J’aimerai être professeur, mais je ne sais pas encore si ma place est sur le Hope…
-Je suppose que ton choix sera fortement influencé par celui d’un certain lieutenant ? Fit Anne.
Lia rougit mais hocha la tête.
-Salut ! Fit alors une voix qu’elle n’avait entendu depuis des mois, comment allez-vous, vous quatre ? Cela fait longtemps qu’on n’a pas discuté ensemble !
-Salut Phil, dit Anne en souriant au jeune homme. Désolé, mais nous avions tous des emplois du temps assez chargés.
-Je comprends tout à fait, affirma-t-il. Je sais que la deuxième année est assez horrible.
-Comment se passe tes études ? S’intéressa Sophie.
La jeune fille avait fini par lui pardonner son faux pas en première année. Elle avait mis de long mois à lui faire à nouveau confiance mais appréciait désormais de passer un peu de temps avec lui.
-Très bien, affirma Phil. Et au fait, mes félicitations, il parait que tu es avec ton tuteur mainte-nant ?
Sophie rougit et balbutia un remerciement.
-Et toi, Lia ? reprit le jeune homme, toujours avec Scott ?
-Je ne vois pas vraiment en quoi ça te regarde, grogna cette dernière en haussant un sourcil, mais oui, nous sommes toujours ensemble.
-Je ne vois pas pourquoi tu traines toujours avec lui, reprit Phil en ignorant le ton de son ex-petite amie, il est bien trop vieux pour toi.
-Je te signale que le lieutenant Miller a le même âge, rétorqua Sophie.
-Peut-être, mais…Je ne sais pas, maintient Phil. Il y a quelque chose de pas net chez Scott…
-Si tu es venu ici pour insulter mon tuteur, tu peux tout de suite repartir, siffla Lia qui commen-çait à ne pas apprécier la tournure que prenait la conversation.
-Je ne fais que dire ce que je pense, fit le jeune homme. Je ne sais pas si vous saviez, mais mon père travaille aux registres situés à Yad, là où sont rassemblés toutes les naissances, les mariages et les décès. J’ai été y jeter un œil cet été, juste par curiosité.
-Et alors ? Fit Lia avec impatience.
-Et alors il n’existe aucun Antoine Scott né à Tylan qui serait encore en vie aujourd’hui ! S’exclama le jeune homme.
Lia se glaça, sentant aussitôt le regard de ses trois amis dirigés vers elle. Elle fixa quelques se-condes Sophie qui lui répondit par un sourire gêné.
-Peut être une erreur dans les registres, proposa Sophie.
-Tu insinues que mon père ne fait pas bien son travail ? Rétorqua Phil en fronçant les sourcils.
-Pas du tout. Mais un lapsus est si vite arrivé. Peut-être que son nom a été mal recopié.
-Sottises, fit le jeune homme. Je suis certain que ce n’est pas son vrai nom…
-Phil…commença Lia.
Mais ce dernier la coupa aussitôt.
-Non ! Il nous cache quelque chose ! Pourquoi changer de patronyme, sinon ?
-Et pourquoi veux-tu tellement enquêter sur lui ? Rétorqua Lia avec force. Laisse-le un peu tranquille !
-Parce que…Je….Je peux te parler en privé ? Fit-il en jetant un œil à Marc, Sophie et Anne qui avaient suivi avec attention leur conversation.
-Très bien, soupira-t-elle en rassemblant ses affaires avant de se lever et de se diriger vers le pont.
Dès qu’ils furent à l’extérieur, elle se tourna à nouveau vers elle sans l’once d’un sourire.
-Qu’est-ce que tu veux, au juste ?
Il baissa la tête, avant de relever le regard pour le plonger dans celui de la jeune fille.
-Je tiens encore à toi, Lia. Et je ne peux m’empêcher de penser que Scott cherche à profiter de toi…
-Arrête de dire n’importe quoi ! S’exclama-t-elle aussitôt. Tu ne le connais pas Phil…
-Je le connais assez pour savoir que ce n’est pas normal de changer de nom de famille comme cela !
-Tu racontes n’importe quoi ! Tu n’as aucune preuve de ce que tu avances. Tu cherches simplement à lui causer du tort.
-Lia…
-Non. J’en ai plus que marre de ton comportement immature. Nous sommes sortis ensemble et ça n’a pas marché. Maintenant je suis avec mon tuteur et je l’aime. Alors apprend à vivre avec !
Phil la dévisagea quelques secondes avec stupéfaction, avec de reprendre la parole.
-Tu l’aimes ? Balbutia-t-il.
-Je l’aime, Phil, affirma-t-elle aussitôt. Je l’aime de tout mon cœur.
-Très bien, soupira-t-il. Mais je reste persuadé qu’il y a quelque chose de louche chez lui. Et je te le prouverai.
Sans même lui laisser le temps de répondre, le jeune homme tourna le dos, retournant dans les couloirs. Le suivant du regard, Lia nota avec un malaise certain qu’il semblait se diriger vers la bibliothèque.
Alors qu’elle s’apprêtait à le suivre, elle sentit deux bras l’enlacer par l’arrière. Elle essaya tout d’abord de se dégager avant recevoir une légère décharge de pouvoir dans les paumes, signe que l’inconnu n’était autre que son tuteur.
-Antoine, murmura-t-elle en se retournant pour lui faire face.
Elle ferma les yeux lorsqu’il se pencha pour l’embrasser avant de l’attirer un peu plus contre lui.
-ça va ? murmura-t-il lorsqu’ils se séparèrent. J’ai entendu votre conversation. Je suis désolé que Philibert réagisse ainsi.
-Tu sais qu’il déteste qu’on l’appelle par son nom entier ? Souffla Lia avec amusement.
-Je sais. C’est justement pour cela que je le fais.
La jeune fille se mit à rire doucement mais l’étincelle d’inquiétude dans son regard n’échappa pas au jeune homme collé contre elle.
-Ne t’en fais pas, reprit-il. Je doute qu’il trouve quoi que ce soit à mon sujet. Et puis, je suppose que les Norman finiront par révéler au monde ma véritable identité. Ce n’est qu’une question de mois, désormais.
-Je sais, souffla-t-elle. C’est juste que je ne souhaite pas qu’il t’apporte des problèmes.
-Ne t’inquiète pas pour moi. Tu devrais plutôt t’inquiéter du rhume que tu risques d’avoir de-main en te levant si on ne rentre pas maintenant. On est peut-être déjà en mai, mais il fait encore un peu froid.
-Très bien, soupira-t-elle. A vos ordres, lieutenant !
-Allez Lia, fit-il avec un large sourire.
S’extirpant de l’étreinte du jeune homme, Lia se dirigea vers la porte menant à l’intérieur du vaisseau, très vite suivie par son tuteur.
-Tu sais, souffla-t-il alors qu’ils franchissaient l’un après l’autre le seuil, tu devrais m’appeler plus souvent comme ça.
-Quoi donc ? Fit-elle avec un sourire en se retournant, lieutenant ? Je croyais que tu préférais que je t’appelle par ton prénom…
-Hmm, mais je ne parlais pas des conversations normales, si tu vois ce que je veux dire…
Haussant un sourcil, Lia le dévisagea quelques instants avant de prendre une belle teinte rouge brique.
-Antoine !
Ce dernier se mit à rire doucement, entrainant son élève vers leur cabine alors que cette der-nière faisait tout son possible pour effacer le rouge colorant toujours son visage.

-Lia ! Pourrais-tu me passer les feuilles de rhubarbe posées sur mon bureau ?
-Ok !
Retroussant les manches de sa blouse, la jeune fille se dirigea vers le meuble en question. Elle mit quelques secondes avant de distinguer les dites feuilles parmi l’amoncellement de plantes diverses qui étaient entassées à cet endroit. Nous étions désormais en mai, et la jeune fille assistait depuis quelques semaines son tuteur dans la préparation d’une solution apparemment assez complexe qui nécessitait deux longs mois de labeur.
-Voilà, fit-elle en lui tendant les dites feuilles.
Le jeune homme, ne lâchant pas des yeux la mixture qui avait pour l’instant l’apparence d’une bouillie verte, attrapa ces dernières en la remerciant brièvement.
-Il faudrait que tu me prépares 20 ml d’essence de lavande.
-Bien sûr. Je te mets ça dans un bécher ?
-oui, s’il te plait.
S’attelant à la tâche, Lia rempli avec précaution la verrerie, vérifiant avec précision qu’elle ne s’était pas trompé dans le dosage.
Se retournant afin d’apporter le mélange à son tuteur, elle sursauta imperceptiblement en voyant le général Hokins à l’entrée du laboratoire.
-Général, fit-elle sans pour autant se mettre au garde à vous afin de ne pas renverser ce que contenait le récipient.
-Bonjour miss Shakeshift. Ne vous occupez pas de moi, je vais attendre que vous ayez fini.
Hochant la tête, Lia se dirigea vers Antoine, toujours plongé dans la préparation, n’avait pas suivi la scène.
-Voilà l’essence de lavande, annonça-t-elle en arrivant à sa hauteur.
-Merci Lia, peux-tu la verser dans l’erlen pendant que je coupe le feu ?
-Bien sûr !
Enfilant une paire de lunettes de sécurité, elle s’approcha de la mixture et versa lentement la solution contenue dans le bécher. La pâte prit alors une teinte bleu azur.
-Très bien Lia, fit Antoine.
Il boucha ensuite le récipient grâce à un morceau de liège.
-Voilà, souffla-t-il. La partie la plus dure de la préparation est terminée. Il faut désormais deux semaines de repos avant de passer à la dernière phase. Félicitation, en tout cas, tu n’as fait pratiquement aucune erreur de manipulation.
-Merci, répondit. Euh…Lieutenant, le général est là….
Sursautant, Antoine se retourna aussitôt afin de se mettre au garde à vous devant son supérieur.
-Général ! Veuillez m’excuser, j’étais tellement concentré dans cette expérience que…
-Ce n’est rien, lieutenant. Rétorqua l’homme avec un geste de la main. Je comprends tout à fait.
-Asseyez-vous donc, fit Antoine en lui montrant une chaise. Que venez-vous faire ici ?
Prenant place en face d’eux, Hokins les fixa avec intensité avant de sortir une enveloppe de sous sa veste.
-En fait, je suis venu pour avoir une petite discussion avec vous, lieutenant Scott…Ou plutôt devrais-je dire lieutenant Earl ?
Antoine grimaça légèrement.
-Comment êtes-vous au courant ? Souffla-t-il.
-J’ai gardé une correspondance régulière avec Emily Norman depuis son départ du Hope. Je n’aurais jamais pensé que vous étiez de la même famille, tous les deux.
-Je ne l’ai appris qu’il y a quelques mois, avoua le jeune homme. Je suis désolé de ne pas vous en avoir parlé plus tôt, mais les Norman m’avaient demandé de ne révéler mes origines à per-sonne…
-Je comprends, lieutenant, le coupa le général. Ne vous en faites pas à ce sujet. En fait j’aurais plutôt voulut savoir quand vous comptiez révéler au reste de l’équipage vos origines, et ce que vous souhaitiez faire à ce sujet.
-Je n’y ai pas vraiment réfléchit, avoua le jeune homme dans un souffle. Je sais que lors de mon retour à Tylan, les Norman vont sûrement vouloir annoncer qu’ils ont enfin trouvé un héritier. Je comptais attendre ce moment-là.
-C’est déjà fait.
-Pardon ?
-Ils ont déjà révélé votre ascendance, reprit Hokins en soupirant. J’ai reçu cette lettre ce matin. Monsieur et Madame Norman souhaitaient que je vous annonce la nouvelle. Apparemment, ils n’ont pas vraiment eut le choix. Vous connaissez Calvin Atcock, je présume ?
Antoine hocha la tête.
-Ses parents se sont présentés il y a quelques semaines chez les Norman, reprit le général, ils voulaient reprendre le contrôle de la fortune des Earl. Les Norman leur ont répondu qu’un héritier s’était déjà présenté. Forcément, ils ont dû dire votre nom.
-Mon dieu, souffla le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.
-Je suis désolé lieutenant. Mais je suppose que Calvin sera au courant d’un jour à l’autre.
-Et tout le vaisseau également, murmura le lieutenant.
-En effet.
Il y eut un silence de quelques secondes, durant lequel Antoine essayait de remettre de l’ordre dans ses pensées. Il ignorait ce qui allait se passer désormais, maintenant que tout l’équipage allait connaitre son ascendance. Allait-il toujours le voir comme Antoine Scott, professeur de chimie, mage vert ayant une aversion particulière pour l’infirmerie, ou Antoine Dobson, héritier des Earl ?
Il soupira à nouveau.
-Bien, finit-il par murmurer. Merci de m’avoir prévenu, général.
-De rien lieutenant ! Fit son supérieur en se levant. Je vous laisse tout de même la lettre de Madame Norman qui vous est destinée. Elle était jointe à mon propre courrier. Bonne journée à vous deux !
-Bonne journée général ! firent-ils en cœur.
Dès que l’homme eut quitté la pièce, Antoine attrapa sans grand enthousiasme la lettre de sa mère, déchiffrant rapidement les quelques lignes.
-Ils te passent le bonjour, Lia, souffla-t-il. Et ils s’excusent de ne pas nous avoir contactés plus tôt. Apparemment ils ont été assez occupés.
La jeune fille hocha la tête avec compréhension.
-Que comptes-tu faire ? Demanda-t-elle ensuite.
-Je ne sais pas, avoua-t-il dans un soupir. Je crois que je vais tout simplement attendre la réac-tion de Calvin, si ses parents le préviennent. J’improviserai ensuite.
-Antoine Scott, le roi de l’improvisation, le taquina gentiment Lia.
Pour toute réponse, le lieutenant l’attira à lui afin de lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Je t’aime, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Merci d’être là pour moi, Lia.
-Je t’aime Antoine, murmura-t-elle à son tour avant de l’embrasser à nouveau.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:24

Chapitre 14

-Vous n’êtes qu’un usurpateur !
Le cri, venant de la porte d’entrée, retenti vivement dans le self alors que tous était en train de prendre leur petit déjeuner.
-Monsieur Atcock, fit le général, à qui vous adressez vous exactement ?
-Au lieutenant Scott ! S’exclama le jeune homme en marchant vers la table des enseignants.
Lia grimaça en notant que l’élève tenait une lettre dans sa main. Cela faisait bientôt un mois depuis la visite du général, et le lieutenant avait commencé à espérer que le volatile transpor-tant la lettre se soit perdu dans l’océan. Apparemment, ce n’était pas le cas. Lia échangea un bref regard avec son tuteur qui lui retourna un sourire tendu.
-Que voulez-vous dire, monsieur Atcock ? Demanda Antoine doucement.
-Vous m’avez mentit ! Vous nous avez mentit à tous !
-A quel sujet ?
-Vous n’êtes pas Antoine Scott ! Vous vous nommez Antoine Dobson !
Le jeune homme soupira, grimaçant légèrement en notant que tout le réfectoire avait suivi la scène avec attention.
-J’admets avoir changé de patronyme en entrant sur le Hope, souffla-t-il. Mais je peux vous assurer qu’Antoine Scott et Antoine Dobson ne sont qu’une seule et même personne. De plus, si j’ai fait ceci, c’était pour ma propre protection.
Lia soupira en voyant que certaines personnes avaient commencé à chuchoter avec animation. Elle vit du coin de l’œil Phil sourire largement et attendre avec impatience la suite des évène-ments.
-C’était surtout pour me voler mon héritage !
-Monsieur Atcock ! S’exclama le général, veuillez-vous calmer. Je peux vous assurer que le lieutenant Scott a changé de nom uniquement pour sa propre sécurité.
-Mais…
-Et je n’étais pas au courant de mon ascendance à cette époque. Je ne l’ai su qu’en juillet der-nier, répondit Scott avec sérieux.
-Et vous n’auriez pas pu me le dire ? Continua Calvin avec fureur.
-Je ne pouvais pas, rétorqua le jeune homme. Les Norman m’en avaient empêché.
-Ce n’est pas une raison. Vous êtes l’héritier des Earl ! Vous auriez pu contourner leur de-mande…
-Monsieur Atcock….
Mais il fut coupé par le bruit des conversations alentours. Tout le monde semblait discuter avec animation de l’information qui venait d’être balancée en plein milieu du self.
-Tu étais au courant Lia ? La questionna Marc avec intérêt.
La jeune fille hocha la tête dans un soupir.
-Je l’ai découvert en même temps que lui, avoua-t-elle. Je suis navrée de ne pas vous en avoir parlé, mais je n’avais pas le droit.
-Je comprends, fit Marc. Mais, quand il parle des Norman… Ça veut dire que Sophie…
Il fixa la jeune fille avec une stupéfaction évidente.
-Je suis également une descendante des Earl, avoua la jeune fille dans un souffle. Le lieutenant Scott est mon demi-frère.
-ça suffit ! S’exclama le général alors que Marc ouvrait la bouche pour répondre.
Aussitôt, tous se turent afin de reporter leur attention sur le commandant du navire.
-Le lieutenant Scott, reprit-il est en effet l’héritier de la famille Earl, dont je suis sûr vous avez tous entendu parler. Néanmoins, je vous demanderai de ne pas le questionner à ce sujet. Il reste toujours le même, malgré les responsabilités qui l’attendent à terre. Vous avez tous compris ?
Dès qu’il fut sûr que chaque membre de l’assemblé eut hoché la tête, il reprit la parole.
-Bien, maintenant je vais demander au jeune monsieur Atcock ici présent de bien vouloir aller s’assoir afin que nous finissions tranquillement notre petit déjeuner.
-Oui général, souffla Calvin en ronchonnant.

Cependant, dès que Calvin eut regagné sa place, tous se remirent à discuter avec animation, à volume sonore un peu moins important que précédemment.
-Pourquoi ne nous en as-tu pas parlé auparavant, Sophie ? La questionna Anne. Nous sommes tes amis, nous aurions pu comprendre.
-Je suis désolé, marmonna cette dernière. Je ne voulais pas être reconnue comme l’héritière principale des Earl que, heureusement, je ne suis plus désormais.
-Je comprends Sophie, affirma Talli qui avait suivi leur conversation. Elle était tout à fait en droit de ne pas vous en parler. Après tout, je suppose que vous n’avez pas exposé aux autres tous vos secrets familiaux, n’est-ce pas ?
Marc et Anne baissèrent la tête.
-Désolé, fit Anne. Je n’avais pas réfléchi.
Marc s’excusa également.
-Ce n’est rien, souffla Sophie. J’aimerais juste que vous oubliez cette information. Ce n’est pas très important, après tout.
-Je n’aurais jamais pensé que le lieutenant Scott était l’héritier légitime, fit tout de même Talli en fronçant les sourcils. Il est tellement loin de l’image que je me fais d’un prince héritier.
Lia s’étrangla dans son jus d’orange au mot prince.
-Lia ? Ça va ? S’inquiéta Marc alors que son amie tentait tant bien que mal de reprendre sa respiration.
-Désolé, souffla-t-elle en essayant de calmer son fou rire. Mais je viens tout juste de l’imaginer en pantalon bouffant avec des collants.
Les autres lâchèrent également un léger rire.
-Ravi de voir que ça vous amuse autant, renifla Antoine juste derrière eux.
Tous sursautèrent, avant de se tourner vers le lieutenant, un sourire d’excuse sur le visage.
-Désolé, souffla Lia.
-Ce n’est rien, marmonna le jeune homme. Après tout, je suppose que j’aurais le droit à ce genre de plaisanterie durant les prochains jours.
Il soupira.
-Tu viens Lia ? Finit-il par demander, désolé d’écourter ton petit déjeuner, mais la solution que nous avons démarrée hier ne peut pas vraiment attendre. Je te ferai une tasse de café sur place si ça peut te permettre de rester éveiller.
-Très bien, fit la jeune fille en se levant, je te suis.
Se levant, elle tira brièvement la langue à Marc qui avait haussé un sourcil à l’entente du tu-toiement.
-Très mature, Lia, vraiment, fit Antoine avec amusement une fois qu’ils furent sortit du self.
-dit celui qui n’est pas capable de s’endormir sans se servir de son drap comme doudou…
Le lieutenant grogna légèrement.
-Mais maintenant j’ai mon doudou attitré, souffla-t-il en l’attirant à lui afin de l’embrasser.
Ils restèrent collés l’un contre l’autre durant de longues secondes, appréciant ce contact matinal.
- On n’avait pas une solution à surveiller ? Questionna la jeune fille lorsqu’ils se séparèrent.
Sursautant, Antoine se décolla d’elle à toute vitesse et entama une course dans les couloirs, Lia sur ses talons.
Ils arrivèrent en un temps record au laboratoire du jeune homme. Par chance, la solution était encore en bon état.
-Antoine, fit Lia quelques heures plus tard alors qu’ils prenaient une pause bien méritée, as-tu eut des nouvelles de ton ancien tuteur ?
-Tu fais toujours des recherches sur le lien entre nos magies ? L’interrogea Scott par-dessus sa tasse de café.
-Oui. Mais je n’arrive à rien pour le moment.
Antoine soupira avant de se passer la main sur le visage avec lassitude.
-Il ne m’a pas répondu, murmura-t-il. Mais cela ne fait que quelques semaines que je lui ai envoyé une lettre. Aux dernières nouvelles, il ne se trouvait pas très loin de Whales. Mais peut-être a-t-il déménagé. Il est également possible qu’il se soit embarqué dans un de ses nombreux voyages. Si je n’ai pas de réponse d’ici trois semaines, j’essaierai de le contacter à nouveau.
La jeune fille hocha la tête avec compréhension.
-Ne t’inquiète pas, Lia, reprit le lieutenant. Je suis certain que nous finirons par découvrir la cause de ce lien étrange.
-J’espère…
Un silence confortable s’installa durant de longues minutes, chacun sirotant sa tasse de café. Lia fini par se lever et se dirigea calmement vers le hublot de la pièce afin de jeter un œil à l’extérieur.
Elle cligna plusieurs fois des paupières avant que sa vision ne se stabilise, éblouie par la clarté du dehors.
-Il commence à faire meilleur, commenta Antoine en venant la rejoindre.
En effet, au fur et à mesure que l’été approchait, les jours se mettaient à rallonger, et l’équipage retrouvait avec bonheur des températures plus clémentes, bien plus propices aux longues discussions accoudées au bastingage du navire.
-Hmm. Mais cela signifie qu’il ne reste plus que quelques mois avant de retourner à Cassydre, soupira Lia sans détacher son regard de l’océan d’un bleu orage.
-Je t’ai déjà dit de ne pas t’inquiéter à ce sujet, murmura Antoine en l’enlaçant par l’arrière. Tout c’est bien passé l’année dernière. Il en sera de même cette année.
-Mouai…On verra bien, grogna Lia.
Reportant son attention vers le va-et-vient incessant des vagues contre la coque du vaisseau, elle fronça les sourcils et se tendit brusquement dans l’étreinte de son tuteur en distinguant une forme à l’horizon.
-Qu’est-ce que c’est ? Souffla-t-elle aussitôt.
-Quoi donc ? Murmura Antoine.
-Là bas, au loin. On dirait…un autre bâtiment ?
-Impossible, rétorqua le jeune homme. Les bateaux de pêche ne viennent pas jusqu’ici, et nous ne croisons jamais d’autres embarcations dans ce secteur.
-Pourtant il me semble bien que c’est un autre navire, affirma la jeune fille.
-On devrait peut être allé vérifier, fit Scott en fronçant les sourcils, juste au cas où.
Lia hocha la tête avec inquiétude. L’attaque de pirates du début d’année scolaire était encore présente dans sa mémoire. Elle ferma les yeux alors que les images de son tuteur allongé sur le lit blanc lui revinrent en mémoire.
-Ne t’inquiète pas, souffla ce dernier en la serrant contre lui. Si c’était des pirates, ils ne nous auraient pas approchés comme cela. Ils auraient été beaucoup plus discrets.
Il jeta un dernier coup d’œil dans le hublot.
-Ils se rapprochent très vite, fit-il. Suis-moi, allons voir si le colonel ou le général est au courant.
Mais, alors qu’ils se séparaient de leurs blouses blanches et s’apprêtaient à sortir de la salle, le haut-parleur du vaisseau s’activa.
« Tout l’équipage est prié de rejoindre le réfectoire immédiatement. Je répète : rejoignez le réfectoire immédiatement ! ».
Echangeant un bref regard, l’élève et le professeur, sortir quittèrent aussitôt la pièce et parcoururent rapidement les rangées de la réserve du laboratoire de chimie afin de rejoindre les couloirs.
-Alvin, Clare ! S’exclama Antoine en voyant ses deux amis sortir au même moment d’une des salles adjacentes, savez-vous ce qu’il se passe ?
-Aucune idée, répondit le lieutenant Morgan d’un air soucieux. Nous étions en pleine pratique de notre pouvoir quand nous avons entendu les hauts parleurs.
Il jeta un coup d’œil vers le lieutenant Carols qui marchait à sa droite. Cette dernière lui répondit par un sourire confiant.
-J’espère que ce n’est pas grave, ajouta le jeune homme dans un souffle.

Ils atteignirent assez rapidement le réfectoire. Environ la moitié des membres de l’équipage était déjà présente et se tenait devant le général qui attendait encore les derniers retardataires.
Lia suivit son tuteur qui vint se placer dans les rangs déjà formés, observant avec attention le visage des officiers supérieurs afin d’y décerner la moindre trace d’inquiétude.
Il grimaça en notant le froncement de sourcil du général. A ses côtés le colonel Higgans semblait également soucieux.
Ils attendirent patiemment que les derniers officiers viennent rejoindre les rangs. Dans la salle régnait un calme certain, un silence entrecoupé seulement par quelques chuchotements de-ci-de-là, principalement dû à des premières années questionnant leurs tuteurs.
Finalement, une fois que Bruno Miller suivit de son mousse entrèrent dans la salle avec un sourire d’excuse, le général se racla la gorge.
-Votre attention, s’il vous plait, appela-t-il d’une voix puissante.
Quelques personnes sursautèrent, mais tous reportèrent leur attention sur l’officier en chef.
-Comme certains ont pu s’en apercevoir, reprit le général, un vaisseau s’approche de notre position. Nous avions repéré sa présence depuis quelques jours déjà mais venons d’avoir confirmation de son intention d’entrer en contact avec nous. Comme vous le savez tous, il existe d’autres écoles flottantes enseignant à de jeunes mages. Chaque école recrute dans une partie bien précise de Platonia, et il est assez rare pour deux navire de se croiser durant l’année. Néanmoins, il semblerait que le Phobos ai dû détourner son itinéraire.
Lia se tourna vers son tuteur en fronçant les sourcils, ce dernier haussa simplement les épaules.
-S’il vous plait ! Reprit l’homme alors que des chuchotements emplissaient à nouveau la salle. Comme vous le savez sûrement, nous longeons actuellement les côtes de Calisto, nous allons ainsi faire étape dès demain dans ce petit port, afin de déterminer ce que nous veulent exactement les dirigeants de ce navire. Cela nous permettra également de faire quelques provisions et de permettre aux mages reliés par exemple aux plantes ou à la terre de reprendre quelques forces.
Il échangea un regard entendu avec le lieutenant Scott qui hocha la tête en signe de remercie-ment.
-Lors de notre séjour dans ce port, vous serez sûrement amenés à rencontrer des élèves et des officiers du Phobos. Je compte sur vous tous pour faire honneur au Hope lors de ces échanges.
Tous hochèrent la tête avec conviction.
-Bien ! Reprit le général. Ce sera tout pour aujourd’hui. Rompez !
Un brouhaha commença à prendre place dans le self puis dans les couloirs alors que l’équipage commençait à quitter les lieux. Scott fit signe à Lia de le suivre, tandis que chacun retournait vers sa salle de classe. Sortant du réfectoire, ils commencèrent à se diriger en direction des laboratoires de chimie.
-Antoine !
Scott et Lia se retournèrent aussitôt, alors qu’un officier suivit de son mousse accouraient vers eux.
Lia reconnu l’homme comme étant le lieutenant Mackin, qui lui enseignait la biologie l’an passé. L’homme, d’une trentaine d’année, avait des cheveux bruns plutôt courts encadrant un visage carré. Ses yeux d’un noir de jais se dirigèrent aussitôt vers Lia à qui il décerna un sourire.
-Jared, le salua Scott, qu’y a-t-il ?
-Désolé de te déranger, reprit le lieutenant avec un sourire, mais je crois que mon mousse a quelques excuses à te faire.
Haussant un sourcil, Antoine dirigea son attention vers le jeune homme suivant son ami. Ses yeux, tout comme ceux de Lia, s’écarquillèrent quelques instants en reconnaissant le mousse en question.
-Monsieur Atcock, fit le jeune homme. Comment allez-vous ?
Le premier année s’avança sans un mot et, contre toute attente, se mit à genoux avant de s’incliner largement devant Antoine.
-Je suis désolé Majesté, fit-il avec force. Je ne voulais pas vous offenser l’autre jour.
Haussant un sourcil, Scott dévisagea aussitôt Mackin avec stupéfaction. Mais ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel avant d’attraper son mousse par le col de sa chemise afin de le relever.
-Debout voyons, gronda-t-il. C’est à un officier que tu t’adresses, pas à un empereur.
-Mais lieutenant, protesta le jeune homme.
-Pas de mais. Debout Calvin, et présente tes excuses au lieutenant Scott !
Calvin finit par se redresser et releva la tête vers Antoine qui n’avait pour le moment pas pro-noncé un mot.
-Je suis désolé lieutenant, murmura-t-il en baissant les yeux.
-Excuses acceptées, finit par murmurer Scott sans grand enthousiasme. Evitez juste ce genre de chose à l’avenir. Je suis ni un imposteur, ni un empereur, monsieur Atcock.
-Mais vous êtes l’héritier des Earl. Je vous dois allégeance ! S’exclama Calvin d’un ton désespéré.
-Qui vous a raconté des âneries pareilles ? Souffla Antoine en secouant la tête. Vous ne devez allégeance à personne !
-Mes parents.
-Calvin, intervint Mackin en soupirant. Il ne faut pas croire tout ce que tes parents tes disent. Je sais que tu as été élevé dans la croyance d’être le prochain héritier du trône, mais c’est au lieutenant Scott que revient ce titre, et je suis persuadé qu’il préfère ne pas avoir des personnes le suivant et s’inclinant devant lui, pas vrai Antoine ?
Ce dernier hocha la tête.
-Je suis désolé, Calvin, mais pour le moment je souhaite rester Antoine Scott. Pas Antoine Dobson, ou Antoine Earl. Juste Antoine Scott. Tu comprends ?
Le jeune homme dévisagea durant de longues secondes les deux lieutenants face à lui.
Lia, quant à elle, observait la scène sans un mot. Elle comprenait tout à fait que Calvin puisse réagir de cette manière, même si cela embarrassait plus qu’autre chose Antoine qui semblait vouloir plus que tout oublier pour le moment son ascendance si spéciale.
-Je comprends, finit par murmurer Calvin. Cela ne se reproduira plus.
Antoine hocha la tête avec satisfaction tandis que le lieutenant Mackin posait une main sur l’épaule de son élève.
-Allez Calvin, fit-il, retournons à notre cabine. Nous allons profiter de ces quelques heures de libre pour retravailler ta magie.
L’élève hocha la tête en soupirant, suivant son lieutenant qui fit un signe de tête en direction d’Antoine et de Lia avant de tourner à l’angle du couloir.
Dès qu’ils furent hors de portée de Jared et de son mousse, Antoine lâcha un soupir de soula-gement. Soupir qu’il avait retenu durant toute cette entrevue.
-Et ben ! Grogna-t-il d’un air découragé, j’espère que personne ne réagira comme lui. Comment vais-je faire si tout le monde s’incline sur mon passage dès que je pose le pied à terre ?
Lia éclata de rire, entrainant un grognement de son tuteur.
-Ce n’est pas drôle, fit-il aussitôt.
-Au contraire, rétorqua la jeune fille entre deux éclats de rire, j’imagine très bien les bigots composant la majeur partie de la population de Cassydre réagir ainsi.
-Lia…
-Détend-toi, Antoine, finit-elle par murmurer. Pour le moment seul les membres de l’équipage connaissent ton visage. Les autres ne se rendront pas compte qu’ils ont devant eux l’héritier des Earl.
-De toutes les façons, reprit le jeune homme, la monarchie a disparu depuis des siècles. Et le consortium fait très bien son travail. Je ne vois pas pourquoi j’irai réinstaurer un nouveau régime, même si en théorie j’en ai parfaitement le droit.
La jeune fille hocha la tête avec compréhension. La royauté avait en effet disparu des terres de Cassydre, Tylan, et Yad dès la fin des grandes guerres, à la mort du dernier héritier mâle des Earl. Le pouvoir avait longtemps oscillé entre une anarchie totale et un semblant de démocratie avant que le consortium ne soit mis en place, environ deux cents ans auparavant. Cette assemblée, rassemblant trois cents individu provenant à parts égales de Tylan, Cassydre, Yad, ainsi que les quelques autres bourgades disséminés sur la côte, était chargée de faire régner l’ordre sur cette région assez vaste du globe. Il n’y avait pas vraiment de représentant principal, chaque membre du consortium pouvant prendre la parole lors des réunions organisées approximativement tous les mois.
-Au pire, fit Lia alors qu’ils atteignaient le laboratoire de son tuteur, ils pourront te demander de prendre place dans l’assemblé.
Antoine grogna à nouveau.
-Ce n’est pas ma place, fit-il en posant sa main sur le mur. Je n’ai jamais été passionné par la politique. Et puis, le consortium rassemble tous les anciens nobles de la cour. Ils sont peut être doués pour régenter la région, mais ils seraient capables de me baiser les pieds afin d’avoir un peu plus de prestige.
La paroi s’illumina brièvement avant de s’effacer, laissant passer Lia et son tuteur, chacun allant retrouver sa tasse de café désormais froide.
-A ton avis, reprit Lia en invoquant sa magie afin de réchauffer le liquide, pourquoi le Phobos veut-il entrer en contact avec nous ?
-Aucune idée.
Lia haussa un sourcil face au peu d’éloquence de son tuteur. Relevant les yeux vers ce dernier, elle nota avec un soupir qu’il semblait toujours ruminer sur l’entrevue qu’il venait d’avoir avec le jeune Atcock.
-Antoine, murmura-t-elle. Je croyais que tu souhaitais ne pas penser à ton héritage pour le moment.
-Je sais, souffla-t-il avec exaspération. Mais j’ai un mauvais pressentiment…Et si des personnes malintentionnées cherchaient à te blesser afin de me nuire ? Nous passons de longues se-maines à quai durant l’été. Tout pourrait arriver. Et maintenant nous allons rencontrer ceux du Phobos…Je ne pourrais jamais me pardonner s’il t’arrivait quelque chose, Lia.
Il soupira largement, posant ses coudes sur la table afin de se prendre la tête dans les mains.
Délaissant son tabouret, la jeune fille se leva afin de se laisser tomber sur une chaise à côté de son tuteur, passant aussitôt sa main dans les cheveux de ce dernier afin de le forcer à la regar-der.
-Il ne va rien m’arriver, Antoine, fit-elle en le dévisageant avec sérieux. Et puis, avec les cours de karaté du lieutenant Miller, je suis tout à fait en mesure de me défendre.
-Je sais, soupira-t-il avant de se rapprocher d’elle afin de lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Pour répondre à ta question précédente, reprit-il, j’ignore pourquoi les dirigeants du Phobos ont souhaité prendre contact avec le Hope. C’est assez rare que deux écoles de ce type intera-gissent. Lorsque j’étais encore en première année, nous avions fait escale à Whales ne même temps que le Téthys. J’avais pu ainsi discuter un peu avec les étudiants de ce navire. Le système de ce navire semble être assez différent du Hope, les étudiants n’ayant pas de tuteur attitré et étant répartit par cabine. De plus, on leur fait développer leur magie dès la première semaine sur le navire.
-Mais...N’y a-t-il pas d’accidents ? Intervint Lia en fronçant les sourcils.
Elle se souvint avec malaise d’un grimoire emprunté à la bibliothèque qui relatait à un moment une explosion de magie du à un surmenage d’un élève très jeune.
-Probablement, répondit Scott. Je n’ai pas vraiment pu en savoir plus. Les écoles ont tendance à garder leurs secrets. C’est pour cela que nous en savons si peu sur le Phobos.
La jeune fille hocha la tête avec compréhension.
-peut être pourrons-nous rencontrer d’autres mages vert ! S’exclama-t-elle avec enthousiasme.
-En effet, sourit Antoine. Ce serait une bonne expérience.
Un silence prit place durant quelques secondes, au bout desquelles Scott se leva, posa sa tasse de café désormais vide sur son bureau.
-Allez, fit-il simplement, remettons-nous au travail.

Le lendemain matin, ce fut avec une certaine agitation que l’équipage assista à l’amarrage du Hope dans le petit port marchand de Callisto.
Lia s’acharnait avec Marc, Sophie et Anne à aider les officiers qui dirigeaient l’opération tandis que des mousses de première année astiquaient le pont. La jeune fille avait noté avec un certain malaise que le Phobos était déjà à quai. Le vaisseau, un peu moins imposant que le Hope était d’un gris pâle brillant légèrement à la lumière du petit matin. Leur pavillon, d’un rouge sombre, flottait au grès de la brise. Alors que le Hope s’amarrait enfin, Lia distingua des personnes en uniforme blanc attendre patiemment sur le quai.
-Sûrement les représentants du Phobos, souffla Marc. Ils n’ont pas l’air aimable.
Reportant son attention vers les personnes à quai, la jeune fille nota en effet que la plupart d’entre elles arborait un air sévère. Ils semblaient tous être des officiers, à part deux adolescents en retrait qui portait un uniforme un peu différent. Ces derniers fixaient le Hope avec un émerveillement certain.
-Descendez la passerelle, vous deux, au lieu de rêvasser !
-Oui colonel ! S’exclamèrent Lia et Marc avant de se précipiter vers Anne et Sophie qui s’affairaient déjà à la tâche.
Finalement, une fois que le pont fut mis en place, Lia pu se relaxer légèrement, s’appuyant contre le bastingage. Mais elle fut aussitôt rappelée à l’ordre par un officier.
-Bon sang, souffla Marc qui avait également subit des remontrances, ils sont de mauvais poil aujourd’hui ou quoi ? J’ai l’impression de me faire engueuler depuis que je me suis levé.
-Il faut excuser l’attitude de mes collègues, fit Miller à leur gauche. Mais rencontrer un autre navire école est tellement rare qu’il est de notre devoir de montrer la meilleure image du Hope.
-Oui mais tout de même, fit Sophie. Là c’est un peu exagéré.
-Tenez-vous droit ! Lança Higgans en passant derrière eux. Et mettez-vous en rang avec votre tuteur !
-Oui colonel ! Répondirent-ils en cœur.
Lia délaissa aussitôt le bastingage et alla rejoindre Antoine qui l’attendait quelques mètres plus loin.
Il l’entraina dans le deuxième rang, avec le reste des deuxièmes années.
-Au garde à vous ! Aboya Higgans quelques secondes plus tard.
Obéissant, Lia fit de son mieux pour acquérir la position en question. Elle croisa brièvement le regard de son tuteur qui lui fit un sourire d’encouragement.
Finalement, quelques secondes plus tard, les représentants du Phobos s’avancèrent sur le pont, guidés par le général Hokins.
-Messieurs Dames, bienvenue sur le Hope ! Je suis le général Hokins. Voici le colonel Higgans, mon second sur ce vaisseau. Et voilà le reste de l’équipage.
Un homme d’une quarantaine d’année aux cheveux poivre sel s’avança alors, souriant au général Hokins.
-merci de votre accueil, fit-il, je suis le général Parsin. Voici les colonels Oak et Milner.
Il désigna deux hommes à sa droite.
-Et les lieutenants Merill, Leigh, et Hudson, accompagnés de leurs pupilles.
Les autres personnes l’accompagnant se mirent au garde à vous devant Hokins.
-Nous comptons rester dans ce port durant deux semaines, reprit-il, afin de régler une affaire concernant nos deux vaisseaux. J’espère que cela ne vous retardera pas trop mais c’est de la plus haute importance.
-Bien, fit Hokins, suivez-moi dans mon bureau alors, afin que vous m’expliquiez ce qu’il se passe exactement.
-Les lieutenants peuvent-ils rester sur le pont ? Demanda Parsin.
-Bien sûr. Scott ! Miller !
-Oui général ? S’exclamèrent aussitôt Antoine et Bruno.
-Faites visiter le vaisseau aux lieutenants du Phobos ! Et emmenez vos mousses avec vous !
-A vos ordres, général ! S’exclamèrent les deux hommes.
-Les autres, vous pouvez reprendre vos activités. Ne descendez pas à quai pour le moment. Repos !
-A vos ordres, général ! Fit le reste de l’équipage en un ensemble parfait.
Ils attendirent tous que Higgans et Hokins se soient éloignés avec le général et les colonels du Phobos avant de se disperser.
Relaxant ses muscles endoloris du fait d’être resté dans la position inconfortable du garde à vous durant de longues minutes, Lia suivit son tuteur qui se dirigeait avec le lieutenant Miller en direction des lieutenants du Phobos.
-Lieutenants ? Fit Miller en s’approchant, je suis le lieutenant Bruno Miller, et voici le lieutenant Antoine Scott. Nous allons vous faire visiter le vaisseau pendant que nos supérieurs discutent avec les vôtres.
-Bien, fit un homme d’une quarantaine d’année aux cheveux noir attachés en catogans. Je suis le lieutenant Merill. Enchanté de vous rencontrer.
Les deux autres personnes se présentèrent rapidement. La première, une femme assez jeune aux longs cheveux bruns se révéla être le lieutenant Leigh. Derrière elle se tenait le lieutenant Hudson, un homme âgé dont les cheveux d’un blanc neige lui tombaient devant les yeux.
-Nos mousses nous accompagneront, fit Leigh en haussant en sourcil, j’espère que ça ne pose pas de problème.
-Pas du tout, répondit Bruno avec un sourire. Sophie et Lia viendront également avec nous.
Les officiers du Phobos hochèrent la tête en direction des deux jeunes filles qui se mirent aussitôt au garde à vous.
-Repos, murmura rapidement Hudson. Oubliez les formalités, jeunes filles. Nous ne sommes que de simples professeurs.
-Oui lieutenant, s’exclamèrent néanmoins Sophie et Lia.
-Alors, commença Merill alors qu’ils pénétraient dans les couloirs du Hope, quels types de magie sont représentés sur ce navire ?
Antoine et Bruno échangèrent un bref regard, chacun se demandant s’il était sage de révéler ce type d’information. Après un échange silencieux, et quelques secondes de réflexion durant lesquelles Antoine se remémora brièvement l’accord de non-divulgation auquel il s’était engagé en entrant sur le navire, Bruno prit la parole.
-Un panel assez important de type de magie est représenté sur le Hope. Après tout, la magie de chacun est unique. Pour ma part, je contrôle le feu.
-Et vous lieutenant Scott ? Intervint aussitôt le lieutenant Leigh d’un air intéressé.
-Magie verte, souffla simplement Antoine.
Il fronça légèrement les sourcils en voyant la jeune femme se rapprocher un peu trop près de lui.
-Vraiment ? S’exclama-t-elle. Mon pouvoir et celui d’Elliot, mon pupille, sont également reliés aux plantes.
Scott sursauta imperceptiblement, dirigeant aussitôt son regard vers un jeune garçon dans les âges de Lia qui suivait sans un mot la jeune femme.
-Formidable, répondit-il avec un sourire franc. Ce sera une bonne expérience d’échanger à ce sujet. Pas vrai Lia ?
-Oui lieutenant ! Fit aussitôt la jeune fille.
Elle s’intéressa quelques secondes au jeune homme apparemment prénommé Elliot qui n’avait pour le moment pas desserré les lèvres.
Habillé d’un uniforme similaire au sien, si ce n’est qu’il était entièrement blanc, il possédait de fins cheveux noirs, légèrement bouclés, qui retombaient jusque dans le bas de sa nuque. Ses yeux gris, reflétant une certaine impatience, mêlée à ce que la jeune fille identifia comme de la curiosité. Se sentant probablement observé, il décrocha quelques secondes son regard des couloirs du vaisseau pour le tourner vers Lia qui rougit aussitôt. Il lui adressa un bref signe de tête, agrémenté d’un léger sourire, avant de reporter son attention sur l’environnement du Hope.
-Et voilà la salle de sport ! Déclara Miller avec enthousiasme alors qu’ils débouchaient dans le gymnase que Lia avait pris l’habitude de fréquenter avec ses amis.
-Très joli, fit simplement Hudson. Je suppose que vous enseignez à vos élèves les arts martiaux ?
-Des leçons de karaté sont en effet dispensées en première année, admit Scott. Ceux qui le souhaitent peuvent continuer de venir s’entrainer par la suite. Bruno est notre professeur de sport attitré.
-Nous avons un système similaire au bord du Phobos, reprit Hudson. C’est le lieutenant Leigh qui enseigne dans ce domaine.
Ils débouchèrent ensuite sur le couloir menant aux différents laboratoires. Antoine présenta brièvement les points étudiés en chimie, sous le regard intéressé du lieutenant Merill qui sem-blait partager son amour pour cette discipline.
Mais, lorsqu’ils sortirent des laboratoires, Lia surprit Elliot à poser la main sur le mur d’un air pensif. La paroi s’illumina imperceptiblement, et la jeune fille réalisa avec malaise que juste derrière se trouvait le laboratoire privé de son tuteur.
-Elliot, tu viens ? Fit le lieutenant Leigh quelques secondes plus tard.
-J’arrive, lieutenant, répondit-il d’une voix grave. Je regardais juste quelque chose.

-Alors Lia, demanda Antoine une fois qu’ils eurent reconduits les officiers du Phobos sur le pont du navire, qu’as-tu pensé de ces personnes ?
-Je ne sais pas, soupira-t-elle avec sincérité. Je ne sais vraiment pas quoi en penser. Ils ont été très polis durant toute la visite, mais ils avaient l’air de s’intéresser un peu trop au Hope. Et puis, le lieutenant Leigh m’a dévisagé étrangement à la fin.
-Je suis certain que nous réagirions pareil s’il nous faisait visiter le Phobos, Lia. Je ne pense pas qu’ils veuillent nous nuire. Et puis, cela va nous permettre d’échanger avec d’autres mages verts. C’est une bonne opportunité.
-Je sais, admit-elle, mais tout de même. Il y a quelque chose de pas clair dans tout ça.
-Nous verrons bien. Pour le moment, le général doit encore être avec leurs supérieurs. Il nous en dira peut-être un peu plus une fois qu’ils auront fini.
Hochant la tête, la jeune fille jeta toutefois un regard soupçonneux vers le lieutenant Leigh qui était à quelques mètres d’eux. Elle fit la moue en voyant la jeune femme détourner aussitôt le regard. A ses côtés, Elliott lui fit un bref sourire, auquel Lia répondit aussitôt.
Quelques minutes plus tard, le général Hokins apparu à nouveau sur le pont du navire, l’air grave, suivit par le général et les colonels du Phobos.
Lia et Antoine l’observèrent raccompagner les officiers à quai, avant de remonter sur le navire, se dirigeant aussitôt à l’intérieur.
Ils échangèrent un regard surpris avant de sursauter lorsque les hauts parleurs du vaisseau se mirent en marche, leur annonçant que tous l’équipage était attendu dans le réfectoire.
-Allez Lia, fit Antoine en lui posant une main sur l’épaule, dépêchons nous.
Hochant la tête, la jeune fille le suivit en vitesse dans les couloirs du Hope.
-Tout le monde est là ? Bien. J’ai longuement discuté avec les dirigeants du Phobos. Ils ont souhaité prendre contact avec nous afin de résoudre une affaire qui date d’il y a quelques années déjà, et qui concerne un de nos anciens officiers, leur ayant dérobé un objet très rare. Je ne préfère pas vous en dire plus pour le moment. Mais l’homme en question a été interpelé et se trouve actuellement dans les cales du Phobos dans l’attente de sa sanction. Je me dois, avec le général Parsin, de m’occuper de cette affaire. Nous resterons donc à quai durant au moins deux semaines. Cependant, comme il ne s’agit pas d’une escale prévue, les cours et les activités quotidiennes se dérouleront normalement. Il vous est bien sûr permis de vous rendre à terre dans la journée. Les deuxièmes et les troisièmes années pourront par exemple en profiter pour se mettre en contact direct avec les éléments naturels non présent sur le vaisseau. Le footing matinal sera bien entendu réalisé à terre. Avez-vous des questions ? Oui, lieutenant Mackin ?
Le tuteur de Calvin s’avança légèrement avant de prendre la parole.
-Sommes –nous autorisé à prendre contact avec des membres du Phobos, afin d’échanger par exemple des connaissances ?
-Bien sûr ! Rétorqua aussitôt Hokins. Cela ne pose pas de problème. C’est même encouragé. D’autres questions ? Non ? Bien. Les cours d’aujourd’hui sont annulés donc vous pouvez re-prendre vos activités.
Tous hochèrent la tête et commencèrent à se disperser.
Lia s’apprêtait à suivre son tuteur qui se dirigeait vers leur cabine, mais fut interpelée quelques secondes plus tard par Marc. Elle soupira légèrement.
-Va les rejoindre, Lia, lui souffla Antoine. Cela fait longtemps que tu n’as pas passé du temps avec eux. Je te retrouverai ce soir.
-Très bien, soupira-t-elle. A ce soir, alors.
Il lui sourit tendrement avec de se pencher pour effleurer ses lèvres que secondes.
Ils se séparèrent quelques secondes plus tard sous le sifflement de Miller, quelques mètres plus loin.
Les joues rouges, Lia s’empressa d’aller rejoindre ses amis qui avaient apparemment suivit la scène.
-Alors Lia, fit Anne alors qu’ils s’étaient exilé à l’avant du pont et contemplaient distraitement le va-et-vient des vagues, comment étaient les lieutenants du Phobos ?
La jeune fille se contenta d’hausser les épaules.
-Je ne sais pas vraiment. Ils avaient l’air sympa. Une certaine Leigh semble être une mage vert, tout comme son mousse, nommé Elliot.
-Génial ! S’exclama Sophie. Tu va pouvoir t’entrainer avec eux.
Lia grimaça légèrement.
-C’est ce que pense Antoine, avoua-t-elle. Mais je ne sais pas…J’ai l’impression qu’il y a un truc de pas net, chez eux.
-Tu te fais des idées, Lia ! rétorqua la jeune Norman, le général ne les auraient pas laissé visiter le Hope sinon !
-Hmm…
-C’est bizarre tout de même toute cette histoire, remarqua Marc. Je me demande qui est le mage dont le général parlait, et ce qu’il a dérobé.
Les autres se dévisagèrent avec ignorance.
-Si le général ne nous en a pas dit plus, c’est qu’il a une bonne raison, remarqua Anne. Ça vous dirait d’aller faire un tour dans le port ? Nous avons encore au moins deux heures avant le dé-jeuner.
Ses trois amis hochèrent aussitôt la tête avec enthousiasme, chacun ayant hâte de découvrir ce nouveau lieu qui leur réservait certainement bon nombre de surprises.
Quelques heures plus tard, c’est d’excellente humeur qu’ils regagnèrent tous les quatre le navire. Retrouver la terre ferme leur avait fait énormément de bien. Lia sentait son pouvoir battre dans ses paumes, comme si sa magie souhaitait pouvoir entrer à nouveau en contact avec toute cette végétation qui l’entourait. Cependant, la jeune fille faisait tout son possible pour restreindre son pouvoir. Elle n’avait pas le droit de le relâcher dans une rue passante, pleine de personnes qui les dévisageaient déjà avec curiosité.
-Il va bientôt être l’heure du déjeuner, remarqua Marc. Il faudrait se dépêcher si nous ne vou-lons pas être en retard.
Les trois autres hochèrent la tête, et accélérèrent aussitôt le pas, se dirigeant vers le mess.
Au passage, ils croisèrent le lieutenant Scott qui se dirigea aussitôt vers son élève afin de lui déposer un baiser sur la joue.
-Comment s’est passé ta matinée ? Souffla-t-il juste après.
-Très bien, rougit Lia. Le général as-t-il donné d’autres indications sur le déroulement de l’escale ?
-Non, fit-il en secouant la tête. Pas pour le moment. Vous avez donc encore quartier libre tout l’après-midi. Ensuite il faudra se replonger dans vos leçons.
Lia sourit largement, tandis que Sophie lâchait un grognement.
-Quel enthousiasme ! Se moqua gentiment Antoine.
-Tu en dirais autant si tu avais à supporter les cours du lieutenant Carlton, marmonna sa sœur.
-Si cela ne te plait vraiment pas, tu as normalement le droit de te diriger vers une autre disci-pline, déclara Marc en dévisageant son ami.
Il avait toujours un peu de mal à se faire au fait que Sophie et le lieutenant était frères et sœurs. Les voir se tutoyer librement dans les couloirs était toujours un peu intriguant.
-Je sais. Mais j’aime l’histoire. Et puis, même si le lieutenant Carlton est sévère, c’est tout de même un excellent professeur.
-Tant que la matière te plait, c’est le principal, conclut Antoine gentiment.
Le reste de la journée se passa dans une atmosphère reposant, Lia et ses amis profitant de ce moment de libre pour discuter calmement sur le pont, observant d’un air distrait les mouve-ments des vagues au loin.

-Respire Lia, laisse le pouvoir des végétaux se mêler au tiens, transfère le ensuite vers l’eau de la bouteille.
Respirant profondément, la jeune fille ferma à nouveau les paupières afin de se concentrer au maximum. Gigotant sur le tapis de mousse afin de trouver une position plus confortable, elle caressa du bout des doigts ce dernier, souriant lorsque le picotement caractéristique chatouilla ses membres. Calmant un peu plus sa respiration, elle oublia quelques minutes sa vue, laissant ses autres sens prendre le dessus. Elle se concentra sur le chatouillis de la mousse contre sa paume, le bruit du vent dans les feuilles des arbres alentours, la senteur boisée de la clairière où ils se trouvaient.
Elle laissa ensuite son pouvoir sortir de sa peau, émettant une fine vague à laquelle vint bien vite se mêler une magie bien plus primitive, plus naturelle.
Souriant légèrement, elle l’attira doucement à elle, prenant bien garde à laisser de l’énergie aux végétaux l’entourant.
Ouvrant les paupières quelques secondes plus tard, elle concentra cette énergie supplémentaire entre ses paumes avant de les apposer sur le haut du récipient en face d’elle.
-Relâche doucement ta magie, Lia, souffla Antoine. Veille à ne pas y aller trop vite, sinon le liquide pourrait tout rejeter en une vague assez puissante.
Se concentrant à nouveau, la jeune fille mit de longues minutes avant de relâcher peu à peu son pouvoir, soupirant de soulagement une fois qu’il ne resta plus une seule particule de magie entre ses paumes.
-Très bien ! S’exclama aussitôt son tuteur en bouchant la fiole. Nous pourrons utiliser cette eau lors de la prochaine préparation. Bravo Lia, c’était très bien.
-Merci, souffla-t-elle avec un sourire en notant avec une certaine satisfaction que l’eau avait désormais une légère teinte verdâtre.
Alors qu’elle observait avec curiosité son tuteur sortir des pierres de pouvoirs du sac bandou-lière qu’il avait emporté avec lui, un applaudissement retentit juste derrière eux, les faisant tous les deux sursauter.
-Impressionnant !
Se retournant, Lia grimaça légèrement en découvrant l’identité de ceux qui venaient de les rejoindre.
-Lieutenant Leigh, Elliot, les accueillit Antoine en se relevant. Que faites-vous ici ?
-Nous visitons le coin, répondit la jeune femme avec un sourire. En tant que mage vert, cette forêt a bien entendu retenu mon attention. Je cherchais une clairière pour entrainer Elliot lors-que je vous ai aperçu. Je ne vous dérange pas, j’espère ?
Lia grogna légèrement mais finit par se relever tandis que son tuteur assurait au lieutenant du Phobos qu’ils avaient terminé l’exercice.
-Pouvons-nous nous joindre à vous ? proposa alors le lieutenant Leigh en souriant gentiment à Lia.
-Pourquoi pas, approuva Antoine. Nous nous apprêtions à méditer un peu afin de profiter de l’énergie des plantes. Je comptais ensuite me mettre en quête de pierres de pouvoir. Je connais une grotte pas loin d’ici où nous pouvons en trouver.
-Pourquoi ne pas méditer sur place ? Intervint Elliot en fronçant les sourcils.
Hochant la tête, Lia jeta également un œil interrogateur à son tuteur qui grimaça légèrement.
-Je préfère ne pas risquer que Lia fasse une overdose, admit-t-il sans rencontrer le regard de sa petite amie.
-Une overdose ? Reprit le lieutenant du Phobos en dévisageant la jeune fille. Pourquoi donc ?
-C’est personnel, grommela Lia en rougissant.
Elle n’avait pas vraiment apprécié que son tuteur admette son incapacité à absorber une trop grande quantité de magie devant d’autres mages. Depuis l’histoire du bouclier, le lieutenant avait en effet essayé de ne pas l’exposer à un pouvoir trop important, afin d’éviter qu’elle ne perde le contrôle. Cependant, elle commençait à en avoir un peu assez de la surprotection d’Antoine, souhaitant essayer de se confronter à une véritable source.
-ça ira lieutenant, souffla-t-elle. Je maitrise de mieux en mieux ma magie. Je m’en sortirai sans trop de problèmes.
Antoine reporta son attention vers Lia qui soutint son regard avec détermination. Ils s’affrontèrent du regard durant quelques secondes, sans un mot, avant que le jeune homme n’acquiesce imperceptiblement.
-Très bien, fit-il. Nous pouvons toujours essayer, si tu es sûre de toi.
-Je suis sûr, affirma Lia avec force.
-Bien…
Il soupira légèrement avant de se tourner à nouveau vers les membres du Phobos qui avaient suivi l’échange sans un mot.
-Suivez-moi, fit-il avec un signe de main. Je vais vous montrer cet endroit…A moins que vous n’en connaissiez un également ?
-C’est la première fois que nous accostons dans ce port, admit Leigh. Je ne suis donc pas fami-lière avec cette région.
-La première fois ? S’étonna Antoine en commençant à se mettre en route. Vous voulez dire que vous êtes venu dans ce port dans le seul but de rencontrer nos supérieurs.
-En effet, admit la jeune femme. Cependant je ne suis pas autorisée à vous en dévoiler plus à ce sujet. Le général me l’a interdit.
-Je comprends tout à fait, rétorqua Scott avec un signe de tête.
Ils cheminèrent en silence durant quelques secondes avant que le jeune homme ne reprenne la parole.
-Alors dites-moi, depuis combien de temps êtes-vous sur le Phobos ?
-Neuf ans, déclara la jeune femme. Et Elliot est en troisième année.
-En combien de temps de fait la scolarité ? Demanda Lia avec intérêt. Est-ce également en trois ans ?
-Non, répondit Leigh en secouant la tête. En cinq ans. Mais nos pupilles sont recrutées dès le début du lycée, afin de commencer le plus tôt possible l’apprentissage de la magie. Cependant, cela est dû au système éducatif de l’endroit d’où proviennent la plupart de nos recrues. Là-bas, les élèves sont encouragés à entrer le plus vite possible dans la vie active.
-Je suppose que vous n’êtes pas autorisé à nous faire connaître votre lieu de recrutement, devina Antoine avec un sourire.
-Désolé, répondit la jeune femme. Mais cela est tenu secret.
-Je vois…
Pendant que les deux tuteurs discutaient calmement des différences entre les deux vaisseaux, Lia observait avec attention le paysage autour d’elle, sentant avec bonheur la magie naturelle pulser dans ses veines.
Bientôt, ils atteignirent un petit renfoncement. Autour d’eux, la végétation se faisait plus dense que jamais, et Lia vit son tuteur invoquer un peu de son pouvoir afin d’éclairer le sol devant lui et éviter de trébucher.
-Alors, marmonna-t-il, cela devrait être par ici…
Ecartant les buissons, il finit par mettre au jour une petite ouverture dans le sol. Ouverture qui, très vite, se révéla être en fait le début d’un escalier en pierre descendant dans le sol.
-Sûrement construit par les anciens mages, marmonna Leigh en réponse à une question de son élève.
- Suivez-moi, annonça Scott en amorçant la descente.
Lia suivit son tuteur sans un mot, prenant bien garde à ne pas glisser sur la mousse recouvrant le passage. Une fois dessous, il fallut quelques secondes à ses yeux pour s’adapter à la lumière ambiante, avant qu’elle se puisse distinguer des cristaux incrustés dans la roche, faisant briller cette dernière d’une légère lueur verte.
-On dirait la grotte d’où provenait la malachite, commenta-t-elle à mi-voix.
-En effet, admit son lieutenant. Sauf qu’ici nous avons à faire à de l’aventurine. C’est un peu plus puissant, il faudra donc faire attention.
Lia hocha la tête avant d’avancer avec précaution sa main vers le sol, ramassant un cristal d’un vert pâle.
-Ouch…
Elle le lâcha aussitôt, avant de le reprendre avec précaution. La décharge était bien plus intense qu’à l’accoutumée.
-Vous n’arriverez jamais à devenir un mage digne de ce nom si vous n’êtes pas capable de tenir dans votre main un vulgaire morceau d’aventurine, marmonna Leigh derrière elle.
-J’ai juste été surprise, rétorqua aussitôt Lia en jetant un regard noir au lieutenant du Phobos.
-Du calme, Lia, lui souffla aussitôt Antoine à l’oreille. Rappelle-toi ce qu’a dit le général…
-Je sais, murmura la jeune fille. On doit montrer l’exemple.
-Alors détend-toi. Rappelle-toi juste que si cela se passe mal, je serais juste à côté de toi, d’accord ?
La jeune fille hocha la tête avec un sourire. Scott reporta ensuite son attention vers les membres du Phobos qui n’avaient pour le moment pas dit un mot. Il nota toutefois que Leigh les dévisageait avec attention en fronçant légèrement les sourcils.
-Tout va bien ? S’étonna-t-il aussitôt.
-Oui, bien sûr lieutenant Scott, rétorqua la jeune femme. Pourquoi ne pas s’assoir et commencer tout de suite à méditer ?
-Très bien…
Imitant son tuteur, Lia prit aussitôt place sur le sol en pierre, grimaçant en notant que la surface était loin d’être confortable.
Se mettant en tailleur, elle posa le cristal d’aventurine devant elle sur le sol avant de poser ses mains sur ses genoux et d’invoquer son pouvoir.
Elle sourit légèrement en voyant la vive lueur verte relative à sa magie se mélanger sans aucune nuance avec celle de son tuteur. Dirigeant son regard vers les membres du Phobos, elle nota avec un certain étonnement que la magie du lieutenant Leigh était bien plus sombre, et ne se mariait pas tout à fait avec celle de son élève, ce dernier maniant un pouvoir un peu plus clair.
-Vos magies ont l’air si semblable, remarqua Elliot de sa voix grave. On dirait…
-Elliot, intervint sévèrement sa tutrice avant qu’il n’ait pu finir sa phrase.
-Pardon lieutenant, murmura le jeune homme en baissant les yeux.
-Que se passe-t-il ? Demanda aussitôt Lia.
-Rien ! S’exclama alors Leigh en souriant. Pouvons-nous commencer cette méditation ?
Hochant la tête, Antoine les dévisageant encore un instant, fronçant les sourcils en notant que le professeur et l’élève se gardaient bien laisser leurs magies entrer en contact.
Il frissonna en sentant le pouvoir de Lia rencontrer le sien et, se concentrant doucement, finit par fermer les yeux avant de laisser la magie des cristaux être absorbée par son propre pouvoir.
Ils revinrent tous les deux au Hope en fin d’après-midi. La méditation dans la grotte avait res-sourcé au maximum les pouvoirs du jeune homme qui, avant leur escale, commençait à trouver le temps en mer un peu long. Plusieurs fois, il avait dû aider Lia à ne pas absorber trop d’énergie à la fois. Cependant, il avait noté avec une certaine satisfaction que son élève semblait maitriser nettement mieux l’exercice en fin de séance. Néanmoins, il avait remarqué que cette dernière n’était apparemment pas tellement à l’aise avec les deux membres du Phobos, notamment avec le lieutenant Leigh. Elliot, après tout, n’avait quasiment pas prit la parole.
Il ne comprenait pas tellement cette réticence. La jeune femme lui avait paru parfaitement aimable et enclin à partager sa pratique de la magie verte avec eux. Il avait pensé que son élève prendrait cela comme une chance. Mais Lia restait imperturbable, ne cessant de dévisager avec curiosité le lieutenant.
Ils avaient brièvement discuté de ce sujet de retour sur le vaisseau, et la jeune fille lui avait fait part de ses inquiétudes concernant les deux jeunes gens, arguant qu’ils leur cachaient certainement des choses.
Il avait rétorqué qu’ils étaient sûrement tenus au secret par leur général, comme les mages du Hope, mais Lia n’avait rien voulu comprendre.
Soupirant, il admirant un long moment la jeune fille endormie dans ses bras. Après tout, songea-t-il, c’était la première fois qu’ils avaient à faire à un autre navire, elle ne pouvait donc pas comprendre à quel point ces échanges pouvaient être compliqués.
Se rallongeant doucement afin de ne pas réveiller son élève, il effleura brièvement son cou avec ses lèvres, fermant quelques secondes plus tard les yeux.
Ignorant volontairement un bruit sourd dans le couloir, il plongea quelques minutes plus tard dans un sommeil réparateur, notant dans le coin de sa mémoire de prendre toutefois garde aux réticences de Lia.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:25

Chapitre 15

Les jours suivants se déroulèrent d’une manière similaire. Ils passaient la matinée à étudier la chimie et rencontraient le plus souvent les deux mages du Phobos durant l’après-midi. Lia, bien qu’appréciant ces leçons un peu particulières, appréciait de moins en moins le lieutenant Leigh. La jeune femme, bien qu’étant apparemment une experte en magie verte et un excellent professeur, ne semblait pouvoir s’empêcher de la rabaisser à tout moment, arguant que le niveau du Hope était bien bas par rapport à celui du Phobos. De plus, elle dévisageait toujours le lieutenant Scott avec une étincelle dans les yeux qui mettait Lia mal à l’aise. Elle avait l’impression que Leigh était étrangement intéressée par son lieutenant, bien que ce dernier ne lui accorde qu’une attention amicale limitée. Eliott, quand à lui, restait Eliott. Le jeune homme ne parlait presque jamais, se contentant de chuchoter parfois des questions à l’oreille de sa tutrice. Il restait froid et distant avec eux, n’engageant jamais la conversation, malgré les nombreuses tentatives d’Antoine pour briser la glace.

Le cinquième jour de leur escale, Lia et Antoine furent convoqués tous les deux par le général alors qu’ils étudiaient la fabrication d’une solution permettant de soigner les rhumes. Abandonnant avec regret leur concoctions, ils se rendirent tous les deux jusqu’au bureau de leur supérieur.
Ils croisèrent au passage Bruno et Sophie qui semblaient perdus dans une étreinte fiévreuse. Antoine se racla bruyamment la gorge, lâchant un sourire satisfait en les voyant sursauter vio-lemment.
-Antoine, soupira Bruno.
-Je n’ai même plus le droit de me racler la gorge ? Rétorqua ce dernier en haussant un sourcil. Mais reprenez donc vos occupations, ne faites pas attention à nous.
Lia rit légèrement en les voyant s’embrasser à nouveau.
-Tu ne peux pas t’empêcher de les taquiner, murmura-t-elle en souriant.
-Bruno fait de même à notre sujet. Je crois bien que le Lia Scott sur notre porte provient de lui.
-D’ailleurs, cela fait quelques semaines que tu ne l’as nettoyé, remarqua Lia en haussant un sourcil. Pas que ça me dérange, je me demandais juste la raison de ce changement.
Son tuteur piqua un fard et marmonna quelques paroles incompréhensibles. Lia éclata de rire, mais se calme aussitôt. Ils étaient enfin arrivés devant la porte du général. Ils frappèrent trois coups.
-Qu’est-ce qu’il nous veut ? Marmonna Lia alors qu’ils attendaient devant le pan de bois que l’officier vienne leur ouvrir.
-Aucune idée, répondit avec franchise son tuteur. Peut-être veut-il changer notre programme de solution médicinale. J’ai entendu dire qu’une épidémie de grippe parcourait les régions les plus froides. Il faudra commencer à faire un stock pour cet hiver.
-Entrez !
-Général, fit Antoine en ouvrant la porte et en entrant dans la salle, vous nous avez fait appeler ?
-En effet lieutenant Scott, rétorqua l’homme en quittant son fauteuil pour s’avancer vers eux. J’aimerais que vous m’accompagniez tous les deux sur le Phobos.
Lia fronça les sourcils, et jeta un œil à Antoine qui semblait également surpris de cette requête.
-Bien, général, fit-il néanmoins, à vos ordres !
Ils quittèrent le vaisseau, se dirigeant aussitôt vers le bâtiment amarré juste à côté.
Lia était de plus en plus mal à l’aise. Elle ignorait pourquoi le général voulait qu’ils les accompa-gnent, mais cela ne semblait présager rien de bon. Dès qu’ils qu’eurent franchit la passerelle du Phobos, deux hommes les accostèrent et les suivirent de près dans les couloirs. Antoine leur jetait des regards nerveux. Le général, quant à lui, semblait parfaitement calme.
Il les mena dans des couloirs peu fréquenté, débouchant finalement sur ce qui ressemblait à l’entrée d’une calle.
-Entrez, fit-il en leur ouvrant la porte, le général Parsin vous attends.
A l’intérieur se trouvait en effet le général du Phobos, accompagné du lieutenant Leigh, d’Elliot, ainsi que quelques autres officiers.
Antoine détailla avec étonnement la calle qui, vide, ne semblait pas avoir été utilisé depuis des années, avant de saluer les officiers présents.
-Général, lieutenants, fit-il.
-Lieutenant Scott, miss Shakeshift, fit Parsin en s’avançant vers eux avec un sourire, nous n’attendions plus que vous.
Le dévisageant en haussant un sourcil, Antoine sursauta lorsque la porte se referma derrière eux en un claquement sourd. Tournant la tête, il fronçant les sourcils en remarquant que le général Hokins n’était pas resté dans la pièce.
-Pourquoi nous avoir fait venir ici ? Demanda Scott avec méfiance.
-Car nous pensons que vous pourriez avoir des informations à nous communiquer, reprit le général.
-Des informations à quel sujet ?
-Au sujet d’un certain objet ayant été volé au Phobos il y a des années.
-Je suis désolé, fit Antoine avec honnêteté, mais je ne vois absolument pas de quoi vous voulez parler.
-Vous, peut-être pas. Mais votre élève est sûrement au courant, n’est-ce pas miss Shakeshift ?
Ils se tournèrent tous vers Lia qui avait suivi l’échange sans un mot.
-Je suis désolé, général Parsin, fit la jeune fille en se rapprochant de son tuteur, mais je ne sais rien à ce sujet.
-En êtes-vous sûre ? Reprit Parsin. Car le lieutenant Leigh et son mousse sont convaincu de votre culpabilité.
Ecarquillant les yeux, Lia et Antoine dirigèrent leurs regards vers ceux qui avaient partagé leurs journées depuis l’accostage.
-Alors vous ne nous avez contactés que dans le but de déterminer si nous avions des informa-tions ? Fit Antoine avec dégoût. Et moi qui pensais que c’était dans le seul but d’apprendre.
-D’apprendre quoi, lieutenant ? Rétorqua Leigh. Le niveau de votre élève est bien en dessous de celui d’Elliot. Quant à vous, je dois bien avouer que seule votre apparence physique est intéressante. Vous êtes faible, lieutenant Scott. Et Lia est une criminelle.
-Je n’ai rien fait ! Se défendit cette dernière, je ne vois même pas de quel objet le général Parsin parle.
-Pourtant tu en as l’emprunte magique incrusté dans ton corps, intervint Elliot de sa voix grave. Tu as été en contact avec, tu ne peux le nier.
-Je ne vois même pas de quoi…AHHH !
-Lia !
Gémissant, la jeune fille s’écroula sur le sol. Elle eut juste le temps de voir une onde violette provenir des mains du général Parsin avant de hurler à nouveau de douleur.
-Arrêtez ! S’exclama Antoine en accourant auprès d’elle, qu’est-ce qui vous prend ?
Mais il fut attrapé et poussé au sol par le lieutenant Leigh.
-Du calme, beau brun, souffla-t-elle. Il ne cherche qu’à lui poser des questions.
-C’est de la torture ! S’indigna-t-il en essayant de se dégager.
Mais elle le maintint d’une poigne ferme, le forçant à regarder avec impuissance le général s’approcher de son élève.
-Dites-moi ce que vous savez sur cette pierre, miss Shakeshift, fit-il de nouveau.
-Je ne…sais rien, souffla Lia avec faiblesse. Je vous le jure.
-Mauvaise réponse, répondit Parsin en activant aussitôt son pouvoir.
Antoine ferma les yeux tandis que son élève se courbait alors qu’une décharge électrique lui traversait à nouveau le corps.
Bataillant, il finit par utiliser sa magie au maximum, envoyant le lieutenant Leigh à terre afin de rejoindre la jeune fille.
-Arrêtez ! S’exclama-t-il alors que Lia se tordait de douleur dans ses bras. Cessez cela par pitié !
-La ferme ! S’exclama un mage en l’attrapant par les épaules afin de l’éloigner de la jeune fille.
Mais le jeune homme ne se laissa pas faire. Agrippant avec force le corps secoué de spasme de son élève, il invoqua sa magie afin de l’aider à supporter la vague que lui envoyait toujours le général du Phobos.
Lui-même commençait à fatiguer. Il ressentait de plus en plus l’impact sur sa propre magie grâce au lien entre leurs deux pouvoirs. Ses défenses menaçaient de lâcher à tout moment.
Fermant les yeux, il prit alors une profonde inspiration avant de prononcer des paroles qu’il allait sûrement regretter par la suite.
-Je…Je vous ordonne d’arrêter ! Cria-t-il avec conviction.
Aussitôt, tous ceux présents le regardèrent avec stupéfaction, tandis que le général du Phobos lâchait un léger rire et coupait quelques instants l’afflux de pouvoir de Lia afin de reporter son attention sur Antoine qui le fixait avec détermination. Le jeune homme serra un peu plus Lia contre lui alors que cette dernière se réfugiait contre son torse, tremblant encore de douleur.
-Et qui êtes-vous pour me donner des ordres, lieutenant Scott? Fit le général avec amusement.
Il se tut quelques secondes avant de reprendre avec dédain :
-Vous n’êtes qu’un simple professeur, Scott, vous n’avez aucun droit, ici.
Il releva à nouveau sa main droite afin d’invoquer une nouvelle vague de pouvoir. Mais Antoine l’interrompit à nouveau.
-Je vous ordonne d’arrêter de torturer mon élève. J’invoque l’allégeance que vous avez fait aux Earl il y a bien longtemps !
S’arrêtant aussitôt, l’homme dévisagea Antoine avec stupéfaction, une lueur de crainte brillant dans ses prunelles.
-Que dites-vous ? murmura-t-il.
-Je suis l’héritier des Earl, reprit le lieutenant avec assurance. Vous avez prêté allégeance à ma famille, vous devez m’obéir.
-Impossible, souffla l’homme, je croyais que l’héritier légitime était mort en étant enfant.
-Vous êtes mal informé. Les Norman ont annoncé mon existence il y a quelques semaines. Mon véritable nom est Antoine Rémi Dobson.
-Prouvez-le ! S’exclama le général avec colère, ce n’est pas parce que vous connaissez notre allégeance aux Earl que vous en êtes forcement l’héritier.
-Comme vous voudrez, fit le jeune homme.
Déboutonnant sa chemise à la hâte, il exposa à leur vue le tatouage qui ornait son torse depuis la découverte de ses origines.
Des exclamations retentirent dans la pièce. Certains baissèrent le regard tandis que d’autres s’inclinaient devant lui.
Le général, quand à lui, restait de glace, fixant sans un mot le dessin sur la poitrine du jeune homme, comme s’il s’attendait à ce que ce dernier disparaisse à tout moment.
-Je suis l’héritier des Earl, reprit Antoine d’un ton posé, et je vous ordonne d’arrêter de torturer mon élève.
-Et pourquoi accèderais-je à votre requête, majesté, reprit le général avec un dédain évident. Après tout, cette jeune fille n’est d’aucune utilité pour les Earl.
-La ferme ! S’exclama le lieutenant avec colère. Ne parlez pas de Lia comme cela. Considérez-la comme votre prochaine souveraine, si ça peut vous faire plaisir.
-Vous voulez dire que vous comptez…
-l’épouser un jour, oui, le coupa Antoine tout en serrant un peu plus son élève contre lui.
Il caressa avec douceur les cheveux de la jeune fille, notant avec une certaine inquiétude qu’elle avait apparemment perdu connaissance.
-Très bien, lâcha Parsin, dans ce cas je ne peux qu’accéder à votre requête. Je n’utiliserai plus mon pouvoir sur elle. Mais je ne peux pas pour autant vous laisser partir.
Il se tourna vers ses subordonnés alors qu’Antoine ouvrait la bouche pour répliquer.
-Mettez-les dans la cabine contenant l’autre prisonnier !
-Oui général ! S’exclamèrent-ils aussitôt.
Quelques secondes plus tard, deux hommes agrippèrent Lia, l’arrachant aux bras de Scott qui fut également escorté hors de la salle.
-Lâchez-moi ! S’exclama-t-il avec colère alors qu’on le trainait dans les couloirs du vaisseau. Où m’emmenez-vous exactement ?
-Dans un endroit un peu plus agréable que celui où vous étiez, fit l’un d’eux. Je suis désolé, mais nous devons obéir aux ordres. Des solutions médicinales vous seront apportées afin de soigner votre élève.
Le jeune homme hocha la tête en remerciement.
Quelques minutes plus tard, ils débouchèrent sur un couloir un peu en retrait, au bout duquel se trouvait une porte qui semblait avoir vu des jours meilleures.
L’un des hommes l’ouvrit aussitôt et fit signe à Antoine d’entrer à l’intérieur de la pièce.
Ignorant le bruit de la porte se refermant derrière lui, il se dirigea aussitôt vers son élève qui était allongé sur un lit posé contre le mur. Après avoir vérifié qu’ils étaient seuls, il s’approcha d’elle, vérifiant avec soulagement qu’elle respirait encore.
-Mon dieu, Lia, murmura-t-il. Je suis tellement désolé.
Défaisant avec agilité son pendentif en malachite, il le disposa sur le front de la jeune fille avant d’invoquer sa magie afin de le faire réagir. Une fois qu’il fut sûr que la pierre transmettait de l’énergie à Lia, il passa ses paumes au dessus du corps de son élève, lui transmettant un peu de son pouvoir, particulièrement aux endroits où la magie de Parsin semblait l’avoir le plus atteint.
Quelques minutes plus tard, il remercia les deux hommes avant d’utiliser les solutions qu’ils venaient de lui apporter, soupirant de soulagement en voyant la jeune fille reprendre des couleurs.
Ce n’est que bien plus tard dans la soirée que Lia ouvrit reprit enfin conscience. Ouvrant les paupières, elle fronça les sourcils en ne reconnaissant pas l’endroit où elle se trouvait.
-Lia ? Tu es réveillée….
Sursautant, elle se retourna pour se trouver nez à nez avec son tuteur, allongé contre elle, qui la fixait d’un air inquiet.
-Comment te sens-tu ? S’enquit-il aussitôt.
-J’ai quelques courbatures, admit-elle dans un souffle. Que s’est-il passé. Où sommes-nous ?
-Sur le Phobos, Lia, fit Antoine en baissant les yeux. Quelle est la dernière chose dont tu te rappelles ?
-Je…
Elle se plongea quelques secondes dans ses souvenirs avant de reprendre la parole.
-Le général nous a convoqués, on a été amené dans une calle du Phobos. Le général Parsin, il…
Elle grimaça.
-Il est persuadé que j’ai volé quelque chose. Il a appliqué sa magie sur moi. Je crois que je me suis évanoui.
Son tuteur hocha la tête.
-Il t’a torturé, souffla-t-il en la serrant contre lui. J’ai dû lui avouer mes origines pour qu’il s’arrête. J’ai eu tellement peur pour toi.
Il pencha vers elle afin de lui déposer un léger baiser sur les lèvres.
-Je vais bien, murmura-t-elle contre son torse, grâce à toi.
Un ange passa, chacun ruminant durant quelques minutes sur ce qu’ils avaient vécu dans les cales du Phobos.
-Que va-t-il se passer maintenant ? Demanda Lia. Je suppose que Parsin n’est toujours pas convaincu de mon innocence ?
-Je ne pense pas. Je ne sais pas ce qu’ils comptent faire de nous, désormais.
Mais, alors que Lia ouvrait la bouche pour répondre, la porte de la salle s’ouvrit brusquement sur deux officiers du Phobos, accompagné du général Parsin et d’un homme qu’ils soutenaient par les épaules.
- Laissez-le ici ! S’exclama le général.
Aussitôt, les deux hommes lâchèrent le troisième sur le sol de la cabine. Ce dernier ne se rele-vant pas, Antoine se précipita aussitôt à son chevet, vérifiant ses battements de cœur et sa respiration.
L’homme, d’une quarantaine d’années, avait un visage fin. Des cheveux châtains en batailles lui encadraient le visage. Il portait une barbe de plusieurs jours, et se yeux clos étaient soulignés de cernes noires.
Antoine fronça les sourcils. Il n’arriva pas à savoir exactement pourquoi, mais ce visage lui était familier.
-Qui est ce ? Demanda-t-il au général qui l’observait encore à l’entrée.
-Quelqu’un que vous serez certainement ravi de rencontrer, fit Parsin avant de claquer la porte en un bruit sourd.
-Vient m’aider, Lia, fit Scott, j’aimerai le poser sur le lit. Il a besoin de soins au plus vite !
Hochant la tête, la jeune fille se précipita à ses côtés.
Dès que l’homme fut allongé sur le lit, Antoine s’attela à lui retirer sa chemise en lambeau afin d’appliquer au mieux les soins nécessaires. Une fois le vêtement retiré, il invoqua son pouvoir et répara du mieux qu’il pu les différentes blessures parsemant le corps de l’homme.
Lia le regardait faire avec attention, essayant de mémoriser au mieux la manière dont son tuteur se servait de sa magie. Ils n’avaient pas encore abordé ce genre de choses dans leurs cours de maitrise, mais semblaient s’en approcher de plus en plus. Fronçant les sourcils, elle distingua une plaque militaire sur le torse de l’homme.
-Je me demande…
Prenant délicatement la plaque, elle écarquilla les yeux en notant que cette dernière était pratiquement illisible. Elle reconnut toutefois l’emblème caractéristique du Hope. Le nom et le prénom de l’homme avaient été presque entièrement effacés. Et par-dessus de dessinait une inscription que Lia n’aurait jamais cru voir sur une plaque appartenant à un ancien mousse.
-Un banni, fit Antoine en lisant par-dessus son épaule. Seul ceux ayant commis un crime grave sont reconnu ainsi.
Il examina un peu plus la plaque avant de reprendre la parole.
-L’inscription a l’air très récente, remarqua-t-il.
-Est-ce que cet homme pourrait être l’officier du Hope ayant volé quelque chose au Phobos ? Intervint Lia.
-Peut-être, admit le jeune homme. C’est même fort possible. Ils pensent sûrement que nous sommes mêlés à cette affaire. Cependant, ce n’est pas une raison pour le laisser dans cet état. Personne ne devrait être torturé ainsi.
Il soupira à nouveau avant de passer sa main sur son visage fatigué.
-Allez Lia, c’est l’occasion pour commencer à apprendre à soigner des personnes grâce à la magie verte. Je vais t’expliquer la marche à suivre.
Hochant la tête, la jeune fille l’observa avec attention détailler le processus.
-Voilà Lia, c’est ça. Applique ta magie sur son front, cela diminuera le mal de tête qu’il aura sûrement au réveil.
-L…Lâchez-moi…
Retirant précipitamment sa main du visage de l’homme, Lia se recula légèrement alors que ce dernier ouvrait les paupières, et vint trouver refuge derrière son tuteur, lequel prit bien garde à être en mesure de la défendre si besoin.
-Comment vous sentez vous ? S’enquit Antoine dès que l’étranger eut reprit connaissance.
-Mal partout, marmonna l’homme. Mais j’imagine que ce n’est pas vraiment étonnant au vue de ce qu’ils m’ont fait.
Il se massa un moment le crâne.
-Je ressens une magie étrangère à la mienne. Magie verte. Vous m’avez soigné ?
-En effet, répondit Scott. Vous étiez vraiment mal en point en arrivant ici.
-Vous n’auriez peut être pas dû, remarqua l’homme avec un léger rire. Je suis considéré comme un criminel, vous savez.
-Nous aussi, grogna le jeune homme, même si nous sommes innocents.
-Merci tout de même monsieur… ?
-Scott. Antoine Scott. Je suis lieutenant sur le Hope.
-Enchanté alors, je suis Drew Ash. Mais vous pouvez simplement m’appelez Drew.
Aussitôt, Antoine sursauta et se tourna vivement vers son élève qui avait soudainement pâli et dévisageait l’homme avec stupéfaction.
-Qu’y a-t-il, demanda Drew en fronçant les sourcils.
-Tu m’as abandonné. Tu n’es qu’un lâche ! Tu m’as laissé toute seule, avec maman et Jérôme, Lâcha Lia avec colère en se décalant de derrière Antoine.
-Lia, calme-toi, fit Antoine.
Ash la dévisagea aussitôt avec stupéfaction, détaillant avec précision son visage. Visage qui ressemblait étrangement au sien.
-Lia ? Lia Shakeshift ? Balbutia-t-il sans trop y croire.
Hochant la tête avec prudence, la jeune fille se retrouva aussitôt coincée dans une étreinte à couper le souffle.
Ash n’avait pu se retenir et était descendu du lit afin de serrer dans ses bras le bébé avec qui il avait si souvent joué des années auparavant. Lia, quant à elle, n’osait pas trop y croire, de peur d’une nouvelle déception, mais finit par retourner maladroitement l’étreinte de l’homme.
-Lia, ma Lia. Ma petite fille…. murmurait-il. Je t’ai enfin retrouvé.
-Papa ? C’est bien toi ? Fit enfin la jeune fille avec hésitation.
-Je crois que le doute n’est plus possible, remarqua Antoine qui avait suivi la scène avec un large sourire. Vous vous ressemblez tellement ! Je me demande même pourquoi je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt.
Le père et la fille relevèrent alors la tête afin de se dévisager avec attention, avant de tomber à nouveau dans les bras l’un de l’autre, se serrant avec bonheur, murmurant avec une incohé-rence libératrice tout ce qu’ils avaient voulu se dire durant toutes ses années.
-Pourquoi es-tu parti ? Le questionna alors Lia. Pourquoi m’as-tu laissé avec eux ?
-Je ne peux pas te répondre pour le moment, avoua Ash en un soupir. Si tu étais au courant, le général Parsin pourrait te torturer pour obtenir l’information qu’il souhaite. Mais sache que je n’avais pas le choix. J’étais recherché. Je devais te protéger. J’ai tout fait pour qu’on ne puisse pas te retrouver.
-En apposant une barrière sur sa source de pouvoir, par exemple ? Intervint Antoine en croisant les bras.
L’homme baissa la tête avec regret.
-Je suis désolé, avoua-t-il. Mais j’étais désespéré. Lorsque j’ai découvert ton pouvoir, la même magie verte que j’étais capable de contrôler, j’ai décidé de le dissimuler, afin que des vaisseaux ne mettent pas la main sur toi. Mais cela s’est tout de même produit, n’est-ce pas ?
Lia hocha la tête.
-Je suppose que tu dois être en deuxième année, désormais. Quelle spécialité as-tu choisi ?
-La chimie et l’astronomie, avoua la jeune fille en échangeant un sourire avec son tuteur. Qu’avais-tu étudié lorsque tu étais élève là-bas ?
-J’étais passionné par l’histoire, répondit l’homme avec nostalgie. Je le suis toujours, d’ailleurs.
- Depuis combien de temps êtes-vous ici ? L’interrogea alors Scott.
-Quelques semaines, grogna Ash. Ils ont tout essayé pour m’extraire l’information qu’ils cher-chent, mais n’ont rien trouvé. Je suis désolé, mais comme Lia est en quelque sorte mêlée à cette affaire, ils ont dû penser qu’ils auraient plus de chance avec elle.
-Elle a été torturée, grogna Antoine. A cause de vous !
-Antoine ! s’exclama aussitôt la jeune fille.
Mais son père reprit la parole.
-Si je n’avais pas entreprit les actions qui m’ont menée ici, je peux vous assurer que Lia n’aurait jamais vécu assez longtemps pour rejoindre le Hope, lieutenant Scott. C’était une question de vie ou mort.
-Que s’est-il passé ? Reprit Scott avec intérêt.
-Lorsqu’elle est né, tout allait bien. J’étais vraiment heureux. Heureux d’avoir une petite fille. Mais ce que j’ignorais, c’est qu’elle était malade. Très malade. Bien trop malade pour que ma simple magie puisse la soigner. C’était une malformation de naissance. Le type de maladie qui n’est en théorie par guérissable. Cependant, j’ai très vite découvert qu’elle était un futur mage vert, pouvant donc se soigner avec une petite aide extérieur. Aide que je me devais de découvrir. Je me suis alors plongé dans mes vieux grimoires ramenés du Hope afin de trouver une solution. J’ai dû utiliser d’autres moyens. Des moyens bien plus dangereux et surtout, interdits. Lorsque j’ai enfin trouvé la solution, ma femme avait déjà confié Lia à des voisins car elle était persuadé qu’elle ne guérirait pas. De plus, à cause de mes recherches, je n’étais plus souvent à la maison. Et elle avait commencé à m’en vouloir, à m’accuser de la laisser tomber. Je suppose qu’elle a reporté cette haine sur Lia. J’ai donc été trouvé ma petite fille de cinq ans chez des amis, et je lui ai aussitôt administré le remède. Quelques heures plus tard, elle était guérie. Mais j’avais plusieurs vaisseaux à ma poursuite. Je me suis donc dissimulé, allant de villages en villages, retournant parfois à Cassydre afin de voir mes enfants grandir. J’ai été très vite déçu de ce que devenait Jérôme. Mais Lia était quelqu’un d’exceptionnel. Je crois que c’est la première fois que je voyais un enfant de 8 ans plongé dans un traité de chimie.
Antoine se tourna vers Lia en haussant un sourcil, un air profondément amusé sur le visage. La jeune fille se contenta de sourire en haussant les épaules.
-Mais ils ont finis par me rattraper, reprit Ash. Je sais que je vais peut être mourir. Mais je ne regrette rien. Je l’ai fait pour ma fille, c’est le principal. C’est ce qui m’a mené ici. Je ne peux pas vous en dire plus.
-C’est à cause de cela que tu es banni ? Intervint alors Lia.
Son père grimaça, jetant un œil à son pendentif.
-Je vois que vous avez lu ma plaque, grommela-t-il.
-Nous devions savoir qui vous étiez, rétorqua Antoine d’un air désolé.
-Ce n’est rien, marmonna l’homme sans grande conviction. Mais oui, en effet, c’est pour ça qu’ils m’ont banni. Le général Hokins n’a même pas voulu entendre toute l’histoire. De toute les façons, je suppose que ça l’arrange assez que je sois hors course.
-Pourquoi ? Fit sa fille en fronçant les sourcils.
Elle n’était sur le Hope que depuis deux ans, mais ne pouvait pas vraiment imaginer le général faire une chose pareille. Il lui avait toujours paru être juste et clément envers les membres du vaisseau.
Son père soupira largement avant de reprendre la parole.
-Le général Hokins, fit-il, est…quelqu’un d’assez particulier. Je suppose que vous avez dû vous en rendre compte.
Face aux sourcils levés de ses deux auditeurs, il leva les yeux au ciel.
-Je vois, marmonna-t-il. Vous avez encore beaucoup à apprendre.
-Que voulez-vous dire ? S’interrogea Antoine.
-Vous êtes encore dans une phase de refus total de voir la situation telle qu’elle est réellement. Je suppose que vous êtes persuadé que le Hope engage des mages dans le seul but de les aider à s’épanouir et à développer leur pouvoir afin d’assurer leur sécurité, n’est-ce pas ?
-Bien sûr ! s’exclama Antoine. Après tout, c’est pour cela qu’existent les tuteurs.
Mais le père de Lia secoua la tête avec regret.
-Si seulement, souffla-t-il. Mais c’est bien plus compliqué.
Il se tut quelques secondes avant de reprendre d’une voix calme.
-Votre point de vue, lieutenant Scott, est heureusement celui de la plupart des membres de l’équipage. Malheureusement, certaines personnes, dont le général Hokins, voient cela autre-ment. Pour ces officiers, le Hope n’est qu’un moyen de former des personnes pour combattre, peut être en vue des prochaines guerres, ou simplement pour obtenir plus de pouvoir. Je l’ignore. C’est pour cela que le Hope ne recrute que dans une partie bien précise de Platonia. C’est le seul vaisseau qui fonctionne ainsi. Le Phobos, par exemple, se base uniquement sur les capacités de ses élèves.
-C’est ridicule ! S’indigna Antoine. Nous sommes en paix depuis des centaines d’années ! Il y a très peu de chance qu’une nouvelle guerre se déclenche.
-Je suis d’accord avec vous. Mais le général ne vous voit que comme de futurs soldats. Il donne l’impression d’un homme calme, maitrisant parfaitement ses sentiments, et toujours clément avec son équipage. Mais en vérité, il déteste tous ceux qui sortent du lot, ceux qui ne respectent pas tout à fait les règles.
-Comme toi ? Fit Lia.
-Exactement. Lors de ma formation sur le Hope, il n’était que colonel. Et j’avais déjà eu quelques soucis avec lui. J’avais découvert avant tout le reste de ma promotion ma magie, et m’était engagé dans la pratique sans attendre l’avis de mon tuteur. En quelques mois, j’avais appris énormément, autant sur le Hope que sur quantité d’autres sujets.
-Je ne vois pas en quoi cela est un mal, remarqua Scott.
-Ce n’en est pas un. Sauf que j’étais tombé par hasard sur des documents conciliant le pouvoir de chaque membre de l’équipage, et son utilité supposé lors d’un conflit.
-J’ignorais l’existence de ce type de document, avoua le lieutenant en un soupir.
-Comme la plupart des membres de l’équipage. Je suppose que vous n’avez pas connu le général Lawford.
Antoine et son élève secouèrent la tête.
-Il était aux commandes lorsque j’étais encore étudiant. Je suppose que Hokins l’a remplacé peu après.
-C’est probable, reprit Antoine. Mais je ne vois pas qui sur le navire pourrait suivre les idéaux du général. Le colonel Higgans m’a toujours paru être quelqu’un de censé. D’ailleurs, il n’est pas très proche du général.
-Tant mieux, affirma le père de Lia. Moins il y a de personnes qui le suivent, mieux c’est. D’ailleurs, je l’ai toujours soupçonné de vouloir mettre la main sur la fortune des héritiers des anciennes familles, comme les Mac-Gregor, les Deakin ou les Earl.
Lia et Antoine échangèrent un regard lourd de sens.
-Vous savez quelque chose à ce sujet, affirma alors Ash.
Quelques secondes s’écoulèrent, Scott se réfléchissant soigneusement s’il était prudent de révéler à cet homme son héritage. Après tout, il venait tout juste de le rencontrer. Et, même s’il était selon toute vraisemblance le père de Lia, il semblait avoir des opinions un peu particulières sur les objectifs du Hope. Mais après tout, il serait sûrement au courant tôt ou tard, maintenant que le général Parsin le savait.
-Je suis l’héritier des Earl, finit-il par avouer. Mais je ne l’ai découvert que récemment. C’est donc encore un peu confus dans mon esprit.
-Je comprends, fit Ash après l’avoir dévisagé durant de longues secondes. C’est ce que j’ai ressenti lorsque mon père m’a annoncé mon ascendance. Je dois avouer qu’elle est beaucoup moins impressionnante que la vôtre, lieutenant Scott. Mais je suis issu d’une branche un peu obscure de la lignée des Mac-Gregor.
-Je n’ai jamais entendu parler de cette famille, fit Lia en fronçant les sourcils.
-C’est parce qu’elle n’est pas originaire de cette région. Les Mac-Gregor régnaient autrefois sur les environs de Whales. Mais, heureusement, je suis très loin dans la course à la succession.
Ils passèrent les heures suivantes à discuter de tout et de rien, Lia et Antoine n’en apprenant pas beaucoup plus sur la façon dont l’homme avait pu arriver là.
Finalement, sur le coup de huit heures, la porte s’ouvrit bruyamment, faisant sursauter Lia qui somnolait sur l’épaule de son tuteur.
Deux hommes entèrent, et leur déposèrent un maigre repas composé d’un peu de pain et de légumes.
-Bon appétit, fit toutefois l’un deux avec un sourire d’excuse.
-Inutile de s’adresser à eux ainsi, lieutenant Brook, retentit alors une voix derrière lui, ce sont des criminels !
Le jeune homme, avoisinant les trente ans, bafouilla aussitôt une formule d’excuse avant de disparaitre, dévoilant le général Parsin, qui était cette fois accompagné par le général Hokins.
-Général, fit aussitôt Antoine en se relevant.
-Lieutenant Scott, miss Shakeshift, lieutenant Ash. Je vois que vous vous êtes remis de notre interrogatoire.
-En effet, fit Scott avec raideur.
-Ne me parlez pas sur ce ton, lieutenant, rétorqua Hokins, vous êtes toujours sous mon com-mandement.
-Mon élève a été torturé, général, par votre faute. Alors pardonnez-moi si je ne suis pas en mesure de me référez à vous de la manière habituelle, grogna Antoine avec colère.
-Elle détient des informations capitales, reprit Hokins. C’était nécessaire.
-Lia ne sait rien, fit alors Ash en se levant à son tour. Elle n’avait que cinq ans lorsque cela s’est produit. Elle n’a aucun souvenir de cette expérience.
-Mais peut être que si je me décidais à menacer votre fille, vous me révéleriez tout, lieutenant Ash, fit Parsin en s’avançant vers Lia.
Antoine essaya aussitôt de se mettre devant elle, mais la magie libérée par le général Hokins le fit s’écrouler sur le sol, hurlant de douleur.
-Antoine ! Cria aussitôt Lia en accourant vers son tuteur.
Mais elle ne put faire que deux enjambés avant de se mettre à crier à son tour, le pouvoir du général Parsin agissant aussitôt sur elle.
-Vous aviez dit que…vous la laisseriez tranquille, parvint à murmurer Scott avant de crier d’avantage.
-J’ai mentit, fit simplement Parsin. Vous ne croyiez tout de même pas qu’une simple allégeance à votre famille aurait pu vous tirer d’affaire, lieutenant Scott ?
Ash voulut leur porter secours. Mais un claquement de doigt de Parsin, et deux officiers se précipitèrent sur lui afin de le maintenir à genoux, au sol.
-Alors dites-nous lieutenant Ash, qu’avez-vous fait de la pierre de lune dérobée au Phobos ?
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, affirma Ash avec fermeté.
-Bien, alors peut être que votre fille…
- Laissez-la ! Le coupa aussitôt Drew. Lia n’a rien à voir là-dedans ! C’est moi qui ai dérobée cette pierre.
Il fixa avec angoisse Scott qui se tordait sur le sol, crachant du sang, tandis que Lia continuait de crier de douleur.
Les questions fusèrent durant de nombreuses minutes, sans que Drew ne pipe mots. Mais, Lia commençait à ne plus réagir à la magie de Parsin, et Scott reposait désormais dans une mare de sang sur le sol de la cabine. Les deux semblaient toutefois encore conscients, et le dévisageaient d’un air hagard.
-Arrêtez, finit-il par murmurer. Je vous en supplie, arrêtez. Je vais tout vous avouer.
-Dites-nous ce que vous savez, le pressa Parsin en relâchant son emprise sur Lia.
Mais Ash attendit que le général Hokins arrête de torturer Scott pour prendre la parole.
-J’ai en effet volé la pierre de lune, fit-il. Mais c’était pour soigner ma fille. Elle était très malade. C’était le seul moyen de la faire vivre.
-Cette pierre n’est pas censée être utilisé sur des paysans ! S’exclama alors Hokins avec colère. Elle détient un trop grand pouvoir !
-Pouvoir que vous auriez utilisé pour votre propre plaisir, n’est-ce pas, général ? Lâcha aussitôt Drew. Vous me dégoutez !
Il hurla de douleur lorsque, quelques secondes plus tard, Hokins lui envoyait un flux de magie. Crachant du sang sur le sol, il se releva avec détermination.
-Comment vous l’êtes-vous procuré ? Demanda ensuite Parsin.
-Facile, reprit Drew. J’ai attendu que le Phobos soit à quai et me suis faufilé dans ses calles. Ca n’a pas été très dur de repérer la cache. J’ai pris la pierre, et je me suis enfui.
-Où est-elle maintenant ? reprit Hokins, où l’avez-vous caché ?
-Je l’ai détruite, lâcha Ash.
-Comment ? Vous n’avez pu faire une chose pareille ! S’indigna aussitôt Parsin.
-Si. C’est si difficile à croire ? Lança Ash avec difficulté alors que Hokins utilisait à nouveau son pouvoir sur lui.
-De toute façon, reprit l’homme, je comptais me débarrassé du seul moyen que vous aviez pour restreindre nos pouvoir, car après tout c’est cela, n’est-ce pas ? Cette pierre absorbe la magie. Et seule un mage vert est capable de l’utiliser pleinement, et d’en extraire une force vitale impressionnante. Je suppose que les feux de Litha fonctionnent selon le même principe, n’est-ce pas général Hokins ?
Il sourit largement tandis que l’homme lui envoyait une autre décharge.
Une fois que Ash fut à nouveau sur le sol, Hokins se tourna vers Parsin qui avait suivi l’échange sans un mot.
-Avez-vous encore besoin de lui ? Fit-il. Ou bien puis-je d’ors et déjà appliqué la sentence que nous avions décidé ?
-Tuez-le ! Fit Parsin sans une once d’émotion. Et faites de son cas un exemple.
-Je t’aime Lia, fit aussitôt Ash en direction de la jeune fille qui luttait pour rester consciente. Prend soin de toi. J’aurais vraiment aimé pouvoir….
Mais il ne put finir sa phrase. Lia, allongée sur le sol, eut juste le temps de voir son père s’effondrer sur le sol, avant de s’évanouir, complètement épuisée.

Lorsqu’elle reprit conscience, plusieurs sensations désagréables s’imposèrent aussitôt à elle. En premier lieu, de la douleur, dans presque tous ses membres. Elle sentait un chiffon qui avait dû autrefois être frai sur son front, mais qui ne faisait désormais que renforcer la migraine qui cognait dans son crâne. Autour d’elle, régnait une lumière aveuglante, lumière mobile qui devint insupportable lorsque quelqu’un ouvrit sa paupière.
-On dirait qu’elle se réveille, fit une voix qui lui parut sur le coup assez lointaine.
Luttant pour ne pas se rendormir, la jeune fille ouvrit avec difficulté les paupières, grimaçant en rencontrant aussitôt le faisceau lumineux d’une petite lampe.
Clignant des yeux, elle mit quelques secondes à stabiliser sa vision, reconnaissant ensuite la personne penchée au-dessus d’elle comme étant l’infirmière en chef du Hope.
-Madame Wilson, bafouilla-t-elle avec difficulté.
-Miss Shakeshift ! S’exclama aussitôt cette dernière. Vous êtes enfin réveillée. Vous nous avez fait une belle peur.
Lia hocha lentement la tête, laissant la femme vérifier ses signes vitaux.
-Bien. Ça peut aller, fit-elle. Je vais vous laisser, j’ai d’autres patients à soigner.
-C’qui s’est passé ? marmonna la jeune fille en essayant de se redresser.
Mais elle gémit lorsqu’une vive brûlure lui traversa le dos.
-Vas-y doucement, Lia, fit une voix qu’elle reconnut comme appartenant à Antoine.
Tournant doucement la tête, elle vit en effet que ce dernier était à son chevet, et la dévisageait avec un soulagement évident. Il semblait encore fatigué, et ne portait pas son uniforme, ayant revêtu un simple vêtement semblant appartenir à l’infirmerie.
-J’aime beaucoup la barbe, commenta-t-elle avec un sourire en détaillant le visage mal rasé de son tuteur.
Ce dernier lâcha un éclat de rire, tout en caressant avec amusement son menton.
-J’en suis ravi.
Il se pencha et vint tendrement déposer ses lèvres sur les siennes.
-Que s’est-il passé ? Reprit-elle avec plus de clarté une fois qu’ils se furent séparés.
Elle fronça les sourcils en notant une expression de profonde douleur traverser le visage de son amant.
-Antoine ?
-Le Phobos, souffla-t-il. Essaye de te rappeler, Lia. Je…Je ne vais pas être en mesure de tout te raconter. C’est trop dur…
Fermant les yeux, elle essaya d’oublier un instant cette migraine horrible afin de se focaliser sur ses souvenirs les plus récent. Le Phobos. Leigh et Elliot. Les calles, la torture. Son père. Son père qui était vivant, et qui…
-Il l’a tué, souffla-t-elle avec désespoir. Il a tué mon père !
Des larmes de tristesse commencèrent à couler sur ses joues alors que ses épaules se se-couaient en des spasmes incontrôlés. Fermant les yeux, elle sentit Antoine la prendre dans ses bras et la serrer contre lui, lui murmurant des paroles de réconfort à l’oreille. Néanmoins, elle pouvait sentir contre son coup des larmes chaudes ne pouvant appartenir qu’à son tuteur.
-J’ai eu tellement peur pour toi, Lia, balbutia-t-il dans un souffle. Quand j’ai vu Hokins tuer Ash, j’ai...J’étais persuadé qu’il allait faire de même avec toi. Et tu étais inconsciente sur le sol. Tu ne bougeais plus. J’ai bien crut ne pouvoir plus jamais te serrer contre moi. Je t’aime tellement…
La jeune fille releva les yeux pour rencontrer les prunelles humides d’Antoine, ce dernier la dévisageant toutefois avec adoration.
-Tu étais dans une mare de sang, fit-elle en lui caressant le visage. Je croyais qu’il t’avait tué. Lorsque mon père est…est tombé, je pensais être toute seule.
-Je te ne quitterai pas, fit-il en venant poser son front contre le sien. C’est promis.
-Je t’aime, souffla-t-elle en le regardant dans les yeux. Je t’aime, Antoine.
Ils s’embrassèrent à nouveau, passionnément cette fois. Leurs langues se mêlèrent dans une étreinte fiévreuse, leurs larmes coulant ensemble pour former un seul et même liquide coulant de long de leurs cous.
Ils s’embrassèrent durant de longues minutes, les mains d’habitude si sages lorsqu’ils étaient à l’extérieur de leur cabine s’égarant plus vite qu’à l’accoutumée, comme s’ils réalisaient réelle-ment ce qui aurait pu arriver à l’un ou à l’autre.
-Je suis désolé, finit par souffler Antoine lorsqu’ils se séparèrent à bout de souffle.
-Pour quoi ?
-Pour ton père. Je n’ai pas été en mesure de…
Mais la jeune fille le coupa d’un doigt sur les lèvres.
-Tu n’as rien à te reprocher, murmura-t-elle aussitôt. La seule personne à blâmer est le général Hokins. Il…
-Ne parlons pas de lui pour le moment, intervint Antoine. Tu viens tout juste de te réveiller, Lia. Repose-toi encore un peu avant de devoir réfléchir aux conséquences de ce qu’il nous a fait.
-Tu restes avec moi ? Fit-elle avec espoir.
-Bien sûr !
Quittant le tabouret sur lequel il était assis, il ferma le paravent puis se glissa dans le lit de son élève, tout contre elle, la prenant aussitôt dans ses bras afin d’échanger une nouvelle étreinte.
-Dors Lia, murmura-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Je veillerai sur toi. C’est promis.
Hochant la tête, la jeune fille se laissa aussitôt plonger dans les bras ô combien accueillants de Morphée.

Lorsque Madame Wilson les découvrit, quelques minutes plus tard, elle sourit d’un air amusé en voyant que le lieutenant s’était finalement endormi, apparemment complètement épuisé. Elle ignorait ce qu’il s’était produit sur le Phobos, le général s’étant contenté d’évoquer un incident diplomatique. Ses deux patients avaient apparemment subit de nombreuses blessures, notamment des brûlures ou, pour le lieutenant, des lésions internes. Il avait fallu presque deux semaines pour qu’ils se réveillent enfin. Et, à voir leurs réactions, il y avait beaucoup de choses que le général lui avait caché. Mais pour le moment, les deux principaux concernés dormaient à poings fermés. Et, bien qu’il était inconvenant pour un officier et son élève de dormir ensemble à l’infirmerie, madame Wilson décida pour une fois de passer l’éponge. Ces deux-là avaient besoin de repos, et c’est dans les bras l’un de l’autre qu’ils semblaient se reposer le mieux. Refermant le paravent, elle retourna à ses autres patients, un léger sourire sur le visage.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:26

Chapitre 16

Lorsque Lia se réveilla à nouveau, elle fut soulagée de voir qu’Antoine était toujours auprès d’elle, bien qu’apparemment profondément endormi.
Se dégageant avec précaution de son étreinte, elle bougea avec précaution ses membres engourdis avant de se diriger en clopinant vers les toilettes de l’infirmerie. En sortant de la petite cabine, elle ne put s’empêcher de jeter un œil dans la petite glace de la pièce, découvrant dans un soupir son visage fatigué. S’approchant du lavabo, elle se pencha afin de se passer un peu d’eau sur le visage.
-Lia ?
Sursautant, elle se tourna pour remarquer la présence de son tuteur, appuyé contre le battant de la porte d’entrée.
-Comment te sens-tu ? Fit-il en se rapprochant pour la prendre dans ses bras.
Elle nota au passage qu’il semblait boiter légèrement, comme si certaines blessures n’étaient pas encore tout à fait guéries.
-ça pourrait aller mieux, marmonna-t-elle. Et toi ?
Il haussa les épaules avec nonchalance.
-J’ai l’impression d’avoir été piétiné par une foule en colère, mais bon…
Ils rirent doucement.
-Tu crois qu’on a le droit de sortir de l’infirmerie désormais ? Fit Lia. Après tout, il serait plus bénéfique de se reposer dans notre cabine, n’est-ce pas ?
-Il faut voir ça avec Mme Wilson, marmonna Antoine.
Ils partirent donc en quête de l’infirmière en chef qui, après moult discussions, les autorisa finalement à regagner leur cabine.
Ils n’eurent pas fait un pas en dehors de la salle de soin qu’ils croisèrent les lieutenants Miller, Carols et Morgan, suivis de près par leurs mousses.
-Antoine ! S’exclama aussitôt Bruno, que s’est-il passé exactement ? Le général n’a rien voulu nous dire. Il a juste déclaré que c’était de votre faute, ou quelque chose comme ça.
Lia et Scott échangèrent un bref regard avant qu’Antoine ne prenne la parole.
-Venez dans notre cabine, on vous expliquera tout là-bas.

Une fois sur place, et après avoir assuré à tous qu’ils étaient assez en forme, Lia et son tuteur passèrent une bonne heure à leur expliquer avec une difficulté évidente tout ce qu’il s’était produit à bord du Phobos, faisant parfois des pauses de quelques minutes, afin de laisser le temps à leurs amis d’encaisser la masse d’informations qu’ils venaient de leur fournir.
-Vous êtes sûrs de ce que vous avancez ? Fit finalement Alvin en fronçant les sourcils. Je savais que le général était un peu manipulateur sur les bords, mais de là à vous torturer ainsi…
-Où crois-tu que nous ayons obtenu ces blessures, Alvin ? Rétorqua Antoine. De plus, je ne vois pas l’intérêt de vous raconter une telle histoire si ce n’est pas la vérité.
-Moi je les crois, déclara alors Bruno. Antoine n’aurait pas menti sur une chose pareille. Et Lia m’a l’air d’être vraiment bouleversée.
Ils jetèrent un œil à la jeune fille qui avait fini par s’endormir dans les bras de son tuteur, encore trop éreintée par cette expérience.
-Il a tué son père, souffla Scott en la serrant un peu plus contre lui. Elle venait tout juste de le rencontrer…
Il lâcha un soupir.
-Il va lui falloir du temps pour se remettre de tout cela.
-Heureusement que ce sont les vacances, commenta Anne.
-Les vacances ? S’étonna Antoine. Quel jour sommes-nous ?
-Le 3 juillet, répondit Clare. Nous allons bientôt accoster à Yad.
-Bon sang, grogna Scott. Je ne pensais pas qu’autant de temps s’était écoulé. On est en retard sur le programme.
Ses trois amis lâchèrent un éclat de rire.
-Il n’y a vraiment que toi pour penser une chose pareille en de telles circonstances, fit Miller avec amusement.
Il y eut un silence de quelques secondes avant que Marc ne prenne la parole.
-Que va-t-il se passer maintenant ? Allez-vous reprendre votre vie habituelle sur le Hope après ce que vous a fait le général ?
Tous se tournèrent à nouveau vers Antoine, sachant que le jeune homme avait soulevé un point important.
-Je ne sais pas, fit Scott avec hésitation. Je ne crois pas que Lia réussira à s’en remettre si elle croise Hokins tous les jours. J’avais pensé…
Il hésita quelques secondes, regardant avec compassion son élève qui était toujours assoupie.
-Tu comptes quitter le Hope, n’est-ce pas ? Déclara Bruno en voyant que son meilleur ami était plongé dans ses pensées.
Ce dernier hocha lentement la tête, entrainant des exclamations de surprises des autres per-sonnes présentes.
-C’est impossible ! Rétorqua Clare. On ne peut quitter le vaisseau sans avoir fini sa formation. Si tu pars, tu vas devoir laisser Lia ici.
-Pas forcément, rétorqua-t-il. Il existe une règle nous permettant de passer un an à terre durant la dernière année d’apprentissage, afin de permettre à ceux n’ayant pas un pouvoir relié à l’eau de mieux le maitriser. Lors de ma dernière année, j’avais passé quelques mois avec mon tuteur dans un petit port marchand afin de parfaire mes connaissances. Bruno était d’ailleurs présent. La proximité de l’eau sur le Hope l’empêchait d’atteindre la maitrise totale de sa magie.
-Exact, fit ce dernier avec un sourire en se tournant vers Sophie. C’était une bonne expérience. Je comptais te proposer ce genre de chose un peu plus tard dans l’année. Mais si Antoine s’en va, j’aimerai pouvoir le suivre, si ça ne te dérange pas ?
-Pas du tout ! S’exclama aussitôt la jeune fille. Si tous ce que nous avons appris sur Hokins est vrai, alors je refuse de passer encore une année avec lui ! Mais pour mes cours d’histoire, Bruno ?
-Mon tuteur est un historien aguerri, Sophie, fit son frère. Je suis certain qu’il parviendra à t’enseigner le peu qu’il te reste à savoir. Le lieutenant Carlton ne t’avais pas dit qu’il avait fini tes cours ?
En effet, juste avant leur rencontre avec le Phobos, le vieil homme lui avait assuré qu’elle n’avait presque plus rien à apprendre de lui, et qu’il lui avait fait soutenir ce rythme intense afin de lui permettre d’orienter ses recherches sur d’autres sujets durant sa dernière année sur le navire.
-Si, rougit la jeune fille. Mais je pensais encore étudier un peu l’histoire, même si cela ne se rapporte pas totalement au Hope.
-Mon tuteur pourra t’aider, lui sourit Antoine.
-As-tu une idée précise de ta destination ? Reprit Miller en reportant son attention vers son ami.
-Peut être Yad, ou Tylan, pour le port de débarquement. Je compte ensuite m’enfoncer un peu plus dans les terres. J’ai reçu une lettre de mon tuteur quelques jours après que nous ayons accosté à Callisto. Il a apparemment gardé sa résidence à Celeno, là où il m’emmenait passer une semaine chaque été.
-Un bled près de Yad, n’est-ce pas ? Fit Bruno en fronçant les sourcils.
-En effet, reprit son ami. Il ne faut que quelques heures de marche pour l’atteindre. C’est très peu peuplé dans le coin. Ce sera parfait pour que Lia se détende un peu et reprenne des forces.
-Pour toi aussi, nota Miller.
Le jeune homme hocha la tête.
-Mais il sera possible de retourner à Tylan, n’est-ce pas ? Fit alors Sophie. J’aimerais voir pouvoir revoir mes parents durant quelques jours. Ils voudront aussi te rencontrer à nouveau Antoine.
-Je sais, murmura son frère en soupirant.
-ça ne posera pas de problème. Le lieutenant Muller possède une petite embarcation qui nous y amènera en quelques heures.
-Impossible, déclara la jeune fille. Le Hope met plusieurs jours à joindre les deux ports.
-C’est parce qu’il fait un détour considérable, afin de laisser le temps aux nouveaux de s’adapter à la vie à bord. De plus, nous voguons toujours assez loin des côtes, ce qui ne sera pas nécessaire si nous empruntons une petite embarcation.
-Je suppose que nous serons obligés de rester ici, lieutenant Carols ? Fit Marc avec regret en se tournant vers sa tutrice.
Il comprenait tout à fait la réticence du lieutenant Scott à rester sur le vaisseau, mais devoir vivre un an sans pouvoir voir deux de ses amis les plus proches allait s’avérer être quelque chose de difficile.
-Je suis désolée, Marc, rétorqua la jeune femme. Mais ton pouvoir étant lié à l’eau, nous n’avons aucune excuse pour quitter le navire.
Alors que le jeune homme s’apprêtait à répondre, la porte de la petite pièce s’ouvrit à la volée, faisant sursauter les personnes présentes. Tous se tendirent en voyant le général entrer dans la cabine.
-Général, firent-ils tout de même dans un ensemble parfait.
-Lieutenant Scott, fit-il en ignorant les autres, j’ai appris que vous étiez sorti de l’infirmerie. Je suis ravi de voir que vous êtes à nouveau sur pied.
Antoine se contenta d’hocher la tête, serrant un peu plus son élève contre lui.
-J’espère vous voir tous les deux au diner dans dix minutes.
-mais général, intervint Antoine, Lia est encore trop faible pour cela. Elle a besoin de repos.
-Il est inscrit dans le règlement qu’il est interdit de sauter un repas, rétorqua l’officier supérieur sans une once d’émotion ni un regard vers la jeune fille toujours endormie.
Il balaya quelques secondes la pièce du regard avant de reprendre la parole.
-J’aimerai également que vous passiez dans mon bureau demain dans la soirée. J’ai plusieurs choses à voir avec vous.
Scott hocha la tête avec compréhension.
-A vos ordres, marmonna-t-il sans grande conviction.
Après l’avoir dévisagé pendant de longues secondes, Hokins finit par faire volteface, refermant la porte derrière lui.
-C’est la première fois que je le vois réagir ainsi, commenta Bruno en fronçant les sourcils. Je comprends mieux la façon dont le père de Lia vous l’a décrit.
-Je crois bien que je vais bien être obligé de vous croire, soupira Alvin. Je n’aurais jamais cru…
-Personne n’aurait pu penser une chose pareille, le coupa Clare avec un sourire. Maintenant que nous sommes au courant, je suppose qu’il va falloir se faire oublier pendant quelques mois, le temps que les choses reviennent à la normale.
-Si elles reviennent un jour à la normale, ronchonna son fiancé.
-On ne peut que l’espérer, rétorqua Bruno.
Antoine, quant à lui, caressait d’un air pensif le visage de son élève, toujours endormie contre lui. Tant de choses s’étaient produites ces dernières semaines. Il savait que cela allait être dur pour Lia de revoir le général et surtout, de devoir affronter le regard et les questions de ses camarades, lesquels n’avaient absolument aucune idée de la violence qu’elle avait subi dans les cales du Phobos.
-Il va falloir se rendre au self, commenta Clare après avoir jeté un œil à sa montre.
-Je sais, soupira Scott en se résignant à secouer doucement la jeune fille.
-Lia, souffla-t-il, réveille-toi Lia.
Papillonnant des paupières, elle le dévisagea d’un air hagard.
-Le général veut nous voir au repas de ce soir, murmura Antoine avec calme. Il va falloir y aller si nous ne voulons pas être en retard.
-Okay, fit-elle d’une voix rauque avant de bailler largement.
-Comment te sens-tu ? S’enquit Antoine alors qu’elle se relevait avec difficulté.
-Je suis fatiguée, souffla-t-elle.
Soupirant, le jeune homme essaya d’ignorer ses membres endoloris et se rapprocha de son élève pour la serrer contre lui.
-Ne te rendors pas, Lia, souffla-t-il en voyant qu’elle fermait à nouveau les paupières.
-Je repose juste mes yeux, répondit cette dernière.
L’éclat de rire de Bruno Miller eut tôt fait de la faire sortir de son état comateux. Et, quelques secondes plus tard, elle cheminait aux côtés de son tuteur et de ses amis en direction du self. Antoine, tout comme Lia, boitait encore légèrement, mais semblait reprendre peu à peu des forces.

Le repas sembla durer une éternité pour Lia qui fit de son mieux pour ne pas piquer du nez dans son assiette. Elle ne mangea que très peu, passant le plus clair de son temps à éviter les questions des élèves et les regards que lui lançait le général. Finalement, dès qu’ils eurent le droit de quitter la salle, elle se leva et, chancelante, parvint à atteindre la porte d’entrée, très vite rejointe par Antoine qui ne semblait pas être en bien meilleur état.
-Retournons à notre cabine, murmura-t-il en lui passant un bras autour des épaules.
Ignorant royalement l’appel du général leur demandant de rester, ils quittèrent tous les deux le réfectoire.
Dès qu’ils eurent atteint leur cabine, ils s’effondrèrent sur le premier lit qu’ils rencontrèrent, tombant dans un sommeil profond.
-Ils sont exténués, marmonna Bruno en refermant la porte.
Sophie et lui les avaient suivi dans les couloirs, de peur qu’ils ne parviennent pas jusqu’à leur cabine.
-Tu crois qu’ils devront participer au footing demain matin ? S’enquit sa petite amie en se re-mémorant avec peine le visage fermé de son amie.
-ça m’étonnerait qu’ils arrivent à se réveiller à cette heure-là, marmonna Miller.
Ils se dirigèrent ensuite vers leur propre cabine, quelques portes plus loin.
-Je comprends mieux pourquoi Antoine veut quitter le Hope, soupira Sophie une fois qu’ils furent à l’intérieur. S’ils restent, le général se comportera sûrement comme cela avec eux durant l’année qu’il reste.
-Tu sais Sophie, reprit Bruno en prenant place sur le lit en face d’elle, je te t’obligerai pas à quitter le Hope si tu n’en a pas réellement envie. Je suis prêt à rester encore un an sur ce vaisseau si c’est ce que tu souhaites.
Mais son élève secoua la tête avec un sourire.
-Je souhaite réellement quitter ce vaisseau. Je n’aurais jamais pouvoir penser cela un jour, lorsque je suis monté à bord pour la première fois mais…Ce qui est arrivé à Antoine et à Lia me terrifie. Je ne pourrais pas passer une autre année ici tout en sachant qu’il pourrait te torturer ainsi si l’envie lui en prenait.
Lui souriant tendrement, le jeune homme se rapprocha pour venir la serrer contre lui.
-Ca n’arrivera pas, fit-il avant de l’embrasser doucement.
Il lui caressa avec douceur le visage, passant ses doigts dans ses cheveux pour l’attirer un peu plus contre lui.
-Dans quelques jours, dès que le Hope arrivera à Yad, fit-il lorsqu’ils se séparèrent, je t’emmènerai loin d’ici.

-Higgans ? Qu’est-ce que vous fichez ici ? S’exclama le général lorsque Lia et Antoine franchirent le lendemain soir la porte de son bureau.
-Le lieutenant Scott m’a demandé d’être présent en tant que conseiller pédagogique, rétorqua le colonel d’une voix calme après s’être mis au garde à vous. Le lieutenant Miller et son élève souhaitent également être présents pour discuter de l’avenir de la jeune Norman sur le Hope. Puis-je les faire entrer ?
Hochant la tête avec un énervement évident, le général fit signe à l’homme d’ouvrir la porte.
Quelques secondes plus tard, Bruno et Sophie franchirent le seuil de la pièce. Le premier, un sourire moqueur sur le visage, se mit brièvement au garde à vous, très vite imité par son élève.
-Général, fit-il, merci de nous recevoir.
-Cet entretient était censé être réservé au lieutenant Scott, rétorqua l’officier en chef en fusil-lant du regard Antoine.
Lia tressaillit violement et se rapprocha comme par réflexe de son tuteur, cherchant sa présence réconfortante qu’il lui accorda en une légère décharge de pouvoir.
Ce dernier, le visage moins tendu que la veille, se contenta de regarder son supérieur d’un air neutre. Et, lorsqu’il ouvrit la bouche pour répondre, ce fut d’une voix calme et posée, qui ne laissait transparaître en aucun cas son stress ou sa fatigue.
-Le lieutenant Miller et moi-même souhaitons entreprendre quelque chose de similaire dans le cadre du développement de la magie de nos élèves, général. Cela aurait été inutile de mettre en place deux entretiens différents.
-Bien, marmonna l’homme. Que prévoyez-vous de faire, dans ce cas ?
-Nous souhaitons quitter le Hope, reprit Antoine avec sérieux.
-Je vous demande pardon ? S’exclama aussitôt le général avec stupéfaction.
Higgans les dévisageait également en fronçant les sourcils.
Miller échangea un regard avec son ami avant de prendre la parole.
-Il ne reste à nos élèves qu’une année d’apprentissage, et la proximité évidente de l’eau les empêchera d’atteindre la maitrise totale de leur pouvoir. Pour ma part, le feu ne se développe pas très bien dans une atmosphère humide. Quant au lieutenant Scott, il a besoin de végétation pour faire progresser Lia. Et ce n’est pas les quelques plantes vertes dans leur laboratoire qui pourront les aider.
-C’est une requête valable, général, fit le colonel après quelques secondes. Cette expérience a déjà été autorisée à de nombreuse reprise. De plus, miss Norman a terminé ses cours avec le lieutenant Carlton. Et miss Shakeshift n’a que des cours avec le lieutenant Scott. Il n’y a rien qui les retient en priorité sur le navire.
Le général grogna, mais finit par hocher la tête avec reluctance. Il fallut toutefois deux longues heures supplémentaires à Antoine et à Bruno pour que l’officier en chef valide leur projet.

Ce fut sous le regard noir de Hokins, et face aux sourcils toujours froncés du colonel Higgans qu’ils ressortirent finalement tous les quatre du bureau du général. Cela avait été dur, mais ils avaient finalement réussi. Dans quatre jours, lorsque le Hope accosterait à Yad, ils rassemble-raient toutes leurs affaires et quitteraient le vaisseau, s’éloignant ainsi de l’influence du général.
-Lieutenants ! S’exclama une voix derrière eux alors qu’ils étaient déjà à quelques mètres du bureau du colonel.
Se retournant, c’est avec soulagement qu’ils découvrirent qu’il ne s’agissait que du colonel.
-Colonel, répondit Scott, qu’y a-t-il ?
-Puis-je vous parler en privé ? Fit l’homme dans un souffle. J’aurais quelques questions à vous poser.
-Bien sûr ! Répondit Miller.
-Suivez-moi, déclara alors le colonel, ma cabine est la plus proche.
Hochant la tête, ils emboitèrent le pas à l’officier en second.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les cinq assis autour du petit bureau, les lits ayant été reconvertis en canapé de fortune.
-Bien. Tout d’abord, je dois avouer que je m’attendais à une décision de ce genre de votre part dès que vous avez pris en charge vos mousses. Il est évident que rester sur le Hope durant trois ans n’aident pas à développer une magie telle que la vôtre. Cependant, je ne pensais pas que vous alliez demander un délai aussi long.
-Colonel…Commença Antoine.
-Je ne suis pas idiot, lieutenant, le coupa Higgans. Je sais très bien que quelques mois auraient largement suffit. Il vous aurait simplement fallut attendre un ou deux mois supplémentaires.
-Nous n’avions pas ce temps, grommela Scott en baissant les yeux.
-C’est ce que j’ai cru comprendre, rétorqua le colonel.
Il jeta un œil à Lia qui semblait à nouveau sur le point de s’endormir.
-J’ignore ce qu’il s’est produit dans les cales du Phobos, reprit-il. Le général m’a narré une his-toire de défi vous mettant en scène ainsi qu’un autre mage vert. Mais je ne le crois pas. Cela ne vous aurait pas épuisé ainsi. Si cela ne vous dérange pas, j’aimerai entendre votre version des faits.
-Seulement si vous me jurez que vous n’irez pas informer le général que je vous en ai parlé, soupira Antoine.
-Bien entendu, reprit l’homme. Et je vous promets de vous croire sur parole.
Hochant la tête, Scott démarra ainsi la narration si difficile de ce qu’il s’était produit sur le Pho-bos, sentant au fur et à mesure de ses propos son élève se crisper à ses côtés.
Vers la fin de l’histoire, alors qu’il reprenait son souffle, luttant pour chasser ces douloureux souvenirs de son esprit, il nota que Lia s’était remis à pleurer.
-Lia….
La prenant dans ses bras, il la serra contre lui avec tendresse, lui murmurant des paroles récon-fortante à son oreille.
Quelques minutes plus tard, ce fut une Lia épuisée qui finit par s’endormir à nouveau contre son tuteur.
-Le contre coup, soupira Scott avec tristesse. Elle a vu son père mourir devant ses yeux…
-Je comprends, fit Higgans avec compassion. Terminez votre récit, s’il vous plait, lieutenant Scott.
Acquiesçant, Antoine prit sur lit pour finir de narrer les dernières images qu’il lui venait à l’esprit : du sang, Lia évanouie sur le sol, Ash basculant à son tour, toujours plus de sang, puis le noir absolu.
Une fois qu’il se fut tu, l’officier en second le dévisagea avec gravité durant de longues secondes avant de se prendre le visage entre les mains en un soupir de lassitude.
-Mon dieu, balbutia-t-il. Jamais…Jamais je n’aurais pensé une chose pareille. Je savais que le général n’avait pas toujours à cœur le bien être des élèves, mais à ce point…
Il resta plongé quelques secondes dans ses pensées avant de reprendre d’une voix tremblante.
-Je comprends votre départ, lieutenants. Et je vous soutiens dans votre démarche. Je m’engage aussi à tirer au clair cette affaire. Si ce que vous dites est vrai, alors le général pourrait très bien renouveler ces faits sur d’autres élèves.
Les trois officiers échangèrent un regard grave, Miller passant un bras autour des épaules de Sophie tandis que Scott serrait Lia contre lui.
-Merci de m’avoir tout raconté, lieutenant Scott.
-De rien colonel. Je vous remercie de m’avoir écouté. Cela fait du bien d’en parler, déclara Antoine avant de se relever, soulevant délicatement le corps de Lia afin de ne pas la réveiller.
-Je vais vous laisser aller vous reposer, fit Higgans. Bonne soirée lieutenants, miss Norman.
-Bonne soirée colonel ! firent-ils tous en cœur avant de quitter la cabine.
-Lieutenant Scott ! S’exclama alors le colonel. Pourriez-vous revenir me voir une fois que Lia sera en forme ? J’ai quelques informations au sujet du lien entre vos deux magies.
Ecarquillant les yeux, Antoine hocha la tête avec enthousiasme, et retint cette envie furieuse de réveiller son élève dès maintenant afin qu’ils puissent enfin découvrir la raison de ces décharges.
-Merci colonel, fit-il toutefois. Je suis certain que Lia sera ravi d’en entendre plus à ce sujet. Bonne soirée !
Hochant la tête, Higgans referma doucement la porte de sa cabine, soupirant de lassitude. Les prochains mois allaient s’avérer d’une lenteur incomparable. Deux des meilleurs officiers du vaisseau quittaient le Hope, et le général semblait ne pas être l’homme qu’il avait toujours cru. Il ignorait comment cela allait se finir. Mais pour l’heure, les évènements récents étaient inquiétants. Très inquiétants.

-Antoine…
-Hmm ? Marmonna le jeune homme en se redressant légèrement.
Il grimaça lorsque les rayons du soleil pénétrant dans la cabine par le petit hublot l’éblouirent. L’astre semblait déjà être haut dans le ciel. Et, encore une fois, ils ne s’étaient pas réveillés à temps pour le footing matinal. Ce n’était pas par manque de motivation, mais le jeune homme ne se sentait pas assez en forme pour aller courir avec les autres. Ses blessures venaient tout juste de se refermer. Il ne souhaitait pas les rouvrir en courant. De plus, il doutait que Lia puisse supporter une expérience physique aussi intense.
-L’est quelle heure ? Grogna la jeune fille qui semblait encore à moitié endormie.
-Déjà 9 heures, répondit-il en se rallongeant contre elle.
Il sourit en la sentant s’installer un peu plus confortablement contre son torse, sa peau nue contre la sienne lui renvoyant de délicieux frissons. La nuit dernière avait été particulièrement courte, mais ô combien exquise. Fermant les yeux, il se remémora en souriant la passion sou-daine qui les avait habités durant quelques heures. Cela n’allait pas aider Lia à regagner des forces. Mais Antoine savait qu’ils en avaient tous les deux besoin. Besoin de se sentir aimé, d’être vivant, tout simplement.
-Il va falloir songer à se lever, finit-il par murmurer après avoir longuement embrassé la jeune fille. Nous devons rassembler nos affaires. Et le colonel Higgans souhaite nous voir.
-Oh ? Dans quel but ? Fit-elle en relevant finalement la tête.
-Des informations au sujet du lien entre nos pouvoirs, répondit Antoine d’un ton distrait, guet-tant la réaction de son élève.
-Quoi ? S’exclama cette dernière qui avait l’air désormais parfaitement réveillée. Pourquoi ne me l’as-tu pas dit plus tôt ?
Antoine lâcha un léger rire, hilarité qui s’intensifia lorsque sa petite amie, enroulée dans le drap de son lit, se mit avec énergie en quête de ses vêtements.
-Lia, fit-il en se levant à son tour, on a le temps. Le colonel doit sûrement être occupé à cette heure-ci. Pourquoi ne pas prendre une bonne douche et commencer à ranger un peu la cabine ?
-Mais…
-Du calme, Lia, souffla-t-il en le prenant dans ses bras. Cela fait des mois que tu recherches des informations à ce sujet, tu peux attendre quelques minutes de plus, Hmm ?
Faisant la moue, la jeune fille finit par hocher la tête.
-Très bien, reprit le jeune homme. Alors que dirais-tu d’aller prendre une douche pendant que je commence à rassembler mes affaires ?

Bien plus tard, ils finirent tout de même par frapper à la porte de la cabine du colonel qui ne tarda pas à venir leur ouvrir.
-Lieutenant, miss, entrez je vous prie, fit-il aussitôt.
Alors qu’Antoine et Lia franchissait le seuil, le colonel jeta un œil à l’extérieur, soufflant de soulagement en notant que personne ne les avaient suivi.
Il se retourna puis referma la porte, faisant signe au professeur et à l’élève de prendre place sur l’un des tabourets présents dans la pièce.
-Merci d’être venu, fit-il finalement en s’asseyant à son tour.
-Vous aviez dit avoir des informations sur le lien entre nos pouvoirs, répondit Scott, nous ne pouvions pas refuser une telle opportunité d’en savoir plus à ce sujet. Lia fait des recherches là-dessus depuis plusieurs mois déjà, et elle n’a pas trouvé grand-chose pour l’instant.
L’homme hocha la tête.
-C’est normal. Un cas comme le vôtre est tellement rare…Peu de personnes peuvent en témoigner.
-Pourtant vous avez des informations à ce sujet, intervint Lia. L’avez-vous vécut ?
Le colonel eut un léger rire, et secoua la tête.
-Non. Non, je n’ai pas eu la chance de posséder un tel lien avec une tierce personne. Mais j’ai connu deux mages dont la magie réagissait de la même manière que la vôtre.
-Des anciens du Hope ? Demanda alors Antoine avec intérêt.
-En effet. Ils se nommaient Alex et Maria Sommers. Ils étaient de la même promotion que la mienne. Tous deux contrôlaient l’eau. C’est après tout la magie la plus présente. Cependant, leur magie, tout comme la vôtre il me semble, était tellement semblable qu’un tuteur seul tuteur a été désigné pour eux deux.
-Je croyais qu’un tuteur ne devait enseigner qu’à une seule et même personne ? Fit Antoine en fronçant les sourcils.
-En effet, reprit Higgans. Mais je suppose que le général de l’époque ne pouvait pas faire autrement dans leur cas. Leur magie était en tout point identique. C’était dans leur intérêt de les faire étudier ensemble. Ils n’ont mis que peu de temps à tomber amoureux l’un de l’autre, et se mirent à sortir ensemble avant même la fin de leur troisième mois sur le navire. Alex racontait souvent que la première fois qu’il avait vu Maria, il savait déjà qu’elle allait devenir sa femme. Leur complicité était impressionnante. Et cela était toujours étonnant de les voir faire entrer leur magie en contact, ce qu’ils faisaient à la fin presque inconsciemment lorsqu’ils étaient l’un à côté de l’autre.
Il lâcha un léger rire, son regard se perdant dans l’immensité de l’océan qu’on pouvait aperce-voir à travers le hublot de la cabine alors qu’il se perdait dans ses souvenirs.
-Que sont-ils devenus ? Demanda Lia avec curiosité.
-Ils se sont marié dès la sortie du Hope, reprit-il avec un sourire. Je n’avais jamais vu Alex aussi heureux. Ils n’ont pas tardé à s’installer à Yad, prévoyant de fonder une famille. Mais Alex avait repris le même métier que son père, et son grand père avant lui : pêcheur. Et un jour, il n’est pas revenu. C’est Maria qui m’a raconté tout cela, l’année suivante alors que le Hope faisait escale dans ce port. Elle m’a avoué être incapable d’oublier son mari, et qu’elle se sentait dépérir peu à peu. Je lui ai alors proposé de revenir sur le Hope, histoire de se changer les idées. C’est ce qu’elle fit. Mais peu à peu, elle dépérit. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais au fil des mois, sa magie commença à décroître. Et, un beau jour, elle ne parvint pas à l’utiliser.
Il soupira, détournant le regard alors qu’Antoine serrait avec force la main de Lia dans la sienne.
-Elle mourut peu après, murmura-t-il. Juste avant de rendre son dernier souffle, elle m’a avoué avoir découvert pourquoi son pouvoir déclinait ainsi. Elle partageait sa magie avec Alex. Et la mort de ce dernier l’a supprimé peu à peu, jusqu’à la faire disparaître. C’est le destin des liés. Vous ne pouvez vivre l’un sans l’autre.
Il y eut un long silence, le temps que Lia et Antoine digèrent les paroles de l’homme.
-Savez-vous ce qui cause ce genre de lien ? Finit par murmurer Lia en jetant un œil à son tuteur qui semblait plongé dans ses pensées.
-Non. Personne n’a de théorie à ce sujet, répondit le colonel. Je pense néanmoins que deux liés sont destinés à se rencontrer. Et, apparemment, la plupart du temps les deux tombent amoureux. D’après les légendes, leur union donnerait naissance à un mage dont la magie serait la plus pure possible.
-Je crois qu’il est encore un peu tôt pour ce genre de chose, fit Antoine avec amusement tandis que Lia rougissant jusqu’aux oreilles.
Higgans eut un léger sourire.
-Un des grimoires que j’ai consulté faisait référence à des âmes sœurs, remarqua la jeune fille. Est-ce la même chose ?
-Il me semble, oui, affirma l’homme en les fixant avec amusement. Après tout, votre regard a tout de suite été attiré par le lieutenant Scott, n’est-ce pas miss ? Ne niez pas, j’étais là ce jour-là. J’ai tout vu.
Lia hocha la tête sans un mot.
-Et vous lieutenant, vous l’avez tout de suite remarqué parmi la masse d’élève présent tout d’abord dans la classe, puis dans la cour du lycée. Et, étrangement, vous n’êtes revenu que très tard sur le Hope ce jour-là.
-Il fallait que je la revoie, avoua Antoine en baissant les yeux. Je ne sais pas pourquoi, c’était plus fort que moi.
-C’est toi qui me suivait, n’est-ce pas ? S’enquit la jeune fille. J’avais senti la présence de quelqu’un, ce jour-là. Mais étonnamment, je n’ai pas eu la présence d’esprit d’essayer de te semer.
-Je crois que le doute n’est plus permis, reprit Higgans alors que les deux se dévisageaient avec intensité. Vous êtes des liés.
-Pourquoi ne nous en avoir pas parlé avant ? Demanda Lia.
-Il n’est jamais bon de dévoiler ces choses-là prématurément, rétorqua l’officier. Je devais être sûr. Je pensais attendre la fin de votre scolarité sur le Hope pour aborder ce sujet-là avec vous. Mais avec ce qui s’est passé récemment…
-Merci, fit Scott avec sincérité. Merci de nous avoir révélé ce que vous sachiez.
-Ce n’est pas tout, reprit l’homme avec sérieux. Il y a autre chose. Les liés ont des pouvoirs un peu différent des autres personnes. Séparément, on ne voit pas tellement de différence, à part peut-être une puissance un peu plus importante. Mais vous avez la faculté de fusionner vos deux magie, pour n’en donner qu’une, bien plus puissante que ce dont vous avez pu être témoins jusqu’à présent. Prenez donc bien garde à ne pas révéler votre lien à n’importe qui.
-je suppose que le général est au courant, soupira Antoine.
-Non, assura le colonel. Il l’ignore pour le moment. Je crois bien que seul le lieutenant Miller et moi-même sommes au courant pour ce lien.
-Ainsi que mon ancien tuteur, avoua le jeune homme. Je lui ai demandé des informations à ce sujet.
-Ce n’est pas grave, fit Higgans. Tant qu’il ne le répète à personne d’autres, tout ira bien.
Il y eut quelques secondes de silence avant de le colonel ne reprenne la parole.
-Je vais vous laisser regagner votre cabine, reprit-il. Vous devez probablement terminer vos bagages.
Ils hochèrent la tête.
-Merci colonel, fit une nouvelle fois Antoine en sortant de la cabine.
-De rien lieutenant. J’espère que nous nous reverrons lorsque les choses se seront arrangées. J’ai été fier d’avoir un homme tel que vous sous mes ordres.
-Et moi je suis honoré d’avoir pu servir sous votre commandement, fit le jeune homme en souriant.
-Merci, fit alors Lia en regardant avec reconnaissance l’homme devant elle.
-De rien. Bon courage pour la suite de vos études, miss. Vous avez été l’une des meilleures de votre promotion. Je regrette presque d’avoir quitté mon poste d’enseignant.
Il sourit avec nostalgie tandis que la jeune fille le remerciait à nouveau.
-Et j’espère rencontrer un petit Scott dans le futur, ajouta-t-il avant de refermer la porte.
Les deux amoureux échangèrent un regard gêné avant de retourner vers leur cabine.

Une fois arrivé à destination, Lia lâcha un soupir de plaisir alors que son tuteur la plaquait dou-cement contre le mur de la pièce afin de l’embrasser avec passion.
S’abandonnant dans cette étreinte, elle passa ses doigts dans les cheveux de l’homme collé à elle, l’attirant un peu plus.
Très vite, les mains s’égarèrent, chacun sombrant dans une passion plutôt inhabituelle.
-Antoine…
Il l’embrassa à nouveau, la guidant sans un mot vers son lit où ils s’effondrèrent quelques se-condes plus tard, tirant avec hâte sur les vêtements l’un de l’autre. Ils n’échangèrent aucune parole, laissant simplement leur magie communiquer tout le bonheur qu’ils avaient ressenti en apprenant la nature exacte de leur lien.
Bien plus tard, épuisés et à bout de souffle, ils s’endormirent l’un contre l’autre, se souciant peu pour le moment de ce qu’il pouvait se passer sur le Hope. Rien n’importait. Rien ne comptait à part les battements de cœur de leur lié, leur âme sœur.
Lorsque Lia reprit conscience, ce fut pour sourire largement en sentant le corps de l’homme qu’elle aimait allongé contre elle. Ce dernier, déjà réveillé, l’observait sans un mot, lui caressant doucement les cheveux.
-Tu réveillée, souffla-t-il calmement.
Hochant la tête, Lia se redressa sur un coude afin de venir effleurer ses lèvres.
-Il va peut-être falloir que nous fassions une apparition au déjeuner, murmura Antoine au bout de plusieurs secondes d’un silence confortable.
-Quelle heure est-il ? Murmura Lia.
-Bientôt midi.
-Hmm. Je dois avouer que je commence à avoir faim.
Antoine renifla d’amusement, puis lâcha un léger rire lorsque le ventre de son amante gargouilla bruyamment.
-En effet. Je crois qu’il va falloir s’habiller, dans ce cas.
S’arrachant avec regret de leur étreinte, ils partirent en quête de leurs vêtements, se recoiffant rapidement.
-Lia, fit Scott alors qu’ils s’apprêtaient à sortir de la cabine.
Se retournant pour lui faire face, elle sourit avec bonheur en voyant qu’il la détaillait avec attention.
-Oui ?
-Je…
Il baissa brièvement la tête avant de relever les yeux, plongeant son regard dans celui de la jeune fille.
-Je t’aime, souffla-t-il en rougissant légèrement. Je t’aime de tout mon cœur, et tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureux d’être lié à toi. Tu es une femme exceptionnelle. Et c’est un honneur pour moi d’être ton âme sœur.
-Pour moi aussi, murmura Lia à son tour alors que quelques larmes de bonheur coulaient déjà sur ses joues, je t’aime Antoine.
-Te rends-tu compte que nous sommes apparemment destiné à finir ensemble, souffla-t-il en venant poser son front contre celui de son élève.
-Il semblerait, murmura Lia à son tour. Et j’en suis ravie. Je ne peux imaginer meilleur compa-gnon avec qui passer le reste de mes jours.
-Donc, fit le jeune homme avec hésitation, puis-je espérer un mariage avec toi dans le futur ?
-Est-ce une demande officielle ? fit Lia en le dévisageant avec attention, son cœur battant dans sa poitrine à un rythme effréné.
-En effet. Quoique je devrai attendre tes vingt ans pour te demander officiellement ta main. Mais peut être aurais-je dû le formuler autrement. Lia Elisabeth Shakeshift, puis-je dès à présent vous considérer comme ma future fiancée, et espérer vous épouser un jour ?
-Oui…Souffla-t-elle simplement avant de se mettre sur la pointe des pieds pour capturer ses lèvres.
Fermant les yeux, aucun des deux ne vit la lumière verte sortir de leurs paumes, les enveloppant dans une chaleur bienfaisante avant de disparaitre, comme aspirée par leurs corps.
-Alors, ma future fiancée, fit Antoine avec un large sourire lorsqu’ils se séparèrent, que dirais-tu de nous rendre au réfectoire ?
-Avec plaisir, mon futur fiancé, répondit Lia en le prenant par la main afin de l’attirer au dehors.

Dans les couloirs, ils ne croisèrent que peu de personnes, la plupart des membres de l’équipage devant probablement être déjà présent au mess.
Lorsqu’ils entrèrent dans la salle, ils évitèrent soigneusement le regard du général et allèrent s’assoir à leurs places habituelles. Lia dû toutefois prendre place à la gauche de Phil, le reste des chaises non loin de ses amis étant déjà occupées.
-Salut Lia, fit aussitôt le jeune homme. Je suis ravi de te revoir. Où étais-tu passé ? Tu n’étais même pas présente lors de notre cérémonie de fin d’étude.
-J’ai eu quelques soucis de santé, marmonna-t-elle en commençant à manger.
-Ton tuteur aussi ? Je ne l’ai pas vu non plus. Et Marc, Sophie et Anne ne voulaient pas nous en parler.
-Ce n’est rien, Phil. Mon tuteur a eu le même type de problèmes. Mais tout s’est arrangé…Pour le moment.
Phil hocha la tête avec suspicion.
-Je quitte le Hope dans quelques jours, déclara-t-il finalement. Je crois qu’on ne se verra plus ensuite.
-Oh…
Lia réfléchit à toute vitesse à ce qu’elle était censée dire en cet instant, mais fut finalement devancé par le jeune homme qui reprit la parole.
-J’aurais aimé que les choses se passent autrement, continua-t-il. Mais, même si je pense que le lieutenant Scott n’est pas l’homme idéal pour toi, je crois que je vais devoir me résigner à vous voir ensemble, n’est-ce pas ?
-En effet, répondit simplement la jeune fille. Que comptes-tu faire ensuite ?
-Travailler aux archives, comme mon père. Ou peut-être trouver un poste de professeur quelque part. Je verrais.
Lia hocha la tête avec compréhension.
-Will et Talli restent sur le vaisseau, annonça-t-il en dirigeant son regard vers ses deux amis qui étaient en pleine conversation avec Marc. Ils veulent devenir tuteurs. Tu les retrouvas donc encore une année.
-Je ne pense pas, murmura-t-elle. Je quitte le Hope dès qu’on accostera à Yad.
Phil lâcha aussitôt sa fourchette de stupeur, dévisageant son amie avec stupéfaction tandis que le couvert heurtait la table en un bruit métallique.
-Quoi ?
-Mon tuteur m’emmène passer une année à Terre, reprit-elle, afin de développer au mieux ma magie.
-Une année entière ? S’étonna-t-il. Mais je croyais que seul quelques mois étaient nécessaires pour ce genre de chose.
-C’est compliqué, admit Lia en grimaçant. Disons qu’il vaut mieux qu’Antoine et moi quittions le Hope dès maintenant.
Phil tiqua légèrement à l’entente du prénom du lieutenant mais ne fit aucun commentaire, fronçant tout de même les sourcils lorsque Lia orienta soigneusement la conversation vers un autre sujet.
Elle échangea également quelques paroles avec Will et Talli, les deux lui souhaitant bonne chance pour son année à Terre.

-Sophie, Lia !
Les deux jeunes filles, assises à une table un peu en retrait de la bibliothèque, relevèrent la tête et sourirent en voyant leurs deux amis les rejoindre.
-Marc, Anne, fit la jeune Tylanienne. Où étiez-vous ces derniers jours ? On ne vous a presque pas vu !
-Avec nos tuteurs, soupira Marc. Nous cherchions un moyen de quitter le Hope avec vous. Nous avons étudié toutes les possibilités, mais le général n’a rien voulu entendre. Nous devons rester ici toute l’année prochaine. Je suis désolé.
-Ce n’est pas de ta faute, Marc, lui assura aussitôt Lia en refermant l’énorme grimoire qu’elle était en train de consulter.
-Mais nous avons toujours été ensemble, Lia ! S’exclama-t-il. Et maintenant je vais te voir partir dans quelques jours, pour ne te revoir que dans un an. Je ne pensais pas que quelque chose de ce style arriverait. Je…
Il soupira bruyamment, et se prit la tête entre ses mains.
Mais il se détendit légèrement lorsqu’Anne posa une main rassurante sur son épaule.
-Cela ne sert à rien de s’énerver, fit-elle doucement. Lia ne sera pas seule. Sophie, ainsi que les lieutenants Scott et Miller seront avec elle à terre. Et, sur le Hope, tu n’auras qu’à rester avec nos tuteurs et moi. Je suis certaine qu’on parviendra à s’en sortir, Marc.
-Je l’espère, murmura-t-il en se relevant pour échanger un pâle sourire avec sa camarade d’étude.
-Anne a raison, Marc, reprit Lia. Et puis, nous n’avons pas vraiment le choix.
-Je sais, admit-il. Mais c’est dur de vous voir partir ainsi.
Les quatre amis passèrent le reste de l’après-midi ensemble, faisant de leur mieux pour profiter au maximum des derniers moments qu’ils pourraient partager.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:31

Chapitre 17
(Je parlais plus haut de chapitre ayant un rating T tirant vers M. Celui-là en est un).

Les jours suivants passèrent à une vitesse impressionnante. Et, par une belle matinée de juillet, le vaisseau fini par accoster dans le petit port de Yad.
Les quatre voyageurs avaient fini de rassembler leurs affaires les jours précédents, vidant entièrement leurs placards. Ils emportaient avec eux toutes leurs possessions, préférant ne rien laisser sur le Hope, n’étant pas sûr d’y revenir un jour.
Chacun devait ainsi transporter deux lourds sacs, qu’ils avaient soigneusement accrochés à leur vélo, dans l’attente du départ.
Ce matin-là ce fut avec difficulté que Sophie se réveilla. Elle n’avait que peu dormi la nuit précédente, n’arrivant pas à orienter ses pensées vers autre chose que l’année qui allait suivre. Elle avait longuement discuté avec son tuteur, ce dernier ne parvenant pas non plus à fermer l’œil. Ce qui était arrivé à Lia et Antoine était terrible, et rien que l’idée qu’une telle expérience se reproduise l’empêchait de trouver le sommeil.
La veille, elle avait passé la soirée à dire au revoir à Marc et Anne, versant quelques larmes à l’idée de ne plus les revoir durant une année entière.
Se dirigeant vers la salle d’eau, elle jeta un regard distrait au miroir de la pièce avant de vérifier avec application si elle n’avait rien oublié.
-Sophie.
Sursautant, elle se tourna vers son tuteur qui la fixait avec attention, appuyé dans l’encadrement de la porte.
-Il va falloir y aller, déclara-t-il. L’ancien tuteur d’Antoine doit déjà être au port.
-Je sais, souffla-t-elle.
Elle soupira largement, venant se loger dans les bras de l’homme alors que des larmes commençaient à couler sur son visage. Ce dernier la berça calmement, déposant un baiser dans ses cheveux.
-J’aurais aimé que tout se passe autrement, avoua-t-elle. J’aurais préféré que nous n’ayons pas à quitter le vaisseau.
-Moi aussi, murmura-t-il à son tour. Mais nous n’avons pas le choix.
-Je sais.
-Et je serais là pour veiller sur toi. C’est promis.
Ils finirent par se séparer quelques secondes plus tard puis, après avoir ajusté leur uniforme et attrapé leur sac à dos, ils refermèrent avec regret la cabine qui avait été leur refuge durant ces deux longues années de bonheur.
Sans un mot, ils se dirigèrent vers le garage où étaient parqués leurs vélos où était déjà attaché un lourd sac.
-Bruno, Sophie. Nous vous attendions.
Sursautant, ils se retournèrent pour faire face au lieutenant Scott et à Lia. Les deux avaient un air grave sur le visage, et tenaient déjà contre eux leur propre bicyclette qui semblait également lourdement chargée.
-Tu te demandes si ton choix était le bon, fit Miller en dévisageant son ami.
-Exact, soupira Antoine. Cela me fait de la peine de quitter le Hope. Je n’aurais jamais pensé partir dans des circonstances aussi…
-Je comprends, avoua Miller. Mais nous n’avons pas le choix. Tu souhaites protéger Lia, et moi Sophie. Ce n’est pas en restant ici que nous pourrons réussir cela.
Antoine sembla plongé dans ses pensées durant de longues secondes avant d’hocher la tête d’un air déterminé.
-Tu as raison. Allons-y.
Lorsqu’ils débouchèrent sur le pont du navire, ce fut pour rencontrer Anne, Marc, les lieutenants Carols et Morgan, ainsi que le colonel Higgans.
Ce dernier, habillé de son uniforme de cérémonie, étreignit chaleureusement Antoine puis Bruno, avant de serrer la main de Lia et Sophie, leur souhaitant bonne chance.
-Tu vas me manquer Lia, murmura Marc en la serrant contre lui. Ça sera la première fois que nous serons séparés aussi longtemps.
-Je t’écrirai, c’est promis ! Affirma-t-elle avant de serrer Anne.
-Bonne chance pour la suite ! fit cette dernière avec un sourire triste.
Lia salua ensuite leurs tuteurs, puis serra une dernière fois ses amis dans ses bras, avant de se tourner vers son tuteur qui lui souriait tristement.
-Il faut y aller, Lia, fit-il en jetant un bref regard à la porte menant à l’intérieur.
Se retournant, Lia vit que le général regardait ces adieux d’un air indéchiffrable.
Reportant son attention vers son amant, elle ajusta une dernière fois son sac à dos puis fit rouler son vélo le long de la passerelle, quittant une dernière fois ce vaisseau qu’elle avait pendant de long mois considéré comme sa maison.
Agitant une dernière fois la main en direction de ses amis, elle finit par enjamber sa bicyclette, suivant son tuteur dans les rues de Yad.
Sophie cheminait en silence à sa droite, tandis que le lieutenant Miller clôturait le convoi.
Ils ne roulèrent que durant une dizaine de minute, le lieutenant Scott s’arrêtant au coin d’une ruelle. Descendant de son vélo, il fit signe aux autres de faire de même avant de s’enfoncer dans un passage assez étroit, maintenant sa bicyclette contre lui.
-Où allons-nous ? Murmura Sophie en détaillant avec curiosité les alentours.
Le passage dans lequel ils s’enfonçaient était délimité par les murs de deux habitations assez imposantes, semblant dater d’une époque assez reculée.
-Mon tuteur nous attend un peu plus loin, répondit Scott. Nous ne pouvions pas nous permettre de le rencontrer sous les yeux d’Hokins.
Hochant la tête avec compréhension, Lia et Sophie le suivirent tout de même de près, fronçant les sourcils en notant qu’une silhouette se dessinait un peu plus loin.
-Lieutenant Muller ? Fit Antoine en allant à la rencontre de l’inconnu.
-Je ne suis plus lieutenant depuis longtemps, Antoine, rétorqua ce dernier en sortant de l’ombre pour s’avancer vers eux. Je t’ai déjà dit de m’appeler Adrian.
Le dit Adrian, étreignit longuement son ancien élève, ses yeux noirs brillant d’une lueur de fierté. Son visage, parsemé de quelques rides, reflétait un âge certain que Lia ne parvint toutefois pas à déterminer. Il passa brièvement sa main dans ses cheveux d’un blanc de neige avant de s’avancer vers Lia.
-Je suppose qu’il s’agit de la jeune Lia. Je suis ravie de te rencontrer enfin. Dans ses dernières lettres, Antoine ne me parlait que de toi.
La jeune fille rougit furieusement et jeta un bref regard en direction d’Antoine qui lui sourit tendrement. Elle s’avança ensuite vers l’homme avec un sourire.
-En effet. Je suis ravie de vous rencontrer lieutenant Muller.
-Moi aussi Lia. Et appelle-moi Adrian.
Il se tourna ensuite vers Bruno qu’il étreignit également.
-Bruno Miller, n’est-ce pas ? Fit-il malicieusement. Je me souviens du jeune garçon plein d’enthousiasme qui a franchi la passerelle pour la première fois. Vous avez bien grandit.
-En effet. Ravi de vous revoir, Adrian, fit Miller en souriant largement.
-Je suppose que vous êtes toujours aussi peu enclin à respecter les règlements ? Ajouta Adrian en le regardant avec suspicion tandis qu’Antoine éclatait de rire.
-Moi ? Fit Bruno d’un air faussement choqué. Pourtant j’étais un élève modèle…
Antoine se racla bruyamment la gorge, s’attirant le regard moqueur de son meilleur ami.
-Serais-tu enrhumé Antoine ? Lança-t-il. L’air du grand large ne te réussit pas on dirait.
Ce dernier leva les yeux au ciel.
-Et je suppose que tu es Sophie, mousse de notre cher Bruno ? Fit Muller en s’approchant de la jeune Norman qui avait suivi la conversation sans un mot.
-Oui. Ravi de vous rencontrer, répondit-elle avec un sourire.
-Moi de même.
Puis il se tourna à nouveau vers Antoine.
-Il faudrait se mettre en route dès à présent, déclara-il. D’après ce que tu m’as dit dans ta dernière lettre, il vaudrait mieux pour vous quatre de ne pas rester trop longtemps à Yad.
Tous acquiescèrent et suivirent le mentor de Scott qui les mena habilement hors de l’étroit passage, débouchant dans une rue passante.
Ils enfourchèrent ensuite leurs bicyclettes et se mirent en route, se hâtant de quitter la petite ville.
-Combien de temps mettrons-nous à atteindre votre logement ? Demanda Bruno au bout d’une dizaine de minutes.
-Deux heures à peine, répondit Adrian. Mon cottage ne se trouve qu’à quelques miles d’ici.
-Pourquoi vous isoler autant ? S’étonna Sophie. Cela ne doit pas être facile d’habiter si loin de Yad.
-Je ne vis pas seul, rétorqua Muller avec un sourire. Mon cottage se situe en bordure d’un petit village. Vous verrez, le coin est très agréable.
Miller ronchonna quelque peu mais finit par se taire sous le regard exaspéré d’Antoine qui roulait à ses côtés.
Après de longues heures de route, deux heures trente pour être exact, ils finirent par apercevoir au loin un petit groupe d’habitation, en bordure d’une forêt.
Lia sourit largement en voyant la multitude d’arbres qui se dressaient au loin. Se tournant vers son tuteur, elle vit qu’il la fixait avec un amusement non dissimulé.
-Génial, n’est-ce pas ? Souffla-t-il. Nous allons enfin pouvoir apprécier pleinement la magie dégagée par les plantes.
-Je me sens bien mieux que sur le navire, remarqua la jeune fille en fronçant les sourcils. Est-ce possible que la magie dégagée par les arbres agisse déjà sur moi ?
-C’est étrange, fit Muller qui roulait à sa droite, tu ne devrais pas ressentir cela tout de suite. En est-il de même pour toi, Antoine ?
-En effet, murmura ce dernier. C’est ce que je ressens à chaque fois que je retourne à Terre. C’est tout à fait normal, non ?
-Pas vraiment, avoua son ancien tuteur. Et vous Bruno ?
-C’est assez étrange en fait, avoua-t-il. Je pense ressentir la même chose qu’Antoine. Mais j’ai toujours supposé que cela était dû au fait que mon pouvoir était plus puissant si j’étais éloigné de la mer.
-Nous en reparlerons une fois que vous m’aurez expliqué en détail ce qui vous a poussé a quitté le Hope pour une si longue période, déclara Muller en reprenant la route. Nous approchons de mon cottage.
Hochant la tête, Antoine le suivit aussitôt, incitant les autres à le suivre.
Quelques minutes plus tard, le petit chemin de campagne qu’ils empruntaient déboucha sur une route un peu plus large et plus facilement fréquentable.
Très vite, Lia aperçut très vite la silhouette imposante de ce qu’elle supposa être le cottage du lieutenant Muller. La maison, que la jeune fille supposa avoir au moins deux étages, s’étendait sur plusieurs mètres carrés. Une petite clôture entourait un large jardin, dans lequel se trouvait un potager assez important, ainsi qu’une serre.
-Wow ! S’exclama-t-elle aussitôt.
-Impressionnant, n’est-ce pas ? Fit Muller avec fierté. Je suis certain que vous apprécierez votre séjour ici. Allez, entrez !
Il les mena à l’intérieur de la bâtisse, leur faisant signe de déposer leurs vélos dans l’allée.
- Suivez-moi ! Je vais vous montrer vos chambres afin que vous puissiez y déposer vos affaires.
Il les conduisit au premier étage, désignant un couloir exigu où l’on trouvait quatre portes, chacune étant dans un joli bois sculpté de motifs divers.
-Vous pouvez choisir la pièce que vous voulez, indiqua-t-il. Je dors au rez-de-chaussée. Vous ne risquez donc pas de me déranger.
Hochant la tête, Lia se tourna vers Antoine avec un sourire.
-Tu peux choisir, Lia, fit-il en haussant un sourcil.
-ça m’est égal, répondit-elle. Et puis, tu es déjà venu ici, n’est-ce pas ? Tu dois sûrement préférer une chambre aux autres.
-En effet, avoua-t-il. Viens, je vais te montrer.
Lui prenant la main, il l’entraina en direction de la porte la plus éloignée de l’escalier, tout au fond du couloir. L’ouvrant, ils débouchèrent sur une large pièce dont les fenêtres entrouvertes donnaient sur le vaste jardin. Les branches de l’immense chêne planté non loin venaient caresser les carreaux, laissant entrer une énergie verte réparatrice que Lia accueillit avec un soupir de soulagement.
La pièce, naturellement éclairée, d’une lumière douce mit tout de suite à l’aise la jeune fille qui déposa aussitôt son sac à dos sur le grand lit deux places qui trônait au milieu.
-Les draps sont déjà installés, indiqua Adrian qui les avait suivis à l’intérieur. J’étais sûr que vous alliez choisir cette chambre-là.
-Elle est parfaite pour deux mages verts, rétorqua Antoine avec un léger rire. Je me suis toujours sentit bien ici. Je dors bien mieux que sur le Hope.
-N’importe quel endroit est plus sûr que le Hope, désormais, marmonna Lia avec amertume.
-Il faut d’ailleurs que vous m’expliquiez ce qu’il s’est passé, fit Muller.
-Je sais, fit Scott en hochant la tête.
-Descendons, reprit l’homme. Je vais vous servir à chacun un grand verre de limonade. Et vous m’expliquerez tout ça.

Pendant ce temps, Sophie observait son tuteur poser avec précaution ses bagages sur le sol.
-Cette chambre est parfaite ! Annonça-t-il avec bonne humeur.
-Vraiment ? Rétorqua Sophie avec amusement en posant à son tour son sac à dos.
-Oui oui, répondit l’homme avec souriant largement. Elle est belle, spacieuse, donne sur la forêt. De plus, le lit est suffisamment grand pour nous deux.
Il avait murmuré cette dernière phrase avec un haussement de sourcil en direction de son élève, et eu la satisfaction de voir la jeune fille s’empourprer légèrement. Ils n’avaient pas encore franchi cette étape particulière de leur relation, mais Bruno avait de plus en plus de mal à contrôler ses pulsions lorsque Sophie était dans les parages, et il allait bientôt devoir faire quelque chose à ce sujet.
Mais, alors que Sophie ouvrait la bouche pour répondre, la tête d’Antoine apparu dans l’encadrement de la porte, alors que ce dernier leur annonçait que le lieutenant Muller les attendait au rez-de-chaussée.
Hochant la tête, Bruno s’avança à sa suite, mais s’arrêta quelques secondes à la hauteur de son élève pour échanger avec cette dernière un baiser passionné, les laissant tous les deux à bout de souffle.
-Plus tard, souffla-t-il simplement avant de disparaitre dans les escaliers, laissant une Sophie les yeux grands ouverts, qui songeait d’un air rêveur que son tuteur embrassait tout de même terriblement bien.

-Alors Drew est vraiment mort, soupira Mulller une demi-heure plus tard. Je m’étais longtemps demandé ce qu’il était devenu. Après tout, il était mon premier élève. C’était un jeune homme très talentueux, passionné par l’histoire. C’est terrible ce qu’il lui est arrivé.
-Il était encore vivant il y a quelques semaines, fit Antoine. Si seulement Hokins l’avait épargné…
-Je ne reconnais plus le général, marmonna son tuteur. Et moi qui pensais que c’était quelqu’un de bien… Je me trompais lourdement. Je comprends mieux pourquoi vous avez choisi de quitter le vaisseau.
-Pensez-vous pouvoir prendre en charge mes cours d’histoire ? Intervint Sophie en fronçant les sourcils.
-Bien sûr ! Je suis un historien aguerri. Et ma bibliothèque est bien fournie. Tu pourras y trouver tout ce dont tu as besoin.
-Merci.
-Ce n’est pas vous qui avez enseigné à Antoine la chimie ? Fit alors Lia avec curiosité.
-Oh non ! S’exclama l’homme en riant légèrement. Je ne suis pas excellent dans cette discipline, loin de là. En fait, c’est le colonel Higgans qui s’était occupé de cela, lorsqu’il enseignait encore.
-C’était un très bon professeur, fit Antoine en souriant. Mais je dois ma maitrise de la magie verte à Adrian. C’est lui qui m’a tout appris.
-Pas tout. Intervint l’homme. C’est toi qui as appliqué ta magie aux solutions que tu préparais grâce à de vieux ouvrages de la bibliothèque.
Scott baissa la tête en rougissant légèrement.
-Je suppose que tu as enseigné cette technique à Lia ? Reprit Muller.
-En effet. Cela me permet de combiner notre pratique de la magie aux cours de chimie.
- Revenons-on au problème du Hope, reprit toutefois Adrian. Vous avez tous mentionné une baisse d’énergie à bord du vaisseau, pouvez-vous m’en dire plus à ce sujet ?
-Pas vraiment, avoua Bruno. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je peux plus facilement contrôler ma magie lorsque nous sommes à Terre. J’ai toujours mis ça sur le compte de la proximité avec l’eau.
-Cela dure-t-il depuis très longtemps ?
Antoine et Bruno échangèrent un regard.
-Je ne sais pas vraiment, avoua Scott en soupirant. Plusieurs années, peut-être. Vraiment, je ne sais pas. Pensez-vous que Hokins puisse réduire notre maitrise dans le but de mieux nous contrôler ?
-Possible. Que ressentez-vous lorsqu’il invoque sa magie, lors des fêtes de Litha par exemple ?
-Des nausées, grimaça Lia.
-Un léger malaise, ajouta Sophie. Mais Bruno m’a dit que c’était dû à la nature même du pouvoir du général.
-C’est ce que mon tuteur me disait toujours, avoua Miller en souriant avec nostalgie.
-Je ne pense pas que ce soit entièrement dû à cela. Dites-moi, le général a-t-il allumé les feux en premier à Litha ?
Lia et Antoine, qui n’avaient pu participer à la cérémonie de l’année présente se tournèrent aussitôt vers Sophie et Bruno.
Ces derniers acquiescèrent.
-Comme d’habitude, déclara le lieutenant. Pourquoi ?
-Cela va peut-être paraître étrange, reprit Muller. Mais Antoine, tu as dit plus tôt que Drew pensait que Hokins aspirait une partie de votre magie, n’est-ce pas ?
-En effet. C’est ce dont il l’a accusé. Apparemment, c’était le rôle de la pierre de lune qui appartenait au Phobos et que Hokins souhaitait récupérer.
-La pierre de Lune, soupira Adrian. Un objet de grand pouvoir. On raconte qu’elle serait tombée sur terre il y a des millénaires de cela. Les mages de l’époque l’ont séparé en plusieurs morceaux qui ont été dispersés à travers Platonia. Mais la plupart ont été égaré au fil des siècles. Il n’en restait plus qu’un connu à ce jour. C’est une bonne chose que Drew l’a détruit avant de mourir. Elle était bien trop puissante.
Quelques secondes passèrent avant qu’il ne reprenne la parole.
-Quoi qu’il en soit. Il me semble que Hokins pompe une partie de votre pouvoir, en utilisant une particularité très spéciale de sa propre magie. La magie du sang permet en effet de capter la magie d’autrui afin de la transférer dans son propre corps, et ainsi la transmettre dans un autre réceptacle.
-Les feux de Litha par exemple ? Demanda Sophie.
-En effet, reprit Adrian.
-Mais dans quel but ? S’exclama Bruno. Ne donnons-nous pas déjà assez de notre pouvoir pour faire fonctionner le Hope durant une année entière ?
-Bien sûr que si, rétorqua Adrian. Il est évident qu’Hokins cherche à s’approprier vos magies dans un autre but…Mais lequel ?
-Est-il possible de recréer les propriétés de la pierre de lune ? Intervint Antoine en fronçant les sourcils.
Le lieutenant Muller prit réfléchit quelques secondes avant de répondre à son ancien élève.
-En théorie, oui. Mais il faudrait une quantité impressionnante d’énergie, et de la magie provenant de pouvoirs extrêmement variés…
-Comme les feux de Litha de chaque année ? Fit Bruno en voyant où son ami voulait en venir.
Tous sursautèrent, et dévisagèrent avec horreur le lieutenant Muller qui acquiesça faiblement.
-Mon dieu ! Souffla-t-il. C’est terrible ! Dieu sait ce qu’il pourrait faire avec un tel pouvoir.
-On ne peut pas y faire grand-chose, déclara Bruno après quelques minutes de silence. C’est déjà bien qu’on ait réussi à s’échapper du Hope. Le mieux qu’on puisse faire pour l’instant est d’écrire au colonel Higgans afin de lui annoncer nos déductions. Ce sera à lui de se débrouiller avec cela.
-Tu ne peux pas dire cela, enfin ! S’insurgea aussitôt Antoine. Pense à tous les mousses encore présents sur le navire !
-Et que peut-on faire selon toi ! Rétorqua aussitôt le jeune homme. Envoyer par la pensée des mauvaises ondes à Hokins afin de lui faire rater une marche lorsque de sa prochaine visite dans les cales ?
Sophie renifla d’amusement tandis qu’Antoine baissait la tête en soupirant.
-Calmez-vous, intervint Adrian. Ce n’est pas en se disputant que nous arrangerons les choses. Je propose de laisser tomber le sujet pour le moment. Allez-vous reposer. Vous êtes sûrement épuisés par le voyage.
Les deux lieutenants hochèrent la tête avec défaite, se levant afin de se diriger vers l’escalier menant au premier, leurs mousses sur les talons.

Lia suivit sans un mot son tuteur, le dévisageant avec malaise lorsqu’il se laissa tomber sur le lit en soupirant bruyamment.
-Antoine, fit-elle en prenant place à ses côtés. Détend-toi. On trouvera une solution.
-J’espère, marmonna-t-il en se mettant en position assise afin de se tourner vers la fenêtre. Ca me rend malade de savoir que nous sommes en sécurité ici alors que nos amis sont toujours à la merci d’Hokins.
-Ils vont savoir se défendre, souffla la jeune fille. Ils ne sont pas seuls sur le navire.
-Je sais. Mais ils ignorent complètement ce qui peut leur arriver. Il faudrait qu’on les prévienne.
-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de tout leur révéler, intervint Lia. Imagine que la lettre tombe dans les mains du général ?
-Hmm…
-Le mieux que l’on puisse faire, c’est d’effectuer des recherches dans la bibliothèque de ton tuteur. Il aura sûrement des ouvrages nous permettant de comprendre le fonctionnement de la pierre de lune, afin d’empêcher le général de la recréer.
Le jeune homme se tourna vers elle avec un léger sourire, s’allongeant à ses côtés.
-Tu as raison, avoua-t-il avec défaite, comme toujours.
-Je n’ai pas toujours raison, rétorqua Lia avec amusement. Après tout, c’est toi le professeur dans cette pièce.
Le lieutenant lâcha un léger rire avant de prendre son élève dans ses bras, lui caressant distraitement le dos.
-Je crois qu’il vaut mieux ne plus y penser pour le moment, murmura-t-il avec tendresse. Reposons-nous. Nous aurons besoin de toute notre énergie dans les jours à venir afin de rattraper tout le retard que nous avons pris dans le programme.
-Nous devons aussi essayer notre magie commune, lui rappela la jeune fille.
-Et faire des recherches à ce sujet, continua Scott en souriant.
-Et continuer les cours de chimie…
-…Et évidemment les appliquer à toute cette végétation luxuriante qui nous entoure !
Il désigna d’un mouvement de la main le chêne à l’extérieur ainsi que l’immense forêt qu’on distinguait au loin.
Ils échangèrent un large sourire.
-J’ai hâte, avoua Lia dans un souffle.
-Moi aussi. Reprit Antoine. Malheureusement je crois que mon corps n’arrivera pas à supporter tous ces efforts si je ne fais pas une longue sieste au préalable.
-Hmm.
Lia s’installa un peu plus confortablement contre l’homme, glissant sa tête dans le creux de son cou.
Ce dernier se pencha afin de venir lui effleurer les lèvres en un léger baiser avant de fermer les yeux à son tour, plongeant dans un sommeil réparateur.
-SOPHIE EMILY NORMAN ! ANTOINE REMI DOBSON ! SORTEZ D’ICI TOUT DE SUITE !
Se réveillant en sursaut, le jeune homme cligna quelques secondes des paupières d’un air hagard avant de se passer une main dans les cheveux et de se tourner vers la fenêtre d’où provenait le hurlement qui l’avait tiré des bras de Morphée.
Jetant un œil vers l’extérieur, il fut surpris de la présence de deux chevaux, qui pâturaient tranquillement dans le jardin de son ancien tuteur.
-C’était quoi ces hurlements ? Marmonna Lia qui s’était redressé sur le lit et le fixait en haussant un sourcil.
-Aucune idée, avoua-t-il. Mais il faudrait peut-être aller s’informer de la chose.
Hochant la tête, la jeune fille descendit du lit et suivit son tuteur hors de la pièce. Ils croisèrent dans le couloir Bruno et Sophie qui sortaient également de leur chambre.
-Ta mère a vraiment une voix particulière, Antoine, marmonna Bruno en grattant l’oreille gauche avec son petit doigt. Charmant.
-Ma mère ? Bafouilla ce dernier avec stupéfaction. Elle est ici ?
-Et oui ! S’exclama son meilleur ami. Et elle a une façon bien à elle de nous tirer du sommeil.
Il bailla largement.
-Ton beau-père l’accompagne, reprit Bruno. Ils ne semblent pas particulièrement contents. Je me demande pourquoi…Elle crie vraiment fort, en tout cas.
-Elle crie toujours fort, grogna Sophie qui marchait à sa droite. Surtout lorsque j’ai fait quelque chose qui ne lui plait pas.
-Ouch…Je crois qu’il vaut mieux que nous descendions, répondit son lieutenant tandis qu’un nouveau hurlement se faisait entendre dans la cour de devant.
Les quatre amis échangèrent se regardèrent en grimaçant avant de descendre à la volée les marches du petit escalier, se retrouvant en quelques secondes dans le hall avant de parvenir enfin à l’extérieur, où les attendaient déjà les deux Normans. Ces derniers, vêtus chacun d’un habit de voyage, les dévisageaient avec une fureur non dissimulée. Fureur que le lieutenant Muller tentait tant bien que mal d’apaiser en tentant une approche plus diplomatique.
-Père, mère, les salua Sophie.
-Mère, que fais-tu ici ? Demanda juste après Antoine en s’avançant vers eux.
Mais il n’eut pas fait quelques pas que la main de sa mère lui arrivait dans la figure, en une gifle bruyante qui retentit dans toute la cour.
-Que se passe-t-il ? S’indigna-t-il en se frottant la joue alors qu’il était rejoint par Lia.
-Qu’est-ce qu’il te prend, mère ? S’écria Sophie. Antoine n’a rien fait de mal.
- Comment osez-vous me demander ce qu’il se passe ? Cria aussitôt leur génitrice avec fureur. Jamais je n’aurais pensé que vous puissiez être aussi stupide ! Quitter le Hope ! Mais quelle mouche vous as piqué ? Et vos études ? Et ton poste de professeur, Antoine ?
-Mère…
-NE M’INTERROMPS PAS !
Le jeune homme, qui avait osé ouvrir la bouche, la referma aussitôt, grimaçant lorsque la femme se remit à crier.
-Et vous n’avez même pas daigné nous prévenir ! Continua-t-elle avec fureur. Et moi qui pensais que vous alliez accoster à Tylan d’ici une semaine et demie ! Heureusement que le général Hokins m’a envoyé une lettre.
Sophie grimaça légèrement à cette accusation. Il était vrai qu’elle n’avait pas encore envoyé de courrier à ses parents. Mais tout avait été tellement précipité…
-Et en plus il semblerait que toi et ton élève ayez déclenché une bagarre à bord du Phobos, Antoine ? Et l’honneur du Hope et des Earl, alors ?
-C’est le général qui t’a raconté une ânerie pareille ? S’indigna aussitôt Antoine.
-En effet ! S’exclama Mme Norman en agitant son index juste sous le nez de son fils. Ne crois pas que je ne suis pas au courant de ce qu’il se passe sur le Hope !
-Je ne me suis jamais battu, rétorqua-t-il. C’est le général qui m’a infligé mes blessures.
-Et en plus tu te permets d’accuser le général ? C’est du beau !
-Laisse-moi au moins t’expliquer ce qu’il s’est réellement passé, tenta Antoine en se rapprochant de Sophie qui reculait de plus en plus face à la fureur de sa mère.
-Et moi qui croyais que tu étais un jeune homme raisonnable, continua Emily Norman sans se soucier des paroles de son fils. Et toi, Sophie, tu l’as suivit ! Vraiment…
-Emily, le coupa son mari avec calme. Peut-être devrions-nous les laisser nous expliquer les récents évènements.
Se figeant, la femme dévisagea avec sévérité ses deux enfants qui la fixaient d’un air peiné. Elle remarqua alors que le visage de son fils était marqué par la fatigue, et qu’un bleu était encore présent sur son front.
-Bien. Expliquez-moi votre point de vue. Nous verrons ensuite.
-Formidable ! Fit alors le lieutenant Muller qui avait suivi la scène sans dire un mot. Suivez-moi, nous serons mieux à l’intérieur.

-J’espère que vous plaisantez, Antoine, fit Monsieur Norman une fois que le lieutenant eut à nouveau narré tout ce qu’il s’était produit sur le Hope.
-Malheureusement, non, rétorqua le jeune homme avec sérieux.
Il jeta un regard désolé à Lia avant de reprendre avec irritation.
-Ecoutez, je ne sais pas comment vous prouver ma bonne foi, mais le général Hokins n’est pas aussi gentil qu’il voudrait nous faire croire. Que voulez-vous que je fasse ? Que je vous montre mes cicatrices ? Nous avons été torturés, bon sang !
Il se détendit légèrement lorsque Lia, du bout des doigts, lui envoya une légère décharge de pouvoir.
-Donne-moi ta main, déclara sa mère. J’aimerais vérifier quelques choses.
Fronçant légèrement les sourcils, le jeune homme approcha toutefois son avant-bras sur la table.
Il recula légèrement lorsque sa mère invoqua son pouvoir, mais fut retenu par Monsieur Norman.
-Lâchez-moi, grogna-t-il. Je n’ai pas particulièrement envie de renouveler l’expérience de la fois dernière.
-C’est le seul moyen, rétorqua sa mère avec sévérité. Alors donne-moi ta main, qu’on en finisse.
-Bien, soupira-t-il en lui tendant sa paume.
Il gémit de douleur en sentant la magie brûlante de sa mère l’effleurer puis s’infiltrer dans son corps. Comme par réflexe, il attrapa la main de Lia qui s’était également crispé légèrement.
Observant avec attention le visage de sa génitrice, il la vit froncer les sourcils puis écarquiller les yeux avec une stupéfaction évidente.
-Impossible…
-Que se passe-t-il Emily ? L’interrogea aussitôt son mari. Qu’as-tu trouvé ?
-Il dit vrai, affirma-t-elle en rappelant à elle sa magie. Il a été torturé. Lorsqu’il tenait la main de Lia, j’ai pu ressentir également en elle des brides de magie électrique. Ils ont tous les deux été sérieusement blessés. Leurs corps commencent tout juste à s’en remettre. Mais rien ne prouve que ce soit du général dont il s’agit.
Ils dirigèrent tous deux leur regard vers Antoine qui les regardait avec gravité. A son côté, Lia avait baissé les yeux, n’acceptant que très peu que la gravité de ses blessures soit dévoilé devant tous. Elle n’en avait que très peu discuté avec Antoine, se contentant de profiter au maximum des derniers moments sur le Hope. Et puis, le départ du vaisseau et l’arrivée dans le cottage du lieutenant Muller l’avait fait oublier ces douleurs aigües qui surgissaient encore de temps à autre.
Son corps n’était pas encore tout à fait guérit, mais elle reprenait des forces de jour en jour. Et voilà que les Norman abordaient à nouveau le sujet. Elle toucha comme inconsciemment la brûlure qui s’étalaient encore sur son avant-bras gauche. C’était douloureux.
-Lia…
Relevant les yeux, elle croisa le regard tendre de son tuteur qui invoqua aussitôt sa magie afin de la soulager.
-Je t’ai déjà dit de me signaler lorsque tu as mal, murmura-t-il. Je peux te guérir. N’hésite pas à me le demander.
-Je ne voulais pas te déranger. Et puis, cela faisait déjà un jour ou deux que ce n’était plus aussi douloureux.
-La prochaine fois, n’hésite pas, d’accord ?
Elle hocha aussitôt la tête, souriant légèrement alors qu’il rappelait son pouvoir, non sans avoir effleuré par jeu la main de la jeune fille, lui envoyant de délicieux frissons.
Sophie, quant à elle, s’était rapprochée le plus possible de son tuteur, se relaxant lorsque ce dernier avait passé un bras autour de sa taille. La fureur de sa mère était quelque chose d’assez terrifiant, surtout lorsque l’on savait qu’elle maitrisait le feu, et qu’elle n’avait pas un contrôle total de sa magie lors des périodes de stress. La jeune fille avait vu plus d’une fois une tapisserie familiale finir en cendre face à la fureur de sa génitrice.
-Revenons à cette histoire plus qu’étrange, je vous prie, fit alors monsieur Norman en les dévisageant tous les deux avec suspicion.
-Vous avez eu des preuves, rétorqua Antoine. Cela ne vous suffit pas ?
Les Norman soupirèrent de concert.
-Pourquoi ne pas nous avoir prévenus ? Reprit Emily.
-Tout est arrivé si vite, soupira Antoine. Lia et moi sommes restés plusieurs jours dans le coma. Cela ne fait pas très longtemps que nous nous sommes réveillés. Il a ensuite fallut convaincre le général de nous laisser quitter le vaisseau. Je peux vous assurer que si nous avions eu plus de temps, nous vous aurions prévenu.
-Et j’ai complètement oublié, mère, ajouta Sophie. Je suis vraiment désolée. Je comptais vous écrire d’ici quelques jours, pour vous prévenir que nous ne pourrions regagner Tylan en même temps que le Hope.
-Je vois, soupira Emily avec défaite. Votre histoire me paraît tellement…invraisemblable. Je ne puis croire qu’Hokins ferait une chose pareille. C’est l’une des personnes les plus honnêtes que je connaisse.
Un ange passa, chacun ruminant sur ses propres conclusions.
-Il y a un point que nous n’avons pas abordé, reprit Monsieur Norman en dévisageant avec attention sa fille assise à côté de Miller. Il est venu jusqu’à nos oreilles une rumeur affirmant que tu avais commencé une relation avec ton tuteur, Sophie. Est-elle exacte ?
La dite Sophie se mordit la lèvre, jetant un bref coup d’œil à son petit ami avant de se tourner à nouveau vers ses parents.
-En effet, souffla-t-elle. Je ne vois pas en quoi ça vous regarde, d’ailleurs.
-Tu es notre fille, fit alors Emily. Il est normal que nous nous informions des personnes que tu fréquentes. Et il serait déplorable pour la réputation des Earl que tu sois tombée amoureuse de quelqu’un qui ne serait pas assez bien pour toi.
Miller s’agita nerveusement sur sa chaise, son regard passant rapidement de Monsieur à Madame Norman.
-Dites-moi, lieutenant Miller, fit le père de Sophie en venant poser ses deux coudes sur la table, les mains liées, quelles sont vos intentions envers ma fille ?
Le jeune homme, mal à l’aise, avala avec difficulté sa salive.
-Heu…Je…, commença-t-il.
Mais voyant que cette réponse ne semblait pas convenir à l’homme face à lui, il reprit d’une voix plus calme.
-Il est encore un peu tôt pour évoquer cela, monsieur Norman. Cela ne fait que quelques mois que Sophie et moi sommes ensembles. Mais je peux vous assurer que je tiens beaucoup à elle, et que je ne lui causerai jamais de peine. Vous pouvez compter sur moi pour prendre soin d’elle.
-Bien. Je crois que cela suffira pour le moment, dans ce cas, reprit le père de Sophie.
Le jeune homme ravala son sourire et hochant rapidement la tête, dévisageant rapidement l’homme en face de lui en voyant que ce dernier échangeait un regard désapprobateur avec sa femme.
-Bien.
Mr Norman se tourna ensuite vers Antoine qui avait suivi la conversation avec un air profondément amusé. Il était toujours cocasse d’observer les réactions que pouvait avoir son meilleur ami avec les Norman. Il pouvait passer en quelque secondes d’une humeur blagueuse à un mal être évident. Mais il ne se faisait pas de soucis pour cela. Bruno tenait à Sophie. Il était certain qu’il ne la laisserait pas tomber.
-Lieutenant Scott ?
Sursautant, Antoine reporta son attention sur le visage de Monsieur Norman qui le fixait avec impatience.
-Pardon, souffla le jeune lieutenant. Vous disiez ?
-Je vous demandais si ce qu’il en était de la relation que vous aviez évoqué l’été dernier. Vous vous rappelez sûrement que nous vous avions demandé d’envisager un mariage assez rapidement.
-Je sais, souffla Antoine en se passant une main sur le visage. J’y travaille.
-Vous y travaillez ? Reprit l’homme en haussant un sourcil. Etes-vous au moins toujours avec la même personne ?
-Bien sûr, affirma aussitôt Antoine d’un ton peiné. Je ne suis pas du genre à changer comme cela du jour au lendemain.
-Et je suppose que vous l’avez laissé sur le Hope ?
-Bien sûr que non, rétorqua le lieutenant. Je n’aurais jamais quitté le Hope sans la laisser derrière moi.
-Je ne comprends plus rien à ce que vous racontez, s’exclama Monsieur Norman. Qui est donc cette mystérieuse jeune femme ? Vous n’êtes que quatre à être arrivé ici, n’est-ce pas ? J’ai l’impression que vous vous moquez de nous lieutenant Scott.
Soupirant largement, Antoine tourna son regard vers Lia qui avait suivi toute la conversation sans ouvrir la bouche, se contentant de serrer la main de son tuteur dans la sienne.
-Je suis promis à quelqu’un, affirma le jeune homme en reportant son attention vers son beau-père.
-Pardon ?
-Je suis promis à Lia Shakeshift ici présente, reprit-il en souriant légèrement.
Le seul fait de songer à la relation qu’il entretenait avec son élève suffisait à lui étirer les lèvres en un immense sourire. A vrai dire, il se souciait peu de la réaction que pourraient avoir ses parents face à cette nouvelle. Lia et lui étaient de liés. Et les Norman allaient bien devoir se faire à cette idée car il ne comptait pas abandonner son élève, loin de là. Il comptait bien passer le restant de ses jours aux côtés de cette jeune femme formidable.
-Félicitation ! S’exclama Bruno en se levant pour venir serrer son meilleur ami contre lui. Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
-C’est tout récent, avoua Scott en rougissant légèrement.
-Petit cachotier, fit toutefois Miller en se décollant de lui pour venir prendre Lia dans ses bras.
La jeune fille, rosissant de gêne, fut ensuite serrée par Sophie et chaleureusement félicitée par le lieutenant Muller.
Elle dirigea ensuite son regard vers les Norman qui avaient assisté à la scène sans un mot.
-Félicitation, fit le père de Sophie avec raideur.
-N’êtes-vous pas heureux pour moi ? Les questionna Antoine en fronçant les sourcils. Vous souhaitiez que je me marie très vite. Et maintenant que je suis fiancé, vous n’avez pas l’air heureux. Qu’y a-t-il au juste ?
-Antoine, soupira sa mère en le fixant avec résignation. Peut-être que Lia n’est pas la mieux placée pour devenir ta femme. Elle devra endosser le rôle de mère de l’héritier. Et avec ses antécédents familiaux…
-Quels antécédents ? Intervint la jeune fille.
-Votre père a été banni du Hope, jeune fille, rétorqua monsieur Norman. Et, d’après les dire du lieutenant Scott, votre mère ne semble pas à même d’élever correctement des enfants. Peut-être ne serez-vous pas capable de…
- Comment osez-vous ? Intervint aussitôt Scott en le fusillant du regard. Vous ne pouvez pas juger Lia en la comparant simplement avec ses parents. Elle vaut bien mieux que ça !
-Antoine…
-Non mère, laisse-moi finir ! Je n’arrive pas à croire qu’une chose aussi futile puisse vous arrêter. Vous m’avez accueilli à bras ouvert malgré la façon dont s’est comporté mon père avec moi.
-C’est différent, lieutenant. Vous êtes l’héritier. Je pourrais vous présenter des dizaines de jeunes femmes de bonne famille…
-Sauf que c’est de Lia dont je suis tombé amoureux, soupira Antoine en les fixant avec dégoût.
-Mais que vont dire les gens ? Certaines familles sont prêtes à tous pour discréditer les Earl, et ainsi regagner un peu de prestige.
Le jeune homme dévisagea avec une stupéfaction évidente son beau-père.
-Alors c’est cela ? Souffla-t-il. Il n’y a que le prestige des Earl qui vous intéresse ? Peu importe mon bonheur, vous espérez seulement que je remonte sur le trône afin de vous apporter plus de gloire, n’est-ce pas ?
-Ce n’est pas ce que tu crois, tenta Emily en voyant que son fils semblait avoir perdu le tempérament calme qui le caractérisait.
-Pourquoi ne pas accepter ma relation avec Lia ? Rétorqua-t-il. Le fait que Sophie ai une relation avec Bruno ne semblait pas vous déranger.
-C’est différent, contra le père de cette dernière. Ils ne sont pas fiancés. Leur idylle ne durera pas.
-C’est totalement faux ! s’exclama alors Bruno en se levant. Ce n’est pas parce que Sophie et moi sommes ensemble depuis moins longtemps qu’Antoine et Lia que je ne tiens pas à elle. Je l’aime, monsieur Norman. De tout mon cœur. Et soyez bien sûr que je ne la laisserai pas tomber de sitôt.
-Lieutenant Miller…
-Vous me dégouter ! Lâcha Bruno. Si un jour j’ai des enfants…
-Ne nous parlez pas sur ce ton, lieutenant Miller, s’indigna Monsieur Norman. Vous ne savez pas à qui vous vous adressez.
-Oh ! Je sais. Je sais très bien ! Vous êtes…
-Bruno ! Le coupa alors Sophie en s’interposant entre lui et ses parents. Calme-toi, s’il te plait.
-Désolé, marmonna le jeune homme en prenant une grande inspiration afin de se calmer.
Il se détourna quelques secondes des parents de la jeune fille, prenant cette dernière dans ses bras avec tendresse afin de lui déposer un baiser sur les lèvres.
-Mais ils le méritent entièrement, reprit-il en dévisageant le couple avec fureur. Parler de ses enfants de cette façon c’est…cela dépasse l’entendement. Je préfère m’en aller avant de m’énerver encore plus.
Puis, sans rajouter un mot, il fit demi-tour, se dirigeant vers l’escalier afin de regagner sa chambre.
Sophie, sans un regard pour sa famille, se précipita aussitôt à sa suite.
Antoine, quant à lui, soupira largement et serra Lia contre lui avant de reporter son attention vers sa mère.
-Je vais également me retirer, déclara-t-il. Je voulais juste que vous sachiez qu’il ne faudra pas compter sur moi pour reprendre le flambeau des Earl si je vous me séparez de Lia. Navré que vous vous soyez dérangé pour nous. Au revoir mère, monsieur Norman.
Sans attendre, il fit volteface, empruntant le même chemin que Bruno quelques secondes plutôt. Il fut aussitôt suivit par Lia qui ne souhaitait pas rester en tête à tête avec les Norman.
-Vous n’auriez pas dû faire cela, entendit-elle alors qu’elle s’éloignait. Ce n’est pas en leur faisant perdre confiance en vous que vous les aiderez à se remettre de leur départ du Hope. Ils ont besoin qu’on les soutienne.
-Cela ne vous regarde en rien, lieutenant Muller. Laissez-nous décider ce qui est bon pour ma lignée. Il faut…
Mais elle fut ensuite trop loin pour saisir les paroles que les trois personnes restées dans la pièce échangeaient avec vivacité.
-Laisse les, Lia, fit Antoine en se retournant. S’ils ne sont pas capables d’accepter notre relation, alors ils ne valent même pas la peine qu’on s’intéresse à eux.
Quelques secondes passèrent, durant lesquelles la jeune fille continua son cheminement sans un mot.
-Tu penses que j’ai tort, n’est-ce pas ? Finit par soupirer Antoine.
-Tu as de la chance d’avoir encore un de tes parents qui tient à toi. Tu devrais en profiter.
-Lia…
-Tu sais que j’ai raison, Antoine, soupira-t-elle à nouveau. Ce n’est pas le moment de se fâcher avec les Norman. Avec tout ce qui s’est produit à bord du Phobos…
-Il est inutile d’y retourner maintenant, déclara le jeune homme alors qu’ils arrivaient à leur chambre.
Antoine toqua discrètement à la porte de Bruno avant d’entrouvrir cette dernière.
-Bruno ? Sophie ? Pouvons-nous entrer.
-Vas-y, Antoine. Du moment que tu ne viens pas prêcher la bonne parole des Norman.
-Aucun risque, renifla-t-il avec amusement avant d’entrer dans la pièce, très vite suivi par Lia.
Sophie, allongée sur le lit, fixait le plafond avec attention, tandis que Bruno était assis dans un coin de la chambre, ruminant sur la dispute qui venait d’avoir lieu.
-Comment te sens-tu ? Demanda Antoine en s’approchant de sa sœur.
-Bof. Il s’est produit exactement ce que je craignais. Je pensais bien que mes parents allaient réagir comme cela. Pour eux, je suis toujours une petite fille. Ils considèrent tous mes choix comme immatures. Ma relation avec Bruno, par exemple.
-Laisse-leur le temps de s’y faire, souffla-t-il. L’altercation que nous avons eu avec eux les fera sûrement réfléchir.
-J’espère.
Un ange passa.
-ça vous dirait d’aller faire un tour ? Reprit Antoine avec enthousiasme.
-Ce serait formidable, grogna Miller. Sauf que sortir d’ici nous oblige à passer devant ta mère, Antoine.
-Pas si je vous fais découvrir un passage que seul mon tuteur connait.
-Un passage secret ? Fit Lia avec un large sourire.
-Pas vraiment, avoua-t-il. Mais on peut toujours passer par la fenêtre grâce à l’échelle accrochée au mur de la façade arrière.
Lia le fixa quelques secondes en haussant un sourcil avant de lâcher un léger rire.
-Je suis partante, affirma-t-elle. Je donnerai n’importe quoi pour aller faire un tour dans les bois que nous avons vu en arrivant.
-Ce n’est pas dangereux au moins ? Demanda Sophie en fronçant les sourcils. Je ne voudrais pas que mes parents soient encore plus en colère si je me casse quelque chose.
-Ne t’inquiète pas, lui lança Miller. Je serai là pour te rattraper si besoin est. Et, pour le moment, je me fiche un peu de ce que tes parents pourront penser.
-Ma mère te ferait passer un mauvais quart d’heure si elle entendait cela, sourit Antoine à son meilleur ami.
-Sauf qu’elle ne m’entend pas. Et si je suis resté sur le Hope après mes trois ans d’étude, c’est pour échapper au contrôle de ma mère, pas pour en retrouver une autre.
Sophie étouffa un rire en se souvenant de la semaine passée l’an dernier chez les parents du lieutenant Miller. Elle avait découvert des gens charmants, prêts à tout pour faire plaisir à leur fils. Mais la mère du jeune homme était en effet assez envahissante, voulant tout savoir sur les moindres faits et gestes de son fils.
-Allons-y, reprit Bruno en se levant. Je n’en peux plus d’être enfermé ici. J’ai besoin de prendre l’air. Elle est où cette échelle ?
-Suivez-moi, fit Scott en sortant de la pièce.
Il les guida jusque dans sa chambre, et se dirigea vers la fenêtre donnant sur le jardin arrière, l’ouvrant en grand.
Se penchant largement, il finit par enjamber l’appui de fenêtre, faisant signe aux autres de venir le rejoindre.
-L’échelle est toujours là, annonça-t-il. Je vais passer en premier, histoire de vérifier que les barreaux tiennent encore le coup. Après tout, ça fait bien six ans que je ne suis pas venu ici.
Il descendit avec précaution les barreaux de l’échelle en métal accrochée à la toiture, testant la solidité de celle-ci.
Une fois arrivé en bas, il fit signe aux autres de le suivre.
Grimaçant, Lia s’élança alors lentement, très vite suivit par Miller puis par Sophie.
Elle ne mit que quelques secondes pour arriver en bas, s’accrochant avec force aux barres de métal. Elle avait toujours détesté les hauteurs, même s’il lui arrivait de grimper aux arbres dans le but d’échapper à Jérôme. Les jambes tremblantes, elle finit par être réceptionnée par Antoine qui la serra aussitôt contre lui.
-ça va ? Souffla-t-il. Tu n’a pas l’air bien.
-Vertige, marmonna-t-elle. Ca ira mieux d’ici quelques minutes.
-Rassure-toi, lui murmura-t-il à l’oreille, tu n’es pas la seule. Il lui désigna du doigt son meilleur ami qui s’agrippait tant bien que mal à l’échelle, un air tétanisé sur le visage.
-ça va lieutenant Miller ? Lui cria Lia.
-ça va. Ca va, grogna-t-il en sautant les derniers barreaux avec un soupir de soulagement. Et nous ne sommes plus sur le Hope, désormais, appelle moi Bruno, et tutoie-moi.
-Très bien.
-Allez Sophie ! S’exclama Bruno en l’attrapant par la taille.
-Bruno ! Cria cette dernière avec surprise. J’ai failli tomber !
-Mais non. Je te tiens ma Sophie.
Il se pencha pour lui déposer un baiser dans le cou, la serrant contre lui.
-Il vaudrait mieux nous mettre en route, annonça Antoine avec un sourire. Je ne souhaite pas avoir une nouvelle altercation avec les Norman.
-Allons-y alors, déclara Miller sans lâcher la main de Sophie.
Longeant la bâtisse, Antoine les emmena ensuite dans le fond du jardin arrière, désignant un passage dans la clôture. Ils s’y faufilèrent aussitôt, retrouvant ensuite avec plaisir les petites routes de campagne qu’ils avaient emprunté quelques heures plus tôt.
Lia respira avec bonheur l’air frai, teinté d’un parfum de chlorophylle mêlé à la fragrance si agréable de la forêt qui s’étendait devant eux.
Son tuteur les entraina dans un petit sentier serpentant entre chênes et boulots, zigzaguant dans ce paysage magnifique.
Au grès de leurs pérégrinations, elle caressait avec bonheur l’écorce des arbres, laissant parfois ses doigts effleurer les feuilles des fougères ou autres arbustes longeant le chemin.
Elle sourit largement en voyant que son amant faisait de même. Il semblait d’ailleurs reprendre des couleurs au fur et à mesure de son contact avec les végétaux environnants, les traces de fatigue s’effaçant comme par magie de son visage. Il avait délaissé sa veste et retroussé les manches de sa chemise, et Lia put observer avec un froncement de sourcil les quelques cicatrices encore présentes sur ses avant-bras réduire nettement puis s’effacer.
-Impressionnant, n’est-ce pas ? Commenta Bruno. Sa magie est en train de guérir ses blessures. C’est la première fois que c’est aussi rapide et efficace, néanmoins. Je me demande pourquoi…
Lia haussa un sourcil en direction de son tuteur qui se contenta de l’aider à retirer sa veste avant de lui déboutonner les manches de sa chemise afin de les remonter.
-Regarde Lia.
Baissant la tête, la jeune fille écarquilla les yeux en notant que les lignes blanches ou rosées qui serpentaient habituellement sur ses avant-bras avaient désormais disparu.
-Comment…Balbutia-t-elle. C’est la première fois que notre…que ma magie réagit ainsi.
-Je crois avoir une idée, Lia. Mais…
Il dirigea son regard vers Bruno et Sophie qui les regardaient avec interrogation.
-Vous avez découvert d’où provenait votre lien, déclara Miller avec un sourire. N’est-ce pas ?
-En effet, déclara Antoine. J’avais prévu de vous en parler. Mais vous devez me promettre de ne répéter à personnes ces informations. D’après le colonel Higgans, cela pourrait être dangereux que des personnes malintentionnées apprennent cela.
-Très bien. Fit Miller. Je ne dirais rien.
-Moi non plus, affirma Sophie. Tu peux me faire confiance.
-Bien, avez-vous déjà entendu parler des liés ?
Miller secoua la tête, mais Sophie sourit largement avant de lâcher un léger rire.
-Ma mère me racontait souvent des histoires à ce sujet, lorsque je n’étais qu’une petite fille. Les liés sont comme des âmes sœurs. Ils sont destinés à se rencontrer et à tomber amoureux. Ma mère disais que deux liés s’aimeraient éternellement, et seraient heureux tout au long de leur vie. C’est le rêve de toutes les petites filles d’être lié à quelqu’un.
Antoine et Lia échangèrent un bref regard amusé avant que le jeune homme ne reprenne la parole.
Il leur expliqua avec calme tout ce qu’ils avaient pu apprendre grâce au grimoire trouvé dans la bibliothèque du Hope (grimoire qu’ils avaient d’ailleurs « emprunté »), ainsi qu’aux explications fournies par le colonel Higgans.
-Wow ! s’exclama Sophie lorsqu’ils eurent finit. Alors ça veut dire que Lia et toi êtes liés l’un à l’autre ?
-Il semblerait, affirma Antoine. C’est la seule explication que nous avons pu trouver quant à la réaction que nous obtenons chaque fois que nos deux magies entrent en contact.
-Que ressentez-vous exactement ? murmura la jeune fille.
-Une légère décharge, avoua Lia en invoquant sa magie pour effleurer le bras de son tuteur. C’est très agréable. Et j’ai l’impression que cela s’est intensifié depuis…
-Depuis que nous nous sommes promis l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Finit Antoine. Je l’ai ressenti également. Je pense que l’hypothèse des liés n’est plus à écarter désormais. Ma magie est devenue également plus puissante. C’est grâce à cela que je peux me guérir en quelques secondes. Il en est de même pour toi, Lia. Nous avions juste besoin de retrouver la présence des arbres pour regagner des forces.
-Avez-vous déjà essayé d’invoquer votre magie ensemble ? demanda Miller.
-Seulement lors de Litha, l’année dernière, avoua Antoine. Il faudra qu’on essaye de maitrise cette magie commune. Ça pourrait être très utile par les temps qui courent.
Le reste de l’après-midi de déroula calmement. Les quatre amis flânèrent dans la forêt puis jusqu’au village.
Ce dernier se composait d'une vingtaine de bâtisses séparées par deux ou trois ruelles, le tout entouré par les champs alentours. Nos quatre voyageurs furent quelque peu dévisagés au premier abord par les habitants locaux, avant qu'Antoine ne leur explique ce qu'ils faisaient ici. Tous semblaient connaître le lieutenant Muller, et les accueillir donc chaleureusement.
-C'est sympa, ici, commenta Sophie alors qu'elle était allongée avec son tuteur dans une prairie en amont du village.
Lia et Antoine étaient en pleine discussion avec la guérisseuse du village au sujet des herbes utiles dans la région. Sophie et Bruno, épuisés par les évènements récents, avaient préféré battre en retraite, et profiter du cadre champêtre pour prendre quelques minutes de repos.
-Ouaip, murmura Miller avec un sourire, alors qu'il se tournait vers elle. Ca me rappelle un peu la campagne Tylannienne. Heureusement que ta mère n'est pas un élément caractéristique du paysage local.
-Bruno...Gémit la jeune fille avec exaspération. Pas maintenant. Pas après ce qu'il vient de se produire.
-Désolé, murmura l'homme avec une sincérité visible.
Se redressant, il vint encercler son élève par l'arrière, déposant un léger baiser dans sa nuque, alors que ses doigts se glissaient sous la chemise de la jeune fille.
S'amusant des frissons provoqués par ce contact, il fit lentement glisser ses doigts sur la peau de Sophie, lui caressant son ventre, remontant juste à la limite de son sous-vêtement tandis que sa bouche continuait de parsemer de baisers la nuque de Sophie.
-Bruno...
Soupirant de concert, le professeur et l'élève fermèrent les yeux, alors que Sophie faisait volte-face, capturant avec passion les lèvres de Miller, tandis que ses doigts se glissaient à leur tour sous les vêtements de l'homme.
-Il va falloir qu'on s'arrête, Sophie, murmura Bruno d'une voix rauque. Sinon je ne suis pas sûr de pouvoir me contrôler.
La jeune fille haussa un sourcil moqueur, avant d'effleurer avec une innocence feinte la légère bosse déformant le pantalon de l'homme.
-Sophie, je t'en prie..., gémit Miller de plus belle.
Le souffle court, il fit de son mieux pour s'éloigner de son élève, tout en la fixant intensément, le regard voilé par le désir.
Cette dernière n'en menait pas non plus bien large. Les caresses et baisers de son tuteur n'avaient rien fait pour calmer ses hormones, lesquelles étaient étrangement actives depuis plusieurs jours.
-J'en ai envie, Bruno, lui souffla-t-elle doucement. J'ai envie de pouvoir découvrir ton corps, et de me laisser aller à cette passion qui me dévore chaque fois que je suis près de toi.
Pour seule réponse, l'homme l'embrassa passionnément, prenant toutefois garde à ne pas laisser ses mains s'égarer trop.
-Dès que nous serons rentrés, et que tout le monde se sera séparé pour la nuit, murmura-t-il.
Il laissa le reste de la phrase en suspend ; délicieuse promesse de la soirée à venir...

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:33

Chapitre 18
(Chapitre où la cohérence commence à devenir de l'histoire ancienne...)


Ils ne revirent pas les Norman, ces derniers ayant quitté, d’après les dires d’Adrian, son cottage quelques heures plus tôt.
Les jours passèrent calmement, Lia et les autres s’habituant peu à peu au calme de la vie cam-pagnarde, si différente de celle dont ils avaient l’habitude à bord du Hope.
-Le Hope part demain.
-Je sais, Lia, murmura Antoine. Si tu regrettes notre départ, c’est le moment d’y retourner.
-Qui t’a dit que je regrettais quoi que ce soit ? Rit la jeune fille en dévisageant avec amusement son lieutenant. J’adore être ici ! Je n’ai aucun regret.
Elle releva les yeux, contemplant la clarté rosée du ciel en cette fin de journée. Ils étaient tous les cinq rassemblés dans le jardin arrière d’Adrian, profitant de la fraicheur ambiante contras-tant agréablement avec la canicule présente lorsque le soleil était encore haut dans le ciel.
Cela faisait six jours qu’ils avaient emménagés dans le cottage du mentor d’Antoine. Ce laps de temps leur avaient permis de prendre leurs marques, Lia, Bruno et Sophie découvrant rapide-ment la région. Rapidement, ils avaient mis en place un planning pour chaque jour, se laissant du temps pour pratiquer la magie ou avancer dans leurs leçons. Ainsi, pendant que Sophie et Bruno parcouraient avidement la bibliothèque d’Adrian sous les conseils avisés de ce dernier, Lia s’était rendu avec son tuteur au sous-sol de la bâtisse afin de remettre en état le petit laboratoire qui servait de temps à autre à Adrian. En quelques jours, l’endroit était comme neuf. Et, même s’ils ne bénéficiaient pas d’instruments de qualité égale à ceux présents sur le Hope, ils avaient accès à une gamme bien plus large de plantes en tout genre, leur permettant d’avancer bien plus rapidement dans leur cours que sur le vaisseau. Ils avaient également expérimenté leur magie commune, tentant de petites expériences à l’aide de solutions peu dangereuses, ou tout simplement en s’entaillant un doigt ou la main afin de tenter de le guérir ensuite. Mais cela les épuisait énormément. Et ils avaient beaucoup de mal à se concentrer sur l’exercice à accomplir avec les doux frissons qui se propageaient sans cesse dans leur corps.
-Comptez-vous aller voir le départ du navire, demain matin ? Demanda Adrian.
-Non, fit aussitôt Bruno. Surtout pas. Hokins serait capable de trouver un prétexte pour nous attirer à nouveau à bord. Je crois qu’il est plus prudent de rester ici. D’autant que pour le mo-ment les nouvelles que nous avons eu sont loin d’être bonnes.
En effet, ils avaient reçu la veille une lettre de leurs quatre amis restés sur le vaisseau. Ces derniers avaient décrit la situation présente comme extrêmement tendue, peu propice à la confiance. Ils n’avaient donc pu mettre au courant d’autres membres de l’équipage, de peur que le général ait vent de leurs dires.
-J’espère que ça s’arrangera, soupira Sophie. Marc et Anne sont obligés de rester à bord. Il pourrait leur arriver quelque chose.
-Pour le moment nous ne pouvons y faire grand-chose, rétorqua Antoine. Je sais que tu te fais du souci pour eux, Sophie. Mais pour l’heure nous n’avons pas trouvé de solutions au problème. Nous ne pouvons empêcher Hokins d’arriver à ses fins.
-Il faudrait pouvoir détruire la pierre qu’il fabriquera, remarqua Lia, ou même le priver de ses pouvoirs. Mais c’est impossible.
-Nous finirons bien par trouver une solution, déclara Muller. Il suffit de chercher.
-Comment ton père as-t-il fait pour détruire la pierre de lune, Lia ? Lui demanda Bruno avec intérêt. Peut-être pourrions-nous utiliser la même méthode.
-Je l’ignore, avoua la jeune fille en secouant la tête. Il est mort avant d’avoir pu nous en informer. Mais il a dit que les mages verts avaient plus de facilité à la contrôler. Peut-être a-t-il tout simplement utilisé son pouvoir. Il était puissant, n’est-ce pas ?
-Très. Répondit le lieutenant Muller. C’était l’un de mes meilleurs élèves, juste devant Antoine.
-Avez-vous déjà essayé de détruire une pierre de pouvoir, Adrian ? Le questionna Bruno.
-Non. Cela ne m’est jamais venu à l’idée, avoua ce dernier. Ces pierres sont tellement utiles. Mais peut être…
Fouillant dans la poche de son pantalon, il ressorti un fragment de roche que Lia reconnu comme étant de la Tourmaline, roche assez puissante très présente dans les environs. Il lui avait fallu quelques temps et de nombreux essai infructueux avant d’arriver à toucher puis contrôler pleinement cette pierre sans risquer de se brûler ou d’absorber une quantité de magie trop importante. Elle regarda avec intérêt le lieutenant casser une petite partie de la roche qu’il tint ensuite dans sa paume droite, avant d’invoquer sa magie.
Durant de longues secondes, le morceau de roche ne changea pas, se contentant de scintiller sous l’effet du pouvoir de l’homme. Mais, très vite, il se mit à trembler dans sa paume et de légères fissures commencèrent à serpenter tout au long de sa circonférence, le faisant éclater quelques secondes plus tard en un minuscule feu d’artifice vert et jaune.
-Wow ! S’exclama Sophie, impressionnant !
-Je suppose que Drew a utilisé cette méthode, soupira Adrian. Mais il a dû utiliser une quantité de magie impressionnante.
Il soupira, grimaçant légèrement alors qu’il récupérait de l’énergie à l’aide du morceau de roche restant.
-C’est épuisant, avoua-t-il. Mais peut être qu’avec de la pratique cela devient moins fatiguant. Ou bien…
Il releva aussitôt le regard pour fixer Antoine et Lia avec intensité.
- Pourriez-vous essayer de faire de même ? Leur demanda-t-il en cassant un autre morceau de Tourmaline. Peut-être qu’en joignant vos deux magie vous obtiendrez un résultat plus intéres-sant.
Hochant la tête, Antoine posa sa main sur la table de jardin autour de laquelle ils étaient instal-lés, laissant Lia venir apposer sa main dans la sienne. Adrian déposa ensuite le morceau dans la paume ouverte de la jeune fille.
Les deux liés échangèrent un bref regard avant d’invoquer tous les deux leur magie, l’appliquant aussitôt sur la pierre. A leur plus grand étonnement, il ne fallut que quelques secondes avant que cette dernière n’éclate bruyamment, projetant une légère explosion verdâtre dans les airs.
-C’est…explosif ! Plaisanta Bruno en détaillant avec intérêt le petit nuage de fumé qui se dissi-pait peu à peu dans l’air. Vous pouvez faire la même chose avec le général ?
-Bruno…Soupira Antoine en levant les yeux au ciel.
-Pour le moment c’est un peu prématuré, avoua Lia en baissant les yeux. Notre magie est peut être puissante, mais nous ne sommes pas encore capables de la contrôler.
-Vous avez un an pour vous y entrainer, déclara Adrian. C’est largement suffisant pour que Lia devienne un mage vert accompli, et pour que vous parveniez à contrôler ce pouvoir.
-Peut être pourrions-nous essayer la même chose, Bruno. Fit Sophie. Même si nous ne ressentons pas de décharge, nos magies ont exactement la même couleur, peut être qu’un lien entre elles existent aussi.
-Peut-être, marmonna le jeune homme avant de bailler largement.
-Quelqu’un a besoin de dormir, le taquina Antoine. Tu n’as pas eu ton compte de sommeil la nuit dernière, Bruno ?
Il sourit largement en voyant sa sœur et son meilleur ami prendre une belle teinte rouge brique avant d’échanger un bref regard avec Sophie. Cette dernière baissa détourna le regard, fermant brièvement les alors que les images de la nuit précédente refaisaient surface dans son esprit. Elle frissonna en sentant la main de Bruno rejoindre la sienne.
-Allez, au lit tout le monde, lança Adrian en se levant. On commence à ne plus y voir clair. Et il vaut mieux que vous soyez tous en forme pour demain, au cas où Hokins déciderait de revenir vous chercher.
Tous sourirent. Mais les visages restèrent tendus, et c’est avec une insécurité pesante que Lia se glissa dans les draps contre son tuteur. Elle espérait que tout allait bien se passer, qu’ils allaient enfin pouvoir apprécier une année tranquille.

Marc soupira une énième fois depuis le début de la journée. Accoudé au bastingage, il observait pensivement l’océan. La brillance de ce dernier contrastait ironiquement avec l’atmosphère lourde régnant sur le Hope. Cela faisait maintenant six jours qu’ils avaient quitté le port de Yad, six jours que Lia, Sophie, et leurs tuteurs s’étaient enfui loin d’Hokins. Le jeune homme avait espéré pendant un temps les voir le jour du départ du navire, mais il s’était finalement rendu à l’évidence que cela était trop dangereux pour eux. Pour le moment, le général ne s’était adressé à l’équipage que pour signaler que les évènements s’étant déroulé lors de la rencontre avec le Phobos devaient être oubliés. Il n’avait mentionné ni Lia, ni son tuteur, mais Marc avait très vite compris que la fureur brillant dans les yeux de l’officier étaient principalement dirigée contre eux.
-Marc ?
Se retournant, le jeune homme sourit à Anne, qui venait de le rejoindre. Il s’était énormément rapproché de la jeune fille ces derniers mois, grâce aux cours qu’ils partageaient chaque jour. Lia et Sophie semblaient toujours ensemble, lui faisant presque regretter le temps où il n’y avait que Lia et lui, seuls au monde. Il avait pendant un temps éprouvé des sentiments allant plus loin que l’amitié pour sa meilleure amie, mais s’était vite rendu compte que la jeune fille ne le voyais pas ainsi. Aujourd’hui, elle était engagée dans une histoire sérieuse avec son tuteur. Mais Marc avait trouvé en Anne la personne idéale, bien qu’il ne lui eu pas encore avoué ce qu’il ressentait réellement.
La suivant en direction de l’intérieur du Hope, il fit le souhait que cette année se passe pour le mieux, et que le général ne tente rien contre eux.

Higgans observa en un soupir les deux troisième année quitter le pont, s’enfonçant dans les couloirs. Il allait devoir prendre régulièrement contact avec ces deux-là, afin d’avoir des nou-velles des quatre membres de l’équipage restés à Yad. Ces derniers jours, il avait observé avec attention le général, afin de discerner une faille dans son comportement, quelque chose prou-vant qu’il n’était pas honnête. Il espérait ainsi le dénoncer au consortium, à la prochaine escale. Mais, malheureusement, l’officier n’avait rien fait d’interdit. Il s’était contenté d’être de mau-vaise humeur, criant sur ses subordonnés, et s’enfermant longuement dans son bureau, jusqu’à des heures tardives. Profitant de ces moments de calme, Higgans avait parcouru une partie de la bibliothèque, à la recherche d’information sur les mages de sang, ou encore sur la famille Earl. Pour le moment, il n’avait rien trouvé d’intéressant, mais espérait toutefois y parvenir.
-Colonel, que faites-vous ici ?
Se retournant, il grimaça imperceptiblement avant de se mettre rapidement au garde à vous.
-Général ! S’exclama-t-il. Je prenais juste l’air quelques minutes. Je m’apprêtais à reprendre mon poste.
-Alors dépêchez-vous, Higgans ! Ce n’est pas en vous prélassant au soleil que les dossiers que je vous ai demandé seront remplis.
-A vos ordres !
Ronchonnant quelque peu, le colonel retourna vers sa cabine, soupirant en découvrant la pile de dossier qui l’attendait encore. Comme chaque année, il devrait remplir une fiche d’information pour chaque nouvel élève, y renseignant leur provenance, leur pouvoir, ainsi que d’autres informations personnelles. Il n’avait jamais vraiment vu l’utilité de ce genre de chose. Mais, si le général le demandait, il ne pouvait faire autrement que d’obéir.
Soupirant à nouveau, il se replongea rapidement dans ses papiers, observant distraitement la mer à travers le hublot de sa cabine.
-Allez, au boulot !

Quelques jours plus tard, c’est avec une inquiétude grandissante que le colonel dénicha dans un des recoins de la bibliothèque des parchemins dont il n’avait à ce jour pas eu connaissance. Il fronça les sourcils en notant que ces écrits étaient les seuls intacts sur cette étagère. Visible-ment, personne ne venait jamais ici, à part pour s’intéresser apparemment à ces fameux rou-leaux.
-Je me demande…
Les déroulant avec précaution, il fronça les sourcils en détaillant l’écriture visiblement manus-crite, appartenant sans aucun doute au général.
-Les pouvoirs de chaque membre de l’équipage, les familles et héritages de chacun, marmonna-t-il…Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Il écarquilla les yeux en découvrant quelques lignes plus loin une liste d’ingrédients bien particuliers, certains faisant froid dans le dos, ainsi qu’un autre inventaire de magie.
-Une pierre de lune, murmura-t-il. Une pierre de lune ! Alors c’est ça !
-Colonel ?
Sursautant, l’officier cacha aussitôt les rouleaux sous sa veste d’uniforme, avant de faire volte-face, découvrant derrière lui les lieutenants Carols et Morgan.
-Lieutenants, les salua-t-il, que puis-je pour vous ?
-Nous souhaitons vous prévenir d’ors et déjà que nous ne resterons pas sur le Hope l’année prochaine, annonça Alvin en soupirant.
-Je prend note de votre requête, répondit-il en hochant la tête. Puis-je connaître les raisons de votre départ ?
Alvin et Clare échangèrent un bref regard, avant que la jeune femme ne reprenne la parole.
-Comme vous le savez sûrement, Alvin et moi partageons une relation depuis quelques années. Nous nous sommes fiancés l’année dernière. Et, avec les règles instaurées par le général Hokins, il nous est interdit de nous marier tout en continuant de servir sur le Hope.
-Toutes mes félicitations, dans ce cas, fit le colonel avec un sourire sincère. Mais ce n’est pas la seule raison, n’est-ce pas ?
Le lieutenant Morgan soupira.
-L’atmosphère sur le Hope est devenue de plus en plus pesante, depuis que nous avons rencontré le Phobos. Le lieutenant Scott nous a brièvement narré sa version des faits, qui nous semble bien plus véridique que celle du général. Nous ne souhaitons pas rester ici. Dès que nos mousses auront atteint officiellement le rang de mage.
-Bien, reprit le colonel.
Après avoir jeté un coup d’œil aux alentours afin de vérifier qu’ils étaient seuls, il reprit la parole en baissant la voix.
-Sachez que je crois également la version du lieutenant Scott. J’ai des raisons de croire que le général cherche à fabriquer une pierre de lune. Par contre, j’ignore dans quel but. Si vous avez des informations à ce sujet de la part de nos quatre expatriés, n’hésitez pas à m’en faire part.
-A vos ordres ! S’exclamèrent aussitôt les deux fiancés.
-Veuillez nous excuser, fit Alvin. Mais nous devons retrouver nos mousses. Ils doivent sûrement avoir terminé l’exercice que nous leur avions demandé.
-Bien sûr, je comprends tout à fait. Je ne vais pas vous retenir. Bonne journée lieutenants !
-A vous aussi !

Lorsqu’Higgans quitta la bibliothèque, une demi-heure plus tard, c’est avec un frisson qu’il découvrit son supérieur étudiant à l’une des tables adjacente à l’étagère qu’il avait méticuleusement exploré. Sentant le regard du général dans son dos, c’est avec précipitation que le colonel sortit de la pièce, une légère nausée l’efforçant toutefois de s’arrêter quelques secondes.
-Un problème colonel ?
-Non monsieur, souffla-t-il en essayant de se stabiliser. J’ai juste dû prendre froid.
Les deux officiers s’évaluèrent du regard quelques secondes avant que le plus vieux ne reprenne la parole.
-J’espère que vous irez mieux, dans ce cas. Et évitez de venir trainer dans ce coin de la biblio-thèque. Vous risqueriez de tomber sur des informations que vous ne souhaitez pas connaître, croyez moi.
-Bien général, marmonna Higgans en prenant une large inspiration.
-Vous devriez vraiment aller vous allonger, colonel, reprit l’officier. Vous n’avez vraiment pas l’air bien.
Ouvrant la bouche pour répondre, l’homme la referma aussitôt alors que des douleurs plus importantes apparaissaient. Sa vision se troubla, et il ne put se stabiliser cette fois, s’effondrant sur le sol.
Avant de perde conscience, il eut le temps de percevoir un cri, provenant de l’infirmière du vaisseau, tandis qu’Hokins lâchait un grognement.

Anne ouvrit péniblement les yeux, alors que son tuteur la secouait doucement pour la tirer du sommeil.
-Lieutenant ? Marmonna-t-elle en se redressant. Quelle heure est-il ?
- Cinq heures du matin, Anne. Désolé de te réveiller si tôt, mais nous devons nous entretenir d’urgence avec le colonel.
-Si tôt ? fit-elle en se levant. Mais pourquoi ?
-Le colonel Higgans a fait un malaise, hier après-midi. Il semblerait que le général soit en cause. Nous ne connaissons pas ses motivations exacte, mais il interdit à quiconque de lui rendre visite dans la journée. Madame Wilson va toutefois peut être réussir à nous faire entrer à cette heure-ci. Alors dépêche-toi de t’habiller.
-Oui lieutenant ! S’exclama aussitôt la jeune fille, bien plus réveillée cette fois.
Ce ne fut que dix minutes plus tard qu’ils parvinrent enfin à atteindre la porte de l’infirmerie. Il n’y avait encore personne dans les couloirs du Hope, mais ils avaient prit tous les détours pos-sibles et imaginables, afin d’éviter que quelqu’un ne puisse déterminer leur destination exacte.
Le lieutenant frappa deux coups brefs, la porte s’ouvrant quelques secondes plus tard sur une Madame Wilson au visage inquiet.
-Entrez, entrez vite !
Se faufilant à l’intérieur de l’infirmerie, Anne sourit à Marc qui était déjà présent, accompagné de sa tutrice.
Les deux lieutenants échangèrent un rapide baiser, et quelques mots à voix basse, avant de se tourner vers leurs élèves.
-Il semblerait que le colonel ait quelque chose à nous annoncer, fit Alvin avec sérieux. Mais vous devez nous promettre de ne le répéter à personne.
Les deux jeunes gens jurèrent aussitôt. Et, enfin, ils purent se diriger vers le lit où reposait le colonel.
Ce dernier, habillé d’un pyjama blanc de l’infirmerie, était parfaitement réveillé et lisait ce qu’il semblait être des rapports.
-Colonel, firent-ils tous.
-Comment allez-vous ? S’enquit Clare. Tous le vaisseau parle de votre malaise. Le général a dit que vous ne pourriez pas sortir avant plusieurs jours de l’infirmerie.
-C’est ce que je veux lui faire croire, répondit l’homme dont le front était déformé par un pli soucieux. Il a l’impression d’avoir remporté une victoire sur moi, de m’avoir sérieusement han-dicapé. Heureusement, je suis plus résistant que j’en ai l’air.
Il fit une pause de quelques secondes avant de reprendre la parole.
-J’ai découvert quelque chose, hier à la bibliothèque. Des informations concernant les plans du général.
Il sortit un rouleau de sa poche et le tendit au lieutenant Morgan qui le glissa aussitôt dans sa veste.
-Je sais que vous ne pourrez pas tout dire à nos amis restés à terre, mais essayez de les informer régulièrement de l’état des lieux sur le Hope. J’aimerais aussi que vous vous renseignez sur qui est fidèle au général, et qui a des doutes à son sujet. Si quelque chose dérape, nous devons être prêts à réagir.
-Bien colonel ! S’exclamèrent les deux lieutenants.
-J’attends la même chose de vous, miss Baldes et monsieur Gunter, reprit l’officier. Il est important de savoir s’il a déjà manipulé ou non des étudiants.
-A vos ordres ! S’exclamèrent les deux amis.
-Bien, c’est tout ce que je souhaitais vous dire. Vous devriez retourner vous coucher. Si le général apprend que vous êtes sorti, il risque de ne pas apprécier.
Quelques minutes plus tard, c’est la mine soucieuse que les quatre mages regagnèrent leurs cabines, songeant à leurs quatre amis restés à Yad.


-Respire, Lia. Concentre-toi sur ta magie. Notre magie. Ressens cette énergie parcourir mes veines, quitter mes paumes, et être évacuée dans l’air.
Souriant, la jeune fille se concentra sur sa respiration, et sur les paroles que lui soufflait l’homme assis en tailleur face à elle, ses paumes collées à celles de la jeune fille.
-Lia…
Ouvrant un œil, elle vit l’homme se redresser imperceptiblement, ses mains se mouvant dou-cement, comme si quelque chose le déstabilisait.
-Antoine, qu’y a-t-il ?
-Comment veux-tu que je me concentre si tu continues cela ? Fit-il avec un large sourire sans pour autant ouvrir les paupières.
-Que….
Baissant les yeux, elle dirigea son regard vers leurs mains jointes, découvrant avec stupéfaction que ses doigts caressaient comme inconsciemment la paume du jeune homme, lui envoyant apparemment de délicieux frissons.
-Désolé, souffla-t-elle en prenant une belle couleur rouge brique. Ce n’était pas volontaire.
Refermant les paupières, elle essaya de se concentrer à nouveau sur sa magie mais fut inter-rompu par les mains de son tuteur quittant ses paumes pour venir se poser sur ses avants bras, la faisant basculer doucement sur le sol tandis qu’il s’allongeait sur elle.
-Je croyais qu’on devait travailler, souffla-t-elle avec amusement avant de fermer les yeux en voyant qu’il se penchait pour l’embrasser.
-On a assez travaillé pour aujourd’hui, murmura-t-il contre ses lèvres. Et on progresse de plus en plus. Je n’aurais jamais pensé pouvoir atteindre une telle maitrise.
Comme pour appuyer ses propos, il dirigea sa main vers une des pierres parsemant la clairière dans laquelle ils étaient allongés et se concentra brièvement, la faisant aussitôt éclater. D’un mouvement de poignet, il lui redonna ensuite sa forme initiale.
Reportant son attention sur l’homme au-dessus d’elle, Lia l’attira dans une nouvelle étreinte, appréciant le contact de sa joue râpeuse contre la sienne, frissonnant légèrement lorsque qu’une bourrasque glaciale pénétra le chaud manteau qu’elle portait.
L’été avait laissé place à l’automne, puis à l’hiver, la forêt avoisinante se recouvrant d’un man-teau blanc, les jours se faisant plus court et le temps frisquet. Nous étions désormais en janvier et, après un temps d’adaptation assez court, les quatre amis avaient très vite pris goût à leur nouvelle vie, malgré quelques traces de l’ancienne toujours présente. Tandis que Sophie et Bruno découvraient de nouvelles façons d’utiliser en même temps leur magie, Antoine et Lia s’entraînaient d’arrachepied à contrôler ce pouvoir si puissant qui leur permettrait peut-être de mettre fin aux plans d’Hokins. Ils avaient très vite avancés, maitrisant en quelques semaines l’invocation de cette magie commune. Désormais, ils se contentaient de trouver de multiples moyens de l’utiliser, aussi bien dans la maitrise des pierres de pouvoirs que dans leurs quelques cours de chimie. Pour ce qui était des études de Lia, ils avaient terminé le programme prévu en un temps record, la jeune fille atteignant grâce aux grimoires du lieutenant Muller un niveau de connaissances presque égale à celui de son tuteur qui apprenait lui aussi chaque jour de nouvelles choses. Ils consacraient désormais le temps restant à l’étude des nombreuses cartes du ciel que possédait Adrian, continuant toutefois la chimie par la concoction de remèdes divers et variés leur permettant d’endurer le froid hivernal gelant une bonne partie de la région.
Ils n’avaient pas revu les Norman depuis le mois d’Août, ces derniers se contentant d’entretenir une correspondance poussée avec le mentor d’Antoine, lequel leur donnait de temps à autres quelques informations plus ou moins importante. Après tout, la famille de Sophie ne pouvait se déplacer par un temps pareil.
Ce mauvais temps ne leur permettait plus non plus d’avoir des nouvelles du Hope. Ils se contentaient donc des informations qu’ils pouvaient glaner de ci de là lors de leurs quelques réapprovisionnements au village le plus proche.
-Il va falloir rentrer, souffla Antoine en se redressant. Je ne voudrais pas que tu tombes malade.
-Parle pour toi, rétorqua Lia. Ton manteau est grand ouvert.
-La faute à qui ? Souffla-t-il avec un large sourire.
Ils échangèrent un regard amusé avant de se relever et de chasser la neige collée à leurs vête-ments. Scott ramassa sa sacoche en cuir, le passant en bandoulière avant de récupérer son bâton de marche, ce dernier leur permettant de faire face aux congères assez nombreuses dans la région.
-Il commence à neiger à nouveau, grogna Lia en resserrant son manteau autour d’elle.
-Hâtons-nous, dans ce cas. Il ne faudrait pas rester bloqué dehors par un temps pareil.
Il ne leur fallu que quelques minutes pour atteindre le cottage d’Adrian, retrouvant avec bon-heur la douce chaleur de l’intérieur.
-Antoine, Lia ! Vous voilà enfin ! S’exclama-t-il lorsqu’ils pénétrèrent dans l’habitacle.
-Que se passe-t-il ? Fit le jeune tuteur en accrochant son manteau. De mauvaises nouvelles ?
-Les Norman sont ici, marmonna Bruno qui été également venu à leur rencontre.
-Impossible, balbutia Scott. Comment ont-ils fait ? Il y a au moins un mètre de neige, dehors !
-ça ne les a pas arrêtés, apparemment, fit Bruno en soupirant. Après tout, ta mère contrôle le feu.
-Exact. Que viennent-ils faire ici ?
-Ils veulent vous voir tous les quatre, annonça Adrian. Ils apportent apparemment de mauvaises nouvelles. Ils vous attendent dans la cuisine.
Lia et Antoine échangèrent un regard grave et se débarrassèrent en vitesse en leur écharpe et de leurs bottes avant de se diriger vers la pièce attenante, retrouvant les Norman qui étaient installés à la table, un thé devant eux.
-Monsieur Norman, Madame Norman, les salua Lia.
-Mère, murmura le jeune homme.
Avant qu’il n’ait pu fait quoi que ce soit, le jeune homme fut entrainé dans une étreinte à cou-per le souffle par une Emily Norman tremblante.
-Mère ? Souffla-t-il avec interrogation en la serrant doucement contre lui.
-Je suis désolée Antoine. Je suis tellement désolée ! Ce n’était pas moi. Je n’aurais pas dû le laisser faire cela, le laisser te parler de cette manière.
- De quoi parles-tu ?
-Emily, calme-toi, fit alors monsieur Norman en quittant sa chaise pour rejoindre sa femme.
Il se tourna ensuite vers Sophie et l’invita d’un geste de la main à venir les rejoindre. Dès qu’elle fut à leur hauteur, l’homme l’étreignit avec chaleur.
-Je suis fier de toi, Sophie, souffla-t-il avec un sourire. Ce n’était pas mes paroles, la foi dernière. Ta relation avec ton tuteur ne me dérange absolument pas. Je suis heureux que tu ais trouvé quelqu’un comme le lieutenant Miller.
-mais...La dernière fois, balbutia la jeune fille qui était ensuite serrée par sa mère.
-Nous avons été manipulés, grogna son père en fronçant les sourcils. Asseyez-vous, nous devons discuter de beaucoup de choses.
Tous prirent place autour de la table, Adrian les rejoignant avec deux tasses de thé chaud qu’il tendit à Antoine et Lia.
-Merci, firent-ils avec un sourire.
-Maintenant, racontez-nous pourquoi vous avez tenté ce voyage par un temps pareil, reprit-il en fixant les Norman avec inquiétude.
-Nous avons été manipulé, soupira Emily. Je ne sais pas exactement comment cela s’est produit. Mais, juste après avoir reçu une lettre du général Hokins nous annonçant ton départ du vaisseau, l’été dernier, nous nous sommes rendu à Yad afin d’assister à l’accostage du Hope. Malheureusement, nous ne sommes pas arrivés à temps pour vous stopper. Nous étions complètement perdus. Nous ne comprenions pas ce qui avait pu vous pousser à quitter ce vaisseau de légende.
-Nous avons donc demandé un entretien avec le général Hokins, continua monsieur Norman. Etonnamment, il a accepté immédiatement de nous rencontrer. Nous avons discuté. Très longuement. Nous avons évoqué votre héritage, Antoine. L’héritage des Earl. A l’époque, nous étions convaincus que vous vous décideriez à choisir une fiancée du même rang que vous. Hokins nous a confortés dans cette idée. Et il nous a suggéré d’autres choses, comme le fait de vous ramener à tout prix sur le Hope. J’ignore pourquoi, mais mon esprit était comme en veille. Je n’arrivais plus à réfléchir correctement. Je ne pouvais qu’acquiescer à ce qu’il disait.
-Comment est-ce possible ? Souffla Antoine avec stupéfaction.
-Magie du sang, lâcha Adrian avec colère. Il les a contrôlés.
-Le général ? S’inquiéta Sophie. Comment a-t-il pu faire cela. Et pourquoi ?
-Peut-être leur as-t-il prélevé un peu de sang leur de cet entretien, intervint Bruno. Vous dites ne pas vous souvenir de ce qu’il s’est déroulé ensuite, n’est-ce pas ?
-En effet, murmura Emily. Mais je ne comprends pas pourquoi il nous a fait faire tout cela.
-Combien de temps cela as-t-il duré ? Questionna Lia. Et comment avez-vous pu vous défaire de cela. Et surtout…
-Comment pouvons-nous être sûrs de pouvoir vous faire confiance ? Qu’est ce qui nous dit que vous n’êtes pas toujours convaincu des dires d’Hokins ? La coupa Antoine avec sérieux.
-Antoine ! S’indigna sa mère.
-Ils ont raison, Emily. Je vous en prie, Lia. Appliquez votre pouvoir en moi. Je peux vous assurer qu’il n’y a plus la moindre trace de la magie d’Hokins dans mon organisme.
La jeune fille échangea un regard étonné avec Antoine qui lui fit signe d’y aller.
Invoquant sa magie, Lia vint poser sa main dont s’échappait la lueur verte désormais familière sur le bras du père de Sophie. Ce dernier se crispa sous l’intrusion mais la laissa néanmoins tout loisir de chercher un autre trace de magie dans son corps. Fronçant les sourcils, la jeune fille partit en quête de la signature si caractéristique du général Hokins…en vain.
-Il n’y a rien, déclara-t-elle en stoppant sa magie. Il n’y a aucune magie dans son corps.
-Cela prouve qu’ils ne sont plus sous le contrôle d’Hokins, admit Adrian. Mais comment avez-vous réussi à lui échapper ?
-Je ne sais pas exactement, avoua Emily. Un jour nous étions entièrement sous son contrôle, et le lendemain j’étais à nouveau libre de mes pensées. J’ignore la raison de ce phénomène.
-Où se trouve le Hope en ce moment ? Demanda Adrian.
-De l’autre côté du globe, probablement, remarqua Bruno. Pourquoi ? Vous pensez que le lien ait pu se briser avec la distance ?
-C’est possible, admit Antoine. C’est même probablement cela qui les as libéré. A moins qu’il n’y ait une limite particulière dans ce genre de possession ?
Tous se tournèrent vers Muller qui soupira bruyamment.
-Je ne sais que peu de chose à ce sujet. Les seules informations dont je dispose proviennent de ma bibliothèque. Un contrôle par le sang ne peut bien sûr être effectué que par un mage maitrisant cette magie. Pour réaliser cela, le mage en question va devoir au préalable prélever un peu de sang de sa futur victime afin de s’adapter à son métabolisme, je ne sais pas exactement comment. Plus un mage est puissant, et plus cette possession sera longue dans l’espace et dans le temps. De plus, s’il peut contrôler vos pensées, il est fort possible qu’il puisse également contrôler vos mouvements.
-On peut donc en déduire que la puissance d’Hokins s’arrête à des milliers de kilomètres ? Intervint Bruno en haussant un sourcil.
-En effet.
-On est mal, reprit le jeune homme en grimaçant.
-Restons positif Bruno, rétorqua Antoine.
-Quoi qu’il en soit, reprit Adrian, je peux vous assurer que vous êtes libéré de l’influence d’Hokins à tout jamais. Un contrôle par le sang ne peut s’effectuer qu’une seule fois. Une fois ce contrôle perdu, le général ne pourra le récupérer.
Les Norman lâchèrent un soupir de soulagement.
-Alors, intervint Sophie. Tout ce que vous nous avez dit la dernière fois…
-C’était les paroles d’Hokins, lui répondit sa mère. Personnellement je n’ai rien à te reprocher Sophie. Et si le lieutenant Miller te rend heureuse, alors je ne peux qu’encourager votre relation. Bien que je reste persuadée que tu aurais pu choisir quelqu’un de noble.
-Merci mère, souffla-t-elle avec un large sourire avant de se tourner vers Bruno qui la serra aussitôt contre lui.
-Je suppose qu’il a fait tout cela pour nous forcer à retourner sur le Hope, lâcha Scott d’un ton amère. Mais pourquoi ? Je veux dire, nous ne sommes pas importants, à ses yeux.
-Tu es l’héritier des Earl, Antoine, lui rappela sa mère en haussant un sourcil.
-Oh…Heu, oui. En effet, rougit-il. J’ai tendance à oublier parfois. Mais Lia, Bruno et Sophie ?
-Je ne sais pas ce qu’il vous veut, admit Emily. Mais vous allez devoir être très prudents.
-Je sais, soupira Antoine. Surtout qu’il est tout à fait capable de nous contrôler dès qu’il le sou-haite. Je suppose que des échantillons de notre sang sont encore disponibles sur le Hope. Après tout, nous avons dû plusieurs fois être pris en charge par l’infirmière.
-Tu penses que Mme Wilson lui donnerait ce genre de chose ? Intervint Lia en fronçant les sourcils. Elle n’est pas comme cela.
-Je n’ai jamais dit qu’elle lui donnerait de son plein grès, rétorqua son tuteur, mais il peut très bien lui subtiliser sans qu’elle ne le sache ou…
-Ou utiliser à force pour obtenir ce qu’il souhaite, finit Bruno d’un ton grave.
Sophie et Lia échangèrent un regard effaré, la même pensée traversant leur esprit : qu’était-il advenu de Marc et Anne ?
La jeune mage vert se détendit légèrement lorsque son tuteur effleura son bras d’une légère décharge de pouvoir.
-De quand datent vos dernières nouvelles du Hope ? Demanda Emily avec une inquiétude visible.
-Un mois environ, soupira Sophie. Anne et Marc nous avaient écrit pour nous informer de l’aggravement de la situation sur le vaisseau. Apparemment, le général prenait de plus en plus le contrôle, instaurant un couvre-feu, prenant le contrôle de certains cours de première année. Ils n’étaient plus en sécurité que dans leur cabine. Mais les lieutenants Morgan et Carols prenaient bien garde à ne pas sortir lorsque le général était dans les parages. On ignore encore si la situation s’est arrangée.
-A mon avis elle ne va faire qu’empirer, soupira Bruno. Hokins est le mage le plus puissant du Hope, surpassant de très loin Higgans.
-Pour le moment nous ne pouvons rien faire, déclara Adrian. Le Hope est à l’autre bout de Platonia, et le temps actuel nous empêche de faire quoi que ce soit.
Il se tourna vers les Norman.
-Que comptez-vous faire, désormais ? Vous ne pouvez tout de même pas regagner Tylan par un temps pareil ? C’est de la folie.
-Pouvons-nous rester ici quelques temps, dans ce cas ? Demanda le père de Sophie. Cela nous permettra d’apprendre à connaître nos futurs beaux fils et belles filles.
Antoine et Lia échangèrent un sourire tandis que Sophie et Bruno prenaient une belle teinte rouge brique.
-Vous êtes les bienvenues, leur assura Adrian. Il reste deux chambres non utilisées, vous pouvez choisir celle qui vous plaira.
-Merci lieutenant Muller, fit Emily avec un sourire. Pouvons-nous monter nos affaires et nous retirer ? Le voyage nous a épuisés.
-je vous en prie, fit le mentor d’Antoine. Je comprends tout à fait.
-Je vais vous montrer les chambres disponibles, fit Antoine en se levant. Il faut que je passe des vêtements secs, les miens sont complètement trempés à cause de la neige.
-Je viens avec toi, déclara Lia. Il faut également que je me change.
Hochant la tête, les Norman suivirent les deux mages verts dans l’escalier menant à l’étage. Laissant Antoine leur montrer les pièces disponibles, Lia se dirigea aussitôt vers la chambre qu’elle partageait depuis plusieurs mois avec son tuteur.
Glissant avec aise hors de ses vêtements, elle enfila un chaud pull aux armoiries du Hope ainsi qu’un pantalon de jogging, se laissant tomber ensuite sur le lit.
-ça va ? Fit Antoine en entrant quelques secondes plus tard dans la pièce.
-Je ne sais pas, avoua-t-elle sans lâcher des yeux le plafond.
Elle soupira largement avant de reprendre d’une voix moins assurée.
-J’ai peur, Antoine. Je suis terrifiée de ce qu’il pourrait nous arriver par la suite. Si Hokins parvenait à contrôler l’un de nous alors il pourrait…
Elle ferma les yeux et vint loger sa tête dans le cou de son tuteur qui était venu la rejoindre sur le lit alors que des larmes commençaient à couler sur ses joues.
-Lia…
Il la berça doucement, lui caressant avec tendresse les cheveux.
-Je te promets que tout se passera bien. On trouvera un moyen de le stopper.
-Mais à quel prix ? Souffla-t-elle. Je ne sais pas ce que je ferai si tu…
-Je t’ai promis de passer le restant de mes jours avec toi, n’est-ce pas ? La coupa-t-il avec ten-dresse.
Relevant le regard vers lui, elle hocha la tête avec hésitation.
-Je tiendrai cette promesse, murmura-t-il en plongeant son regard dans le sien. Tu n’arriveras pas à te débarrasser de moi ainsi, Lia Shakeshift. Je t’aime.
-Moi aussi.
-Alors ne pense pas à ce qui pourrait arriver, et profite des moments que nous passons en-semble.
Hochant la tête, elle ferma les yeux lorsque son lieutenant se penchant pour effleurer ses lèvres en un doux baiser.
-Pouvons-nous rester ici quelques temps ? Demanda-t-elle lorsqu’ils se séparèrent. Je suis exténuée. Et je n’ai pas particulièrement envie d’entendre les autres faire des plans pour le futur.
-Je comprends, murmura-t-il en se défaisant de son étreinte. Je ressens la même chose.
Descendant du lit, il se changea à son tour avant de venir à nouveau rejoindre la jeune fille qui s’était glissée sous les couvertures et somnolait déjà.
-Dors Lia, fit-il en la serrant contre lui avant de fermer les yeux à son tour.

Deux portes plus loin, Sophie observait avec un amusement non dissimulé son tuteur refermer avec application la porte de leur chambre.
-Tu as peur que ma mère vienne nous rendre visite en plein milieu de la nuit ? Plaisanta-t-elle.
-On n’est jamais trop prudent, rétorqua-t-il avec sérieux avant de s’allonger en face d’elle. Que penses-tu de ce que tes parents nous ont raconté ?
-Ils avaient l’air sincère, admit-elle dans un souffle. Mais je crois qu’il va me falloir un peu de temps avant de leur faire à nouveau entièrement confiance. Et puis, je sais qu’ils n’apprécient pas entièrement notre relation. Ils auraient voulu que je choisisse quelqu’un de bonne famille.
-Peu importe ce qu’ils pensent, Sophie, soupira Bruno en la prenant dans ses bras. Tu es assez grande pour décider ce qui est le mieux pour toi, non ?
Son élève hocha la tête avec hésitation.
-Alors cesse de te faire du souci pour cela. Ça finira par s’arranger un jour.
-Je l’espère, soupira-t-elle avant de se pelotonner contre le lieutenant.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux profondément endormis, ne pensant plus pour le moment à l’honneur des Earl, ou aux incidents s’étant déroulés sur le Hope.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:34

Chapitre 19

Les semaines puis les mois passèrent à nouveau. Malgré le retour des beaux jours, les Norman étaient resté au cottage du lieutenant Muller, aidant à trouver des informations sur la magie du sang, permettant de stopper de quelque manière qui soit ce contrôle à distance.
-Nous avons trouvé un moyen de résister au pouvoir d’Hokins, finit par annoncer Bruno avec un large sourire un dimanche de mai.
-Oh vraiment ? S’étonna aussitôt Antoine avec intérêt. Comment ?
-C’est simple. Une fois que son pouvoir a déjà été appliqué sur nous, nous sommes sûrs de résister au contrôle, n’est-ce pas ?
-Oui, en effet, fit son meilleur ami. Mais cela ne résous pas vraiment notre problème. Sophie, Lia et toi n’avez pas été en contact avec le pouvoir du général.
-Pour Lia cela ne devrait pas poser de problème. Comme vous partagez la même magie, la pro-tection que tu as désormais s’appliquera également sur elle. Mais pour Sophie et moi, il y a un autre moyen.
Antoine, tout comme Muller, haussa un sourcil, attendant que le jeune homme explique ses propos.
-Tu te rappelles du vieux grimoire que j’avais déniché dans la bibliothèque il y a quelques se-maines ?
-Celui que tu avais déclaré être ton nouveau livre de chevet ? Je pensais que tu plaisantais en disant ça. Tu l’as vraiment lu ?
-Non, fit-il en faisant la moue. Mais étrangement Sophie a trouvé le titre intéressant.
-C’était quoi déjà ? « De la magie pure à la contingence évènementielle… »
-« …du pouvoir », finit Muller en soupirant.
-Voilà, c’est ça, affirma Bruno en souriant. Et bien dans cet ouvrage qui est très certainement passionnant, il y a quelques lignes sur la manière de transférer un pouvoir d’un organisme à un autre.
-Formidable, reprit Antoine. Mais je ne vois pas où ça nous amène.
-Bon sang Antoine, réfléchie ! Imagine que nous parvenions à transférer les résidus de magie d’Hokins présent dans le corps des Norman vers mon corps et celui de Sophie, alors nous pourrions être tous deux immunisé contre le contrôle par le sang.
Les yeux de son ami s’écarquillèrent un instant avant que ce dernier ne lâche une exclamation de surprise.
-Formidable ! Mais pourquoi n’ai-je pas pensé à cela ? Lia et moi exécutons ce transfert chaque jour entre nos deux pouvoirs…Et je n’ai même pas été capable de songer à appliquer cela à la magie d’Hokins.
-Tu ramollies, Antoine, le taquina Bruno. Peut-être que les vapeurs de tes potions magiques ont définitivement endommagé tes neurones.
-Oh tait-toi ! rétorqua-t-il avec agacement.
-Doucement, je plaisantais.
-Désolé, marmonna-t-il, je suis juste un peu sur les nerfs, ces derniers temps. Le Hope va bientôt accoster et…
-Je sais. Tu as peur pour Lia.
Le jeune homme hocha la tête avec une grimace.
-cela ne s’annonce pas très bien, pour le moment. C’est effarant de savoir qu’ils vont accoster d’ici deux semaines tout au plus. Tu te rends compte du peu de temps qu’il leur a fallu pour revenir. C’est impossible de voyager à une vitesse pareille !
Bruno acquiesça.
Un mois plus tôt, ils avaient enfin eut des nouvelles de leurs amis restés à bord. C’est avec un certain soulagement qu’ils avaient appris que tous étaient encore en vie, malgré des conditions de vie sur le Hope de plus en plus périlleuses. Hokins semblait avoir désormais un contrôle total de l’équipage. Et même le colonel Higgans ne pouvait plus lui résister.
-Et cette pierre que Marc mentionnait dans sa dernière lettre, reprit Antoine. Je suis certain que c’est une pierre de lune.
-Nous verrons bien, soupira son ami.
-Antoine ! Bruno ! fit la voix d’Adrian à l’extérieur de la pièce. Une lettre pour vous !
Echangeant un regard étonné, les deux amis quittèrent d’un pas rapide la bibliothèque, rejoi-gnant rapidement leur ancien professeur.
-Cela ne peut pas être Marc ou Anne, marmonna Miller. Ils nous ont écrit il y a à peine deux jours !
-Tenez, fit Adrian en leur tendant à chacun un morceau de parchemin. Cela vient d’arriver.
Le remerciant d’un signe de tête, Antoine examina avec attention le rouleau qu’il tenait dans ses mains, blanchissant en voyant le seau appliqué sur ce dernier.
-Les insignes du Hope, souffla Bruno en relevant également le regard.
-Hokins…
Décachetant le parchemin, Scott parcouru rapidement les quelques lignes qui y étaient inscrites, fronçant les sourcils au fur et à mesure de sa lecture.
-Alors ? Demanda Adrian.
-Il nous annonce la date de retour à Yad du Hope, et nous demande d’être présents pour la cérémonie de départ des troisièmes années, déclara Bruno en soupirant.
-Nous pourrions toujours ne pas répondre, proposa Antoine.
-Et priver Lia et Sophie d’un véritable diplôme ? S’interposa son ami. Nous ne pouvons faire une chose pareille. Elles ont tellement travaillé pour cela. Et puis, il faudra bien faire face à Hokins un jour ou l’autre.
-Je sais, marmonna Scott. Je n’ai juste pas envie de me retrouver face à lui. Pas après ce qu’il m’a fait…même si je sais bien que nous n’avons pas d’autre choix.
-Je lui réponds, alors ? Reprit Bruno.
-Vas-y…
Alors que Bruno s’éloignait en direction de la bibliothèque, Lia et Sophie entrèrent dans la pièce, suivie de près par monsieur et madame Norman. Ils avaient été tous les quatre volontaires pour se rendre au village voisin afin de recharger leur stock de provisions.
Les joues rougies par le vent au dehors, les deux jeunes filles se débarrassèrent de leur blouson avant de déposer leur chargement sur la table. Les larges sourires se dessinant sur leur visage s’effacèrent cependant bien vite en voyant l’air grave des deux mages verts.
-Antoine ? Que se passe-t-il s’enquit aussitôt Sophie en s’avançant vers son frère.
-Hokins, marmonna ce dernier. Nous sommes convoqués à la cérémonie de remise des diplômes. Je suppose qu’il est temps de regagner le Hope.
-Tu ne comptes tout de même pas que nous y assistions ? S’exclama aussitôt Lia.
-Bien sûr que si, rétorqua son tuteur. Vous avez besoin de ce diplôme pour trouver du boulot par la suite. Nous ne pouvons pas vous priver de cela. Et puis, il aurait bien fallut regagner le Hope à un moment ou à un autre.
-Quand est cette cérémonie ? Intervint monsieur Norman.
-Dans deux semaines, fit Adrian. Je viendrai avec vous.
-Nous aussi ! Reprit le père de Sophie.
-Mais père ! S’exclama la jeune fille. Cela risque d’être dangereux. Et tu n’es pas…
-Un mage ? La coupa-t-il. Non. Mais ce n’est pas pour autant que j’ignore comment me défendre, Sophie. J’ai également fait partie d’une école militaire dans ma jeunesse, même si personne à bord n’avait de pouvoirs. Quoiqu’en y repensant, peut être que le général connaissait deux ou trois trucs à ce sujet…
-Mais s’il t’arrivait quelque chose, reprit la jeune fille en soupirant.
-Tout le monde risque quelque chose dans cette histoire, Sophie, répondit-il en s’avançant pour la prendre par les épaules. Je veux juste m’assurer qu’il ne t’arrivera rien, et que ta mère restera en vie. Je te promets que je serai prudent.
-Très bien, soupira-t-elle.
Lia et Antoine échangèrent un long regard, se défiant silencieusement de revenir sur leur déci-sion. Mais après quelques minutes bataille silencieuse, la jeune fille finit par baisser les yeux.
-Très bien, soupira-t-elle. Mais je suis certaine que c’est un piège.
-Je sais, rétorqua son tuteur. Mais nous n’avons pas le choix.

C’est ainsi que, deux semaines plus tard, Lia fut tirée des bras de Morphée à une heure très matinale par Antoine, lequel la secouait doucement.
-Lia ! Lia il est temps de se lever.
-Mmm, pas envie, marmonna-t-elle en se blottissant un peu plus contre le jeune homme.
Ce dernier ferma les yeux quelques secondes, appréciant le contact de la peau nue de la jeune fille contre la sienne. Ils n’avaient que très peu dormi la nuit précédente, se contentant d’exprimer une nouvelle fois tout l’amour qu’ils pouvaient ressentir l’un pour l’autre. La remise des diplômes allait se dérouler le jour même, et ils savaient très bien que, si Hokins décidait d’agir, il était probable que l’un d’entre eux ne revienne pas.
-Lia, murmura-t-il avec regret en se décollant d’elle. Je suis désolé Lia, mais nous avons une longue route à faire.
-Je sais, soupira la jeune fille en se redressant. Je n’ai juste pas envie de m’y rendre. Je vais devoir faire semblant d’être heureuse, alors que je n’aurais qu’une envie : quitter le Hope au plus vite.
-Marc et Anne seront présents, lui rappela son amant avec un sourire. Je suis sûre qu’ils ont hâte de te revoir.
-Je sais, admit-elle en souriant légèrement.
Soupirant à nouveau, elle finit toutefois par se mettre en quête de ses vêtements, sortant avec regret de son placard son uniforme officiel du Hope.
Une fois prête, elle se dévisagea un moment, jaugeant son apparence dans le grand miroir que contenait la pièce. Cela faisait presque un an qu’elle n’avait enfilé ce vêtement, et elle ne se souvenait pas que ce dernier lui seyait ainsi. Fronçant les sourcils, elle tripota un moment le col de sa chemise, essayant de savoir ce qui avait changé dans son allure. Mais, alors que son regard revenait sur son propre visage, elle ne reconnut pas la jeune fille qui avait enfilé ce vêtement pour la première fois. Elle fut quelques secondes projetée trois ans en arrière, lorsqu’elle avait appris son admission sur ce navire. La Lia de l’époque ne s’était pas soucié de savoir ce qui aurait pu lui arriver à bord. Elle était bien loin de s’imaginer que ces trois années allait lui permettre de découvrir des pouvoirs insoupçonnés, d’apprendre bien plus de choses qu’elle n’aurait jamais pu rêver, de rencontrer son père, et surtout : de trouver quelqu’un comme Antoine. Quelqu’un avec qui elle pouvait tout partager, une personne qu’elle aimait plus que tout au monde. Oui, elle avait énormément changé. La Lia qu’elle contemplait désormais n’était plus l’adolescente maladroite d’il y a trois ans, mais bien une jeune adulte pleine d’assurance.
-Vingt ans, murmura-t-elle inconsciemment.
C’est l’âge qu’elle avait enfin atteint la veille. Ce passage était extrêmement important sur Platonia. En effet, il symbolisait en quelque sorte la sortie de l’enfance. Même si la majorité officielle était dix-huit ans, ce n’était qu’en atteignant les vingt ans que les jeunes gens pouvaient être considérés comme de véritables adultes, c'est-à-dire ayant le droit de travailler à leur compte, de quitter enfin le domicile de leur parents, de se marier…
Elle frissonna légèrement en se rappelant la promesse qu’Antoine et elle s’était faite quelques mois plus tôt. Il s’était engagé à passer le restant de ses jours à ses côtés. Cependant, rien n’avait été officialisé pour le moment, Lia n’ayant pas encore l’âge requis pour ce genre de chose. Mais maintenant, ils pouvaient sauter le pas.
Plongée dans ses pensées, elle ne remarqua pas que le jeune homme à qui elle songeait l’observait depuis plusieurs minutes, un air songeur sur le visage.
Il hésitait à la rejoindre, et à faire enfin ce dont il rêvait depuis des mois. Ils n’avaient pas reparlé de leur engagement mutuel depuis ce fameux jour où les Norman avaient emménagé au cottage. Mais Antoine n’avait pas oublié. Et il supposait que Lia non plus. L’intensité des baisers qu’ils avaient échangés la nuit précédente témoignaient plus que n’importe quelle déclaration enflammée du sérieux de leurs sentiments mutuels.
-Lia
Il n’avait fait que murmurer son nom. Mais la jeune fille s’était aussitôt retournée, un léger sourire sur le visage. Il sentit à son tour ses lèvres s’étirer. La revoir dans cet uniforme faisait remonter nombre de souvenirs, pas tous très joyeux, malheureusement. Mais il se concentra sur les meilleurs, comprenant bien sûr leur premier baiser, dans ce placard à balai poussiéreux de la salle de réception, ou encore la première fois qu’il l’avait aperçu dans la cours du lycée de Cassydre. Même si à l’époque il était déjà plus qu’attiré par elle, il ne pouvait pas nier que la jeune fille maladroite était peu à peu devenue la magnifique jeune femme se tenant devant lui aujourd’hui.
-Lia, répéta-t-il avec plus d’assurance en s’avançant vers elle.
Il sourit légèrement à la jeune femme avant de prendre ses mains dans les siennes.
-Je t’aime, souffla-t-il. Je ne sais pas ce qu’il va se produire aujourd’hui, ou la manière dont tout cela va se terminer. Mais n’oublie jamais que je t’aime de toute mon âme Lia Elisabeth Shakeshift. Je t’ai promis de passer le restant de ma vie avec toi, tu t’en souviens ?
-Comment pourrais l’oublier ? Répondit-elle en lui souriant avec tendresse.
-Je tiens à conforter ma promesse, reprit-il dans un souffle. Nous ne pouvions nous engager ainsi, auparavant. Mais maintenant que tu as vingt ans, je peux faire ceci.
Lâchant les mains de la jeune femme, il farfouilla quelques secondes dans sa poche et en ressortit un objet qu’il tint dans sa paume close, avant de poser un genou sur le sol.
-Lia, veux-tu m’épouser ?
Ouvrant délicatement sa paume, il dévoila une bague en or sertie d’une pierre verte que Lia reconnu aussitôt comme étant une émeraude.
La jeune femme sentit son cœur manquer plusieurs battements. Cette pierre, étant non seulement une réserver de pouvoir des plus puissante qui soit, représentait également pour les mages verts un engament éternel. Elle devina sans peine qu’Antoine avait mêlé sa magie à la pierre qu’il tenait entre ses doigts. Dès que Lia la toucherait, ils seraient tous les deux définitivement liés. Pour la plupart des mages, cela ne représentait bien sûr qu’un lien entre leur pouvoir, un peu plus faible que ce que Lia et Antoine expérimentaient depuis le début. Mais d’après certains grimoires, si deux liés réalisaient ceci, ils gagnaient une compréhension bien plus profonde de la personne avec qui ils étaient destinés à passer le restant de leurs jours.
Effleurant avec précaution la bague sous le regard attentif de son amant, la jeune femme fris-sonna alors que des émotions étrangères venaient se mêler aux siennes.
-Antoine, souffla-t-elle avec un large sourire. C’est merveilleux.
-N’est-ce pas ? Affirma-t-il en laissant échapper un gémissement alors que Lia lui envoyait des émotions bien plus...Intimes que ce qu’il avait ressenti au départ.
-Néanmoins, reprit-il avec difficulté, tu n’as toujours pas répondu à ma question.
-La réponse me semblait évidente, fit-elle en souriant largement avant de se mettre à genoux devant lui afin de capturer ses lèvres en un baiser passionné qui les laissa tous les deux à bout de souffle.
-ça veut dire oui ? Murmura-t-il dans ses cheveux alors qu’il la serrait doucement contre lui.
-Oui, assura-t-elle en se décollant quelque peu de lui afin de le regarder dans les yeux. Rien ne me ferait plus plaisir que de t’épouser, Antoine Remi Scott.
Ils restèrent de longues minutes plongés dans les yeux l’un de l’autre, explorant peu à peu ces nouvelles sensations qui s’offraient à eux. Antoine finit par capturer une nouvelle fois la main gauche de celle qui allait bientôt être son ex-élève afin de glisser avec précaution la bague à son annulaire.
-Promet moi que, quoi qu’il arrive, tu ne t’en sépareras jamais, souffla-t-il avec intensité.
-Comment pourrais-je m’en séparer ? Rétorqua-t-elle aussitôt.
-Promet-le, Lia.
-Très bien, je te le promets, souffla-t-elle.
-Magnifique, sourit-il avant de l’embrasser à nouveau.
-Maintenant, future madame Scott, il va falloir y aller, annonça-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Les autres doivent sûrement se demander ce que nous faisons.
Il l’aida à se relever, et ajusta aussitôt son uniforme avant de lui tendre sa main droite, que la jeune fille prit aussitôt.
-Prête ? Demanda-t-il en hochant un sourcil.
-Prête !

-Antoine, Lia, les accueillit Bruno en bas de l’escalier. Nous n’attendions plus que vous.
-Il faudrait se mettre en route si nous voulons assister à l’amarrage du Hope, fit Adrian en arri-vant dans le hall, un sac sur le dos.
Il tendit à chacun un sachet en toile.
-Vos petit déjeuner, annonça-t-il en voyant le haussement de sourcil de Bruno. Vous aurez besoin de forces si vous souhaitez défier Hokins. Vous n’aurez qu’à manger en cours de route.
Hochant la tête, Lia glissa le sac dans sa sacoche en toile, avant de suivre Sophie à l’extérieur afin de récupérer sa bicyclette.
-La vie ici va me manquer, soupira son amie en se dirigeant vers la grange où étaient stockés les vélos.
-A moi aussi, admit Lia. Mais si tout se passe bien nous retournerons ici par la suite. Il faudra au moins que nous récupérerions nos affaires.
Sophie hocha la tête.
-Tu comptes toujours devenir professeur ? Demanda-t-elle à son amie.
Ils n’avaient que peu discuté de ce qu’ils allaient faire comme métier une fois leur formation terminée. Les évènements de l’année passée s’étaient enchainés à une telle vitesse qu’ils n’avaient eu le temps de repenser à cela.
-Le métier de professeur m’intéresse toujours, fit la jeune fille en récupérant son vélo ainsi que celui de son tuteur. Mais je pourrais tout aussi bien aider à fabriquer des infusions médicinales. Je n’ai pas vraiment de préférence pour le moment. Je souhaite juste rester avec Antoine, l’épouser comme il me l’a promis…et puis…
Elle rougit légèrement et détourna le regard, murmurant un souhait qu’elle n’avait osé formuler à voix haute jusque-là.
-Et pourquoi pas fonder une famille par la suite…
-Alors il t’a vraiment fait une demande officielle ! s’exclama Sophie avec un large sourire avant de laisser son regard glisser sur la main gauche de son amie.
La jeune fille hocha la tête en souriant.
-Elle est magnifique, Lia ! S’exclama-t-elle aussitôt. Je suis tellement contente pour vous deux. Tu vas donc devenir ma sœur par alliance ?
-On dirait bien, fit Lia. Et Bruno et toi ? Tout va toujours aussi bien entre vous ?
Sophie lâcha un léger rire.
-Nous n’en sommes pas encore arrivé là, avoua-t-elle. Habiter dans la même maison que mes parents n’a pas l’air de particulièrement le réjouir, surtout lorsque ma mère frappe à la porte de notre chambre pour me souhaiter une bonne nuit. Je crois qu’elle lui fait peur.
Lia renifla d’amusement.
Sa relation avec Antoine n’avait absolument pas changé avec l’arrivée des Norman, ces derniers ne semblant pas se préoccuper de la manière dont le jeune homme passait ses journées et ses nuits. Elle supposait que du moment qu’Antoine leur assurait un héritier pour la lignée, tout irait bien. Mais Sophie était pendant longtemps resté leur fille unique, et ils avaient apparemment du mal à la laisser partir.
- Il faut leur laisser le temps de réaliser que tu as grandi je suppose, commenta-t-elle alors qu’elles ressortaient de la grange.
-J’ai hâte de revoir Marc et Anne, reprit Sophie. Je suis sûre qu’ils ne nous ont pas tout dit dans leurs lettres. A mon avis, il y a anguille sous roche entre ses deux-là.
-Tu penses qu’ils sont ensembles ?
-Nous les avons laissés seuls durant une année entière, et avant notre départ du Hope, ils se tournaient déjà autour. Tu l’avais remarqué, n’est-ce pas ?
Lia hocha la tête.
-Nous verrons bien, fit-elle alors qu’ils arrivaient à la hauteur de leurs tuteurs. J’espère que tu as raison.
-Merci Lia, fit Antoine en récupérant son vélo.
-Tout le monde est prêt ? S’exclama Adrian. Allons-y alors.
Enfourchant sa bicyclette, Lia jeta un dernier regard à la vieille bâtisse avant de suivre son fiancé qui avançait déjà sur le chemin menant à la route principale.

Ils cheminèrent pendant de longues heures, que Lia ne vit presque pas passer. L’estomac noué, elle n’avait envie que d’une chose : que cette cérémonie se passe le plus vite possible et sans incident notoire afin qu’elle puisse retourner se blottir dans le lit qu’elle partageait avec Antoine.
Ce dernier, roulant à sa gauche, ne l’avait d’ailleurs presque pas quitté des yeux, effleurant de temps à autre son bras d’une décharge de pouvoir, lui envoyant des pensées réconfortantes. L’un comme l’autre n’étaient pas encore tout à fait habitué au lien psychique qu’ils partageaient depuis sa demande matinale. Ils avaient encore du mal à séparer leur propres émotions de celles provenant de leur lié. Lia dû donc plus d’une fois se détendre afin d’éviter de perdre le contrôle de sa bicyclette lorsqu’Antoine pensa sans faire exprès à leurs occupations de la nuit précédente.
Le voyage se déroula néanmoins sans bavardages particuliers, chacun ruminant sur ce qui allait se produire.
Finalement, ce fut sur le coup de midi qu’ils atteignirent enfin le centre de la petite ville, se dirigeant aussitôt vers le port.
-Je crains que nous ayons manqué l’accostage, commenta Bruno en observant le Hope qui, déjà amarré, brillait de mille feux sous le soleil de ce jour de Litha.
-Litha ! S’exclama Sophie après quelques secondes. C’est Litha aujourd’hui ! Alors pourquoi le Hope est-il à quai ? Ils ne sont pas censés célébrer cette fête en mer ?
Tous échangèrent un regard grave.
-C’est aujourd’hui que notre magie sera la plus puissante, soupira Adrian en descendant de vélo.
-C’est donc aujourd’hui que Hokins pourra libérer au plus son pouvoir, fit sombrement Antoine. Nous n’aurions pas dû venir ici.
-Mais maintenant nous y sommes, rétorqua Bruno. Et il est trop tard pour reculer.
Ils avancèrent doucement, jusqu’à se tenir en face du vaisseau.
-Il est magnifique, commenta Lia avec un sourire. Cela fait du bien de le revoir…même si j’aurais apprécié que ce soit en des circonstances différentes.
-SOPHIE ! LIA !
Sursautant, la jeune fille tourna son regard vers la passerelle du navire que franchit en vitesse son meilleur ami Marc, avant de la serrer dans ses bras.
-Tu m’as manqué, souffla-t-il lorsqu’ils se séparèrent. Je suis tellement content de voir que tu vas bien.
Il serra ensuite brièvement Sophie avant de saluer les tuteurs des deux jeunes filles. Il fit un signe de tête en direction des trois autres personnes, reportant aussitôt son attention vers ses deux amis.
-Tu as changé, remarqua Lia avec un sourire. Tu as un peu grandi, non ?
En effet, le jeune homme autrefois gringalet, et ne dépassant Lia que de quelques centimètres, faisait désormais une bonne tête de plus qu’elle. Il avait perdu cette posture presque maladroite qui le caractérisait et Lia put apercevoir des muscles rouler sous sa chemise.
-Je suppose, avoua-t-il en rougissant légèrement. Vous aussi, vous avez changé. Vous êtes magnifiques toutes les deux.
-Du calme jeune homme, fit aussitôt Bruno tandis que Lia et Sophie rougissait furieusement, elles sont déjà prises.
-Bruno ! Le rabroua Sophie tandis que Lia éclatait de rire.
-Je ne les vois pas comme cela, lieutenant Miller, rétorqua toutefois le jeune homme. Je sais très bien qu’elles ont toutes les deux trouvé l’amour. Et puis, j’ai déjà quelqu’un, en fait.
Il avait ajouté ces derniers mots avec un léger rougissement, remarquant aussitôt le regard amusé qu’échangèrent ses deux amies.
-C’est Anne, n’est-ce pas ? S’enquit Sophie avec un large sourire. Je savais qu’il y avait quelque chose entre vous deux ! Félicitation.
-Je suis contente pour toi, Marc, fit à son tour Lia lorsque son ami eut hoché la tête. Vous allez très bien ensemble.
-merci, murmura ce dernier en rougissant encore plus.
-Vous n’auriez pas dû venir ici, reprit –il toutefois quelques secondes plus tard avec sérieux. Je suis certain qu’Hokins prépare quelque chose.
-Nous le savons, lui répondit Antoine. Mais Sophie et Lia doivent recevoir ce diplôme si elles veulent ensuite chercher un travail. Nous ne pouvons les empêcher d’avoir cela.
-Et puis, reprit Bruno. Nous nous sommes tous beaucoup entrainé durant ces longs mois.
-Où es Anne ? Fit alors Lia en cherchant des yeux son amie.
Marc ouvrit la bouche pour répondre mais fut aussitôt coupé par une exclamation provenant de la passerelle.
-Ah ! Revoilà nos expatriés ! Bon retour sur le Hope !
-Général, firent les cinq membres actifs de l’équipage tandis que le vieil homme venait à leur rencontre.
-Repos, Lieutenant Scott, lieutenant Miller, vous m’avez l’air en pleine forme. Miss Norman, miss Shakeshift, je suis ravie de vous revoir. Avez-vous apprécié ce séjour à terre ?
-Oui général, répondit aussitôt Lia avec assurance.
-L’air de la campagne vous réussit vraiment, en tout cas, ajouta-t-il en se penchant pour lui prendre le menton. Vous êtes magnifique miss.
Lia pâlit brusquement mais dévisagea avec défi le vieil homme tandis que, juste derrière elle, Antoine se tendait.
-Navrée général, reprit Lia. Mais je suis fiancée.
-Oh…
L’homme recula aussitôt avant de diriger son regard vers Antoine qui le fixait avec colère.
-Je suppose qu’il s’agit du jeune lieutenant Scott. Félicitation. Je suis ravi de voir que la lignée des Earl perdurera grâce à vous.
-Merci général, articula Antoine avec difficulté.
Il se détendit quelques secondes plus tard lorsque sa bien-aimée attrapa sa main en un geste réconfortant, caressant de son pouvoir la paume de son professeur.
-Adrian ! Mon vieil ami ! fit alors Hokins en se tournant vers l’homme qui était juste à présent resté en retrait. Je suis ravi de te revoir. Tu te portes bien, on dirait. L’âge te réussit.
-John, fit simplement le mentor d’Antoine avec un bref signe de la tête.
-Emily, Clarence, comment allez-vous ? Fit-il ensuite en fixant désormais les parents de Sophie.
-Beaucoup mieux, merci, rétorqua Mme Norman. Nous avons été souffrants il y a quelques mois.
-Oh, je suis navré de l’entendre, rétorqua l’homme avec un léger sourire. Mais le principal est que vous alliez mieux désormais.
Il reporta ensuite son attention vers les deux lieutenants.
-La cérémonie va bientôt commencer, annonça-t-il. Nous n’attendions plus que vous.
-Très bien, fit Antoine, nous allons y aller, dans ce cas.
-Je suis désolé Adrian, Emily, Clarence, mais je ne peux vous accepter à bord pour le moment.
-Je comprends tout à fait, John, fit Muller en hochant la tête.
Il se tourna ensuite vers Antoine qui avait suivi l’échange sans un mot.
-Je te retrouverai plus tard, fit-il à son ancien élève. Va fêter le diplôme de ta fiancée. Elle t’attend. Et ne fait pas de bêtises.
Hochant la tête en haussant un sourcil, le jeune homme se dépêcha de rejoindre son élève, qui patientait sur la passerelle.
-Prête ? Lui demanda-t-il alors qu’ils mettaient pour la première fois en un an le pied sur le pont du navire.
-Je crois, avoua-t-elle.
-Tout se passera bien, assura-t-il en ouvrant la porte menant à l’intérieur du navire, faisant signe à Lia de passer la première.
-ça m’a manqué, commenta-t-elle alors qu’ils se dirigeaient dans les couloirs du vaisseau. Il s’est passé tellement de chose ici.
Antoine lui sourit simplement, avant de prendre sa main dans la sienne, la menant calmement vers la salle de réception où devait se dérouler la cérémonie.
Ce fut avec une légère anxiété que le jeune homme ouvrit doucement la porte de la salle, se glissant à l’intérieur, aussitôt suivit par Lia.
Leur entrée fut très remarquée, tous se tournant pour apercevoir ceux que l’on appelait désormais sur le Hope, « les voyageurs ».
Antoine fut chaleureusement salué par Alvin et Clare, tandis que Lia serrait contre elle Anne, avant de se précipiter dans les bras de Talli, saluant aussitôt Will qui était à sa gauche. Plus loin, Bruno et Sophie discutaient avec animation avec le lieutenant Carlton, lui rapportant les pro-grès que la jeune fille avait fait en un an.
-Formidable ! Vraiment ! S’exclamait l’homme avec un large sourire. Je suis fière de vous, miss Norman. J’étais certain que vous parviendriez à ces résultats.
-C’est grâce à vous, rétorqua Sophie. Si vous ne m’aviez pas forcé à travailler autant, je n’en serais pas là aujourd’hui. Merci pour votre enseignement, lieutenant.
-C’était un plaisir. Alors, racontez-moi cette année à terre, avez-vous trouvé des grimoires intéressants ?
Hochant la tête, la jeune fille entreprit de lui décrire toutes les informations nouvelles qu’elle avait pu dénicher grâce au lieutenant Muller. A sa gauche, Bruno la fixait avec amusement, jouant avec un objet enfoui dans sa poche droite.
Le jeune homme croisa quelques secondes le regard de l’historien, lequel lui lança un clin d’œil avant de retourner à sa conversation avec la jeune Norman.
Interloqué, Bruno baissa les yeux vers la poche d’où on pouvait distinguer parfaitement la forme carrée de la petite boîte qu’il ne quittait plus depuis quelques jours. Il sourit légèrement. Il espérait que cette cérémonie de remise des diplômes allait se dérouler sans incident. Il avait quelque chose d’important à faire, et pour rien au monde Hokins ne pourrait gâcher cela.

-Lia, fit Anne une fois que la jeune fille se fut extirpé des bras de Will. Est-ce que ce que tu as au doigt est bien ce que je pense ?
-Ca dépend à quoi tu penses, répondit son amie avec un sourire amusé tandis que Talli lâchait une exclamation de surprise.
-Lia ! Fit la nouvelle tutrice, il t’a fait sa demande, n’est-ce pas ?
Hochant la tête, la future madame Lia Scott se retrouva à nouveau dans une étreinte à couper le souffle sous les rires de Anne.
-Talli, remarqua la jeune fille au bout de plusieurs minutes, je crois que tu l’étouffes.
-Désolé Lia, répondit-elle aussitôt en la relâchant. Mais je suis contente pour toi.
-Oui, félicitation, Lia, reprit Anne. Le lieutenant Scott et toi allez vraiment bien ensemble.
-Et puis comme ça, intervint Will avec un clin d’œil, vous allez pouvoir nous faire plein de petits mages verts, tous les deux.
-Will, marmonna Lia en rougissant jusqu’aux oreilles sous les rires de ses trois amis.
Elle dirigea son regard vers son fiancé et rougit encore plus en remarquant que ce dernier avait semble-t-il suivit avec attention leur conversation.
Il lui sourit largement et lui fit un clin d’œil avant de retourner à sa conversation précédente.
Souriant légèrement, elle salua ensuite d’autres personnes de la même année qu’elle. Elle croisa un instant le regard de Calvin, qui était avec son tuteur. Ce dernier semblait un peu plus mature que l’année précédente, et lui sourit brièvement.
Mais alors qu’elle s’avançait pour échanger quelques mots avec lui, les portes de la salle s’ouvrirent brusquement, laissant entrer le général Hokins, suivit par le colonel Higgans. Ce dernier sourit brièvement aux nouveaux arrivants avant de reporter son attention vers Hokins qui prit la parole.
-Que les troisièmes années et leurs tuteurs veulent bien s’avancer, la cérémonie va commencer.
Lia échangea un regard avec Antoine avant d’aller le rejoindre, leurs mains se liant comme par automatisme tandis qu’ils s’avançaient de quelques mètres, se plaçant à la gauche de Bruno et de Sophie.
-Nous sommes réunis aujourd’hui, en cette fête de Litha, pour célébrer l’accomplissement de trois longues années de travail des étudiants se tenant devant moi. Beaucoup de choses se sont produites depuis leur arrivée sur le navire. Tous ont été plus ou moins surpris en découvrant leurs pouvoirs, et c’est avec habilité qu’ils ont appris à les maitriser, tout en continuant avec brio leurs études plus générales. Les adolescents qu’ils étaient au départ se sont transformés en adultes matures et responsables, prêts à entre enfin dans la vie active, commencer un travail, fonder une famille.
Lia et Antoine échangèrent un large sourire à ces propos, serrant un peu plus leurs mains l’une contre l’autre.
- Je vais maintenant appeler chacun d’entre vous un par un afin que votre tuteur vous remette votre diplôme de fin d’étude. Commençons, Baldes Anne.
Lia sourit à son amie en la voyant s’avancer calmement, accompagnée par le lieutenant Morgan.
L’officier reçut des mains d’Hokins le fameux sésame qu’ils attendaient tous : le diplôme en parchemin aux armoiries du Hope.
-En tant que tuteur, déclara Alvin, je te déclare dès aujourd’hui, toi Anne Amelia Baldes, pouvant contrôler l’eau, mage du Hope. Que tes pouvoirs persistent et croissent avec le temps. Puisse-t-ils te porter bonheur pour le reste de ta vie.
C’était la formule d’usage dont ils avaient tous été témoins les années précédentes lors des remises des diplômes des plus anciens.
-J’accepte ce titre avec honneur et gratitude, répondit la jeune fille en souriant, scellant ainsi l’accord.
Ils se serrèrent ensuite la main, mêlant durant quelque secondes leurs magies avant qu’Alvin ne serre avec chaleur son ancienne élève contre lui.
-Félicitation, souffla-t-il avec émotion.
-Merci lieutenant
-Je t’en prie, appelle moi Alvin. Et tutoie-moi désormais.
-D’accord Alvin. Je te remercie pour tout ce que tu m’as appris.
-Tout le plaisir était pour moi, Anne.
Lorsqu’ils se séparèrent, Hokins posa une main sur l’épaule d’Anne avant de s’exclamer :
-Je vous présente Anne Baldes, mage du Hope.
Tous, y compris Hokins et Alvin applaudirent aussitôt avec chaleur la jeune femme qui rougit furieusement face à cette ovation.
Elle retourna ensuite dans les rangs, félicitée à nouveau par ses camarades.
-Félicitation, Anne, souffla Marc en la prenant dans ses bras dès qu’elle fut à sa hauteur.
-Merci, murmura cette dernière.
Elle sourit légèrement en voyant le jeune homme se pencher pour lui déposer un léger baiser sur les lèvres. Cela faisait maintenant presque six mois qu’ils étaient ensemble. Même si l’année avait été dure, avec par exemple le couvre-feu plus drastique imposé par le général, le fait que Lia et Sophie soient à terre lui avait permis de se rapprocher du jeune homme par lequel elle était attiré depuis sa première année sur le navire.
Contrairement à Sophie, ou à d’autres personnes extraverties comme le lieutenant Miller, Marc n’était pas un jeune homme parlant beaucoup. Bien sûr, il semblait passer de longs moments à discuter avec son amie de lycée, et c’est avec plaisir qu’Anne avait pris la relève. Pour faire face aux nouvelles règles imposées par Hokins, leurs tuteurs avaient décidé de mettre en place en même temps leurs cours de maitrise, bien que leurs magies soient légèrement différentes. Anne sourit rêveusement. Ils avaient passé d’excellent moment dans la petite cabine du lieutenant Clare, lieu où ils avaient pris l’habitude de se réunir. S’installant confortablement dans les bras de celle qu’elle aimait, la jeune femme reporta son attention sur la cérémonie en cours.
D’autres élèves furent appelés. Puis ce fut au tour de Marc de s’avancer avec sa tutrice vers le général.
Prononçant les mêmes paroles que sa petite amie, il reçut enfin des mains de Clare le parchemin témoignant de sa formation sur le Hope. Ils échangèrent à leur tour une étreinte à couper le souffle, le jeune homme dépassant désormais largement la jeune femme.
-Voici Marc Guenter, mage du Hope.
Il fut à son tour applaudit par tous.
Quelques minutes plus tard, ce Sophie fut appelée.
Ce fut avec un sourire amusé que Lia observa son amie s’avancer vers Hokins, suivie de très près par Bruno qui fixait le général avec un air indéchiffrable.
-En tant que tuteur, finit-il par dire une fois qu’il eut récupérer le parchemin des mains d’Hokins, c’est avec fierté que je te déclare aujourd’hui, toi Sophie Emily Norman, pouvant contrôler le feu, mage du Hope. Que tes pouvoirs persistent et croissent avec le temps. Puissent-ils te porter bonheur pour le reste de ta vie, que tu partageras je l’espère avec moi.
Ouvrant la bouche pour répondre, la jeune fille stoppa aussitôt alors que les derniers mots de son tuteur faisaient chemin dans son esprit.
-Veux-tu m’épouser Sophie ? Ajouta Bruno avec un large sourire en mettant un genou sur le sol et en sort une bague sertie d’un rubis de sa poche, ignorant royalement le regard ennuyé du général juste à côté de lui.
-Oui, avec plaisir ! Répondit aussitôt la jeune fille, rougissant sous les sifflements des personnes alentours.
-Je savais qu’il allait nous sortir quelque chose de ce type, murmura Antoine en un léger rire alors que Bruno passait la bague au doigt de sa désormais fiancée, se relevant ensuite pour l’attirer à lui afin d’échanger avec elle un baiser passionné qui les laissa tous les deux à bout de souffle.
Ils durent toute fois se séparer face au raclement de gorge bruyant d’Hokins.
-Hum…oui, reprit Bruno avec un large sourire. Je crois qu’on a une cérémonie à continuer. Donc je disais que je te déclarais mage du Hope.
-J’accepte ce titre avec honneur et gratitude, répondit Sophie en souriant à son désormais fiancé qui lui tendit le diplôme, un peu chiffonné après leur étreinte.
Ils échangèrent ensuite la traditionnelle poignée de main, leur magie rayonnant, scellant symboliquement le temps de l’apprentissage.
-Je vous présente Sophie Norman, mage du Hope ! Ajouta ensuite Hokins.
-Et future Miller ! Ajouta Bruno sous les rires de l’assistance.
Lorsqu’ils regagnèrent les rangs, Antoine serra son meilleur ami contre lui avec un sourire tandis Lia serrait Sophie contre elle avec un large sourire.
-Félicitation ! Déclara-t-il. Je suis content pour toi Bruno.
-Merci. Mais au fait, quand te décideras-tu à demander officiellement Lia en mariage ?
-C’est déjà fait, fit Scott avec légèreté.
-Quoi ? Mais…Depuis quand ?
-Ce matin, souffla Antoine alors qu’un autre élève était appelé. Je ne voulais pas risquer qu’un de nous ne reviennent pas sans avoir pu lui prouver mes sentiments.
Bruno hocha la tête avec compréhension.
Antoine se tourna ensuite vers sa sœur afin de l’étreindre à son tour.
-Félicitation Sophie.
-Merci Antoine. Tu crois que mes parents m’en voudront, du fait que Bruno n’a pas attendu que j’ai vingt ans ?
-Je suis sûre qu’ils finiront par voir à quel point tu es heureuse avec lui, Sophie. C’est le principal.
Hochant la tête avec reconnaissance, la jeune fille reporta son attention vers la cérémonie qui se continuait.
Ce ne fut qu’un bon cinq minutes plus tard que le nom de Lia fut enfin appelé.
-Shakeshift Lia.
Cette dernière s’avança doucement vers le général, sa main toujours dans celle d’Antoine qui la relâcha doucement afin de récupérer le diplôme des mains d’Hokins.
-En tant que tuteur, fit-il d’une voix douce, c’est avec fierté que je te déclare aujourd’hui, toi Lia Elisabeth Shakeshift, pouvant contrôle la magie verte, mage du Hope. Que tes pouvoirs persistent et croissent avec le temps. Puissent-ils te porter bonheur pour le reste de ta vie.
- J’accepte ce titre avec honneur et gratitude, répondit à son tour Lia sans lâcher les prunelles bleus de son fiancé.
Il lui tendit le parchemin puis mêla à nouveau ses doigts avec ceux de son élève, faisant scintiller leurs paumes liées du vert brillant qui témoignait désormais de la profondeur de leur lien.
-Pas de demande en mariage ? Demanda Higgans avec amusement en voyant les deux jeunes gens s’étreindre avec amour avant de se séparer.
-C’est déjà fait, annonça Antoine avec un léger sourire satisfait avant de rougir furieusement face aux applaudissements de l’assemblée.
-Je vous présente Lia Shakeshift, mage du Hope.
-Future Lia Scott ! S’exclama aussitôt Miller, déclenchant quelques rires.
Lia fut à son tour applaudit par tous avant de devoir rejoindre les rangs, se logeant aussitôt dans les bras d’Antoine qui la serra tendrement contre lui.
-Je t’aime, souffla-t-il à son oreille. Quoi qu’il se passe aujourd’hui, sache que je t’aime de toute mon âme, Lia.
-Moi aussi, murmura-t-elle à son tour alors qu’il se penchait pour lui déposer un léger baiser sur les lèvres.

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MessageSujet: Re: A vos ordres lieutenant    Mar 14 Mai - 15:35

Chapitre 20

La cérémonie s’acheva quelques minutes plus tard, tous applaudissant le dernier élève de la liste qui, accompagné par son tuteur, rejoignit vite les rangs.
-Félicitation à tous ! S’exclama Hokins en reprenant la parole. Vous n’êtes désormais plus considérés comme des élèves. Je tiens à rappeler que ceux qui souhaitent rester sur le navire l’année prochaine peuvent encore m’en faire part, afin que nous puissions les ajouter à la liste des tuteurs potentiels. Comme vous le savez tous, nous fêtons Litha aujourd’hui. Et, comme nous sommes à quai, nous allons exceptionnellement allumer les feux dans cette salle. Que ceux qui ont été désignés s’avancent, pendant que le colonel Higgans apporte le réceptacle.
En effet, l’officier s’était éclipser juste après la remise du diplôme du dernier élève de la liste, et revint quelques secondes plus tard dans la salle, accompagné d’une jeune fille que Lia n’avait jamais vu, et qu’elle supposa être un mousse de première année.
Les deux transportaient le large ‘saladier’, comme Sophie l’appelait, destiné à stocker leur magie durant une année entière.
-Mon dieu, grommela Antoine à sa gauche. Alors il est vraiment parvenu à la recréer.
Reportant son attention vers son fiancé, la jeune fille dirigea aussitôt son regard vers le général, fronçant les sourcils en le voyant serrer quelque chose dans sa main droite. Lorsqu’il écarta imperceptiblement les doigts afin de partir en quête de sa montre à gousset et de vérifier l’heure, Lia put apercevoir un éclat bleuté provenant du caillou poli coincé dans sa paume.
-La pierre de lune ? Chuchota-t-elle à son tuteur.
-je crois bien, répondit ce dernier. Je n’en ai jamais vu en vrai. Mais cela correspond aux descriptions faites dans les ouvrages d’Adrian.
-Je l’aurais pensé plus brillante, avoua la jeune fille en fronçant les sourcils.
-Elle ne semble pas terminée, fit Bruno qui avait suivi leur conversation. Il ne doit pas avoir assez de pouvoir pour l’utiliser à sa pleine puissance.
-Mais avec les feux de Litha il pourra le faire ! Intervint Sophie. Nous devons l’en empêcher.
-Nous ne pouvons le stopper devant les autres, rétorqua son frère en secouant la tête. Ce serait considéré comme une trahison. Nous serions abattus sur le champ. Et cela ne servirait à rien. Car je sais exactement ce qu’il lui manque…
-Le pouvoir d’un mage vert, n’est-ce pas ? fit Lia en se rappelant les vieux grimoires du cottage d’Adrian.
-Exact, affirma son fiancé. Nous n’avons pas participé à la cérémonie de Litha de l’année der-nière. Et seul un mage vert peut contrôler correctement le pouvoir de cette pierre. Il a besoin de nous. C’est pour cela qu’il nous a appelés. Il veut notre magie.
-Mais comment peut-il…
-Lieutenant Scott, miss Shakeshift, je vous demanderai de représenter la magie verte, étant donné que nous n’avons pas d’autres mages verts à disposition, fit Hokins d’une voix forte, les faisant sursauter tous les deux.
-Oui général !
Ils s’avancèrent aussitôt afin de rejoindre les autres. Lia se rappela brièvement ce qu’il lui avait été demandé lors de la cérémonie de Litha à la fin de sa première année, et concentra sa magie qu’elle mêla aussitôt avec celle d’Antoine, attendant patiemment que ce soit leur tour.
Finalement, alors que la sphère formée brillait déjà de mille feux, et que toutes les autres ma-gies avaient été invoquées, ce fut enfin à leur tour de s’avancer.
Echangeant un regard avec son tuteur, la jeune fille faillit lâcher une exclamation de surprise en entendant la voix de ce dernier dans son esprit alors qu’il n’avait desserré les lèvres.
« Met le moins de puissance possible, Lia, songea-t-il, nous ne pouvons nous permettre de le laisser nous utiliser de la sorte ».
Hochant imperceptiblement la tête, elle forma entre ses paumes une sphère verte d’une intensité modérée qu’elle mêla à celle créé par l’homme en face d’elle avant de diriger la magie obtenue vers le réceptacle.
Mais alors que l’infime quantité de leur pouvoir se mêlait à celui du reste de l’équipage, Lia sentit un picotement intense à l’arrière de sa tête, picotement qui se transforma ensuite en une légère pression, comme si quelqu’un cherchait à pénétrer dans son corps.
« Antoine, ça fait mal », songea-t-elle aussitôt.
Concentrant son pouvoir, elle sentit aussitôt la magie de son fiancé rejoindre la sienne, s’harmonisant parfaitement avec celle-ci. Quelques secondes plus tard, le picotement n’était plus qu’un mauvais souvenir.
« Que s’est-il passé, Lia ? »
« Je l’ignore. Mais comment peut-on discuter ainsi, d’ailleurs ? »
« Notre lien, je crois. L’émeraude nous donne une énergie supplémentaire. Regarde Hokins, il n’a pas l’air content ».
Dirigeant son regard vers l’officier en chef, Lia remarqua avec malaise que ce dernier la dévisa-geait en fronçant les sourcils, visiblement contrarié.
« Tu penses que c’était lui ? Demanda-t-elle à Antoine ».
« J’en suis sûr. Il a dû remarquer que nous n’avons pas mis toute notre puissance. »
-Lieutenant Scott, miss Shakeshift, je n’apprécie pas ces manières, fit-il alors tout haut.
-Qu’y a-t-il, général ? Rétorqua Antoine d’un air étonné.
-Vous n’avez pas utilisé votre potentiel au maximum. Veuillez recommencer l’exercice.
Le jeune homme fronça les sourcils d’un air contrarié alors que des murmures commençaient à naitre dans l’assemblé.
-Je suis désolé général, fit-il, mais le voyage nous a épuisé. Nous ne sommes pas capables de fournir plus de pouvoir en ce moment.
-Vous mentez ! S’exclama l’officier avec colère. J’ai vu votre noyau, Scott. Vous êtes capables de bien plus.
-Si je donne plus, je ne vais pas pouvoir rester conscient, général, affirma Antoine avec sérieux.
-Alors c’est tout ce que l’héritier des Earl peut fournir ? Fit l’homme avec un rire sans joie. C’est pitoyable !
-Général, s’interposa Higgans, je ne pense pas que…
- Taisez-vous, colonel ! Siffla-t-il aussitôt. Ne vous mêlez pas de mes affaires !
-Sauf votre respect, vous agissez de manière insensée monsieur, continua le colonel. Vous voyez bien que le lieutenant Scott ne peut pas fournir plus de magie.
-TAISEZ-VOUS ! C’est un ordre !
Higgans gémit quelques secondes plus tard alors qu’une décharge de magie rouge sang le tra-versait, le faisant rouler sur le sol.
Aussitôt, toutes les personnes présentes dans la salle commencèrent à s’agiter. Certains pre-mière année, poussés par leurs tuteurs, essayèrent de sortir de la salle tandis que d’autre ten-taient de venir en aide à Antoine. Mais tous se heurtèrent à un mur invisible.
-personne ne sort de cette salle pour le moment, annonça Hokins avec un sourire malsain. Pas avant que je ne me sois occupé du cas de ces deux liés ici présents.
Antoine et Lia se figèrent aussitôt mais feignirent l’incompréhension face aux paroles de l’homme.
-Ces deux quoi ? Balbutia Lia, de quoi parlez-vous exactement, général ?
-Ne faites pas celle qui n’a pas compris, miss Shakeshift. Je suis au courant du lien existant entre votre pouvoir et celui de votre fiancé.
-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, rétorqua Antoine avec dégagement. Il n’y a jamais eut un tel lien entre Lia et moi.
-Ah vraiment ? Fit Hokins en haussant un sourcil. Alors vérifions cela tout de suite.
Levant la main gauche, il envoya vers Antoine une puissante décharge de magie, le faisant tomber à genoux sur le sol, hurlant de douleur. Lia résista quelques instants avant de s’effondrer à son tour, le corps parcouru de soubresauts.
-Antoine ! Lia ! S’exclama Bruno derrière le mur de magie. Laissez-les Hokins ! Pourquoi faites-vous cela ?
Stoppant sa magie, le général s’avança vers le jeune homme avec un sourire.
-Ce cher Bruno Miller, s’amusa-t-il alors qu’Antoine rejoignait sa fiancée. Un jeune homme plein d’optimisme, toujours loyal envers ses amis, bien qu’ayant un sens de l’humour un peu dérangeant. Vous étiez censé mourir, vous savez ?
-Je vous demande pardon ? Balbutia Bruno avec stupéfaction.
-Si les pirates avaient fait leur travail correctement, ils vous auraient tué lors de l’attaque de l’année dernière, me débarrassant de vous une bonne fois pour toute. Cela m’aurait permis de me rapprocher d’avantage du jeune lieutenant Scott. Mais il a fallu que ce dernier fasse des siennes, sauvant héroïquement son meilleur ami, et manquant de mourir sur le coup.
-Vous êtes immonde ! Siffla Bruno en serrant Sophie contre lui. Comment pouvez-vous affirmer de telles choses sans rougir de honte ? Et pourquoi faire tout cela ?
-Mais pour le pouvoir, bien sûr ! S’exclama l’homme avec un léger rire.
-Je ne vois pas comment nous torturer pourrait vous aider à obtenir cela, rétorqua Antoine qui s’était finalement relevé.
A son côté, Lia chancelait un peu mais se tenait tout de même debout, l’émeraude à sa main droite brillant d’une étrange lueur.
-Il me faut le pouvoir. Seul le pouvoir d’un mage vert descendant des Earl pourra m’aider à terminer cette petite merveille.
Ouvrant sa main droite, il dévoila à tous la pierre bleuté de taille modeste. Cette dernière brillait un peu plus que précédemment, mais ne semblait pas encore avoir atteint son éclat maximal.
-Une pierre de lune, n’est-ce pas ? Commenta Higgans qui avait fini par se relever.
Il rejoignit Antoine et Lia, invoquant par prudence son pouvoir afin d’être en mesure de se défendre.
-En effet, colonel. Maintenant poussez-vous de là. Le lieutenant Scott et moi avons certaines choses à discuter.
-Il est hors de question que je vous laisse agresser un des officiers, Hokins, siffla le colonel avec colère.
-Vous ne comprenez pas Higgans, ce n’était pas une suggestion. C’était un ordre !
-Qu’attendez-vous de moi ? S’exclama Antoine. Que souhaitez-vous faire avec cette pierre ?
-Mais contrôler le consortium, voyons, fit le général comme si c’était une évidence. Ne vous êtes-vous jamais demandé s’il y avait d’autres héritiers des Earl que vous, Scott ? Il aurait été étrange qu’une seule et unique personne descende de la branche principale, n’est ce pas ?
-Je n’y ai pas vraiment réfléchi, avoua Antoine en fronçant les sourcils. Pourquoi cela ? Etes-vous vous aussi… ?
-Exactement ! S’exclama Hokins avec colère. Pen